Drôles de gammes

La musique classique sans frac ni claque, par Nathalie Krafft.

L'opéra au cinéma : pourquoi ça cartonne

Nathalie Krafft
Journaliste
Publié le 16/01/2012 à 16h44

Retransmissions en direct ou simples projections de « vieilles » toiles, le marché de l’opéra au cinéma s’est organisé et le succès a aiguisé les appétits. Il faut dire que le public répond présent à ces appels d’airs. Samedi 21 janvier, dans le fauteuil de votre cinéma, vous pourrez assister à une création venue tout droit du Metropolitan Opera de New York.

Déjà, le 3 décembre dernier, 15 000 spectateurs dans 116 salles en France avaient assisté à la représentation de « Rodelinda » de Haendel en direct du MET (Metropolitan Opera de New York). Ils étaient 125 000 dans le monde pour 1 350 écrans.

Extrait de « Rodelinda » de Haendel

Projeté en début décembre en France

Quant au ballet, 14 000 spectateurs sont venus assister le 20 novembre, en direct de Moscou et du Théâtre du Bolchoï, au réveil de « La Belle au bois dormant ».

Deux grands réseaux à la conquête du public

Pourtant, quand elle a commencé en France au printemps 2008, la retransmission des ouvrages lyriques au cinéma paraissait saugrenue.

Il faut se souvenir de la réaction de Gérard Mortier, directeur à l’époque de l’Opéra de Paris, déclarant qu’il n’était pas payé pour remplir les cinémas. Aujourd’hui, cette même maison a franchi le pas et diffuse certains de ses spectacles dans les salles obscures.

Deux grands réseaux, Pathé-Gaumont (avec Pathé Live) et UGC (avec Viva l’Opéra), sont partis à la conquête du public.

Le premier à avoir tenté l’aventure en France est Marc Welinski avec sa société CielEcran, qui a lancé en 2008 « MET : live en HD. » Devenue Pathé Live, la société est aujourd’hui une filiale du réseau Pathé-Gaumont.

L’opéra de New York dans son fauteuil

Pour la saison 2011-2012, elle aura diffusé onze opéras, dont sept nouvelles productions, en provenance du Met, six ballets du Bolchoï et deux ballets de l’Opéra National de Paris.

La saison du Metropolitan Opera de New York au cinéma

Les œuvres, sous-titrées en français, sont projetées en direct sur écran géant, en haute définition et son numérique 5.1, grâce à un système de vidéotransmission par satellite.

Le réseau UGC s’est engouffré dans la brèche avec « Viva l’opéra “ qui en est à sa deuxième saison. La plupart du temps, il s’agit de retransmissions de spectacles filmés sur des scènes comme la Scala de Milan, le Festival de Salzbourg ou le Liceu de Barcelone.

Avec des exceptions comme ‘Jules César’ de Haendel (janvier 2011) et ‘La Force du destin’ de Verdi (décembre 2011) en direct de l’Opéra de Paris.

La carte de la pédagogie

L’initiation à l’art lyrique et la pédagogie font partie du voyage : la programmation présente des œuvres-clés du répertoire, ‘ conçues comme des portes d’entrée dans un monde à découvrir ’, d’après le directeur artistique Alain Duault. Des commentaires aident le public ‘ à décrypter les œuvres ’.

Les réseaux plus ‘petits’ s’y sont mis aussi. MK2 propose ‘de découvrir les grands classiques de l’opéra ’ une fois par mois en différé dans sa salle MK2-Bibliothèque.

Ecrans de Paris (cinq salles à Paris) joue la même carte à L’Arlequin et s’est même lancé dans le direct, avec ‘Les Noces de Figaro’ de Mozart, en juin dernier, du Teatro Real de Madrid.

Le cinéma Le Balzac à Paris, qui explore depuis des années les liens de la musique et du cinéma, invite ses cinéphiles une fois par mois à sa série ‘Opéras sur grand écran’.

Une facilité pratique

Qualité sonore et visuelle, confort maximum, régularité des rendez-vous… Mais cela ne suffit pas pour expliquer le succès au près du public : le prix des billets y est pour beaucoup. Moins de 30 euros (de 15 à 28 euros, tarifs réduits pour les abonnés et les moins de 26 ans), ce qui est plus onéreux qu’un ticket de cinéma mais beaucoup moins qu’une place correctement située à l’opéra.

Une autre explication : les salles de cinéma sont présentes dans des villes où il n’y a pas de maisons d’opéra, une véritable aubaine pour les passionnés d’art lyrique ou les simples curieux.

Et puis, au cinéma, on se présente au guichet, on paie sa place et on entre. Cette facilité-là n’existe pas à l’opéra où il faut réserver des mois à l’avance selon des procédures qui paraissent complexes aux non initiés malgré les efforts de simplification.

Infos pratiques
L'opéra au cinéma

Réseau Pathé Live

  • Prochain spectacle en direct du MET : samedi 21 janvier 2012, 18h55 - « L'Ile Enchantée » - dirigé par William Christie, avec Danielle de Niese, Joyce di Donato, David Daniels, Anthony Roth Costanzo, Placido Domingo, Luca Pisaroni - 3h40 avec un entracte
  • Prochaines représentations : « Le Crépuscule des Dieux » de Wagner - « Ernani » et « La Traviata » de Verdi - « Manon » de Massenet (MET) - « Casse-Noisette » de Tchaïkovski - « Le Clair Ruisseau » de Chostakovitch - « Raymonda » de Glazounov (Bolchoï) - « Roméo et Juliette » de Berlioz (Opéra de Paris)

Liste des sallesRéseau Viva l'opéraProchaines projections : « Werther » de Massenet - « Norma » de Bellini - « Turandot » de Puccini - « Le Barbier de Séville » de Rossini - « Don Giovanni » de Mozart - « La Traviata » de Verdi.

  • 6919 visites
  • 9 réactions
Vous devez être connecté pour pouvoir commenter : ou créez un compte
  • Anastaze
    Anastaze
    inconsolable
    • Posté à 17h33 le 16/01/2012
    • Internaute 53186
      inconsolable

    « Il faut se souvenir de la réaction de Gérard Mortier, directeur à l’époque de l’Opéra de Paris, déclarant qu’il n’était pas payé pour remplir les cinémas. »

    Voilà, tout est dit.

    L’opéra pour les oisifs, vaniteux, infatués et incultes, le cinoche les DVD et les CD pour les fous de lyric.

    • zénon denon 84
      zénon denon 84 répond à Anastaze
      Bonne
      • Posté à 19h57 le 16/01/2012
      • Internaute 30028
        Bonne

      Pas forcément ,même si ça n’est faux !
      Ah l’offre et la demande _Quel ménage _les zamis /

      Allez ,l’opéra ,la grande distibution,même combat /
      Tout est bon pour le commerce ...Même si le rapport à
      l’art est un peu abîmé .Mais bon ,Nous vivons à crédit /

      C’est l’époque ...des naufrages .AAA ! ! ! .

    • PaulTron
      PaulTron répond à Anastaze
      Ce champ sera visible par tous (...)
      • Posté à 10h58 le 17/01/2012
      • Internaute 168564
        Ce champ sera visible par tous (...)

      Il y a peu d’incultes qui se farcissent 3 heures d’opéra.
      Par contre ils sont souvent riches.

      • Anastaze
        Anastaze répond à PaulTron
        inconsolable
        • Posté à 11h24 le 17/01/2012
        • Internaute 53186
          inconsolable

        Se « farcir » 3 heures d’opéra, ne requiert pas de la culture mais de l’endurance.

        Ils ne sont pas forcément riches, il peuvent être tout simplement combinards.

        J’ai eu la chance de profiter, de la dizaine d’années qui ont suivi l’ouverture de Bastille, et pendant lesquels les habitués de la « numérotation », des places « personnel », de « l’étranger », et autres sectes étaient désorganisées.

        Assister à un spectacle à l’opéra, s’apparente plus au pentathlon qu’à la culture. On comprend mieux comment certains arrivent épuisés dans leur fauteuil et roupillent pendant les spectacles... mais, « ils y sont » et après tout c’est ça qui compte.

        L’opéra n’est pas un lieu de culture, c’est un lieu de pouvoir.

  • Jean-Jacques Louis
    • Posté à 20h15 le 16/01/2012
    • Internaute 2277

    Encore plus confortable que de se rendre au cinéma : le MET offre la possibilité d’assister aux opéra chez soi. Pour 3 euro et quelques centimes on peut s’offrir Anna Netrebko at home. Dans les Contes d’Hofmann, on est vraiment gâté car elle interprète deux rôles. Et c’est James Levine qui dirige ! L’image et le son sont d’une qualité irréprochable et les cadreurs font un très bon job. On voit mieux et on entend mieux que sur place. Avec sous-titres en Français.
    Pour ceux que ça intéresse : Lien

  • ARICHARD
    ARICHARD
    Déçu de la politique. (...)
    • Posté à 20h24 le 16/01/2012
    • 179430
      Déçu de la politique. (...)

    J’ai joué pour l’Opéra. La pièce a été diffusé en direct sur France 2, Mezzo et sur la place de l’Hôtel de Ville de Marseille. La pièce a été rediffusée par la suite.

    Toute retransmission devait engendrer une rémunération de 46 euros. Cela fait plus de six mois et au moins 3 retransmissions, et toujours rien.

    Nous avions signé un contrat. Soit disant caduque car n’impliquant pas les bons payeurs. C’est le cas de le dire.

    En sommes, il y beaucoup d’argent. L’argent va à l’argent, pas au figurant. En l’occurrence et selon les dires, ce sont les chaînes qui auraient du payer, pas l’Opéra. C’est avec l’Opéra que nous avions signé.

    Bref, on s’est fait avoir. Vive la TV.

    • zénon denon 84
      zénon denon 84 répond à ARICHARD
      Bonne
      • Posté à 20h43 le 16/01/2012
      • Internaute 30028
        Bonne

      votre témoignage est fort interressant .
      Encore une histoire à dormir debout _bien de chez nous _ !

      Mais que fait le » père Gaudin » .Si tant est qu’il soit
      com pétant ! BIS

      • ARICHARD
        ARICHARD répond à zénon denon 84
        Déçu de la politique. (...)
        • Posté à 21h21 le 16/01/2012
        • 179430
          Déçu de la politique. (...)

        Môssieur Gaudin était là pour nous féliciter le soir de la première.

        Il a couru de son trône sur le Vieux Port aux coulisses de l’Opéra pour se gargariser des 8000 personnes qui ont eu le droit grâce à sa magnificence à la séance « gratuite » sur grand écran.

        La Ville aussi a su se passer des redevances à l’image... quand je pense que des sociétés de droits d’auteur se gavent pour ne redistribuer qu’aux plus riches... et que c’est mille fois pire pour les artistes dès lors qu’il s’agit de numérique, avec les accords conclus entre elles et les géants du net...

        Il est beau l’avenir numérique...

         
        • pateris
          pateris répond à ARICHARD
          serial lecteur
          • Posté à 10h57 le 17/01/2012
          • 174584
            serial lecteur

          Evident. Et le bétail s’offusquera en disant que comme c’est de l’ââârt, comment peut-on exiger d’être payé pour de l’ââârt, pidabord ces ââârtissssses sont tous riches et gavés de subventions, pis ma brave dame, c’est gens-là, y sont pas comme nous.
          Parfois les mêmes qui engraissent les sites pirates, vampires vivant du travail des autres sans rien produire…

        1 autres commentaires
Retour sur Rue89

Note Les notes de blogs ne sont pas toutes mises en forme par l'équipe de Rue89 contrairement aux articles du site.