Cabinet de lecture

L'actualité des livres, par Hubert Artus.

De Césaire à Glissant, état de l'insurrection poétique

Publié le 18/04/2008 à 01h02

Aimé Césaire et Jacques Chirac en 2000 à Fort-de-France (Jacky Naegelen/Reuters)

Il y a un an, à l’occasion des Etonnants Voyageurs de Saint-Malo, un manifeste faisait du bruit : « Pour une littérature-monde » contrait le concept un peu colonialiste de « francophonie » . La disparition d’Aimé Césaire nous oblige à un état des lieux de l’insurrection poétique. A commencer par l’indispensable « Mondialité » d’Edouard Glissant.

Il y avait quelque chose d’incongru, pour un peu obscène, à entendre chaque jour le bulletin de santé d’Aimé Césaire. Cela durait depuis deux semaines. A ceux qui, nombreux et nombreuses dans la France du XXIe siècle, ne sauraient précisément qui il est, il conviendra de dire que si la notion de rupture a un sens politique et une place dans l’Histoire culturelle, elle le doit à des gens comme Césaire, Senghor, Glissant ou Chamoiseau. Si Césaire n’avait inventé le concept de « négritude » , Glissant n’aurait assurément pu créer celui de « mondialité » comme une opposition humaniste à la mondialisation économique.

« La race de ceux qu’on opprime »

Aimé Césaire est donc un des créateurs de la « négritude » . Un concept culturel et politique, en réaction à l’oppression du système colonial français de la première moitié du XXe siècle. L’idée de contrer le racisme intrinsèquement présent dans toute idéologie colonialiste en donnant une force à la souffrance du sang. De bâtir un humanisme actif, à destination de tous les opprimés de la planète. C’est le moment où Césaire déclare : « Je suis de la race de ceux qu’on opprime » . A l’époque, c’est peu de dire que l’auteur de « Cahier d’un retour au pays natal » élargit non seulement la fiction francophone, mais aussi l’identité française.

« Une nouvelle région du monde » : Glissant, le Césaire de la mondialité ?

Lors de la parution d’ « Une nouvelle région du monde » en 2006, le poète, romancier et essayiste Edouard Glissant disait :

« Césaire et Senghor représentent l’esprit francophone, une espèce de générosité généralisée, une aspiration à l’universel qui est l’un des grands leurres du XXe siècle. On ne peut pas dire que c’est mal. Que c’est mauvais. Mais on ne peut pas non plus dire que cela recouvre toute la surface d’une réalité. »



aimé césaire

Né quinze ans après le poète Césaire, l’écrivain Glissant, tout aussi militant que son aîné, définit une sorte de troisième voie : au mode binaire des discours de la négritude et de l’assimilation, il greffe une « antillanité » qui serait fondée sur la notion d’identité multiple, rhizome, ouverte à la mise en relation des cultures. Des réflexions qui ont inspiré une génération de jeunes écrivains antillais autour des concepts de créolisation et d’antillanité : Patrick Chamoiseau ou Raphaël Confiant.

Edouard Glissant, écrivain majeur de notre monde globalisé, est le fer de lance d’un alter-imaginaire dans le monde de la globalisation économique, et définit le concept de « mondialité » . Une conception du monde fondée sur l’ouverture des cultures, la protection des imaginaires des peuples, engloutis sous l’action de l’uniformisation du monde. Une « mondialité » à même de contrer, politiquement et poétiquement, la mondialisation financière.

Depuis 1995, Edouard Glissant vit à New York, où il enseigne la littérature française à la City University. Le Cabinet de lecture vous proposera fin mai un entretien avec lui *, à l’occasion de la parution des « Entretiens de Baton Rouge » (Gallimard). Dès l’annonce de la disparition de Césaire, Glissant fut cependant le premier que nous avons appelé. « Les prises de position de Césaire, c’est d’abord l’insurrection de l’imaginaire poétique, formulation extrême de la révolte et de l’affirmation de soi » , témoigne-t-il. « Intellectuellement, c’est le refus de la convenance qui accompagne la soumission, et c’est surtout la passe vers le monde, à travers l’Afrique retrouvée et la diaspora africaine. En ce qui concerne les Martiniquais et les Antillais, il s’agissait pour Césaire, et nous avons été d’accord, de revaloriser la part africaine de notre identité, part méprisée, rabaissée, démonisée par le colonisateur » .

2005 : contre Sarkozy, les insurgés politiques

Ces derniers mots sonnent comme une piqûre de rappel. Quand, en décembre 2005, Sarkozy, alors locataire à Beauvau, visite la Martinique et la Guadeloupe, l’ex-maire de Fort-de-France Aimé Césaire, demeuré l’âme spirituelle du département d’Outre-Mer, refuse de le recevoir. Et clame son dégoût des propos sarkozistes sur le Kärcher, ainsi que la loi du 23 février 2005 (celle où « les programmes scolaires reconnaissent le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord »). Le futur chef de l’Etat sera contraint de décaler la tournée de plusieurs mois. Glissant était aussi de la partie.

Aimé Césaire écrivait certes beaucoup moins, depuis des années. On lira tout de même le rugissement que fut, en 2005 justement, la parution de « Nègre je suis, nègre je resterai » (Albin Michel). A la rupture que représenta, dans les années 30, la « négritude » de Césaire, répond, on l’a vu, celle que fût la « mondialité » de Glissant. Pour l’auteur de « Tout-Monde » :

« Il vaut en effet d’opposer, chaque fois, à la pensée lisse et insidieuse du colonisateur une véritable conception du monde, qui le laisse tout étonné. Car la croyance de ce colonisateur est toujours qu’il est le seul à pouvoir penser le monde. Il accepte de vous toutes sortes de qualités, sauf celle-là. Il ne voit même pas que la pensée de l’ancien colonisé lui sert à se libérer de nombre d’entraves intellectuelles » .

De la « négritude » à la « littérature-monde en français »

De « Cahier d’un retour au pays natal » à « Une tempête » ( » adaptation pour un théâtre nègre » de la pièce éponyme de « La Tempête » de William Shakespeare), l’œuvre poétique et théâtrale de Glissant est une application littéraire de la « négritude » . Une extension des possibles littéraires qui retrouva une actualité quand, en 2006, la « francophonie » fut le « pays invité d’honneur » ( !) au Salon du livre de Paris. Plus encore quand, en réaction, Michel Le Bris, big boss du festival Etonnants Voyageurs à Saint-Malo ( » manifestation-monde » s’il en est) co-dirigea l’an dernier le manifeste « Pour une littérature-monde » :

« Nous assistons à l’émergence d’une littérature de langue française, détachée de la Nation avec laquelle elle a entretenu des liens stratégiques, libre désormais de tout pouvoir autre que ceux de la poésie et de l’imaginaire, et n’ayant pour frontières que celles de l’esprit. »

Edouard Glissant était un des 28 écrivains participants, y définissant la poétique comme un « réseau à trois dimensions » (paysage, temps, langage) réunissant « le processus poétique et politique dans cette espèce de globalité qu’est le monde actuel tel qu’il nous a été légué par les histoires des colonisations » . Lorsqu’on lui demandait, ce jeudi, où se nichait la poétique du monde à venir, voici ce que répondait l’auteur :

« Le Tout-monde est imprévisible. Mais j’ai l’intuition que les formes nouvelles de littérature et d’art seront prodigieusement métissses, dans leurs structures mêmes et dans leurs techniques. Entremêlées comme l’art de la traduction entre les langues, qui deviendra un genre en soi, fractales comme un chaos-monde. Ceux et celles qui pratiqueront ces expressions seront capables de se donner à des errances in-finies comme à des capacités étonnantes de demeurer » .

Alain Mabanckou, Prix Renaudot 2006 pour « Mémoires de porc-épic », était lui aussi du manifeste :

« Quand la négritude de Senghor portait sur des racines exclusivement africaines, celle de Césaire était ouverte à la mondialisation. Un cri pour la liberté des peuples opprimés, qui dépassait la simple condition noire » .

L’écrivain, professeur de littérature francophone à l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA), réclamait toujours, ce jeudi soir, « la présence de Césaire dans la course d’une littérature ouverte au monde. Chez lui s’exprimait avant tout l’humanisme : cet humanisme, c’est précisément ce qui manque à la littérature française aujourd’hui » .

Aimé Césaire, un cri qui, donc, a de l’avenir.

* Le cabinet de lecture vous propose d’ailleurs, d’ores et déjà, de lui soumettre les questions que vous auriez envie de poser à l’auteur ! Contactez-nous !



A voir : « L’obession nègre perd son poète : Aimé Césaire est mort », les archives vidéo de l’INA









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  • lobservateur
    • Posté à 01h42 le 18/04/2008
    • Internaute 17177

    Adieu poète. Encore une âme qui va nous manquer.Sa pensée et les souvenirs qu’ils nous laissent l’immortalisent néanmoins.

  • Marc
    • Posté à 06h47 le 18/04/2008
    • Internaute 5828

    Insurrection poétique oui

    Lien

  • sarkar
    • Posté à 06h55 le 18/04/2008
    • Internaute 10098

    Au fait, pourquoi a-t-on jamais admis Aimé Césaire à l’Académie française ? Trop black ? Pourtant il y a eu Léopold Sedar Senghor ! Mais, c’est vrai, ce dernier est de bonne famille (politique et idéologique s’entend) !

    • A déménagé le 8-10
      • Posté à 08h18 le 18/04/2008
      • Internaute 1001
        nc

      Allez, Sarkar, consolez-vous, il est question de le panthéoniser.

      C’est bien, le Panthéon. On n’y prend pas la parole. Césaire ne peut plus rien dire, juste servir d’icône à la sarkozie, de guy mollet des incontinents, de lazare ponticelli des négros ; -)

      Oui, le Panthéon. On va continuer à collectionner les têtes de Maoris.

      Pas mal, ce système de vases communicants : pour récupérer Césaire, on chasse des sans-papiers.

      Chiche que c’est Hortefeux qui sera chargé du rapatriement de la dépouille.

      Dépouille, j’aime bien ce mot :

      - Il désigne un cadavre.

      - Il désigne ce qu’on a volé.

  • DANJOU
    DANJOU
    La france inquiète
    • Posté à 16h11 le 18/04/2008
    • Internaute 32845
      La france inquiète

    Merci Mr Césaire d’avoir été un grand défenseur des opprimés !
    Il est curieux de voir « chacun » se déclarer l’ami du poète disparu, plus que du politique. Outre le président qui se rend dimanche aux Antilles rendre hommage au « révolté » Césaire, chaque organe de presse se fend d’un édito compassionnel.Du figaro à l’huma, toutes les « expressions poétiques » sont représentées.A croire que l’on a déjà oublié que le créateur du concept de la négritude fut un des plus virulents pourfendeurs du système colonial Français et de son racisme importé. Toute une poésie, s’il en est !
    Il n’est jamais trop tard pour découvrir l’humanisme, le vrai !

  • Prolo du livre
    • Posté à 10h08 le 18/04/2008
    • Internaute 12784

    Un soir, derrière la case, la forêt a quelques mètres, nos chats jouaient dans nos pattes.
    « La belle cabresse » et le « Dillon » commençaient à chauffer, et nous convoquions à Cayenne, Césaire, Bukowski, Malraux, Lafferière, Chester Himes, Henri Michaux, et un inconnu...
    La levée venait de passer, les moustiques nous lâchaient un peu et les brésiliens ne baissaient pas la musique. Le danseur créole m’avait sorti un recueil de poésie de Gallimard, d’un poète guyanais, rejeté par sa génération, et la france, qui avait du s’exiler aux états-unis, bien plus prompts à reconnaitre son talent, et à lui donner une place d’enseignant dans une fac...

    Si un riverain reconnaissait ce poète et se souvenait, lui, de son nom...

    « l’oppression du système colonial français de la première moitié du XXe siècle » Le colonialisme ne date-t-il que de 1900, M. Artus ?

    Ce qui nous manque, et nous manquera de plus en plus, c’est des poètes avec des « corones », des idées et du talent...

    • Tinhinane
      Tinhinane répond à Prolo du livre
      Médiatrice scientifique
      • Posté à 11h28 le 18/04/2008
      • Internaute 4901
        Médiatrice scientifique

      [« l’oppression du système colonial français de la première moitié du XXe siècle » Le colonialisme ne date-t-il que de 1900, M. Artus ? ]

      Juste un exemple, la colonisation de l’Algérie. 1830, le 31 janvier, le Conseil des ministres français décide d’organiser un débarquement en Algérie, alors sous régence ottomane. Le corps expéditionnaire embarque à Toulon le 11 mai, les troupes françaises le 14 juin, à Sidi Ferruch. Le Dey (régent) capitule le 5 juillet. La guerre de conquête sera longue et brutale. La France connaîtra une forte résistance qui se terminera par la Guerre d’indépendance en juillet 1962.

      • Prolo du livre
        • Posté à 11h39 le 18/04/2008
        • Internaute 12784

        Je sais bien... C’est pour cela que je posais (ironiquement) la question à M. Artus.

        Quant au poète dont je cherchais le nom depuis deux ans, je le retrouve par hasard : Léon-Gontran Damas
        Lien

        Le troisième de la négritude dont le nom est bien moins mis en avant.

        SOLDE
        Pour Aimé Césaire

        J’ai l’impression d’être ridicule
        dans leurs souliers
        dans leur smoking
        dans leur plastron
        dans leur faux-col
        dans leur monocle
        dans leur melon
        J’ai l’impression d’être ridicule
        avec mes orteils qui ne sont pas faits
        pour transpirer du matin jusqu’au soir qui déshabille
        avec l’emmaillotage qui m’affaiblit les membres
        et enlève à mon corps sa beauté de cache-sexe
        J’ai l’impression d’être ridicule
        avec mon cou en cheminée d’usine
        avec ces maux de tête qui cessent
        chaque fois que je salue quelqu’un
        J’ai l’impression d’être ridicule
        dans leurs salons
        dans leurs manières
        dans leurs courbettes
        dans leurs multiples besoins de singeries
        J’ai l’impression d’être ridicule
        avec tout ce qu’ils racontent
        jusqu’à ce qu’ils vous servent l’après-midi
        un peu d’eau chaude
        et des gâteaux enrhumés
        J’ai l’impression d’être ridicule
        avec les théories qu’ils assaisonnent
        au goût de leurs besoins
        de leurs passions
        de leurs instincts ouverts la nuit
        en forme de pallaisson
        J’ai l’impression d’être ridicule
        parmi eux complice
        parmi eux souteneur
        parmi eux égorgeur
        les mains effroyablement rouges
        du sang de leur ci-vi-li-sa-tion

        Lien

         
        • Tinhinane
          Tinhinane répond à Prolo du livre
          Médiatrice scientifique
          • Posté à 11h44 le 18/04/2008
          • Internaute 4901
            Médiatrice scientifique

          Le poète vous l’avez trouvé, j’arrête donc ma fouille dans mes « archives » mais pour ce qui concerne l’Algérie ma réponse était un « clin d’œil » à votre question qui était, me semble-t-il, un amical commentaire correctif à Artus.

        1 autres commentaires
    • Hubert Artus
      Hubert Artus répond à Prolo du livre
      Rue89
      • Posté à 12h17 le 18/04/2008
        rédacteur
      • Journaliste 56
        Rue89

      « l’oppression du système colonial français de la première moitié du XXe siècle » Le colonialisme ne date-t-il que de 1900, M. Artus ? » : bien sûr non ! ! ! Cette phrase est là pour contextualiser la période coloniale où est apparue la pensée de la négritude.

  • ESTEVE
    • Posté à 10h33 le 18/04/2008
    • Internaute 23620

    « De “Cahier d’un retour au pays natal” à “Une tempête” (“adaptation pour un théâtre nègre” de la pièce éponyme de “La Tempête” de William Shakespeare), l’œuvre poétique et théâtrale de Glissant[...] », écrivez-vous.
    Je suppose que c’est une étourderie syntaxique ou une coquille d’Hubert ARTUS, l’auteur de l’article ?
    Cela dit, vous me pardonnerez d’être un peu sceptique sur votre analyse, partagée par de nombreux critiques littéraires depuis quelques années. Même si j’ai beaucoup de considération pour Edouard GLISSANT et Patrick CHAMOISEAU, voire Raphaël CONFIANT qui m’a bien amusé avec « Le nègre et l’amiral », on a l’impression que ce discours sur « les lettres créoles » (ou le « tout-monde », pour parler comme GLISSANT) était surtout destiné à tuer le père (= CESAIRE). Lisez le « cahier d’un retour au pays natal » et le « discours sur le colonialisme » de Césaire, ou « Ethiopiques » de SENGHOR, vous conviendrez sans peine que la négritude, c’est à dire la réhabilitation de la culture nègre niée par le colonialisme (et non pas une vague « black pride », comme le croient bien des gens), c’est quand même autre chose sur le plan littéraire et politique que le bricolage idéologique de ces honorables écrivains qui ont tenté une captation de l’héritage ! A vrai dire, CESAIRE et SENGHOR laisseront leur oeuvre dans l’histoire de la littérature francophone où ils ont déjà leur place. Quant à ses héritiers présomptifs, permettez-moi d’attendre encore un peu avant d’en être convaincu...

  • Tinhinane
    Tinhinane
    Médiatrice scientifique
    • Posté à 11h32 le 18/04/2008
    • Internaute 4901
      Médiatrice scientifique

    De la part d’Hubert Artus j’attendais des liens à Edouard Glissant, c’est fait, mais Aimé Césaire a été également marqué par son appartenance au PC, même s’il l’a quitté par la suite, et par les surréalisme dont vous ne faites pas état, ça manque un peu...

  • Beryl
    • Posté à 12h01 le 18/04/2008
    • Internaute 25737

    Aimé Césaire est mort ! … Vive Aimé Césaire, homme libre, au royaume de la poèsie, et de l’amour pour la vie…

    ET INTERDIT AU PROGRAMME DU BAC, PAR LE MINISTERE DE L’EDUCATION NATIONALE...FRANCAIS...

    L’histoire humaine est jalonnée, de siècles en siècles, par des esprits créateurs qui ont « inventé » ce qu’on appelle, au sens le plus large, l’humanisme, et d’où sont nées, chez beaucoup grâce à leurs créations, les civilisations humaines.

    Homère, par exemple, est un symbole de la civilisation grecque - et l’on sait ce que la Grèce antique doit à l’influence de la civilisation africaine. La boucle est bouclée : Aimé Césaire est de ceux qui ont repris le flambeau des grands acteurs de l’histoire humaine, et restera dans la mémoire du monde comme le symbole de la diaspora africaine, et un des pères fondateurs - le Nègre fondamental - de la civilisation caribéenne, dans une ère nouvelle. Les racines de son oeuvre magnifique, flamboyante, essentielle, ne cessent et ne cesseront de répandre leurs fruits – « Fruit of the flower » (Countee Cullen, poète de la Harlem Renaissance), en offrant à toutes les générations futures, confondues, comme à tous les peuples noirs durant le XXème siècle, les bourgeons de la créativité, de l’espérance, et de la fraternité…

    N’oublions pas que le poète Césaire a puisé sa force créatrice comme son humanité profonde dans sa poèsie, « La poèsie, fleur inouïe du Je » (Connaître la poèsie - in Revue Tropiques) : « Si l’on veut me comprendre, c’est dans ma poèsie que je suis, je la relis, c’est là que je me retrouve… » (Nègre je suis, Nègre je reste- Entretiens par Françoise Vergès)

    Nelson Mandela et Aimé Césaire étaient les deux derniers grands acteurs historiques de notre temps, il nous en reste un. Lors du 50ème anniversaire du Premier congrés des écrivains et artistes noirs, en septembre 2006, à la Sorbonne et à l’Unesco, Aimé Césaire, en duplex depuis son bureau de Fortde France, a dit aux participants :
    « Je vous passe le flambeau… » Qui va reprendre celui de l’ « espérance » et de la « fraternité », ces deux mots-clé au cœur du combat et de l’œuvre du « Nègre fondamental » ! ? …

    POST-SCRIPTUM – Justement…

    Pour ne plus faire honte à la France, son ministre de l’Education Nationale devrait enfin se décider à réinscrire au programme de terminale littéraire, les deux oeuvres capitales de Aimé Césaire – « Cahier d’un retour au pays natal » et »Discours sur le colonialisme » - qui en ont été supprimées par décret ministériel, en 1998, suite à une Question écrite de Alain Griotteray, député (de droite) à l’Assemblée Nationale), ainsi qu’aux pressions de certaines associations de parents d’élèves, et, last but not least, l’intervention de certains professeurs de français… Motif brandi par ce député au réflexe identitaire et par des parents soucieux de protéger leurs enfants : ces oeuvres (alors inscrites au programme du Bac) « pouvaient nuire aux rapports raciaux entre les deux communautés. » Prétexte officiel invoqué in fine par le ministre, François Bayrou - ayant cédé à ces injonctions qu’il a reprises bon gré mal gré à son compte - « Aimé Césaire n’est pas assez représentatif de la littérature française » (sic…et il fut remplacé par Aragon, alors ennemi stalinien de Césaire – communiste libre, interdit de publication dans l’hebdo « Les lettres françaises », après sa « lettre à Maurice Thorez » et sa démission du PCF ,en octobre 56)

    En octobre 2006, un autre ministre de l’Education Nationale, Gilles de Robien (du même parti que le premier, l’UDF) a fait répondre par le Directeur des lycées à une demande de réinscription des deux œuvres en question. Or ce dernier nous explique, dans une longue lettre fort alambiquée, pourquoi « Cahier » et « Discours » ne seraient pas réinscrits au programme de terminale littéraire. Aimé Césaire - ancien professeur agrégé de français, censuré par ses pairs ! – a d’ailleurs été été informé de cette lamentable affaire dans tous ses détails. En somme, le député racialiste, ainsi que les professeurs de littérature française à l’école laïque et républicaine, reprochaient à Aimé Césaire, l’un, d’être anti-français, et les autres plaignants, que ses écrits ne fussent pas conformes, en quelque sorte, au postulat douteux énoncé par Rivarol : « Ce qui n’est pas clair n’est pas français ! … » Aimé Césaire qui, par son combat de toute une vie, a donné au monde l’exemple de la liberté, de l’égalité et de la fraternité, tout en donnant à la langue française l’œuvre la plus singulière et la plus universelle de son temps, a réagi, pour tout commentaire, par un « Ah bon… » laconique et (apparement) indifférent. En effet, que dire plus… lorsque – une fois de plus - les bras vous en tombent ! ? …Et si un Français se trouve alors en présence d’un des plus grands poètes modernes, noir, martiniquais, et de langue française, programmé aux examens scolaires dans les cinq continents (156 universités américaines), SAUF en France (non par simple négligence, mais par décret... d’identité nationale ! …), comment donc ce visiteur, par ailleurs blanc et « né sur les bords de la Seine », n’aurait-il pas profondément honte face à la crétinerie obscurantiste et l’intolérance incurable de certaines « élites » de son pays ! ? …

    JJL

    « Mon nom : offensé, mon prénom : humilié, mon état : révolté ; mon âge : l’âge de pierre. » (Et les chiens se taisaient – Aimé Césaire)

    • amatxo
      amatxo répond à Beryl
      • Posté à 20h46 le 18/04/2008
      • Internaute 13121

      Désolée,Beryl,mais vos affirmations véhémentes sont erronées ! Professeur de lettres(Terminales littéraires)il y a quelques années,j’ai eu le bonheur et l’honneur de travailler avec mes élèves durant 2 ans l’oeuvre difficile de Césaire « Cahier d’un retour au pays natal » ; les 2 années suivantes ce fut (entre autres écrivains)Senghor qui fut au programme officiel ce qui permit de familiariser les élèves à cette poésie si musicale et imagée tout en étant politique(concept de la négritude).Et j’ai le souvenir que ces lycéens littéraires ont été enthousiasmés par la découverte de ces 2 poètes et amis...

      • dudu
        dudu répond à amatxo
        • Posté à 21h15 le 18/04/2008
        • Internaute 13237

        Solidarnosc stéphanoise : merci Amatxo pour ce rectificatif qui s’imposait. Je ne suis pas toujours d’accord avec la voie officielle mais là... y a pas photo. Je recommande à Berryl la lecture des entretiens que Monsieur Aimé Césaire a récemment consenti à Madame ( je me rappelle plus ?) mais Berryl voudra bien et m’excuser et rectifier...
        Si elle me laisse quelques temps je préciserai mes sources, mais en attendant je vous salue bien toutes les deux.

         
        • Beryl
          Beryl répond à dudu
          • Posté à 02h28 le 19/04/2008
          • Internaute 25737

          Avec madame Françoise Vergès. ben oui, ai lu.Et beaucoup d’autres ouvrages de et sur Césaire.

          Lisez ma réponse précédente. mais je suis à peu près sûr, que (et pour desraisons qui lui appartiennent) mon contradicteur, ni vous, ne rectifierez rien quant à vos certitudes. cela s’appelle le négationnisme ordinaire.

          Quant à la position de Césaire sur cette affaire
          (qu’il était mieux placée que vous pour en être bien informé), je me réfère à sa réaction au comportement criticable de certains touristes Français, en martinique, et qui lui fut rapporté :

          Aimé Césaire (avec véhémence) - Que voulez-vous que ça me fasse ! ... JE M’EN BALANCE ! ... Les Français peuvent penser ce qu’ils veulent, et moi aussi, je peux penser ce que je veux... CE QUI M’INTERESSE, CE SONT LES MARTINIQUAIS...

          Et je me marre, lorsque j’entends l’inéffable Jospin rendre hommage au « poète martiniquais et PLEINEMENT français... »

          Réponse de Césaire (dans moult interviews) - Quant je suis arrivé en France, j’ai bien vu que je n’étais pas un Français comme les autres ! ...

          • dudu
            dudu répond à Beryl
            • Posté à 12h48 le 19/04/2008
            • Internaute 13237

            Merci pour cette précision le nom de Françoise Vergès m’échappait ; cordialement

          • amatxo
            amatxo répond à Beryl
            • Posté à 15h35 le 19/04/2008
            • Internaute 13121

            Quelle véhémence,Beryl ! ! ! D’une part vous ne me connaissez pas et je refuse donc que vous me fassiez un procès d’intention : votre remarque sur un « négationisme » de ma part me choque car j’ai toujours apprécié l’étude et la lecture d’auteurs de sensibilités différentes et donc votre jugement tombe à plat ! ! ! je vous conseille de lire et relire Montaigne qui vous apprendra la modération ! ..
            Ps : Senghor est né au Sénégal certes,mais bénéficia d’une bourse(méritée)de l’Etat Français ce qui lui permit de « faire » Normale Sup et il devint le 1er président de la République Sénégalaise au moment de l’indépendance : ce ne sont que des faits(j’ai toujours rejeté la notion de colonialisma !)

        3 autres commentaires
      • Beryl
        Beryl répond à amatxo
        • Posté à 02h12 le 19/04/2008
        • Internaute 25737

        Il est impossible que vous ayez fait étudier Césaire durant deux ans, car il a été retiré du programme de terminale littéraire après une année (CF. décision publiée au BO de l’Education nationale), suite à une décision de François Bayrou. Quant à Senghor, il n’a pas été inquité sur ce plan, en effet ; il n’était pas « français“- simplement ‘francophone’, suivant ce qualificatif dont ne veulent plus entendre parler les auteurs ainsi classés.Et puis, ce qui me semble inquiétant de votre part, est que vous ne semblez pas avoir lu ce que j’ai rapporté sur la lettre du Directeur des Lycée, précisant que, niet, les oeuvres de Césaire, supprimées il y a 10 ans, ne seront pas réinscrites (en tout cas sous la jusrisprudence De Robien, il n’en fut pas question).

        Je parle de TERMINALE LITTERAIRE, c-à-d DU PROGRAMME DU BAC.

        C’est votre réponse qui est erronnée.

        Si vous souhaitez plus de précisions, je peux vous les apporter. Dont le témoignage d’une prof de français, qui, elle, s’est battue pour que Césaire soit maintenu au programme, sans succès.

        Je le répète (avec ou sans véhémence) : Césaire est programmé dans toutes les écoles du monde (même au Japon !), SAUF EN FRANCE (le musée grévin culturel de l’Europe)

  • V comme vendetta
    V comme vendetta
    Ecrivain
    • Posté à 12h32 le 18/04/2008
    • Internaute 24299
      Ecrivain

    Un poète n’est bon que mort.
    Humanisme, philanthropie ? Quel rapport avec la littérature ?
    De quoi parle t-on exactement ? De politique ? Ou de Littérature ? Césaire était poète, ou noir et poète ? Pourquoi faîtes-vous tant attention à la couleur de peau de l’écrivain, surtout si il est noir ? Pourquoi racialisez-vous la poésie en la retournant vers les mots de la tribu ?
    Pouchkine n’était ni humaniste ni philanthrope ; pas plus que Swift, Nietzsche, Baudelaire, Rimbaud, Flaubert, Orwell, Mishima, Toni Morrison, etc. etc.
    Citez moi un seul grands écrivains humaniste et philanthrope ? De ceux qui refusent, dans leurs oeuvres mêmes, toutes récupérations panthéoniques ? Le poète hait toute communauté, vomit l’humanité, ignore ses contemporains par définition.
    L’amalgame totalement délirant et hystérique entre politique et littérature est mortifère. Surtout de nos jours. Ce texte plus haut en est le symptôme le plus risible, la poésie contre la mondialisation, vraiment n’importe quoi...
    Césaire était un poète/politique (Lien) bien dans le sens du vent de la communauté ; il eut, comme Senghor, les honneurs de son vivant ; il fut maire pendant plus de 50 ans ! il finira au panthéon, adoré par toutes les grenouilles de La Fontaine.
    Au XVIe, on pouvait se permettre de faire de la politique, et d’écrire de grand livre, voyez Montaigne. Ne rêvez plus : ce temps est derrière nous depuis des lustres, quelques catastrophes sont passées par là.

  • raoul le magnifique
    • Posté à 12h57 le 18/04/2008
    • Internaute 38441

    L’hommage national rendu à Aimé Cesaire prouve le formidable boulversement ethnique de la France....Il y a trente ans, jamais un hommage national n’aurait été rendu à Aimé Cesaire

  • pikasso02
    • Posté à 14h14 le 18/04/2008
    • Internaute 10134

    Bon voyage Monsieur Aimé Césaire.
    Quelqu’un pourrait-il me dire si Aimé Césaire s’est exprimé sur le musée des arts premiers du quai Branly ?

  • hogan
    hogan
    actif
    • Posté à 14h20 le 18/04/2008
    • Internaute 25474
      actif

    Chirac a dit d’Aimé Césaire qu’il était « un homme de lumière ». C’est incroyable le nombre d’hommes politiques qui voient la lumière mais qui sont incapables de la suivre, ce qu’à dit Chirac n’en reste pas moins exact.

  • Parti_Poéthique
    Parti_Poéthique
    Dans tous ses Etats et cris
    • Posté à 14h26 le 18/04/2008
    • Internaute 5741
      Dans tous ses Etats et cris

    Et si faire couler beaucoup d’encre menait l’homme à faire des vagues ?

    °°°°°

    Dans un contexte que l’on sait (tellement bien qu’il s’oubliera) le verbe
    blessé par la claque reçue multiple en plein langage, le 6 mai 2007,
    naissait le Parti Poéthique, nu et sans étiquette autre que celle que son
    nom indique.

    Considérant qu’un manifeste est, avant tout, la manifestation de mots,
    inspirés par leurs sens, cortège de graines et de fruits, arborescents,
    unis par leurs aspirations en pousse, vint alors s’exposer tel quel le noir
    sur blanc formulé ci-après.

    NB : La version vidéo ci-dessous rend compte, au plus près, de la
    manifestation francophone entamée le 14 mars 2008 jusqu’à ce jour et sans
    fléchir.
    Les 1845 caractères à l’origine du mouvement (800 selon la police)
    s’étaient donnés les 312 mots pour défiler à la lettre, fidèles à
    leur naissance. Aucun incident n’a jamais été déploré bien que le
    nombre de sympathisants, par les yeux tout au moins, ne cesse de croitre
    chaque jour.

    Lien (Lien)

    Lien

    A suivre...

  • Akaz
    Akaz
    Malfini
    • Posté à 15h04 le 18/04/2008
    • Internaute 30066
      Malfini

    Pour Esteve,

    Réduire Glissant ou Chamoiseau à une tentative de captation de l’héritage de Césaire c’est osée, mais ça montre surtout une belle ignorance.
    Parlons d’abord littérature :
    L’oeuvre de Glissant est au moins égale (pour moi bien supérieure mais c’est un autre problème) à celle de Césaire.
    Chamoiseau, comme Confiant, ne font pas de poésies, ni de tragédies. Mais Chroniques des Sept Misères dit tellement de choses, tellement de choses, que tu ne peux saisir, ni comprendre manifestement.
    Césaire c’est du sérieux, c’est du lourd, c’est souvent de l’indigeste. Il est ou le cyclone promis par le poète ? Dans son cri ? Un cri qui n’était que personnel, un cri qui n’était qu’un cri, le cri césairien enroue, fatigue, conforte, rassure... Avant la bataille, ne vaut-il mieux pas être silencieux(Sun Tzu) ? Le tigre crie-t-il sa tigritude avant d’attaquer(Soyinka) ?
    L’oeuvre de Césaire est parsemé de pépites mais aussi de morceaux imbouffables ou le nègre joue au nègre, fait l’africain, puis le tiers mondiste, le communiste aussi. Césaire c’était aussi souvent le pantomime.

    Parlons identité, reconnaitre sa part nègre certes, mais la surjouer à un tel point. Il est ou l’indien, le libanais, il est ou le créole chez Césaire ? Césaire c’est plus que la critique de la situation coloniale, c’est la détestation de sa batardise, c’est la détestation de la batardise de ses frères, c’est la détestation de cette île qui le renvoie à sa batardise.
    Alors il n’y a d’identité que dans la fuite : fuite dans l’Afrique, fuite dans le nègre, fuite dans la france, fuite dans l’Occident. Toujours les mêmes obsessions, l’Occident, La France, l’Afrique, L’Amérique( que ce soit Lynch ou Langston Hugues), mais elle est ou la petite Martinique ? La Caraibe ce n’est qu’Haiti ?
    Césaire voulait que la Martinque ne ressemble pas à la Martinique, qu’elle soit ci ou ça, mais surtout pas qu’elle développe sa propre originalité. Toujours la transfiguration, toujours le rêve utopique. Pourquoi ?
    Chez Césaire, nous n’avons pas de génie, aucune trace, rien du tout, vraiment ? Le seul génie c’est lui. D’ailleurs toute son oeuvre est messianique, tellement messianique qu’on peut comprendre qu’il ait accepté d’être visité comme un monument pendant autant d’années. Césaire c’est la posture de la Figure.
    Et c’est là qu’il se fait bouffer par Glissant. Tellement plus martiniquais, tellement plus drôle, tellement plus fou, tellement inconstant (rendre l’inconstance par l’écriture vous avez essayé ?), changeant, trouble.
    Chez Confiant ou Chamoiseau, c’est Glissant qu’on essaye de capter, pas Césaire, vraiment pas.
    Mais Césaire fait plus sérieux, plus français en fait, très creux au fond.

    Je ne saurais trop vous conseillez de lire « Aimé Césaire, une traversée paradoxale du siècle » de Raphaël Confiant, seul ouvrage véritablement exigeant sur l’oeuvre et la vie de Césaire.

    Ps : Sur les programmes scolaires, « Discours sur le colonialisme » est une oeuvre d’une insupportable faiblesse, tellement moins bien que Frantz Fanon ou V.S Naipaul. Chez Césaire, il faut chercher sa poésie, Cahier/ Soleil Cou coupé/ Cadastre, ou son théâtre notamment La tragédie du Roi christophe ou Une tempête.

    • ESTEVE
      ESTEVE répond à Akaz
      • Posté à 15h59 le 18/04/2008
      • Internaute 23620

      Merci de tes conseils, mon cher AKAZ...
      Il se trouve que j’ai lu avec beaucoup d’intérêt depuis longtemps (je ne suis plus tout jeune) GLISSANT, et CHAMOISEAU (depuis « Chronique des sept misères », son premier roman, à une époque où personne, même en Martinique où je vivais, ne le connaissait, sauf comme... scénariste de bandes dessinées). Je ne prétendais pas porter un jugement de valeur sur leur oeuvre, mais simplement donner mon humble avis sur celle de CESAIRE et la polémique littéraire qu’ont suscitée il y a quelques années les thèses de CHAMOISEAU et CONFIANT, sous le parrainage de GLISSANT ; polémique qui me semblait être reprise dans l’article ci-dessus.
      Pour le reste, chacun est libre d’apprécier ou non telle ou telle oeuvre littéraire particulière : n’est-il pas vain de dire pour autant que les autres sont « ignorants »... Et je ne dirai rien des jugements péremptoires sur CESAIRE lui-même...

      Petite remarque sur les programmes scolaires : chaque professeur de Lettres est totalement libre d’étudier les oeuvres qu’il souhaite dans le cadre des programmes généraux. Vous seriez surpris en Martinique - et même en métroppole - de relever le nombre de candidats au bac qui présentent des études de textes de Césaire, voire de GLISSANT ou CHAMOISEAU !

    • Unstern
      Unstern répond à Akaz
      • Posté à 01h54 le 21/04/2008
      • Internaute 26295

      @ Akaz

      Je n’ai pas tout lu, loin de là, de l’œuvre de Césaire… (Hou la, après un pareil début, je sens que je vais me faire flinguer !)

      …Mais ce que j’en connais, depuis déjà pas mal d’années, s’est comme instantanément imposé à moi. Je pense par exemple à « Batouque », mais je pourrais citer bien d’autres poèmes.

      Une parole poétique qui sait ainsi vous rejoindre, et vous suivre au long de la vie, court chance, je crois, de ne pas être absolument négligeable…

  • Akaz
    Akaz
    Malfini
    • Posté à 15h10 le 18/04/2008
    • Internaute 30066
      Malfini

    J’ai oublié de rajouter, « tellement plus martiniquais, tellement plus universel » car c’est en creusant son petit lopin de terre que l’oeuvre se crée. Césaire n’a rien creusé il est resté à la surface(ils sont plus ou moins tous noirs, donc il sont nègres, Point !), et son petit lopin de terre ne ressemble plus à rien.

  • pikasso02
    • Posté à 15h18 le 18/04/2008
    • Internaute 10134

    Merci Aimé Césaire d’avoir mis l’accent sur la négritude.
    Pourquoi avoir parlé de l’humanisme nègre avec la langue des colonialistes ? Vous ne pouviez pas faire autrement ! Le nègre est devenu un humain aux yeux des occidentaux. Mais ce nègre maltraité pendant des décennies par les blancs qui finirent par lui faire comprendre qu’il n’était qu’un « nègre », a grâce à Senghor et Césaire pu entamer un retour sur ses propres racines, sur son humanité première. Je ne crois pas que la littérature puisse suffire pour retrouver les sources. Un travail sur l’humanisme Africain reste à faire. Aussi important que le travail de Champollion avec les hiéroglyphes. L’Afrique qui ne possédait pas de langage écrit, possédait un autre langage. Le langage des formes et des signes. Tant que ce langage des signes, actuellement existant pour les sourds mais pas pour les œuvres plastiques, ne sera pas reconnu comme langage pour penser, sans passer par les mots, l’Afrique et l’art ne changeront pas. Le mimétisme leur permit de se construire une culture passée dans les œuvres plastiques disséminées dans le monde et dans les danses, qui continuent de se raréfier ou devenir folkloriques. L’humanisme doit-il passer par l’écriture pour être reconnu ?

    Lien

  • Akaz
    Akaz
    Malfini
    • Posté à 15h47 le 18/04/2008
    • Internaute 30066
      Malfini

    Et Damas, dit, il compte pas ?
    C’est marrant qu’on l’oublie...Pourtant qu’il est dense, qu’il touche juste Damas. Mais un nègre qui s’appelle Damas ça ne doit pas faire sérieux, on pourrait penser que là-bas l’amérindien fut, que l’Indien d’Inde fut plus bas que le Noir, que le « Syrien » ou le polonais y posa ses pates. Damas, Damas ?
    Une troisième personne, une troisième partie, des échanges qui ne passe pas forcément par l’Afrique ou l’occident, c’est trop compliqué tout ça.
    Césaire, Senghor, Le Nègre-Rebelle « Mr Fillon nous avons besoin de vous » et le Nègre-Catholique-Académicien « La raison est héllène ».

  • Incorrect
    • Posté à 16h24 le 18/04/2008
    • Internaute 27464

    On va encore nous bassiner pendant tout le week-end avec Césaire et le concept de négritude. Concept qui n’est que l’aveu du rejet du blanc et de l’enfermement communautariste. Sa place n’est pas au Panthéon.

    • hogan
      hogan répond à Incorrect
      actif
      • Posté à 19h17 le 18/04/2008
      • Internaute 25474
        actif

      Qu’avez-vous lu ou entendu de Césaire ? Vous semblez ignorez tout de sa pensée, Césaire n’a jamais rejeté l’homme blanc enfin, ce n’est pas parce-qu’on défend la négritude qu’on rejète la blanchitude. Mon chère incorrect, vous avez la sale habitude de prendre les raccourcis qui vous évitent de vous fatiguer, mais ce sont les plus dangereux, un jour vous tomberez, on vous regardera à terre et personne ne vous aidera à vous relever.
      PS : vous n’êtes pas du tout incorrect, bien au contraire vous êtes excèssivement prévisible, par contre vous affligeant. Je n’ai pas de pastille pour vous, par contre pour une bonne grosse pillule...ça se discute.

    • compte supprimé 24
      • Posté à 01h02 le 19/04/2008
      • Internaute 8330

      Et toi l’Incorrect, n’es-tu pas toi aussi d’une communauté bien enfermée ?

      Je serais nègre, je n’aurais pas une seule raison d’aimer l’homme blanc. Sois content.

    • alcofribas
      alcofribas répond à Incorrect
      Etudiant
      • Posté à 11h13 le 20/04/2008
      • Internaute 30335
        Etudiant

      Aimé Césaire n’a jamais prôné le communautarisme.
      Il a simplement voulu les mêmes droits en Martinique qu’en métropole.

      Je ne vois pas en quoi le fait d’être fier d’être noir (c’est mon cas) est le rejet du blanc.
      En quoi être fier de la culture noire, c’est le rejet du blanc ?

      développez...

  • suffren
    • Posté à 17h56 le 18/04/2008
    • Internaute 30483

    ===> Incorrect–>Malheureusement ca ne se limitera pas au WE...J en ai deja ras l’bol.Quant au Pantheon il n a rien a y faire.Qu il reste a la martinique.Ca fera un lieu de pelerinage.

  • Jaycib
    Jaycib
    Désagrégé de l'Université
    • Posté à 19h47 le 18/04/2008
    • Internaute 37053
      Désagrégé de l'Université

    Juste un aparté, pour ainsi dire :

    Senghor et Césaire ont toujours cru à l’alliance indispensable entre humanisme, négritude et arabité.
    Il n’y a pas eu de gens plus empreints de la nécessité d’une telle association que ces deux là. Et on veut prêter à Césaire une aspiration communautariste ? ? ?

  • durdan
    durdan
    prof à la retraite à Tinqueux
    • Posté à 10h41 le 19/04/2008
    • Internaute 38938
      prof à la retraite à Tinqueux

    18 04 1988 ? ? celui-là n’a sans doute rien fait pour l’humanité ...dans l’hypothèse d’un au- delà,il est sûrement heureux d’avoir échappé à la présence d’un chef
    d’état à ses obsèques ; c’était déjà assez chiant de mourir avant l’âge.
    Aurait-il écrit un manifeste de la blanchitude ? ...J’aurais aimé..cet air.
    Nègre ,noir. Evidemment,le mot date....mais c’est parce que les« blancs » futurs con quistadors ou découvreurs avaient la vue basse qu’il fallait pérenniser le vocable avec l’invention de la négritude..même si on était encore en plein colonialisme.
    Résultat,c’est toujours les mêmes qui ont le fric et toujours les mêmes qui sont exploités ; quelle révolution !
    bon,c’est pas grave.... : si tout se passe bien,d’ci quelques décades,le mix des populations devrait engendrer des teintes de peaux plus nuancées et les rouges ,les jaunes ,les noirs etc seront noyés dans les autres couleurs du cercle chromatisomique–y a pas qu’Chirac qu’a l’droit d’inventer des mots,d’abord–.

  • Tanusha
    • Posté à 15h04 le 19/04/2008
    • Internaute 27370

    Maintenant il nous reste gaston quel man. Le représentant des noirs en France. C’est pas beau ça ?

  • Akaz
    Akaz
    Malfini
    • Posté à 15h34 le 19/04/2008
    • Internaute 30066
      Malfini

    « CESAIRE et la polémique littéraire qu’ont suscitée il y a quelques années les thèses de CHAMOISEAU et CONFIANT, sous le parrainage de GLISSANT ; polémique qui me semblait être reprise dans l’article ci-dessus. »

    Il ne me semble pas qu’une quelconque polémique soit reprise dans l’article, mais bien au contraire que l’auteur de l’article tente de montrer une continuité entre Césaire et Glissant. A un tel point que c’est parfois, un peu, « capillotracté ».

    Mais malgré tout vous dites « Lisez le “cahier d’un retour au pays natal” et le “discours sur le colonialisme” de Césaire, ou “Ethiopiques” de SENGHOR, vous conviendrez sans peine que la négritude, c’est à dire la réhabilitation de la culture nègre niée par le colonialisme (et non pas une vague “black pride”, comme le croient bien des gens), c’est quand même autre chose sur le plan littéraire et politique que le bricolage idéologique de ces honorables écrivains qui ont tenté une captation de l’héritage ! »
    Ou encore « Quant à ses héritiers présomptifs, permettez-moi d’attendre encore un peu avant d’en être convaincu... »

    L’un est sérieux, fondamental, s’inscrit déja dans a grande histoire de la littérature francophone, les autre pratiquent le bricolage idéologique ! !
    Qualifiez de bricolage idéologique l’oeuvre de Glissant c’est assez intéressant. Vous le justifiez comment ?
    Idéologiquement, Césaire est daté, parfois simpliste, Césaire ne connait pas l’Africain et cherche son mirage dans tous les gestes de l’Antillais. Que fout un tigre dans les contes antillais, dites moi ? C’est l’Afrique éternelle qui s’y exprime ? C’est quoi l’Afrique ? Tous les Africains ont les mêmes coutumes, les mêmes tics ? Quand je gratte mon identité que j’enlève toutes les pelures (vous pouvez m’expliquer comment je fais ?), au fond, je trouve un nègre ? Et si je trouvais un Caraibe ? Un Indien ? Pire, un blanc(les fameux « silaires » qui coulent dans les veines de l’ami Césaire) ?
    400 ans d’histoire séparé qui, de fait, me crée un destin différent, mais me voilà un Nègre, chez Césaire, il n’y a pas eu d’histoire antillaise.
    Dites, monsieur Esteve, c’est comme ça que ça marche l’identité, au fond de nous y’a un moi irréductible,un socle inébranlable ? Ce n’est pas n’importe quoi ? Nietzsche vous connaissez ? Il pratique aussi le bricolage idéologique ?

    Glissant puis Chamoiseau et Confiant, ont posé les bonnes questions, mais ont ne peut pas toucher à ceux qui ont déja leur place dans l’histoire de la littérature francophone. Alors quoi la négritude est indépassable, incritiquable ? Donc ce qui fonde l’étude en littérature c’est la figure d’autorité et pas la qualité des oeuvres ?

    Césaire, tout content de sa trouvaille, a passer sa vie à la répéter, à ne jamais la remettre en question(là ou un Glissant remet totalement en question son « Discours antillais »),un homme monolithique et il suffit de voir l’inscription de la césairitude dans le paysage martiniquais pour comprendre. La négritude c’est une pensée qui ne bouge pas. Si peu surréaliste...

  • Jack-the-Ripper
    • Posté à 05h05 le 20/04/2008
    • Internaute 18403

    ...C’est bien une civilisation entière que l’on tente de faire crever : celle du « blanc » contemporain...on reprend le crin-crin de l’esclavage et on tente de lui coller toute la culpabilité possible...Merde,que je sache,CESAIRE bouffait confortablement dans la gamelle du « blanc »,non ? ...Prof,maire,député,proche des présidents,etc,(on peut dire qu’il nous aura bien enculé celui-là...).cette double hypocrisie ralliée à la cause identitaire,communautariste,pour ne pas dire RACISTE,cache une piètre qualité poétique - avis d’experts plus qu’éclairés et nombreux sur ce domaine...une lettre d’introduction de BRETON et le voilà « césairisé »,et on en oublie que le surréaliste impuissant conseillait de « tirer sur la foule,au hasard... »,comme un geste absolu de dévotion à la noble cause de sa poétrie de bas-étage,sanctuarisée par le terrorisme intellectuel issu de 68,transformé dernièrement en mandarinat de l’édition...Puis vint la section idéologique du PC et de ses « oublis » de l’histoire(100 000 000 de morts,disparus dans les camps,goulags,pogroms,etc...),et voilà « not’brav’nèg’ » tirer la barre à droite chez CHIRAC,GISCARD,etc...
    Malheureusement,SARKOZY,tout en rechargeant son karcher,renacle aux sirènes de la redition spontanée à la « négritude » - pas question de considérer les citoyens de la Rép. en spécificités catégorielles ! Tous français,ou dégages ! ...Bien vu,mon bon,à l’heure ou le Chinois « accuse“(avec les moyens s’entend...5000 chinois voués au ‘patriotisme national’ dernièrement,sur les Champs,tentent d’agenouiller Robert MENARD,des fois que ce dernier révise sa copie et affirme ne pas avoir vu ce qu’il a vu...Compliqué,mais simpliste pour la bien pensance gau-gauche française.Fallait y penser !)
    ...Gentils noirs et méchants blancs,on a du mal à passer à la couleur...Mais tout ceci vend de la lacheté et du TGV(en Chine et à bon compte...)pour presque pas un rond.Et si la pirouette finale impose que le Tibétain est un salopard qu’il faut exterminer également,et bien c’est sans complexe qu’on le rajoute dans le panier de la ménagère...Alors je dis,bravo le parti socialiste,bravo le parti communiste.Vive BESANCENOT et sa révo inter-ethnique,qui nous expliquera que les ‘blancs’ n’ont pas été ‘bons’ dans l’Histoire,et qu’ils méritent de crever EGALEMENT et LEGALEMENT avec les enfoirés de tibétains et de TOUT ce qui se met en travers du communisme international(qu’importe le flacon...).Debout les ‘damned’ de la Terre,foutons CESAIRE au panthéon,pas pour y entrer,mais pour qu’il n’en sorte plus...Malgré quelques reditionnistes(jaurés,monnet...),sa place est réservée...Le CRAN demande une plaque,déjà...Tout le circus de la ‘sociale démocratie’ va se mettre en branle,puis suspense,...la dépouille de CESAIRE retourne à la Guadeloupe,là ou le poête faisait un carton...un conglomérat d’aigreur lui réserve un bel hommage(quand il s’agit de casser du ‘blanc’ et de caser du ‘nègre’,y a pas d’soucis..),mais ouf,nous voilà sauvé,il n’y aura pas de transcendance panthéonomique mais une reconnaissance ETERNELLE,qui avec SANGKOR avait inventé le concept le plus raciste qui soit,la ‘négritude’ à l’apanage d’un monde noir et sans partage(PSF : Populisme Sans frontières ni couleur de peau,les POUJADE là-bas aussi font leur job !)...‘PAINT IT BLACK’,chantait les STONES en 65...En 2008,la couche de fond commence à prendre...reste mon poète,bien à moi,Léo FERRE,qui en la matière sussurait ironiquement :
    ”...je suis un nègre blanc qui se fait chier à bouffer du cirage,parce qu’il en a marre qu’on l’appelle “sale blanc” ! ... »

    • Unstern
      • Posté à 01h37 le 21/04/2008
      • Internaute 26295

      @ Jack the Ripper

      Z’êtes vraiment du genre gerbant, m’sieur Jack…

      • compte supprimé 24
        • Posté à 02h04 le 21/04/2008
        • Internaute 8330

        En plus c’est faux, Léo Ferré à écrit :

        « Je suis un nègre blanc qui mange du cirage
        Parce qu’il se fait chier à être blanc, ce nègre,
        Il en a marre qu’on lui dise : “ Sale blanc !”

        Ce qui n’est pas pareil.

        En outre, extraire une phrase de son contexte, particulièrement avec une ode tripale telle qu’ “Il n’y a plus rien”, c’est cracher à la gueule du poète blanc comme tu l’as fait sur celle du poète noir.

        Unstern : vomissons de concert, si tu veux bien.

  • polore
    • Posté à 08h36 le 20/04/2008
    • Internaute 1343

    allons, allons... en bon normalien chef de file, césaire s’est offert un beau néologisme communautariste, qui a servi de paravent à des politiques planplan et sert encore aux ’nègres’ établis des organismes internationaux et éditoriaux.. l’arrivisme collectif n’est qu’un arrivisme. Le gratin n’a pas de couleur...Vous me voyez en train de chanter ma juifitude ? ? ?

  • Jack-the-Ripper
    • Posté à 13h57 le 22/04/2008
    • Internaute 18403

    ...Ouais,ben ça revient à dire la même chose,bande de connards...vous jouez les indignés,trés bien...NIETZSCHE disait que chez ceux-là,il y avait beaucoup de mensonges et de manque de sincérité...pour donner des leçons,vous r’passerez.

    • compte supprimé 24
      • Posté à 14h33 le 22/04/2008
      • Internaute 8330

      Toi mon gars, tu me reliras *tout* le grand Frédo et après on en recause quand tu veux. Le petit Adolf aussi l’avait mal lu, tu sais.

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