L'ardoise

Le carnet de bord de Zacharia Dosseur, jeune prof de ZEP.

Linguistique de ZEP : « Ah l'bâtard, elle m'a exclu ! »

Zacharia Dosseur
Enseignant en ZEP
Publié le 30/06/2007 à 11h06

Quelques jours seulement sans élèves, à corriger le brevet ou égrener les réunions pour préparer l’an prochain. En jetant des papiers, je relis le rapport d’une collègue qui avait exclu un de mes élèves qui l’avait « traitée de bâtard » et repense au cocasse petit cours de linguistique fait ensuite par l’élève pour se défendre et se justifier.

« Ben m’sieur, vous voyez, j’ai juste dit à Ferdinand : ’Ah l’bâtard, t’as vu tous les devoirs pour demain’, et elle s’est énervée, elle a dit que je l’avais traitée de ’bâtard’, mais ’Ah l’bâtard’, ça veut pas dire ça m’sieur, c’est une expression automatique, on le dit tout le temps, pour dire, je ne sais pas moi, ’Aîe’, ’Mince ! ’ ou ’Oh la la’.

“ Vous voyez, par exemple, on dit souvent, ’Ah l’bâtard, j’ai fait tomber ma trousse’, ou ’Ah l’bâtard, vous avez vu Paris a gagné ! ’, même on pourrait dire ’Ah l’bâtard, elle a une faim de loup’, ça veut pas dire qu’elle c’est un bâtard, ni le loup, ça veut juste dire ’Oh la la, elle a une faim de loup’.

‘ Et puis c’est une femme, si j’avais voulu l’insulter, j’aurais dit Ah la bâtarde ! ’.’

Evidemment, pour les utilisateurs de l’expression qui n’ont pas envie de rester toute l’heure en classe, c’est un ticket pour l’exclusion de cours, il suffit de dire tout fort : ‘ Ah l’bâtard, j’ai oublié de souligner le titre en rouge’ , pour qu’un professeur adepte des ‘ Dehors ! éjecte l’élève pour Insulte au professeur’ .

Facile ensuite pour l’exclu d’expliquer au CPE qu’il n’a pas insulté mais juste dit ‘ Ah l’bâtard ! et d’y aller de son petit cours de linguistique pour expliquer qu’il voulait simplement dire Aïe’ . Les mouvements et inventions de la langue affluent des cités. Parfois c’est une force reposant sur de méandreuses ambigüités, et ce soir, quel professeur n’aurait pas envie de s’écrier : ‘ Ah l’bâtard, Darcos veut supprimer 10 000 postes !

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  • Anonyme

    Il m’est arrivé - en 3e - de m’exclamer tout haut, en entendant le titre du devoir qui nous attendait : « ah la vache, c’est pas simple ! »

    Mon prof a souri, ne s’est pas senti agressé, n’a pas cru que je le traitais de vache.
    Le « bâtard » a remplacé la « vache » et la parano des enseignants a grandi à un point... oh putain !

    • Rhaouline
      Rhaouline
      En colère
      • Posté à 16h36 le 30/06/2007
      • Internaute 10550
        En colère

      Quand bien même il ne s’agit pas d’une insulte, je ne trouve pas normal d’utiliser ce genre d’expressions, surtout en classe. L’école doit nous apprendre à maîtriser notre langue. Comment voulez-vous comprendre le monde dans lequel vous vivez si vous ne parlez pas correctement ? De plus, je considère qu’un langage correct est un signe de respect pour notre interlocuteur.

      • Anonyme répond à Rhaouline

        Je ne vous apprends pas qu’une langue possède plusieurs niveaux, c’est ce qui fait sa richesse. Passer de l’argot au mode d’expression le plus élaboré, c’est cela qui vous permet de comprendre le monde dans lequel nous vivons.
        Je suis issu des milieux populaires, j’ai conservé les mots de la rue (où je me fais comprendre) et j’en suis fier, ce qui ne m’a pas empêché d’acquerir un peu de vocabulaire et de tournures propres à me faire comprendre dans les « salons » avec toute l’hypocrisie que cela suppose.

        je peux traiter quelqu’un de con en le respectant énormément, et dire « ma chère » à une pétasse en me foutant royalement de sa gueule.
        le respect c’est autre chose.
        Montrer du respect à l’autre c’est commencer par parler sa langue surtout s’il n’a pas eu la chance d’apprendre davantage.
        Et c’est quand même malheureux que ce soit à un homme de droite comme moi de rappeler ça !

         
        • Rhaouline
          Rhaouline
          En colère
          • Posté à 18h29 le 30/06/2007
          • Internaute 10550
            En colère

          Votre réponse m’a obligée à relire ce que j’ai écris précédemment et à y réfléchir de nouveau (ce qui est l’intérêt de ce genre de discussion). En effet, il est très facile de mépriser quelqu’un tout en lui parlant « correctement » (pour citer un autre exemple que le votre, le tutoiement est réservé à nos amis alors que l’on vouvoie les inconnus ou les personnes avec qui on veut garder une certaine distance).
          Je me suis donc mal exprimée en disant qu’un langage correct est un signe de respect.
          Néanmoins, il ne faut pas dire que ce jeune homme « n’a pas eu la chance d’apprendre davantage ». Etant scolarisé, il a l’opportunité d’apprendre justement. Le jeune homme dont il est question ne fait donc pas preuve de respect envers sa prof en parlant un langage inapproprié en classe.

          • Anonyme répond à Rhaouline

            Je vous concède que ce n’est pas très heureux : -)

            mais bon... c’est un cri du coeur. Dans quelques années quand il sera expulsé d’un cours il sortira en récitant « mignonne allons voir si la rose... »

          • noufnouf
            noufnouf répond à Rhaouline
            • Posté à 17h33 le 01/07/2007
            • Internaute 11664

            Je suis d’accord avec vous pour dire qu’il faut savoir adapter son language en fonction de la personne à laquelle on s’adresse. Mais dans ce cas précis, je ne pense pas que l’élève se voit dans un milieu social différent de celui qu’il va retrouver à la sortie de l’école. Cette phrase m’a l’air beaucoup plus destiné à lui même ou à ses collègues de classe. Il est fort probable que ce même élève, en face à face avec son professeur, adopte un language plus adéquat (ou du moins face des efforts).
            Heureusement que chez nous, on ne renvoie pas un élève à chaque, O putain ! !

        • Anonyme

          Je saisis l’occasion pour remettre certaines pendules à l’heure, je m’explique : ce que je lis me donne envie de rappeler ce que je dis tous les ans à mes élèves dès le début de l’année. La politesse est une obligation pour chacun de nous, c’est ce qui permet le vie en société, entre autres. Par contre, le respect n’est pas un dû, ni une obligation, on respecte quelqu’un une fois qu’on a appris à le connaître et qu’il a mérité ce respect ; un peu comme la confiance, le respect se mérite. Ce n’est pas parce qu’on dit bonjour à quelqu’un qu’on le respecte, ça n’engage à rien, c’est juste une marque de politesse. Une fois que les élèves ont compris ça, tout va mieux, enfin un peu mieux.

        • Anonyme

          Une femme de gauche comme moi, qui, étant professeur de français, s’intéresse de près à la linguistique, aux différents niveaux de langage et à l’expression des sentiments d’êtres humains envers d’autres êtres humains, vous répond ceci :

          lorsque je respecte énormément quelqu’un, je ne le traite jamais de con ; et même, si c’est possible sans mettre personne mal à l’aise, si j’en trouve l’occasion, je m’efforce de manifester mon respect - de façon littérale mais non servile - je ne dis pas que j’y arrive toujours, mais je m’y efforce.

          Lorsque je n’apprécie pas quelqu’un, je ne lui dis pas « ma chère », ou « mon cher » ; je ne me réfugie pas derrière une ironie bien pensante, mais qui ne trompe personne. Je me contente de prendre un peu de large, et d’aller voir d’autres personnes qui me semblent plus intéressantes - et ces personnes ne manquent pas...

          vous nous expliquer comment « montrer du respect » ; mais le respect n’est pas qu’affaire d’apparence ; et mon caractère littéral me pousse à vous répondre que de mon point de vue, le moyen le plus simple pour montrer du respect à l’autre... c’est encore de respecter l’autre.
          Et quand je complimente mes élèves, qui n’ont pas eu la chance, ni même encore le temps, d’acquérir autant de vocabulaire que moi - ils me comprennent toujours...

      • Anonyme répond à Rhaouline

        Langage correct et maîtrisé... Respect... Sens de l’Altérité... Convivialité... !

        Toutes choses que l’on souhaiterait en effet, voir vivre et s’appliqer, dans le « rapport à l’autre » quelque soit la sphère considèrée... !

        L’atmosphère ambiente étant au retour des grandes
        « Valeurs » - travail - effort - mérite... Quid de l’exemple... ?

        Lorsque l’on voit le spectacle, que lui donne la France du « Tout en haut »...

        Sarkozy : « RACAILLES »
        Devedjian : « SALOPE »
        Télé-réalité poubelle, s’attaquant aux fondements même du « vivre ensemble »

        Comment la France du « Tout en bas », parviendrait-elle et serait-elle incitée, à mettre en pratique ces beaux idéaux... ?

        N’est-il pas vain d’espérer l’avénément de
        « générations spontanées », d’êtres respectueux, civilisés... ?

      • Anonyme répond à Rhaouline

        dans certaines régions de Frances, ce genre d’idiome et d’expression illustrent et reflètent la culture locale, et même parfois la richesse linguistique d’une région....la notion de morale, et/ou de « français correct » est une notion subjective relative à une certaine forme de culture française....celle qui justement a du mal à intégrer une autre notion, celle de la diversité culturelle, ou de la multiculturalité....on peut continuer de réprimer des enfants et des jeunes, parce qu’ils parlent leur langage de la rue au collège, et continuer d’ignorer voire de rester passif, devant le phénomène de paupérisation culturelle dont souffrent aujourd’hui la grande majorité des habitants pauvres et disqualifiés de nos cités.

  • Anonyme

    Une question, « comme une autre », me vient : qui pourrait être le plus grand des « bâtards » de France ? ! ? ...

  • harpo59130
    • Posté à 12h42 le 30/06/2007
    • Internaute 6442

    Moi je comprenais qu’il disait « sale bâtard ».

    Autant pour moi.

    Alors je dirais désormais : « ah le bâtard, Darcos va supprimer 10 000 postes ! »

    • Anonyme répond à harpo59130

      Ah, l’bâtard, au temps pour vous ; -)

    • philippe19
      philippe19 répond à harpo59130
      c'est long 5 ans !
      • Posté à 10h09 le 01/07/2007
      • Internaute 1384
        c'est long 5 ans !

      Amusant cette linguistique « sociale ».
      vous écrivez : « Autant pour moi ». Or, cette expression devrait s’écrire « Au temps pour moi ». Lors des défilés ( surtout militaires) avec musique, la personne qui perdait le rythme, demandait à ce qu’on lui redonne le temps musical et criait « Au temps pour moi ! »

      • Anonyme répond à philippe19

        ah le batârd, t’as raison !

        « Au temps pour moi » serait plus approprié !

      • Anonyme répond à philippe19

        « Au temps pour moi » : apparemment la légende a la vie tenace... En fait, cet « au temps » ne veut rien dire, perversion orthographique à la mode depuis quelques années, c’est tout, mais je l’admets : elle est passée dans les moeurs et les deux formulations sont désormais admises. Je vous recommande néanmoins à ce sujet « Au plaisir des mots » de Claude Duneton (qui n’est pas forcément ma tasse de thé, sauf en ce cas).

      • Anonyme répond à philippe19

        Bonjour à vous, ô homme de lettres. Je suis ravie d’apprendre d’où vient cette expression.D’autant plus, que je ne comprennais pas ce que pouvait vouloir dire « autant pour moi ». Au temps pour moi, je vais pouvoir me la péter.

         
        • harpo59130
          • Posté à 12h02 le 02/07/2007
          • Internaute 6442

          Moi j’ai entendu « Au temps pour moi » pour la première fois à l’armée.

          Pour croire que beaucoup de militaires veulent se la péter !

        1 autres commentaires
  • Eric citoyen
    Eric citoyen
    « Casse ta tv » c'est ta seule (...)
    • Posté à 13h35 le 30/06/2007
    • Internaute 5352
      « Casse ta tv » c'est ta seule (...)

    Bonjour à toutes et tous,

    Excellent !

    Existe t il , un dico d’l’batard ?

    Si oui, j’le veux.

    Ah , l’époque, chez nous on disait, « Ah, l’En...r, ! »

    C’était notre forme de langage, comme quoi...

    Bises à toutes et tous.

    Eric Bloggeur Mulhousien

    PS : « CASSE TA TV“C’est ta seule Chance !

    Lien

  • Anonyme

    Linguistique de l’UMP : selon la racaille dirigeante du parti sarkoziste, « salope » serait une expression affectueuse.

  • Couard identifié
    • Posté à 15h28 le 30/06/2007
    • Internaute 10580

    Ah l’bâtard, comment il l’a joué trop bon ! La tchatche de c’te caillera, ça c’est de la balle !

  • Anonyme

    Ah l’bâtard !

    Ben, pour l’explication de texte ça vaut bien un 18 en français !

    Par chez nous, on dit souvent « Oh, fils de pute ! ».
    Ce qui est souvent admiratif et ne signifit certe pas que sa mère (mais de qui ?) fait le tapin rue Thubaneau ou ailleurs…
    Pierre.

    • Anonyme

      C’est marrant chez nous c’est plus « sa mère ». Genre « sa mère y’a l’bus ! ». Ben la mère de qui, justement ?

  • Anonyme

    Ah les sercopithèques !

    Comme ils déconnent graves sur Rue 89 §

  • Anonyme

    Je crois que sur le rapport il manque un mot :
    ah l batard........t as vu.
    ce sont les nouveaux codes d expression et c est avec ce genre dincomprehension que naissent les conflits,je suis persuade que ce garcon est sincere et je suis aussi certain que cette ´prof pense qu elle s est faite insultee.Alors lequel des deux faut il eduquer ?

  • Anonyme

    Bâtard, bouffon, nique ta mère, ou NIKE...
    Nique les keufs, nique les meufs, face de craie, etc.

    Cela dure depuis vingt ans et le reste...

    La sous culture omniprésente est même financée par
    certaines municipalités.

    Ajoutez radios, télévisions...

    « Les capitalistes sont tellement bêtes qu’ils nous
    vendront la corde avec laquelle on les pendra. “
    Lénine.

  • daniel machet
    daniel machet
    enseignant
    • Posté à 22h10 le 30/06/2007
    • Expert 11649
      enseignant

    c’est très intéressant, cette situation, avec le décalage entre le prof et l’élève qui ne donnent pas du tout la même connotation à un même mot. On est en plein dans les objectifs de l’enseignement du français au collège : l’objectif n°1 fixé par le ministère, c’est la maîtrise des discours (décomposée en trois volets : la lecture, l’écriture, l’oral). Pour l’oral, ça veut dire, entre autres, savoir adapter son niveau de langue, et notamment son vocabulaire, au public auquel on s’adresse. Et cet objectif, ce n’est pas du tout de l’hypocrisie, la maîtrise du langage permet de s’adapter à l’autre, mieux se faire comprendre de lui (la preuve : le prof ne comprend pas du tout le terme « bâtard » comme son élève et se trompe sur les intentions de celui-ci - même s’il y a peut-être quand même une petite ambiguité qui reste...). Ce travail n’est pas dû non plus à une « sous-culture », on a tous un langage que l’on emploie en famille, avec nos amis, très différent de celui que l’on emploie au travail ou dans des situations « officielles », quelle que soit notre culture ou notre origine sociale.
    Donc, ici, on touche complètement à ce qu’un élève doit apprendre au collège. C’est ce qui le formera ensuite comme citoyen conscient des nécessités du langage et de son bon usage (du moins à l’oral), et lui permettra d’être autonome au sein de la société dans laquelle il vit. Alors ça ne sert à rien de s’insurger sur la vulgarité des enfants (ah ! aujourd’hui, on sait plus parler, de mon temps c’était mieux), ni de dénoncer une « sous-culture » (tout ça, c’est la faute à la Star Ac’et à leurs conneries à la télé !), il faut juste comprendre que l’élève est dans un processus d’apprentissage qu’il faut impulser et accompagner. Et cet apprentissage, on ne cesse de le continuer et le perfectionner (n’est-ce pas Mr Devedjian ?).

    • Anonyme répond à daniel machet

      Il me semble que vous minimisez légèrement l’effort que doit entreprendre l’enseignant pour « filtrer » les termes de la population à laquelle il s’adresse. Sans encourager l’emploi de ce langage il doit être à même de décoder donc d’apprendre, lui aussi.

    • JM29
      JM29 répond à daniel machet
      • Posté à 12h09 le 01/07/2007
      • Internaute 11610

      Très bonne analyse (je vous souhaite de devenir prof). A propos : des collègues ont-ils fait lire le livre de Bégaudeau Entre les murs (ou des extraits) pour réfléchir avec les jeunes concernés sur ce fonctionnement de la langue (multiplicité des niveaux de langue, créativité, importance de la situation d’énonciation, etc) ?

    • Anonyme répond à daniel machet

      Arrêtons de nous prendre le chou quant aux supposés registres de langue. Notre Président de la République dit, dans une interview officielle : « Les Français triment ». Donc, les élèves peuvent interjecter à qui mieux mieux : le respect du code vient d’en haut...

  • Anonyme

    Je suis prof de français et il m’ arrive de dire à un ami « mon pauvre vieux ,que tu es con » de façon « bienveillante et amicale » qui ne fait pas de doute entre nous.
    Mais je ne le dirais jamais à un élève qui a fait une réponse fausse !
    Et d’ ailleurs si je le disais, je risquerais d’ en entendre parler ,... et peut être même plus, au nom du droit au « respect ».
    Alors, ce qui marche dans un sens doit aussi marcher dans l’ autre... et lycée de Versailles !

  • Anonyme

    A ne pas confondre avec l’Argot de Bruant, Simonin, Auguste le Breton, etc.

    Ce sabir des cités, teinté d’un pseudo accent « d’ailleurs “, ne vient pas de Paname...

    C’est le symbole de la haine : haine de l’autorité,
    de la femme, de la France.

    Ce n’est ni Brassens, ni Férré, ni même Renaud.

    Ne pas oublier de cracher aussi. C’est de Culture urbaine... Culture des cavernes, oui, et sans Lascaux !

    Ajoutez le shit et le reste au quotidien...

    Ne plus habiter un pays, ni une région, mais un quartier, voire une rue, et même une partie de
    rue...

    Robespierre réveille-toi !

    • manu2005
      manu2005
      Afghanistan,Lybie, la france (...)
      • Posté à 13h25 le 01/07/2007
      • Internaute 1805
        Afghanistan,Lybie, la france (...)

        Haine… ? Partagée a priori.
        En tout cas, j’admire vos qualités de critique « culturel » pour juger de la valeur de la sous culture « urbaine, des cavernes ».
        Vous devez sans doutes bien connaître ce milieu pour en parler aussi bien ?
        Vous pouvez sans doute chiffrer le nombre de : peintres, cinéastes, musiciens, acteurs… qui sont sortis de ce milieu et le compararer avec ceux sortis de Neuilly ?
        Monsieur, ce jeune a peut-être un langage qui vous considérez « inférieur », mais ses mots, même « primaires », ont un fumet plus agréable que ce que vous nous vomissez.
  • Spin-H
    Spin-H
    musicien à Bégard
    • Posté à 10h06 le 01/07/2007
    • Internaute 9462
      musicien à Bégard

    cela me rappelle un mec qui me disait au boulot :

    « hey canard, passe moi la rallonge, ou hey canard, branche la découpe ! »

    et moi, betement, j’entendais hey connard...

    alors, vu qu’il avait quand même un petit sourire en coin, je me suis approché de lui et lui ai tenu ce discours :
    - Ecoute moi bien, si tu continue à m’appeller canard, je vais le prendre tres mal car j’ai l’impression que tu te fout de ma gueule et que tu n’a pas le courage de me le dire en face
    si tu m’appelle encore canard, je me fache, je t’eclate ta grande gueule et je te fini a coups de pied
    si tu veux etre mon pote, pas de probleme mais joue pas au fin avec moi, c’est facile de dire que l’on maitrise pas la langue, que c’est affectueux ou dans le language courant... mais si tu veux que l’on travaille ensemble, il faudrait que tu change ton attitude et arreter de prendre les autres pour des truffes qui sont incapables de comprendre l’ironie...

    et le jeune homme de chercher des excuses ( oui, c’est gentil, ouais c’est de l’humour, je voulais pas te facher..) et de renoncer a interpeller les autres avec son « canard... ! »

    et on est devenu plutot pote ! ! ! mais je l’ai bien calmé !

  • ART MONIKA
    • Posté à 13h21 le 01/07/2007
    • Internaute 10855

    Le problème fait l’objet d’un très vieux débat sur les « cultures parallèles ». Il est vrai qu’il faut « respecter » les codes des communication des élèves, et connaître le sens particulier qu’ils donnent aux mots. Dans le cas de figure savoureusement présenté ici, « l’bâtard » n’a manifestement pas le même sens pour l’élève et la prof. Quoique... « le mot d’esprit ayant des rapports avec l’inconscient » aurait dit Papa Freud... je ne suis pas certaine à 100% que l’élève ignorait tout du « bâtard » de la maîtresse (si je puis dire).
    Ce qui me soucie, ce n’est pas l’existence de ce « parler », mais ce qui l’accompagne : une baisse considérable du lexique des élèves, qui a des effets sur leur compréhension des énoncés complexes, à l’oral et à l’écrit. A force de s’exprimer avec peu de mots, ou avec des mots « détournés », les élèves « n’entravent que dalle » à ce qu’ils lisent. Car si vous faites, vous, l’effort de comprendre (voire de vous amuser de) ce qu’ils veulent vous dire, eux, hélas, ne comprennent pas vos mots. Il y a donc un travail à faire dans les deux sens.

    • manu2005
      manu2005 répond à ART MONIKA
      Afghanistan,Lybie, la france (...)
      • Posté à 13h49 le 01/07/2007
      • Internaute 1805
        Afghanistan,Lybie, la france (...)
        Hélas...Mais qu’est-ce qui « donne » son vocabulaire aux enfants ?
        Son milieu familial, ses relations, ses lectures et ...l’école !
        Et l’école ayant pour but principal la formation, est même le premier fournisseur de ce langage.
        C’est donc reconnaître l’échec de cette institution. Je dis bien échec, pas faute. Mais si on peut inclure un certain nombre de facteurs dans cet échec, pour arriver à ses fins, il est important de tenir compte de tous ces facteurs.
        Je me souviens, dans les années 70, de profs qui s’exclamaient à haute voix que nous ne possédions pas (déjà) le langage (oral/écrit). Mais aucun, jugeant sans doute que ce n’était pas leur travail, n’y fit quoique ce soit.
    • Zacharia Dosseur
      Zacharia Dosseur répond à ART MONIKA
      Enseignant en ZEP
      • Posté à 17h48 le 01/07/2007
      • Expert 38
        Enseignant en ZEP

      Merci pour tous ces commentaires passionnants. C’est précisément de ce travail dans les deux sens que mon texte essaie de témoigner. J’ai souhaité ne pas restituer l’évident « de toute manière on ne dit pas le mot bâtard en classe » que j’avais, (entre deux gloussements, parce que je trouvais son petit cours sur l’interjection « ah l’bâtard » précis et délicieusement ambigü), dû rappeler à l’élève.Ce qui compte, je crois, c’est de se rappeler que la langue est en mouvement. Bien sûr que notre rôle est de donner accès à la langue française et à la langue littéraire, mais n’ignorons pas qu’une langue s’invente dans les cités et que cette langue fait bouger « notre » langue. L’implicite et la profondeur y ont aussi leur place. Les insultes et expressions ambigües ne sont pas plus nombreuses, violentes et inventives dans une farce du moyen âge que dans une de nos classes, et pour peu qu’on vérifie que chacun ait conscience de ses choix linguistiques (ce qui était le cas de l’élève qui en jouait) et puisse faire les bons, pas de quoi s’inquiéter, écoutons, faisons un tour de leur côté, sinon c’est l’incompréhension, le vieux rejet qui conduit à l’exclusion. Peut-on éduquer sans écouter, sans comprendre, sans apprendre ? D’autre part, une langue s’invente quand une communauté se sent méprisée, insultée ou ignorée par la « norme ». Ce fut le cas du blues et des poètes des champs de coton, qu’il était de bon ton d’ignorer, puis qui se sont fait entendre... Quant à la « baisse du niveau », constatée depuis toujours, surtout en ce qui concerne le lexique, elle me semble toujours reposer sur des considérations abstraites. Je crois que nos élèves de 3e savent et savent faire plus de choses que ceux du passé, en tout cas pas moins.je discutais récemment avec un commercial retraité qui revenait de la pêche, fier de souligner la baisse du niveau et de rappeler qu’il avait eu le certificat d’étude au bon vieux temps, et qui regrettait sérieusement ce jour-là : « Par contre aujourd’hui, rien, regarde, je suis revenu grenouille ! ».

  • Anonyme

    à propos de l’enseignement du français, je vous invite à aller faire un tour sur le site de l’association « sauver les lettres », qui propose un comparatif très instructif des horaires et programmes consacrés au français en primaire depuis un bon demi-siècle :

    en 1923 en moyenne un peu plus de 14h par semaine (sur 30)
    en 2007, 7.8 heures par semaine, toujours en moyenne

    tirez en les conclusions que vous voudrez.
    Le tableau complet est à la page :

    Lien
    Chiara

  • Anonyme

    D’un Vieux de Villeneuve d’Ascq :

    Et le contexte ?

    On ne peut pas comprendre un message en faisant abstraction du contexte :
    Tout dépend :
    -du climat de la classe,
    -du comportement habituel de l’élève,
    -Est-ce un élève roué et malfaisant, un brave garçon naïf, un élève qui parodie le langage de ses camarades ...
    -du niveau de langue spontané de l’élève,
    -de l’éventuelle nécessité de sévir pour ramener le calme si la classe a dérapé,
    -de l’attitude habituelle de l’enseignant.
    Bref il eut fallu être présent pour porter un jugement.Et pas de commentaire linguistique sans examen du contexte.
    Pour ma part, à priori, je n’aurais pas puni sauf si j’avais besoin d’un motif quelconque pour exclure un élève rendant tout travail sérieux impossible pour l’ensemble de la classe. Et Dieu sait si ce type d’élève protégé par les pédagos peut faire du métier d’enseignant un calvaire tout en freinant la progression des élèves sérieux.

  • Anonyme

    Peut-être aurait-ce été là l’occasion pour l’enseignante d’expliquer par ce cas concret les différents niveaux de langage,voire de donner d’autres exemples avec humour si possible.
    Je suis enseignante à la retraite et dans mes cours j’ai souvent ainsi réglé des situations qui auraient pu dégénérer.

  • Anonyme

    Cette histoire me rend triste, très triste, vraiment triste. Merci à mes professeurs de n’avoir eu aucune complaisance pour mes vulgarités, pour mon patois, pour mon naturel. Merci, merci, merci... Stigmatiser un prof car il ne tolère pas cette légéreté du langage, ce relativisme culturel, vraiment cela me déprime. Merci mon école d’avoir eu assez de respect pour l’être humain en devenir que j’étais pour ne pas le laisser se vautrer dans la vulgarité.

  • Anonyme

    Tout ça me rappelle un moment de flottement que j’ai eu une fois en cours avec mes élèves (je suis prof de philo). Je venais de faire un cours sur les risques de l’autoritarisme et je lis, en illustration, un passage de Spinoza expliquant que « vouloir mater les vices » a tendance a les exciter plus qu’à les atténuer.

    Rire général dans la classe et un élève qui s’écrie « sacré Spinoza ! ». Il m’a fallu un moment pour comprendre qu’ils avaient vu une connotation exhibitionniste / voyeuriste dans le texte... mater = regarder, les vices = le cul, exciter = augmenter le désir... je vous laisse imaginer la suite. Ca devenait effectivement très cochon. : -)

    J’ai ri avec eux et ça a été l’occasion de bien avancer. Comme disait ce brave Gaston Bachelard, l’essentiel, c’est de comprendre que les difficultés d’un élève résident moins dans l’ignorance (qui se répare aisément) que dans la culture dont il dispose déjà et que l’école lui demande de désapprendre pour lui en substituer une autre.

    Nath.

  • Dugland
    Dugland
    pénard
    • Posté à 19h06 le 02/07/2007
    • Internaute 11579
      pénard

    Une des questions que pose cet article dont le sujet est insoluble dans la bienséance est : « que faire des interjections ? ». Parce qu’il y en a des floppées d’autres, chacune étant susceptible de donner lieu à une interprétation ; et puis, est-ton obligé de tout interpréter dans un discours qui n’a pas, dans ce cas, sa pertinence au sens où l’élève peut bien penser ce qu’il veut du poids des devoirs il a à se les taper ? Parmi les innombrables réponses possibles figure donc celle d’interdire l’énonciation des interjections. Pratique, non ?

  • Anonyme

    Moi j’dis batard tous les jours à ma boulangère et elle continue à me sourire.

  • Beber
    • Posté à 11h07 le 03/07/2007
    • Internaute 359

    Mon Zaczac !
    sache que tous les internautes du monde t’aiment. tu devrais passer à la radio, ce ne serait que justice ! !
    hey les radios ! ! personne pour embaucher mon Zaczac ?

  • Anonyme

    Je suis prof de français et je me suis entendu dire : « Vas-y, Madame, va te faire enculer ! » provenant d’un charmant élève d’une classe qui visait à réintégrer dans le système scolaire des ados qui l’avaient quitté. Je ne l’ai pas exclu. Je crois même avoir souri en faisant mine de m’offusquer pour qu’il « corrige ». Ca a donné quelque chose du style : « Non, mais c’est façon de parler, je la refais : Messire Madame, je dis non ! »
    Bref, je savais qu’il me respectais comme / parce que je le respectais, et il faut savoir désamorcer pour éviter que certains soient tentés de vous chercher, de vous mettre à rude épreuve. Le dialogue de sourds plein de mauvaise foi et de valeurs respectives non partagées ne mène à rien. Les profs qui excluent des élèves pour ce genre de propos, sans discussion, tendent le bâton pour se faire battre, se placent dans une posture de « France d’en haut » alors qu’ils en sont bien loin économiquement ! Cela ne peut conduire à aucun échange véritable, et partant, à aucune forme d’éducation.

  • Anonyme

    virez parce qu’ils parlent mal et qu’ils sont en cours, pas dans leur club préféré.

    rien à fiche qu’ils respectent ou non les gens. qu’ils apprennent la jugeote de savoir où ils se trouvent et comment se comporter.

    vous pensez leur rendre service le jour où ils vont parler n’importe comment en présence de je ne sais quel directeur général qui tend l’oreille ?

    j’ai déjà vu cela avec un naif de collègue. ce fut bien propre et net et bien peu de monde pour le défendre de « vous comprenez, la langue a plusieurs niveau blablabla ». figurez vous que le directeur le sait aussi, et que ce niveau là n’avait pas sa place _ICI_.

    Vous ne rendez PAS service à tout nuancer et raisonner sans leur donner les outils de savoir ce qui se passe.

    vous ne devriez pas ici tenter de nous expliquer que merci ma langue à moi a plusieurs niveaux, du vulgaire, en passant par le familier jusqu’au précieux , et que ho Merci, je ne savais pas que l’hypocrisie n’existait pas...
    Vous cherchez des excuses là où y a eu simplement des paroles déplacées et un langage farfelu dans un COURS. « Ho la Vache », « Ho le con », « Ho le batard » ou « Ho Le CRistallisé schlingueu », peu importe !

    Vous n’êtes pas en train d’être tolérant

    vous n’êtes pas en train de les aimer ou les apprécier tels qu’ils sont

    vous les abandonnez.

  • Anonyme

    Explications de texte, à portée pédagogique, à l’attention des professeurs d’enseignement :

    -« Bonne mère » : Ne souligne pas les aptitudes maternelles du professeur.
    -« A la vache » : Ne consiste pas en une comparaison entre deux mammifères ruminants, l’un de l’herbe et l’autre des idées noires.
    -Nom d’un chien » : Il ne s’agit pas d’une question qui aurait comme réponse Médor, Caramel, ou autres petits noms de canidés aux yeux tristes et à la truffe humide.
    -« Relou » : Ne vous inquiétez pas, aucun loup n’est passé et ne repassera par là.
    -« A’l’batard » : Ne porte aucune suspicion sur votre prétendu héritage génétique seigneurial.
    -« Fais chier » : Signifie plus communément « ça m’emmerde », attachant ainsi un caractère laxatif à une chose qui par nature n’en a pas.
    « V’la l’délire » : Ne pas comprendre « trop bien/bon/marrant », ne signifie pas que votre cours est tellement passionnant que l’élève à l’impression d’être dans une boom en cours.

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