Baraque a freaks

Le repaire des électrons sympathiques à l'encre non académique

Quand les artistes révèlent la musique cachée des ponts

Agnès Aokky
Soundwriter
Publié le 27/04/2008 à 12h50

La passerelle Simone de Beauvoir à Paris (mariaboismain/flickr).

Les ponts et passerelles en ont ras la casquette des balades romantiques et des pique-nique pornographiques. Ces nobles architectures ne demandent qu’à sortir de ces archétypes triviaux imposés par notre société crispée. De la singularité que diable ! Du détournement parbleu ! Figurez-vous que ces élégants ouvrages recèlent un potentiel musical prodigieux : instrument de musique « naturel » , le pont offre une multitude de sons atmosphériques et organiques.

Les pionniers de la sculpture sonore


Bernard et François Baschet : en 1977, ces frères créent 14 structures exploitant les possibilités sonores des métaux et sans recours à l’électricité ou à l’électronique.

Len Lye : les pièces de son opus « Composing Motion » tirent leurs sonorités des propriétés vibratoires du métal.

Bill Fontana : un des précurseurs de la sculpture sonore.

Stahl Quartett : en concert le 2 mai au festival Octopus, quattuor de violoncelles d’acier qualifiés de synesthésiques.

Pour enregistrer le langage mélodique des ponts, suivez cette recette ultra simple : scotchez des capteurs piézo (ceux des guitares électro-acoustiques) sur les surfaces vibrantes du pont. Ou aimantez sur un pylône des capteurs magnétiques (ceux des guitares électriques).

Dernière étape : enregistrez la voix du pont, excitée par les pas des passants, le vent, le trafic automobile et consorts. Le décor lynchéen est bien planté pour injecter des « field recordings » étranges au sein de vos compositions ou alors pour conserver cette matière sonore à l’état brut.

La passerelle Simone de Beauvoir, un métallophone géant

Sous la houlette d’Emmanuel Rébus (mathématicien et post-musicien), une équipe d’expérimentateurs a fraîchement entrepris de jouer avec la passerelle parisienne Simone de Beauvoir. Long de 304 mètres, ce métallophone géant relie le parvis de la Bibliothèque nationale de France et le nouveau parc de Bercy à la Seine.

Regardez et écoutez le fruit de capteurs délicatement posés sur les croisillons de Simone :



Parmi ces bidouilleurs du son figurait l’artiste australienne Jodi Rose, une spécialiste de la musique des ponts, de passage à Paris. Elle parcourt le monde entier pour poser des capteurs sur les câbles des ponts suspendus, qui pour le coup, se transforment en instruments à cordes, à la manière d’une harpe éolienne.

Outre la passerelle Simone de Beauvoir, Jodi Rose a également pris d’assaut la passerelle moderne jouxtant le quai de Jemmapes. Regardez et écoutez ses vibrations mystérieuses :



Ces différents tests réalisés par Jodi Rose et son acolyte Emmanuel Rébus ont pour dessein de préparer leur performance sonore au Festival Mal au Pixel aux Mains d’Oeuvres à Saint-Ouen. Ils entreprennent de réaliser l’impossible : créer un pont entre Paris et Singapour.

Jodi, perchée sur un pont suspendu à Singapour, enverra par Internet un stream de vibrations acoustiques à l’aide desquelles Emmanuel fera vibrer un ersatz de pont métallique sur la scène des Mains d’Oeuvres. Les ponts vont enfin fusionner par voie sonore… wah !

Festival Mal au Pixel sur le thème de l’espace public, cette troisième édition se tiendra à Paris et à Saint-Ouen, du 16 au 25 mai 2008, à Ars Longa, Mains d’Oeuvres et au Point Ephémère.

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  • 24 réactions
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  • XavXav
    • Posté à 13h03 le 27/04/2008
    • Internaute 28444

    très bonne idée. ça me rappelle une passerelle sur la Saône, à Lyon, qui bougeait énormément quand on courait sur le pont, avec un bruit de ressort.

  • A.V.
    • Posté à 13h32 le 27/04/2008
    • Internaute 24685

    Les pieds, ça tape, le métal, ça résonne, et les artistes bobos, ça fait du vent.

  • Yakafersa
    Yakafersa
    retraité consentant
    • Posté à 13h41 le 27/04/2008
    • Internaute 30148
      retraité consentant

    Cela rejoint la mysticité du fromage qui copule avec le hurlement du vent dans le brouillard de mes nuits agitées.
    C’est une blague, bien sûr.
    Simone nous charme encore de sa passerelle. Est-ce une ode à Jean Paul ?

  • Antotoine
    Antotoine
    Jeune paumé
    • Posté à 14h13 le 27/04/2008
    • Internaute 28756
      Jeune paumé

    Trippant, je parlais récemment d’un projet dans le même genre qu’un prof des écoles avait mis en oeuvres avec ses élèves.

  • compte supprimé à la demande du riverain 30.03.09
    • Posté à 16h22 le 27/04/2008
    • Internaute 35776
      bye bye....

    C’est festival du rire, aujourd’hui, dans la rue ! Merci, Agnès Aokky (je remarque que vous semblez félinophile, ce qui ne gâte rien).
    Pour le rire : chanson pas barbare mais presque de Barbelivien, rubrique vidéo », et croisade mondiale de soutien à Obama (« A trois voix »,je crois).

    • A.V.
      • Posté à 17h10 le 27/04/2008
      • Internaute 24685

      Barbelivien devrait aller chanter sous un de ces ponts, et la boucle serait bouclée.

    • « C’est festival du rire, aujourd’hui, »

      Le rire groupal aussi c’est comme l’acier d’un pont, un grand corps qui vibre, entre détente et tension.
      Nous en sommes là, ma chère Nompas, vous comme moi, à courir après de bonnes vibrations.
      Ne serait-ce qu’à travers nos tentatives de « corporisation » au sein d’un groupe d’élection.
      J’aimerais comprendre ce qui vous gêne tellement dans le fait qu’on puisse utiliser la structure d’un pont comme une sorte d’immense cordophone ?
      N’est-ce pas là, au contraire, une façon originale d’aller au-devant de cette « autre chose » que nous désirons tant ?
      En musique comme en toute matière, n’a-t-on pas le devoir d’explorer le champ des possibles dans toutes les directions ?

      Bonne journée.

  • jean aubert
    jean aubert
    étudiant histoire/science po.
    • Posté à 16h54 le 27/04/2008
    • Internaute 27146
      étudiant histoire/science po.

    Un concept, à mon sens, plus intéressant et plus ludique aurait été d’amplifier directement ces sons sur la passerelle. De ne pas intervenir et ainsi de laisser les quidams composer.

    • Guy Valte
      Guy Valte répond à jean aubert
      Parisien abonné au gaz
      • Posté à 19h04 le 27/04/2008
      • Internaute 24462
        Parisien abonné au gaz

      Ben oui, mais en même temps c’est vite chiant, à chaque fois il y a une excitation de découvrir une source inattendue, mais en réalité ça n’a pas d’âme, et c’est pour ça que c’est vite ennuyeux.

  • Philippe Tixier
    Philippe Tixier
    Citoyen
    • Posté à 17h40 le 27/04/2008
    • Internaute 10848
      Citoyen

    tres bonne créativité

    on peut m^me lancer les deux enregistrements ensemble : c’est terrible

    par contre mes chats n’on pas l’air d’aimer !

    en plus on peut peut etre reperer le degre de fiabilité du pont en question

    non sincerement je trouve ça plutôt chouette

    philippe

  • Jonas2
    Jonas2
    Les mouches ne me trouveront (...)
    • Posté à 18h52 le 27/04/2008
    • Internaute 19359
      Les mouches ne me trouveront (...)

    Bravo ! Pour cette écriture sonore. Elle trimballe quelque chose d’émouvant ou de nostalgique ; je ne sais pas trop dire.
    Je me souviens qu’enfant je faisais la même chose en collant mon oreille sur le tabler métallique d’un pont enjambant le Rhin dans les environs de Haguenau.
    Difficile de ne pas penser à « Correspondances » de Baudelaire et à Debussy « Les sons et les parfums ». (Deux artistes bobos comme dit un connaisseur un peu plus haut : -))

    « Correspondances
    La Nature est un temple où de vivants piliers
    Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
    L’homme y passe à travers des forêts de symboles
    Qui l’observent avec des regards familiers.
    Comme de longs échos qui de loin se confondent »

    Merci pour cette belle balade Agnès.

    • A.V.
      A.V. répond à Jonas2
      • Posté à 22h57 le 27/04/2008
      • Internaute 24685

      Effectivement, très difficile de ne pas penser à Baudelaire et à Debussy. On retrouve cette art de mouiller la chemise, de mettre ses tripes sur la table, d’oser des techniques que personne n’avaient imaginé avant. La « Symphonie pour un homme seul » de Schaeffer et Henry date de 1950. Hé ! Ça fait que 58 ans.
      Dans le village du Pas-de-Calais où j’ai vécu deux ans, il y avait des bovins qui faisaient un tas de bruits bizarres. Dommage que je n’aie pas eu un de ces microphones. J’aurais pu enregistrer Mururoa I à XXIV. Bah oui, y’avait 24 têtes chez le paysan d’à côté.

      • Network 23
        Network 23 répond à A.V.
        identité perdue dans mes papiers (...)
        • Posté à 02h05 le 29/04/2008
        • Internaute 23367
          identité perdue dans mes papiers (...)

        « Moderne » : vouloir être le premier ?

         
        • A.V.
          A.V. répond à Network 23
          • Posté à 08h47 le 29/04/2008
          • Internaute 24685

          J’ai écrit ça, moi ? ...

        1 autres commentaires
    • A.V.
      A.V. répond à Jonas2
      • Posté à 23h02 le 27/04/2008
      • Internaute 24685

      Oh, et puis difficile de ne pas penser à Beethoven. Vous vous souvenez de la neuvième ? ...
      « Pont pont pont pont. Pont pont pont pont. »

  • Charles Mouloud
    Charles Mouloud
    Bras gauche de la Vénus de (...)
    • Posté à 21h35 le 27/04/2008
    • Internaute 12542
      Bras gauche de la Vénus de (...)

    Aaarg ! les fonctions vibratoires des ponts !

    Je pense que ce mois de mai nous rendra sensible à la musicalité des ponts et autres passerelles qui enjamberont nos jours chômés.

    Mais attention à ne pas prendre les sampans du pont Thieu pour des canots de sauvetage !

  • Tinhinane
    Tinhinane
    Médiatrice scientifique
    • Posté à 22h03 le 27/04/2008
    • Internaute 4901
      Médiatrice scientifique

    Ce sujet, la photo, les vidéos et mon intérêt pour les ponts ont ramené à ma mémoire « l’accolade » : « écoute voir » de Vernant.

  • Jean-Jacques Louis
    • Posté à 23h13 le 27/04/2008
    • Internaute 2277

    En novembre 1940, au pont de Tacoma,Wa, le vent a fait une musique ... à tout casser !

    Lien

    Mieux que le gaffophone.

  • Charles Mouloud
    Charles Mouloud
    Bras gauche de la Vénus de (...)
    • Posté à 06h48 le 28/04/2008
    • Internaute 12542
      Bras gauche de la Vénus de (...)

    Frères chrétiens,
    Reprenez tous en choeur , en ces jours de ponts bénis, les chants pontificaux grégairiens « Pont pont Pie Douze ! »

  • GanzGenau
    GanzGenau
    Berlinois à quatre mains
    • Posté à 13h10 le 28/04/2008
    • Internaute 29546
      Berlinois à quatre mains

    J’adore voir l’envers des choses, merci !

  • Jeremy Sahel
    Jeremy Sahel
    Webstern Socialiste
    • Posté à 19h02 le 28/04/2008
    • Internaute 9872
      Webstern Socialiste

    Y aura t’il un grand bal des pixels comme l’année dernière ?

  • poisson_d_avril
    • Posté à 19h27 le 28/04/2008
    • Internaute 37593

    poétique

  • barbara44
    barbara44
    rédactrice
    • Posté à 23h13 le 30/04/2008
    • Internaute 35678
      rédactrice

    Résolument dans le clan des appréciateurs.
    Fermez les yeux, écoutez ces sons, cela semble venir d’ailleurs, c’est reposant, presque zen. Je trouve que la magie opère mieux yeux fermés.

    Et c’est vrai que les deux enregistrements lancés en même temps fonctionnent très bien ensemble.

    J’aimerai bien que Rue reprenne la vidéo de You tube sur la création à venir, que j’espère récupérer plus tard, car je serais en voyage au moment où cela se passera.

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