PAM, la machine infernale pour orienter les jeunes collégiens
Février, mars, le printemps revient, la renaissance est proche. Dans les collèges, le deuxième trimestre se termine. Les conseillers d’orientation psychologues (« copsy ») sortent des centres d’information et d’orientation (CIO) et migrent dans les classes de troisième pour une ou deux heures d’information. Les professeurs principaux sont chargés de recueillir les vœux des élèves et de leur famille.
« Vous avez le choix après la troisième : soit vous souhaitez poursuivre vos études, soit vous souhaitez entrer dans la vie active rapidement. Dans le premier cas, vous irez en seconde au lycée général, dans le second cas, vous allez dans la voie professionnelle », explique la conseillère d’orientation psychologue. « Ceux qui en ont assez de l’école, choisissez la seconde solution, vous pourrez passer un CAP ou un BEP et entrer dans la vie active ou poursuivre en bac pro ».
Ils sont fils de prolos ou d’employés, ils le resteront.
L’intelligence de la main. Il n’y a pas de honte. Quand tu es nul à l’école, on te propose d’entrer très vite sur le marché du travail, de devenir un actif. Actif : personne qui travaille ou qui en cherche ! Dans certaines formations, tu peux chercher du boulot, parfois longtemps et souvent pas celui pour lequel tu as été formé.
15 ans, 16 ans les rêves des gamins se sont envolés, certains savent depuis longtemps qu’ils n’ont pas franchi les étapes de la sélection. Option grec, ou une troisième langue ou même japonais pour être dans un bon lycée chic, blanchi grâce à la sélection sociale.
La question ne se pose pas. Ils sont fils de prolos ou d’employés, ils le resteront. Les statistiques bordel, on n’y peut rien. La machine infernale. Il faut de tout dans une République, même des parias ! On ne va quand même pas baisser le niveau et organiser des sorties culturelles dans le pays magique de Disney avec Sarkozy.
Rêves évanouis, enfouis : pompiers, pilote d’avion, prof, infirmière, fonctionnaire... Que leur reste-t-il ? Aux garçons, Zidane. Aux filles, la Star ac.
« Un logiciel nommé PAM décidera seul de votre affectation »
« Donc’, continue la copsy, “vous remplissez la fiche bleue.” :
“Vous avez quatre voeux à formuler (la section et le lycée), puis cette fiche navette sera étudiée par les professeurs au conseil de classe, qui émettront un avis en fonction de vos voeux et de vos résultats : favorable ou défavorable.‘Retour dans les familles puis saisie des souhaits et des notes dans un logiciel nommé PAM [procédure d’affectation multivoeux, ndlr], et lui seul décidera de votre affectation ! Courant juin, vous recevrez un courrier qui indiquera dans quel établissement vous inscrire.’
Fais le bon choix si tu peux ! Fiche navette : famille, école, famille, école et... PAM ! Au turbin ! T’avais qu’à bosser en classe ou connaître les règles du système. Egalité des chances.
‘Mais tu sais bien que l’orientation c’est de la gestion de flux’, me rappelait un collègue qui connait bien la question.
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La voie professionnelle n’est pas la voie directe vers la vie active. Quand on parle d’orientation vers la vie active en fin de 3e, c’est si le jeune a plus de 16 ans (fin de la scolarité obligatoire) et s’il se destine à l’apprentissage via un CFA pour préparer un BEP-CAP s’il se trouve un patron pour l’accepter. En revanche, une orientation en seconde professionnelle (donc BEP-CAP), cela conduit ensuite soit vers un bac pro, soit vers une 1re d’adaptation. Les bacs pros seront l’an prochain alignés sur 3 ans (et non plus 4, en comptant le BEP au bout de 2 ans), ce qui signifie qu’il ne s’agit plus du tout d’études courtes. La 1re d’adaptation conduit à un bac STI ou STG ou SMS dont la suite évidente est un BTS en 2 ou 3 ans. Toujours pas d’études courtes. Une minorité d’élèves des sections professionnelles de l’EN (donc hors apprentissage) poursuivent aujourd’hui au niveau du bac technologique ou professionnel (environ 40 % d’entre eux), mais la réforme en cours de l’enseignement professionnel est de faire monter ce chiffre et le principe des études courtes n’existera plus dès l’an prochain, puisque si le BEP existera encore comme niveau de qualification, comme diplôme, il ne sera plus du tout une filière avec arrêt des études ensuite (ce qu’il n’était déjà plus en partie depuis longtemps). On ment aux élèves aujourd’hui si on leur dit qu’ils peuvent s’arrêter au BEP-CAP, la volonté européenne est de faire monter 50 % d’une tranche d’âge à un niveau bac+2 (BTS-DUT-DEUG-STS) et on fait monter pour cela les plus faibles vers le bac pro ou technologique, malgré le fort taux d’échec ensuite. Si on dit à quelqu’un qu’il peut s’arrêter aujourd’hui au niveau du BEP-CAP, il sera fortement déclassé dans les années qui viennent, vu la réforme en cours.




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