On est là pour voir

des photos de toutes les couleurs, et aussi des vertes et des pas mûres

Quand Pannonica recueillait les trois vœux des grands du jazz

Publié le 07/07/2007 à 23h27

Elle leur a demandé de faire trois vœux, spontanément, à la mode enfantine : « Que souhaiterais-tu réaliser sur le champ ? 1 ? 2 ? 3 ? ... » . Elle, l’interrogatrice, c’était la baronne anglaise Pannonica de Koenigswarter. Eux, les interrogés, le gotha du jazz. Ils y apportèrent tous des réponses. Ils n’avaient rien à lui refuser...(Voir le diaporama.)



Cliquez ici pour voir le diaporama en plein écran...
... mais avant, pensez à lancer la musique :


« Pannonica », de Thelonious Monk.

Flash back : Pannonica, drôle de prénom pour une baronne. Il lui fut attribué par son père, Charles Rothschild. Ce banquier entomologiste avait découvert une nouvelle variété de papillon en Hongrie (« pannonia » en latin). En 1913, il baptisa sa fille et le papillon du même nom, une lettre en plus.

Active, avec son mari, Jules de Koenigswarter, dans les réseaux des Forces françaises libres pendant la seconde guerre mondiale, elle arrive dans les années 50 sur la planète jazz, New York, U.S.A. Sa valise était prête depuis son adolescence. Une éducation artistique, libre, un goût pour une peinture abstraite composée de lait, de whisky, de parfum mélangé à l’huile, la pratique instinctive du Polaroid l’ont préparée à la rencontre avec la Blue Note.

Elle devient l’amie, le mécène, la protectrice des musiciens. Entre les clubs de Harlem, du Village, on l’appelle par son diminutif, Nica. Elle marche aux côtés de ces jazzmen noirs dans un environnement peu favorable à la mixité. En 1956, dans le Sud, tenant le bras de Thelonious Monk, on crache sur leur passage. Sonny Clark, Tommy Flanagan, Art Blakey, James Spalding, Horace Silver, etc. composent et jouent des thèmes à son hommage.

Malgré la Bentley devant leurs portes, les hôtels new-yorkais où loge Nica successivement goûtent très peu cette musique. Elle achète dans le New Jersey une maison construite par le cinéaste Von Sternberg : Catsville (un « cat » est un gars, un musicien en argot jazz noir), puis Cathouse ; elle s’occupait aussi d’une centaine de chats... C’est dans cette demeure, entre 1961 et 1966, qu’elle constitua le principal de son album, brut, associant instantanés Polaroid et caractères Underwood.

Les réponses de 300 jazzmen à sa question votive varient autour du dollar, du boulot, de la santé, du « peace and love » , et d’un peu de sexe. Cocktail classique, avec traits d’humour forcés et zestes d’amertume. Celle de Miles Davis, accablante, tient en deux mots : « Etre blanc... »

Monk vécut les neuf dernières années de sa vie à Cathouse, Charlie Parker y mourut. « C’était véritablement une grande dame » , déclara Clint Eatswood, le réalisateur de « Bird “ , au service funèbre de Pannonica de Koenigswarter en décembre 1988.

Pannonica de Koenigswarter, mécène du jazz, exposition à l’Espace Van Gogh, aile sud 1er étage, Arles - jusqu’au 16 septembre - 5€ - plan.

Les musiciens de jazz et leur troix voeux, de Pannonica de Koenigswarter, avec la maquette de l’album original - éd. Buchet-Chastel - 240p., 35€.

Diaporama préparé par Audrey Cerdan.

Rectifié 8/7/2007 : Thelonious et pas Thélénious.

A lire :
Rue89 à Arles
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  • 14 réactions
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  • hagalma
    • Posté à 10h44 le 08/07/2007
    • Internaute 8451

    Merci rue89 pour ce moment télématique d’art et de culture

  • Anonyme

    SPLENDIDE CADEAU DE RUE 89, merci à vous de nous offrir ces quelques minutes de bonheur...chiche.

  • Anonyme

    Il y a une faute de frappe : « Thélenious Monk »
    (vous pouvez — vous devez :) — effacer ce message)

    • b.flat
      • Posté à 18h16 le 08/07/2007
      • Internaute 5791

      Certes il y a une faute. Thélonious Monk...c’est mieux comme ça. Mais finalement, ce n’est pas trés grave, il y a bien des fausses notes dans le Jazz, puisque cette musique est improvisée...
      L’essentiel est d’avoir accés à cet univers génial et presque irréel de Nica.
      Merci Nica, d’avoir aidé Bird, d’avoir su écouter Monk et de rire aux blagues de l’homme en colère (Mingus). Tu nous manques !

      • Anonyme répond à b.flat

        Ce n’est pas parce que la musique est improvisée, qu’il y a pour autant des fausses notes

      • Anonyme répond à b.flat

        Non il n y a pas de fausse note dans le jazz
        Cervantes

    • Yann Guégan
      Yann Guégan
      Avec les doigts http://bit.ly/ (...) Rue89
      • Posté à 21h46 le 08/07/2007
        éditeur
      • Journaliste 1836
        Avec les doigts http://bit.ly/ (...)

      C’est rectifié, merci pour votre vigilance !

      • Anonyme répond à Yann Guégan

        Bonjour,

        Tout d’abord merci pour ce coup de projecteur sur la baronne Nica et le livre qui a fait un carton en France, a été réddité plusieurs fois, et est en préparation — en version anglaise — pour les États-Unis.

        Rectifications à apporter :
        - Charlie « Bird » Parker n’est pas mort à Cathouse mais dans un appartement de la baronne à l’hôtel Stanhope sur la 50e avenue.
        - Monk, lui, est mort à Cathouse

        Keep boppin’

        Steven

         
        • Steven Jambot
          Steven Jambot
          Journaliste
          • Posté à 22h08 le 08/07/2007
          • Journaliste 638
            Journaliste

          Re,

          Et puis on peut quand même préciser que le morceau en écoute est « Pannonica » composé par Thelonious Monk.

          Keep boppin’ !

          Steven

        1 autres commentaires
  • Tibokaya
    Tibokaya
    Jeune flegmaticien mayennais
    • Posté à 09h38 le 09/07/2007
    • Internaute 4477
      Jeune flegmaticien mayennais

    Ca... c’est waow ! Dommage qu’on soit obligé d’aller sur le net pour avoir ce genre de spectacle... Bravo à tous les voisins qui ont contribué à ce petit cadeau pour de fidèles lecteurs.

    Achefkalement,

  • Anonyme

    Un livre génial sur Monk et ses rapports avec Panonnica Koenigswarter (entre autres)

    « Monk “ de Laurent De Wilde (en folio)

  • Anonyme

    Il y a un très bon roman qui porte le titre « Panonnica » qui sort chez Laffont en septembre.

    • Anonyme

      Je suis curieux de ce scoop ! Pourriez-vous nous en dire davantage. Quel titre et quel auteur ?
      Merci pour l’info.

      Ch. Lacoste

  • Dugland
    Dugland
    pénard
    • Posté à 19h41 le 09/07/2007
    • Internaute 11579
      pénard

    Ces photos, elles ne sont franchement pas terribles,ce sont les personnages, dont elles perpétuent la mémoire et l’image, qui sont magnifiques et émouvants. Pour ça qu’on a du plaisir à les regarder sur la zik de Monk.

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