On va pas en faire un sondage

Le vote de paille, un précurseur de l'e-démocratie ?

Docteur Panel
Sondologue
Publié le 01/07/2008 à 10h38

Un Géorgien lit la presse à Tbilissi en 2004 (Gleb Garanich/Reuters).

C’est comme la journée sans télé, ou sans gros mots : cette fois-ci, le post du Dr Panel sera un post sans aucun chiffre issu d’un quelconque sondage. Vous allez voir, ça fait un bien fou ! Il s’agit de faire un peu d’histoire, pour regarder différemment deux ou trois choses que l’on voit poindre et qui forgent un bout de l’avenir.

L’histoire, c’est celle du vote de paille, dont j’ai trouvé un très bon résumé sur le site de Pollens, une association de l’Ecole normale supérieure.

Pour faire court : le vote de paille est la jolie traduction (littérale) de l’anglais « straw poll » , qui désignait dès le début du XIXe siècle des simulations de joutes électorales faites par les journaux avant les grandes élections aux Etats-Unis. Ces enquêtes d’intentions de vote étaient généralement effectuées auprès de leurs lecteurs, sous forme de bulletins à renvoyer, parfois complétées de ce qu’on appellerait aujourd’hui des micros-trottoirs, voire des tournées au café du Commerce. Vous imaginez bien qu’un vote de paille d’un Libé de l’époque n’eut pas livré tout à fait les mêmes prédictions que, mettons, un Figaro. Quoique. Disons plutôt l’Huma contre Valeurs Actuelles, pour être plus sûr de trouver une vraie différence.

Le sondage, progrès démocratique

Evidemment, le manque d’objectivité de ces méthodes était condamné à être dévoilé rapidement puisque le résultat des urnes arrivait forcément peu après. Ça ne les a pas empêché de tenir un bon siècle, c’est dire comme on peut impunément persévérer dans l’erreur.

Vinrent les sondages, effectués selon une approche scientifique issue de la statistique, établis sur la base d’un échantillonnage représentatif de la population. Georges Gallup venait de fonder « l’American Institute of Public Opinion » lorsque l’élection Roosevelt contre Landon, en 1936, lui donna l’occasion de faire l’éclatante démonstration de la supériorité de sa technique, comme nous le raconte Pollens :

« L’élection présidentielle de 1936 est l’occasion d’une confrontation directe entre différentes méthodes d’anticipation des résultats électoraux. La revue Literary Digest réalise à partir de l’annuaire téléphonique un ’vote de paille’ auprès de dix millions de personnes : celui-ci prévoit la victoire de Landon sur Roosevelt. Au contraire, l’institut Gallup, à partir d’un échantillon de quelques milliers de personnes plus rigoureusement établi, prédit l’élection de Roosevelt avec 56% des voix. Celui-ci l’emportera, avec 62% des voix. Si l’erreur reste importante, elle semble alors mineure et la méthode Gallup est consacrée. »

Le sondage était donc un progrès démocratique : on avait enfin un moyen de tenir à distance la tentation des journaux de diffuser dans l’opinion leurs sympathies partisanes, par des méthodes objectives et qui respectaient la logique représentative chère à cette jeune démocratie. Le vote de paille était enfoncé, écrasé, définitivement rayé de la carte, et il ne se trouva personne pour le regretter.

Oui bon d’accord, me direz-vous, tout cela n’est rien que de très normal : avant c’était bricolé à la main par des journalistes, ensuite c’était fait scientifiquement, c’est comme tout, ça progresse, ça se professionnalise. Et puis maintenant ça se banalise. Pas de quoi fouetter un chat.

Du sondage à… la cartomancie

Là où ça devient intéressant, c’est quand on regarde ce qui se passe aujourd’hui : le sondage est de plus en plus considéré par la population -et ce n’est pas les lecteurs de Rue89 qui me diront le contraire ! - comme un outil de manipulation de l’opinion. De facto les détenteurs du pouvoir politique ou économique sont de plus en plus impliqués dans le capital des instituts de sondages, et les grands « politologues » sont devenus les Elisabeth Tessier des politiques, chacun a le sien qui lui souffle des choses à l’oreille dans les moments importants, rôle qui était, il y a peu, encore l’apanage exclusif des publicitaires.

Les sondeurs et leurs clients font des sondages à tout propos et, de plus en plus roués, s’arrangent parfois via la formulation des questions (voir le précédent post sur les sondages faits à l’occasion de référendum sur le traité européen) pour faire dire aux sondages ce qu’ils ont envie d’entendre, sans avoir à tripatouiller la représentativité de l’échantillon pour rester formellement inattaquables.

Notez tout de même que je ne parle là que du côté obscur. Je continue bien sûr à penser que l’outil sondage en soi peut aussi être -comme à ses débuts- une façon de donner la parole à des gens que, dans le brouhaha du nombre, on peut difficilement entendre autrement.

Vers le vote de paille 2.0

Bref, la crédibilité et la contribution démocratique des sondages « représentatifs » commence à se rapprocher dangereusement de celle des votes de paille du début des années 1930. Pendant ce temps-là, que se passe-t-il sur Internet ? Des sites qui multiplient les votes en ligne auprès de leurs visiteurs. Pas un site qui ne vous fasse voter sur tout un tas de sujets, depuis la dernière frasque de Paris Hilton jusqu’à l’avenir de l’Europe ou de l’Education nationale.

Evidemment, ces votes n’ont aucune prétention à la représentativité nationale. On est, sur Internet, dans un monde fondé sur des communautés de centres d’intérêts pour lesquelles le périmètre national et l’inscription sur des listes électorales sont des notions qui n’ont aucune espèce de pertinence. J’ai trouvé la forme la plus aboutie de ces « votes de paille 2.0 » dans ce site créé par un ancien de la Sofres.

Chers lecteurs, vous êtes les bienvenus pour envoyer d’autres liens si vous en connaissez, la valeur de ce genre d’initiative augmente avec la pluralité. Sur le site Expression Publique, donc, le principe est qu’à partir de cinq cents réponses aux questionnaires sur des sujets politiques ou de société qu’ils mettent en ligne, les éditeurs du site font remonter aux décideurs concernés les résultats analysés du questionnaire.

Le concept est très intéressant, parce que c’est une sorte d’hybridation de trois canaux d’expression : le vote de paille (c’est les visiteurs du site qui s’expriment), le sondage tout à fait rigoureux (on sent que ces gens-là ont appris à poser des questions avec méthode) et la pétition.

Ainsi, en abandonnant à la fois la logique représentative des sondages et la prétention à prédire des résultats, en faisant de l’enquête un moyen d’expression de l’opinion de gens qui ne représentent qu’eux-mêmes mais s’intéressent à la politique, le vote de paille s’est réincarné sur Internet, plus de soixante ans après son enterrement, comme un nouvel instrument au service de la démocratie participative. On verra bien combien de temps ça durera avant qu’un Lagardère, un Bolloré ou un Dassault ne mette la main sur ce genre d’initiatives, et qu’il faille à nouveau trouver autre chose pour que les gens puissent faire valoir leur opinion sans trop se faire trahir par ceux qui tiennent le micro !

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  • nipivime
    nipivime
     ; -
    • Posté à 10h57 le 01/07/2008
    • Internaute 503
       ; -

    Joli papier, merci.

    Il y a une nouvelle d’Isaac Asimov (impossible de retrouver le titre) où, dans un futur pas si lointain, il n’y a plus qu’un seul électeur aux Etats-Unis.

    Les techniques de connaissance de l’opinion ont réussi à s’affiner au point de déterminer QUI votera comme tout le monde. Argument sous jacent : puisque de toutes facons, il y a un seul gagnant, autant se concentrer sur un qui votera pour celui qui aurait gagné, cela coûte tellement moins cher que d’organiser une élection. Le suspens est savamment entretenu par les autorités (il habite dans tel Etat... dans telle ville... dans tel quartier...) pour pousser la presse à tourbillonner autour et mettre du sens citoyen dans l’affaire. Il s’agit aussi d’éviter les pressions sur « L“’électeur pour qu’il vote librement, comme il aurait du, puisqu’il a été choisi parce qu’il allait voter pour celui qui aurait gagné de toutes façons...

    • A déménagé le 13-10-2012
      A déménagé le 13-10-2012 répond à nipivime
      non connue
      • Posté à 12h26 le 01/07/2008
      • Internaute 19357
        non connue

      Il s’agit de « Droit électoral “ de 1955.
      Il y a dans le même anthologie ‘Auditions forcées à perpétuité une nouvelle sur la pub dans laquelle tous les objets de la maison font leur pub (dentifrice ,céréales ,cigarettes etc ) du matin au soir et qu’il est illégal de supprimer ! !

      • nipivime
        • Posté à 12h53 le 01/07/2008
        • Internaute 503
           ; -

        Merci !
        Je savais que je l’avais lue, mais impossible de remettre la main dessus.
        C’est donc le moment de la relire...

  • Florent35
    Florent35
    Etudiant
    • Posté à 11h03 le 01/07/2008
    • Internaute 45132
      Etudiant

    L’intérêt de telles pratiques est , bien sûr, qu’il s’agit d’un moyen d’expression pour tous. En revanche, quand on voit certains sujets de vote (Domenech ou pas, 35h ou 65h, Sarko est-il trop bling-bling...), on se passerait bien de l’avis des gens. Les radios comme RMC qui proposent un vote tous les jours et qui se permettent de tirer des conclusions sur les résultats ne présagent guère la démocratie participative mais plutôt un nouveau moyen pour remettre au goût du jour ces ’votes de paille’ et ainsi faire du sensationnalisme affligeant.

    • Jana
      Jana répond à Florent35
      bretonne en Normandie
      • Posté à 10h53 le 02/07/2008
      • Internaute 13372
        bretonne en Normandie

      @ Florent

      « sensationnalisme affligeant » expression tout à fait justifiée...

      c’est fait pour meubler.. entre deux pub
      Ce n’est même pas un avis.. juste une réponse « en l’air » au pif..sur le PAF

  • Numerosix
    Numerosix
    Prisonnier dans le village (...)
    • Posté à 11h10 le 01/07/2008
    • Internaute 14499
      Prisonnier dans le village (...)

    Aimez vous Brahms ?

    • Charles Mouloud
      Charles Mouloud répond à Numerosix
      Bras gauche de la Vénus de (...)
      • Posté à 11h46 le 01/07/2008
      • Internaute 12542
        Bras gauche de la Vénus de (...)

      aaah, le Brahms du cerf au fond des bois ....

      • A déménagé le 13-10-2012
        • Posté à 12h36 le 01/07/2008
        • Internaute 19357
          non connue

        Les Brahms m’en tombent ! ! !
        Désolé ....

         
        • Numerosix
          Numerosix répond à A déménagé le 13-10-2012
          Prisonnier dans le village (...)
          • Posté à 12h40 le 01/07/2008
          • Internaute 14499
            Prisonnier dans le village (...)

          Droles de Brahms :
          hé les gars , ils sont pas tres nouveaux vos jeux de mots . Vous faites mieux , d’ habitude . Petite forme, ce matin .
          Cordialement

          • Claude PELLETIER
            Claude PELLETIER répond à Numerosix
            Retraité dans son jardin
            • Posté à 12h52 le 01/07/2008
            • Internaute 10710
              Retraité dans son jardin

            Arrêtez de bramer avec vos pailles de rien du tout dans l’œil.
            Si je brame c’est pour une grosse poutre.
            Aïe ! Ouille ! Je brame à poutre !

            • Numerosix
              Numerosix répond à Claude PELLETIER
              Prisonnier dans le village (...)
              • Posté à 14h52 le 01/07/2008
              • Internaute 14499
                Prisonnier dans le village (...)

              Haaa , la c’est mieux .
              Vous voyez, quand vous voulez ..

        3 autres commentaires
  • Phil2922
    Phil2922
    Retraite invalidité
    • Posté à 11h20 le 01/07/2008
    • Internaute 36639
      Retraite invalidité

    En 68, il y avait, entres autres, comme slogan : « élections, pièges à cons ». En 2008, on pourrait trouver comme slogan : « sondages, pièges à pigeons... » En effet, les instituts de sondage se font payer cher ce que peuvent leur demander les journaux, les partis politiques, les syndicats, les « décideurs ». En contre-partie du paiement la question est dirigée de façon à satisfaire le demandeur et le résultat nous laisse souvent expectatifs... ! Vite 2012, pour qu’on puisse mettre le feu à la « paille » Sarko qui casse le Service Public sans que le peuple prenne les fourches pour le faire déguerpir... !

    Lien

    • pablico
      pablico répond à Phil2922
      À la porte d'un sourd, 
un jour (...)
      • Posté à 12h07 le 01/07/2008
      • Internaute 14278
        À la porte d'un sourd, 
un jour (...)

      « Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute. »

      c’est le procédé clef de tout homme politique.
      et c’est le procédé des instituts de sondage. ils alimentent les journaux qui peuvent faire autre chose que des marronniers.(j’ai appris le mot il y a pas longtemps)

      • Claude PELLETIER
        Claude PELLETIER répond à pablico
        Retraité dans son jardin
        • Posté à 12h44 le 01/07/2008
        • Internaute 10710
          Retraité dans son jardin

        Variante par temps caniculaire.

        « Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’égoutte. »

  • Bigseb
    • Posté à 11h21 le 01/07/2008
    • Internaute 25229

    Au fait, dans le sondage que Särko a fait pour trouver sa premiere dame, elle a fait combien Carole Bouquet ? Et Laurence Ferrari ?

  • Claude PELLETIER
    Claude PELLETIER
    Retraité dans son jardin
    • Posté à 11h34 le 01/07/2008
    • Internaute 10710
      Retraité dans son jardin

    Merci pour ce feu de paille.

    Je suis sans doute hors sujet, voilà une question + générale. Certaines questions impliquent de la part du sondé une bonne appropriation de connaissances techniques. Est-ce que les sondeurs se donnent parfois les moyens de savoir quel est le niveau de compétence du sondé ?

    Par exemple, sur certains points de vue faisant l’objet d’une enquête, quel est l’effet de la méconnaissance ou de la connaissance du rôle d’un président européen [un rôle qui ne ressemble pas à celui du Président de telle ou telle nation (voir article de Haski paru hier)] ?

    Cette question me vient après avoir voulu discuter hier soir sur Rue89 d’une question monétaire et du rôle de la BCE. L’interlocuteur semblait tout autant convaincu d’un certain nombre d’avanies commises par la BCE qu’ignorant des problèmes monétaires. Et quand j’ai réalisé que j’en étais au même point que lui, tout aussi démuni dans ce domaine trop technique, j’ai renoncé …

    • Docteur Panel
      Docteur Panel répond à Claude PELLETIER
      Sondologue
      • Posté à 11h59 le 01/07/2008
      • Internaute 43290
        Sondologue

      Cher M. Pelletier,
      l’axiome de base du sondage publié, c’est la représentativité nationale : 1 sondé = 1 voix, quelle que soit sa compétence.
      En revanche beaucoup d’instituts font aussi - et même principalement - sur tout un tas de sujets des études plus approfondies, souvent qualitatives, auprès d’experts, ou encore auprès de personnes du grand public choisies en fonction de différents critères de pertinence par rapport au sujet. Ces études ne sont presque jamais publiées mais servent à leurs destinataires... bien plus que les sondages publiés, en fait !

      • Jana
        Jana répond à Docteur Panel
        bretonne en Normandie
        • Posté à 10h48 le 02/07/2008
        • Internaute 13372
          bretonne en Normandie

        Bonjour Docteur Panel

        Les sondés peuvent-ils acquérir un droit de lecture sur les résultats « presque jamais publiés » ?

        les « sondages de paille », si j’ai bien compris c’est bien « faire du foin » alors ?

        Merci pour l’indication du lien sur « l’histoire des sondages » : rien de nouveau sous le soleil du monarque...

        « En France, les intendants royaux étaient à l’affût de toute information sur les habitants des communes, leurs biens, leurs revenus, mais aussi les éventuelles résistances de la part de certaines catégories de sujets »

         
        • Docteur Panel
          Docteur Panel répond à Jana
          Sondologue
          • Posté à 11h09 le 02/07/2008
          • Internaute 43290
            Sondologue

          Chère Jana,
          « Les sondés peuvent-ils acquérir un droit de lecture sur les résultats “presque jamais publiés” ? » La réponse est non, pas pour les sondages confidentiels qui sont l’essentiel du marché. Mais la question est vraiment intéressante. Ca pourrait valoir la peine de militer pour que ce soit le cas, au moins pour certaines études. Ce serait une façon d’être dans le collaboratif avec les gens plutôt que de les instrumentaliser comme de la « matière première à information » inerte.

          Sondages ou vote de paille, c’est toujours faire du foin, mais tant qu’on essaye de séparer le bon grain de l’ivraie y a de l’espoir !

        1 autres commentaires
  • bdm
    bdm
    • Posté à 13h16 le 01/07/2008
    • Internaute 5274

    Et en nous faisant cliquer 15 fois par session sur Bouygue Telecom, Rue89 cherche à nous influencer sur quoi ?

    C’est assez usant à la longue. Une fois ca va, trois fois bonjours les dégats.

    • Sylap
      Sylap répond à bdm
      Citoyen
      • Posté à 14h43 le 01/07/2008
      • Internaute 40810
        Citoyen

      c’est vrai que c’est casse-bonbon cette invasion bouyguesque !

      • Ferdinand.Bardamu
        • Posté à 20h34 le 01/07/2008
        • Internaute 2975

        Une seule réponse possible : Mozilla Firefox, avec l’extension AdBlock.
        Publicité ? Connais pas.

  • clive
    • Posté à 17h42 le 01/07/2008
    • Internaute 27908
  • Gringo
    • Posté à 14h51 le 01/07/2008
    • Internaute 24805

    Donc, le vote de paille, c’est faire dire et faire lire à ceux qui s’intéressent à la question ce qu’ils en pensent.

    Le sondage, c’est faire lire à ceux qui ne s’intéressent pas à la question ce qu’on a fait dire à d’autres qui ne s’intéressent pas à la question.

    En clair, dans les deux cas, si vous pensez ou pas à la question, vous savez au moins ce que les gens comme vous en pensent.

    • Docteur Panel
      Docteur Panel répond à Gringo
      Sondologue
      • Posté à 17h11 le 01/07/2008
      • Internaute 43290
        Sondologue

       ! ! ! MdR ! ! !

      • Gringo
        Gringo répond à Docteur Panel
        • Posté à 18h11 le 01/07/2008
        • Internaute 24805

        Je vous avais dit que je l’attendais cet article ; -) Et sincèrement, ça m’intrigait ce ’vote de paille’

        Content de vous avoir fait marrer en tout cas, c’était un peu le but de la tournure du commentaire.

        Sans déconner (disons, en déconnant un peu moins), je m’intéresse à votre blog depuis son lancement et toutes mes questions tendent à se recentrer sur une seule.

        Je me risque à une formulation :
        Est-ce que le ’problème’ du sondage ne tient pas à la vulgarisation ? En clair, un sondage s’établit sur des bases scientifiques (comporte un certain nombre d’hypothèses en entrée et tend à montrer quelque chose) mais, pour des questions de vulgarisation est reformulé en UNE phrase ou UN chiffre, parfois via plusieurs lignes de téléphone arabe qui n’arrangent rien.

        Si on lisait des rapports de sondages, avec le nom du client, l’objectif, les questions exactes, les proportions de réponses (et de « non-réponse ») etc. on aurait un travail scientifique exploitable... qui n’intéresserait finalement pas grand monde.

        C’est tout le problème de la vulgarisation à outrance. Tout le monde sait très bien qu’Einstein a démontré que « E = m.c² “, mais si on commence à évoquer le carré de la célérité...
        De la même façon, journal.com (ou sa version papier) nous informe que telle société de sondage a démontré que, je ne sais pas, ‘les français sont mécontents’. qui, pourquoi, dans quel contexte etc. On sélectionne très peu des hypothèses d’entrée, donc on biaise le résultat et on agit sur l’opinion publique plus ou moins sciemment.

        Je me trompe de beaucoup ?

         
        • Docteur Panel
          Docteur Panel répond à Gringo
          Sondologue
          • Posté à 18h21 le 01/07/2008
          • Internaute 43290
            Sondologue

          Cher Gringo, je suis bien d’accord avec vous.
          Je dirais même que c’est plus largement le problème du passage de la « donnée » (objective, scientifique, mais dont on ne peut rien faire d’intéressant) à « l’information » (avant même qu’elle ne soit vulgarisée ou simplifiée), c’est-à-dire la donnée une fois qu’elle est interprétée pour être rendue utilisable et utile. Or elle est forcément interprétée au prisme d’une culture, d’une posture, d’une hypothèse, d’une intention de démonstration, etc.

          A mes yeux, la vulgarisation (en sondages, en sciences, en information en général) est un acte forcément politique, et ce qu’il y a de plus difficile. Il n’y a que très peu de grands vulgarisateurs. Le seul qui me vient à l’esprit c’est Hubert Reeves, l’astrophysicien. Tout l’enjeu de la vulgarisation est de prétendre à l’honnêteté plus qu’à l’objectivité, sans perdre trop la nuance et surtout sans chercher à clore le débat ouvert par l’information initiale, mais en visant au contraire à l’ouvrir.

          • Gringo
            Gringo répond à Docteur Panel
            • Posté à 18h39 le 01/07/2008
            • Internaute 24805

            Le passage de la donnée à l’information...
            L’idée est belle et, pour le coup, bien formulée.
            Merci Docteur (pour l’ensemble de la réponse).

            Sinon, sans vouloir gérer votre planning, on se revoit pour parler des populations sous-jacentes la prochaine fois, c’est bien ça ?
             ; -)

            « faites-moi penser à vous parler des populations sous-jacentes et des bases d’échantillon un de ces jours, quand je vous aurai parlé du vote de paille »
            - Dr panel -

            Bonne continuation.

        2 autres commentaires
  • Docteur Panel
    Docteur Panel
    Sondologue
    • Posté à 19h31 le 01/07/2008
    • Internaute 43290
      Sondologue

    Vous pensez bien que je vais tout de même vous faire poireauter un peu avec d’autres petits sujets, avant ! Juste histoire de dire que c’est pas vous qui gérez mon planning ; -)

    • Jana
      Jana répond à Docteur Panel
      bretonne en Normandie
      • Posté à 11h41 le 02/07/2008
      • Internaute 13372
        bretonne en Normandie

      @ Gringo et Docteur Panel

      Votre partie de ping pong me fournit un super sourire pour la journée.. Merci.

      Quand vous aurez le temps..
      Pourriez-vous (sans interférer dans votre planning ! !)prendre de A à Z, avec exemples concrets, un cheminement de sondage :

      - donneur d’ordre
      - qualité des questions posées et de l’échantillon choisi
      - traitement des résultats
      - qualité de la vulgarisation

      Pour aider des petits cerveaux de mon espèce à mieux saisir les mécanismes pervers, à trier les infos de qualité, des infos de manipulation...

      Je vous souhaite un bel été

      • Docteur Panel
        Docteur Panel répond à Jana
        Sondologue
        • Posté à 12h58 le 02/07/2008
        • Internaute 43290
          Sondologue

        Merci de cette suggestion Jana, je n’y manquerai pas.

        Décidément je vois que mon planning est entre d’excellentes mains !

  • Feu
    Feu
    • Posté à 23h25 le 01/07/2008
    • Internaute 31051

    Cela faisait un an que j’allais régulièrement sur le site « expression public » et son Blog qui était le lieu de rencontre épistolaire d’un échantillon representatif des differents courants politique de la population avec bien sur le lot de rigolos que l’on dépistait facilement. Mais voila, depuis (j’espère que ce n’est qu’une coïncidence)la conférence de presse de Pinochio, le blog est fermé.
    Je venais épisodiquement ici et maintenant plus souvent car vous avez conservé les thèmes de débat, même si on dérive parfois.
    J’apprecie et le conseille au moins 2 fois par jour comme lieu d’expression et de connaissance sur les grands thèmes ou les plus discets, pour se faire une opinion sur les tendances de la société et ne pas se contenter des médias télévisuels beaucoup trop manipulateurs à mon gout.
    (exusez les fautes, je ne me relis pas, mais je vais faire un effort !)

  • R2PH
    • Posté à 01h05 le 02/07/2008
    • Internaute 5835

    *** ALARM ***

    Laissez tomber : La RUE89 vient de remplacer le topic « Le président sur France 3 » - Ou un truc du genre

    Par « Ai-je eu raison de me faire opérer de ma myopie »

    Enfoirés, avec toute la promo que je vous ai pas facturé...

  • KNAL
    KNAL
    retraité
    • Posté à 07h32 le 02/07/2008
    • Internaute 45490
      retraité

    vaste sujet ! !
    depuis longtemps je pense que la « chose » la plus importante dans la consultation électorale c’est « l’isoloir ». C’est un endroit ou se rencontrent un lieu et un moment. Un point de confrontation ,pour l’être humain , entre sa personne et son individu et ou il est rappelé avec force à cet être humain-electeur,qu’un individu n’est jamais qu’une personne considérée isolément , et qu’une personne n’est ,elle-même,qu’un individu considéré en lui-même .L’isoloir « autel“de la chosification de la démocratie ou se realise ‘la transformation des concepts d’idées en objets réels’

    • Docteur Panel
      Docteur Panel répond à KNAL
      Sondologue
      • Posté à 11h02 le 02/07/2008
      • Internaute 43290
        Sondologue

      Merci de cette remarque lumineuse, cher KNAL. Grâce à vous, je m’avise pour la première fois que l’irréductible différence entre l’opinion (qu’un sondage, s’il est bien fait, représente bien) et le vote, c’est l’isoloir.

      • KNAL
        KNAL répond à Docteur Panel
        retraité
        • Posté à 07h33 le 04/07/2008
        • Internaute 45490
          retraité

        Merci docteur pour « remarque lumineuse » , mais il y a tant à faire pour que l’agir communicationnel », cher à habermas , devienne une voie à double sens institutionalisée pour que la « sincerité » de l’être humain-electeur mesurée dans l’isoloir , devienne , en temps réel , un terme positif de la prise en compte de « l’opinion publique » . Il faut corriger le poids des facteurs moyens avant de les introduire dans les equations decisionnelles.

  • YVANBACHAUD
    YVANBACHAUD
    Porte parole www.ric-france.fr
    • Posté à 18h43 le 02/07/2008
    • Internaute 24559
      Porte parole www.ric-france.fr

    Bonjour,
    Je suis désolé le sujet m’intéresse mais je n’ai pas compris ce qu’était le vote de paille..

    Je ne dois pas être seul.. Du moins je l’espère.

    Je crois aux sondages et je pense que ceux qui s’amusent à truander seront vite découverts par leurs prévisions et les résultats réels..
    Sur le site Lien il y a pas mal de vidéos sur la démocratie et des sondages de grands organismes français de sondage qui sont édifiant

    Yvan Bachaud

  • Docteur Panel
    Docteur Panel
    Sondologue
    • Posté à 10h52 le 03/07/2008
    • Internaute 43290
      Sondologue

    Je voudrais attirer l’attention des sondophages, sondophiles et sondophobes de ce site sur sur ce post hautement intéressant de l’internaute El pibe Politico, écrit en commentant l’article de ce jeudi 3 juillet sur la libération d’Ingrid Bétancourt :
    Lien

    Ci-dessous son post recopié. C’est limpide, ça se passe de commentaires, j’adore :
    « Bonjour à tous,
    Je suis actuellement mes études à Bogota (19 : 46 à l’heure d’écrire)et c’est une grande victoire que l’on peut sentir ici.
    Je viens de m’inscrire sur Rue89 suite à ce sondage du Monde.fr qui me parait loin de la réalité mise à part la dernière proposition qui il faut l’avouer n’et pas un “succès” mais un “sacre” pour la prochaine élection :
    Que représente, pour vous, la libération d’Ingrid Betancourt ?
    - une récompense pour la mobilisation de l’opinion publique en France
    - la justification des efforts des diplomates français et de l’Elysée
    - une preuve de l’affaiblissement des Farc
    - un succès pour le président colombien Alvaro Uribe
    Je pense que l’on pourrait ajouter des centaine de propositions à ce sondage entre autres :
    - une récompense pour la mobilisation de l’opinion publique colombienne
    - une récompense pour toutes les familles des otages
    - une nouvelle vision de la Colombie dans le monde (qui est la troisième économie sud-américaine)
    - un pas vers la fin des souffances d’un pays en guerre
    - un nouveau souffle pour donner du courage à tous les colombiens qui vivent dans une situation difficile (je suis allé dans une communauté indigène et c’est un autre monde...)
    - une preuve de l’inefficacité des diplomaties étrangères à régler des conflits armés (comme le souligne, à juste titre l’article)
    - une preuve que les informations vont souvent à sens unique
    - ca représente pour moi des gens pleurant de joie (et ceci n’est pas un spectacle médiatique)et qui ont fêté l’évènement, comme il se doit ici et comme toute la Colombie avec une.. oration !
    saludos

    el pibe (qui vous laisse la possibilité de compléter les propositions) »

  • Energéthique
    Energéthique
    Dirigeant
    • Posté à 12h00 le 06/07/2008
    • Internaute 46777
      Dirigeant

    Bravo Docteur pour la médecine douce et saine que vous nous administrez à travers votre blog : à chaque prise, on se sent, sinon un peu moins idiot, du moins un peu moins manipulé.

    Et voilà qu’avec ce dernier article moins technique et plus historique, vous ne vous contentez plus d’éclairer notre jugement, mais vous vous attachez également à enrichir notre culture !

    Vous le voyez, je suis jusque là complètement fan... Mais souhaitant moi aussi conserver l’état d’esprit critique que vos articles insufflent ligne après ligne, je ne suis pas un fan inconditionnel. Et j’ai remarqué la difficulté que vous aviez eue dans votre article à ne pas donner de chiffres pour illustrer votre propos, alors même que vous introduisiez votre article avec la promesse de ne donner aucun chiffre issu d’un quelconque sondage... Las ! Le métier vous rattrape, et dès le premier tiers de l’article, vous citez Pollens et les chiffres de Gallup pour l’élection de Roosevelt !

    Cette entorse à la règle que vous vous étiez vous-même fixée quelques lignes plus haut est intéressante : sur le fond, votre honnêteté et votre sincérité ne sont pas en cause, et surtout, l’exemple et les chiffres cités appuient votre propos ; dans la forme, on peut toujours se poser la question de la nécessité de respecter absolument les règles que l’on se fixe... Pour reprendre votre exemple de la journée sans télé qui fait un bien fou : on peut imaginer qu’il n’est pas souhaitable lors de la journée sans télé de regarder une émission de télé, même si cette dernière concerne les ravages que la télé cause lorsqu’elle est regardée à haute dose.

    De même, avec peut-être un peu d’angélisme et de naïveté, on pourrait imaginer que les sondages que vous brocardez à juste titre ont parfois le même défaut, mais pour les mêmes raisons : ils ne respectent pas toujours les règles qu’ils se fixent, mais pour des raisons pas forcément manipulatrices ou orientées... Et si parfois ils étaient tout simplement trop pressés pour être complètement rigoureux, et qu’alors un information sondagière moins rigoureuse vaille mieux qu’une information sondagière trop tardive ?

    J’ai eu la réponse à ces doutes dans vos échanges avec Gringo : « tout l’enjeu est de prétendre à l’honnêteté plutôt qu’à l’objectivité »... Et donc l’état d’esprit peut parfois primer sur la rigueur.

  • sls
    sls
    • Posté à 10h57 le 07/07/2008
    • Internaute 30102

    Tout à fait d’accord avec la deuxième partie de votre analyse : les sondages tendent à se rapprocher du vote de paille en raison de leur manque de neutralité, et de leurs méthodes approximatives.

    Pourtant, je ne crois pas qu’il faille analyser cela comme une évolution linéaire où les étapes de la mesure de l’opinion publique se succèderaient les unes aux autres. On ne peut pas dire qu’à une certaine époque le sondage fut l’exact opposé du vote de paille, et qu’il l’a remplacé en imposant des méthodes scientifiques. Meme si, sans conteste, ce fut l’intention de sondeurs comme Gallup.

    Votes de paille (ou désormais vote en ligne) et sondages partagent plusieurs points communs, qui interdisent de les distinguer aussi nettement.
    Tous deux partagent une même hypothèse : l’analyse chiffrée de la société permet de connaître celle-ci. Tous deux partagent sans doute l’idée (sincère ?) que leur outil peut faire avancer le débat démocratique : connaître l’avis de la population permettrait de mieux comprendre les problèmes.
    Enfin, les sondages, comme les enquêtes en ligne, prétendent être des outils scientifiques alors que ce n’en sont pas. En tant que produits commerciaux, leur intention n’est pas la recherche de vérités. La recherche du vrai n’est pas le but, mais le moyen de parvenir à une autre fin. Pour les sondeurs, la véritable fin est de vendre leur production de sondages, pour les hommes politiques, il s’agit d’assurer son élection, pour les journalistes, doper leurs tirages.

    Pour ces raisons, je dirais que les votes en ligne prospèrent maintenant que la place des sondages est consolidée en tant qu’outil scientifique pertinent, et ce malgré les critiques. Cela leur a ouvert un espace, celui de la folie d’une vision entièrement chiffrée de la société.

    De plus, le sondage et les votes en ligne actuels me semblent bien plus pernicieux que le vote de paille : comme vous le soulignez, tout lecteur savait sans doute qu’une consultation organisée par un journal serait orientée politiquement. Alors que le sondage se pare de vertu de neutralité, de scientificité qu’il n’a pas, et veut persuader la société que les chiffres de ses sondages sont Vrais, et donc incontestables.

    L’un comme l’autre ont pour but de faire cesser le débat politique, et non de le dynamiser. C’est un argument péremptoire, d’autorité. Si les français pensent majoritairement que la solution A est la réponse à un problème X, le sondage intime aux politiques et aux citoyens de clore le débat. Et bien souvent, le sondage intervient alors que le débat n’a même pas émergé dans la société. Alors que rien ne garantit qu’à l’issu de ce débat, l’avis des sondés aurait été le même. Les exemples inverses sont au contraire légions. (le référendum sur la constitution européenne de 2005, ou le « oui » paradait en tête avant que le « non » suite à l’intérêt des français pour la question, ne s’impose).

    Collectif Sondons les Sondages,
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