Cabinet de lecture

L'actualité des livres, par Hubert Artus.

Bordas : « L'histoire du cycle s'arrête en 1984, la fin de Hinault »

Publié le 20/07/2008 à 16h51

Le Tour 2008, comme toutes les grandes compétitions sportives depuis dix ans, est -aussi- marqué du fer rouge de la suspicion. L’occasion d’une pause rafraîchissante, comme en offre toujours la littérature lorsqu’elle épouse le tempo du sport et du maximalisme. Interview de l’ancien journaliste cycliste Philippe Bordas, dont le « Forcenés » était paru en hiver, et dont nous parlons l’été. Ballade littéraire et sportive.

« Forcenés », un cri sportif


 » Le cyclisme n’est pas un sport. C’est un genre. Les genres déclinent et disparaissent, comme les civilisations. […] Le cyclisme est mort [...] Le cyclisme dans sa perfection est abouti. Copi achève le cyclisme comme Joyce et Faulkner achèvent le roman, dans sa forme minérale complexe. Après qui viennent les répétitions, les épigones, la dilution » : c’est par deux pages de ce tonneau que débute « Forcenés » . Un livre fait de rage et d’assise. De style.
 » Forcenés » était paru, de façon un peu incongrue, en janvier dernier. En fait, le simple décalage entre cette parution et la saison où, en France, le vélo passe du rang d’objet de garage à celui de narration collective, résume ce qui est en jeu dans ce deuxième livre de cet ancien photographe, devenu un temps chroniqueur cycliste à L’Equipe et journaliste à L’Autre Journal de Michel Butel.
 » Forcenés » raconte un cyclisme qui n’existe plus. Qu’Antoine Blondin ou Pierre Chany écrivaient sous les transcendances d’Anquetil, de Fausto Coppi, de Geminiani, de De Vlaeminck ou encore de Bartali. Le cyclisme était alors un « flirt aux marges de l’humain » sans cesse nouveau. Avant l’arrivée des chimistes.
C’est est un texte étrange. Tantôt narration tantôt scansions. Tantôt maximalisme, tantôt lyrique, tantôt trop verbeux. Une mosaïque de portraits ayant existé, de figures idéales et métaphoriques, d’évènements pur sang, de figures littéraires et de sociologie. « Forcenés » est un cri sportif. Mais surtout, un objet littéraire, quelque part entre « Les Tripettes de Belleville » et Antoine Blondin.

Depuis dix ans exactement, chaque Tour de France est aussi un Tour du dopage. Que vous inspire ce changement de narrations, de cyclistes, d’hommes-produits, d’adéquation entre le sportif et son temps ?

Les grands cyclistes, Vietto, Coppi, Anquetil, pour ne parler que des plus beaux, ont été d’une autre race que sportive. Ils ont agrégé à eux une densité historique et poétique qui faisait langage. Ces enfants venus du labour ou de l’atelier ont créé un geste, ils ont inventé un phrasé qui est allé au cœur des gens. Ils ont été les troubadours d’un peuple encore maître de son langage, encore proche du parler du Villon, des exagérations de Rabelais, des raffinements artisanaux de Céline. Les grands cyclistes ont été les poètes errants de ceux que les petits tyrans appellent « gens du bas » -même s’ils gardent l’intime perception du très-haut.

On ne peut aimer Coppi sans la perception du sacré, sans la perception antique des défis lancés aux montagnes et aux éléments. Le dopage fut de toute époque, il a été le quotidien, le vice et la passion de ces hommes au défi de tout. Jadis les dopages étaient dérisoires, les exploits énormes. Aujourd’hui, c’est l’inverse.

A titre personnel, êtes-vous favorable à l’autorisation du dopage, ne serait-ce que pour pouvoir en prévenir les effets secondaires ?

Un dopage minime, compensateur, régulatoire est de facto admis et pratiqué, qu’on le veuille ou non. Ce sont de petites choses, certes, mais qui éloignent à jamais l’idée du dopage zéro. Il faut imaginer ce que c’est qu’un Tour de France, une course extrême de trois semaines.

A titre littéraire, êtes-vous favorable à l’interdiction de l’autofiction, ne serait-ce que pour éviter les effets secondaires ?

Saint-Simon, Proust, Céline, voilà les maîtres de l’autofiction. Les hommes d’un destin. Les hommes d’un style. Les inventeurs d’un phrasé, comme Anquetil, comme Coppi. Saint-Simon écrivant dans le noir, au secret, faisant exploit dans un corridor, arrachant à la bougie un presque siècle de temps. Proust incendié par les protocoles médicaux, mort jeune d’avoir grimpé plus vite et haut que les petits coureurs de son époque. Céline cramé de l’intérieur, insomniaque et pas lésineur sur les pastilles excitantes. Ce qui se nomme aujourd’hui autofiction, c’est l’inexistence bravache des ego sans destin, la littérature résiduelle des humains sans style - des riens.

Quand une société s’est à ce point aliénée à la matérialité, au dégoût de soi, à la vanterie de ce rien, à la vanterie de soi, quand la question du destin est déliée de celle de l’héroïsme, quand la langue française est à ce point tenue en mépris et en haine, on voit soudain aux batraciens des envies de littérature.

Votre panorama s’arrête, outre l’évocation de Pantani, à Herrera ou Stephen Roche. Pourquoi ?

L’histoire du cycle s’arrête en 1984. C’est la fin symbolique de Bernard Hinault, dernier champion d’antique lignée. Hinault est moqué par Fignon, champion nouveau issu de la middle class. Par ses manières, Fignon réfute tout à la fois le milieu prolétaire dans lequel s’enracine le cyclisme et réfute également la sphère de noblesse vers laquelle il tend. 1984, c’est l’étrange renaissance de Moser, qui bat le record de l’heure de Merckx, alors qu’il est déjà hors d’âge. 1984, c’est Fignon deux fois plus fort qu’en 1983. C’est le moment où les initiales d’Henri Desgrange, qui dès sa naissance lia le cyclisme à l’écriture, sont décousues du maillot jaune. 1984, c’est l’irruption de Tapie dans le cyclisme, le marketing le plus déprimant, c’est l’absorption du Parti communiste par un Parti socialiste cynique et revenu de tout.

1984, c’est l’année de Vies minuscules de Pierre Michon, dernier soubresaut littéraire, avant l’avènement, calculé par les éditeurs, de la littérature moyenne supérieure, l’assomption des Fignon dans le paysage littéraire français. La littérature nie son enracinement historique populaire, renie Villon, Rabelais et Céline. La question de la noblesse, la primauté de l’excellence sont mises en accusation. La littérature et le cyclisme des vingt dernières années sont soumis aux mêmes artifices, les romanceurs de ce temps se dopant à la sociologie, au journalisme, au nihilisme dilué, au pornographisme niais de petits partouseurs des Yvelines.



Hinault dans un contre-la-montre du Tour, en 1986 (Luc Novovitch/Reuters)

Pour revenir au cyclisme, il faut dire une fois pour toutes que, depuis le début des années 90, il n’est plus possible de gagner une grande course sans dopage invasif. De fait, les coureurs sont devenus honteux d’eux-mêmes, ils se cachent derrière des lunettes noires, masquent leur chevelure avec des casques épouvantables, ils se coupent de la rumeur du monde et des vivats de la foule par le jeu d’oreillettes et de câblages dignes du barnum autistique des présentateurs télés.

L’expressivité ancienne s’évanouit. Coppi casqué et lunetté n’aurait jamais pu délivrer son étrange message christique. Dans le même temps, les écrivains domestiqués du temps nouveau montrent une identique honte du langage et du poème français, ils parlent la langue médiane des magazines, ils parlent la langue diaphane des télévisions. Qu’un gamin surgisse et écrive en français langue vivante, il est saisi par les policiers en civil pire qu’un déviant exhibant ses organes.

Forcenés de Philippe Bordas (Fayard, 300 pp., 19€)

En juillet, avant la prochaine rentrée littéraire, le Cabinet de lecture publiera les –nombreux…- sujets sur des livres parus ce premiers semestre, et dont il n’a eu le temps de vous parler.

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  • Humain
    • Posté à 18h14 le 20/07/2008
    • Internaute 21387

    Evidemment 1984 cela remonte loin...

    Il était un commentateur, entre autre de cyclisme, nommé George Briquet, capable de décrire une évènement sportif de quelque nature et en faire, parfois, un exploit par ses seuls propos !

    On dit que certains comme Chapatte ou Thierry Roland auraient commencé à cette époque.

    Briquet est mort en 1964.... Bien avant la fin, évoquée ci-dessus du cyclisme, qui était une sport de « pro » voulant gagner certes, mais, au dire de certains « grands » une façon d’éviter l’usine.

    Peut être que depuis les années 1985-90 y a-t-il moins de différences entre les premiers et les derniers dans une course importante.
    La préparation devenait à cette époque, une affaire, non plus de simple « vouloir gagner » mais surtout une volonté copieusement doublée d’un entraînement de plus en plus professionnel.

    Nous sommes loin d’un d’Anquetil, qui, dit-on, ne lésignait pas devant un bon steak et sa garniture avant de remonter sur la selle !

    Les grands coureurs, de nos jours ne sont peut être pas tous très différents les uns des autres : la différence, serait alors apportée par cette « aide » devenue necéssaire dans un sport qui demande tant de ressources énergétiques.

    Pour qu’autre raisons, pour la pub et la promotion il en serait de même pour le tennis ou d’autres activités : mais là, le motus est total !
    Pourquoi ?

    Ce que les « supporters » reconnaissaient dans le Vieux Gaulois (Tour de 1919) ou dans un Poulidor était d’abord l’opiniâtreté... Alors que de nos jour on ne chronom^tre quasiment que la seule performance.

    Ce qu’il faut changer ce n’est pas la façon d’entraîner, car elle découle de l’effort demandé... Et donc n’ira pas en diminuant.

    Il y a peu, après un scandale de dopage, le reporter de France 2,Gérard Holtz commentait, ébahi, la vitesse effarante à laquelle repartaient les coureurs !

    Diminuer le dopage demandera à en diminuer les causes...
    Et le sport cycliste reviendra non ce qu’il était, mais ce qu’il aurait du devenir.

    • Augustus-
      Augustus- répond à Humain
      Globe-trotteur en quête de (...)
      • Posté à 18h40 le 20/07/2008
      • Internaute 11613
        Globe-trotteur en quête de (...)

      Chapatte et Thierry Rolland, quand j’avais treize ans en 1966, ils étaient déjà là... je me souviens qu’avec mon frangin nous brocardions les poncifs de TR : ...et le rugueux Zdrongordszic décoche un tir terrible qui ne laisse aucune chance à l’impénétrable Rudraescu

      Je ne voudrais pas dire de bêtise, mais je crois qu’ils ont commencé leur carrière sous le règne de Charles le Chauve...

      • Petit_ours
        Petit_ours répond à Augustus-
        actuellement étudiant en (...)
        • Posté à 07h30 le 21/07/2008
        • Internaute 31951
          actuellement étudiant en (...)

        Et ils le terminent sous Marc-o au dents longues, sauf Chapatte, qui eut l’extrème bonne (je reconnais que ça dépend du point de vue) idée de mourir jeune, ce qui évite toujours l’outrage du temps ;
        Poulidor, l’éternel second, vit encore à 40 bornes de chez moi. Il y a deux ans, alors que je roulais dans ce St Léonard qui lui est si cher, j’ai eu la surprise de le voir à mon côté, lui sur son vélo alors que je faisais, en voiture, du gras à un feu rouge (il doit flirter avec les 70 ans, j’en ai 23). Et mon père, qui a la chance de côtoyer professionnellement son médecin personnel, s’est laissé conter qu’il avait toujours une santé de jeune homme. Oui, c’était une autre époque. Mais c’est bien partout.
        Pantani, lui, est mort d’overdose. Le tour devient plus compliqué ? C’est possible, néanmoins, les coureurs emmenaient à l’époque des machines plus pesantes que celles d’aujourd’hui, taillées dans des peaux d’avions de combat. Alors, la différence...

        Alors c’est peut-être nous qui avons changé, et qui vivons la fin d’un règne.
        Il serait temps de se pencher n peu sur nous même, car on a les héros que l’on mérite.

         
        • Panca
          Panca répond à Petit_ours
          raleur qui aime les débats
          • Posté à 08h39 le 22/07/2008
          • Internaute 23059
            raleur qui aime les débats

          Effectivement, l’auteur de l’article omet le populaire Poulidor qui a grandement contribué au Tour de France sans jamais le gagner (il a gagné de nombreuses autres courses). La bonne santé du Poulidor est LA preuve qu’il n’a jamais eu recours au dopage, contrairement à d’autres dont les noms sont connus et qui
          ont quitté notre monde plutôt jeunes. Poulidor, qui n’en est pas un, n’as jamais été très aimé des intellectuels qui lui reprochaient un manque de « stratégie » mais j’ai cru comprendre que la stratégie était le fait des directions d’équipe.
          Pour finir une question, une encyclopédie sur le cyclisme va t elle paraitre prochainement ?

        1 autres commentaires
  • guiton
    guiton
    chargé d'enquête
    • Posté à 18h14 le 20/07/2008
    • Internaute 41662
      chargé d'enquête

    Je ne pense pas que l’on puisse dire que l’histoire du cyclisme s’arrête en 1984. Car, comme les plus jeunes, je me suis mis à m’intéresser à ce sport après cette date. Et pour moi, mon histoire du cyclisme a débuté avec les Lemond, les Delgado, les Indurain. Certes les histoires de dopage récentes, la « surprofessionalisation » de ce sport ont retiré la part de rêve et de « folklore » qui donnait au cyclisme un caractère si particulier. Mais les exploits sont toujours là, l’intérêt des courses est parfois encore présents.
    Et de plus, je dirai qu’arrêter l’histoire du cyclisme au début d’une période où les affaires de dopage se sont multipliées, c’est aussi nier le fait que le dopage était présent avant (désolé, mais depuis mon jeune âge, j’ai entendu des anecdotes de dopage pour les périodes vant 1984 et certaines rumeurs concernant des champions comme Merckx, sous réserve de confirmation bien sûr). Surtout que sur le point du dopage, les contrôles et les techniques de détection se sont réellement développées depuis 10 ans (peut-être du fait du fort développement des pratiques dopantes).

    Le cyclisme n’étant pas en dehors de la société, il est aussi logique que le matériel et l’apparence des ocureurs suivent les évolutions technologiques, les évolutions de la mode, le principe de précaution (imposant le port du casque) et tout ce que l’on retrouve dans la vie actuelle. Si le cyclisme est tel qu’il est aujourd’hui, c’est peut-être aussi qu’il reflète à sa manière nos sociétés (recours à l’informatique lors des entraînements, recherche du moindre détail pour augmenter la performance, comportements de plus en plus lisses et uniformes de la part des coureurs, etc..). Mais je n’irai pas jusqu’à dire que so histoire s’est arrêté. Sinon, c’est que la nôtre aussi.

    • sissa
      sissa répond à guiton
      • Posté à 00h48 le 22/07/2008
      • Internaute 39778

      C’est dit très clairement dans l’article : le dopage date de bien avant la période actuelle, il a en fait toujours été présent.
      La différence, c’est que les progrès de la science font qu’aujourd’hui, il est devenu si efficace que les coureurs « à l’eau claire » sont complètement dépassés.

  • thierry reboud
    • Posté à 18h46 le 20/07/2008
    • Internaute 20923

    Ce qui se nomme aujourd’hui autofiction, c’est l’inexistence bravache des ego sans destin, la littérature résiduelle des humains sans style - des riens.

    Rien que pour celle-là, ça valait la peine de lire l’entretien ! Et le reste n’est pas mal non plus. Encore merci...

    • Compte supprimé le 3 janvier 3
      • Posté à 20h45 le 20/07/2008
      • Internaute 10904
        in angulo

      Re-salut Thierry, ça fait plaisir de te re-trouver là.

      Superbe entretien, effectivement, sur un sujet qu’on eut pu croire rebattu et qui, par la magie d’un seul, retrouve tout son mordant.

      Un écrivain qui voit loin, c’est clair, et ça fait tout de suite du bien.

      Le bouquin de Bordas fera partie des quelques-uns que j’emporterai cet été avec d’autres, que tu sais bien : -)).

  • DBL8
    DBL8
    Retraité
    • Posté à 19h10 le 20/07/2008
    • Internaute 19562
      Retraité

    AH... le dopage.
    Et pourquoi s’arrêter au cyclisme ?
    Arrêtons de faire les vierges effarouchées, et faisons des contrôles dans TOUS les sports.
    Même les amateurs en prennent, sous prétexte de récupérer plus vite, ou être en meilleur forme.

    Pourquoi ne pas leurs dire : vous êtes prit une fois... c’est la dernière après plus de compétitions.

  • adaunis
    • Posté à 20h10 le 20/07/2008
    • Internaute 4255

    Alors là vous deux, vous me la baillez belle !
    Oui Thierry et Broguilo !
    Presque d’accord avec vous, sur la portée de l’article, l’un de ceux dont nous régale en général Huber Artus.

    Mais le sujet étant très actuel, et en ayant lu les contributions précédentes, je me suis dit que pour parler de cyclisme, il fallait au demeurant suivre un « régime sans selle » à base de « champagne et amphétamines » comme « Maitre Jacques », être « cadre supérieur » et réussir comme entrepreneur (institut de thalassothérapie », Louison Bobet, (le cancer toujours en ligne de mire), ou avoir eu un cancer des testicules (et une pharmacopée, spéciale autorisée) comme L’extraterrestre Amstrong.
    Enfin, ce qui fait plaisir dans l’article c’est de voir qu’un nouvel Antoine Blondin est peut être en train de naitre !
    Et ça pour une nouvelle, c’est une nouvelle.
    Non ! je ne déraille pas, ni ne pédale dans la semoule !

  • Thomas GREDAT
    • Posté à 20h36 le 20/07/2008
    • Internaute 23794

    Le sport en général, le cyclisme en particulier, et le Tour de France en spécial-particulier, ont toujours inspiré la verve des journalistes, bons ou mauvais, et de quelques écrivains, illustres ou obscurs. Les meilleurs chantres du vélo furent cependant ceux qui ne se laissèrent jamais prendre au piège de l’emphase et du superlatif : Pierre Chany, l’oeil, chez qui la passion du spectateur se mêlait à la rigueur de l’observateur et à la probité de l’historien ; Antoine Blondin, l’amoureux amusé, dont les bons mots et le sens de l’a-propos courent encore.
    Alors, convoquer Rabelais, Villon ou Céline, je veux bien. Vous croyez vraiment que c’est à eux que Coppi et Anquetil pensaient, au milieu des tortures de damnés qu’ils s’infligeaient dans leur corps-àcorps avec la route ? La légende, Anquetil n’en avait rien à foutre : il gagnait les contre-la-montre, contrôlait la course en montagne et raflait le Maillot jaune à Paris. Je veux bien excepter 1961, où il porta le paletot du premier au dernier jour, non par souci de la légende, mais par amour du défi. La seule différence entre Indurain et lui, c’est que l’Espagnol ne tirait pas une tête de six pieds de long sur le podium quand il avait gagné.
    Merckx, OK, c’était un obsédé du panache. En revanche, pour Hinault, en qui Bordas voit le « dernier champion d’antique lignée », c’était des conneries de journalistes. Il gagnait le Tour à la Anquetil (quoique en grimpant mieux) et détestait Paris-Roubaix, qu’il ne gagna que pour s’arroger le droit de dire ce qu’il en pensait. Je trouve d’autant moins adroit de l’opposer au « middle-class » Fignon que, malgré un mot malheureux qu’eut ce dernier à l’égard du Blaireau, les deux hommes s’estimaient. Hinault, à ses débuts, n’était lui-même pas plus respectueux à l’égard des anciens.
    Quant au fait d’être « middle class », je pense qu’un Fignon, titulaire d’un bac C et d’un DEUG, n’en avait que plus de mérite à s’imposer les mêmes souffrances qu’un apprenti-charcutier nommé Coppi ou qu’un Anquetil qui a dit que le vélo était moins dur que la culture des fraises.
    Soyons sérieux : Indurain appartient à cette ère moderne tant décriée par Bordas, alors qu’il était issu d’une famille paysanne d’un village du Pays Basque ! Sur un vélo, il avait de l’allure, et ses exploits le situent dans la lignée des Coppi, Merckx et consorts. De même qu’Armstrong. Malgré tout. Armstrong qui a certainement souffert sur la route, mais davantage encore sur un lit d’hôpital. Ce qui, apparemment, ne lui a pas servi de leçon...
    Bref, je crois que votre interviewé a une vision trop « littéraire » du cyclisme. Ou trop personnelle.
    La vérité, c’est que le vélo est avant tout une histoire d’hommes. C’est-à-dire que la grandeur y côtoie la mesquinerie, et que l’exploit est toujours proche du dopage.
    C’est aussi qu’il a évolué. Y compris dans le domaine du dopage. Les formes changent, les casques profilés remplacent les casquettes, mais les champions sont les mêmes. Et aussi l’hypocrisie.
    La seule chose qui me gêne vraiment, c’est de ne plus entendre des expressions comme « Je suis râpé », « Je suis cuit », « Je suis mort » ou autres exprimant la fatigue et la souffrance.
    Et si j’ai cessé d’être un assidu de ce sport, ce n’est pas pour des raisons littéraires.

    • Compte supprimé le 3 janvier 3
      • Posté à 19h00 le 22/07/2008
      • Internaute 10904
        in angulo

      Salut Thomas,

      Evidemment pas du tout d’accord avec toi.

      J’ai acheté « Forcenés » hier après-midi.
      Je m’étais juré de le mettre au frais au moins jusqu’au départ en vacances et puis, ça été plus fort que moi : j’y ai d’abord jeté un oeil, puis deux, pour finir par le dévorer en entier.
      En y passant une bonne partie de la nuit, du reste.

      Et c’est vraiment de bout en bout un super bouquin, il faut le dire et le répéter, un bijou littéraire comme on en voit peu.

      Bordas est quelqu’un qui fait oeuvre.
      C’est très écrit.
      Je comprends que ça puisse embêter.
      Car il a une vista, il est comme qui dirait inspiré.

      Alors lui faire reproche d’être de parti pris, c’est limite grossier.

      Peu importe sa subjectivité puisqu’il a, par la magie des mots, le pouvoir de nous transporter bien au-delà des anecdotes qu’il nous conte.
      Anecdotes, par ailleurs, que la plupart des amateurs de la Petite Reine connaissent déjà.
      Pas toutes, mais un grand nombre d’entre elles.

      Donc, tout est dans la manière d’écrire.
      Et sa manière à lui, tour à tour torrentueuse et minimaliste, c’est du grand art.

      Je sais, à certains, le style fait peur, mais quand je lis sous ta plume :

      « Bref, je crois que votre interviewé a une vision trop “ littéraire ” du cyclisme. Ou trop personnelle. »

      Je me dis que, sur ce coup-là, tu es vraiment à côté de la plaque.

      A quoi bon accrocher l’auteur sur le fait, par exemple, qu’ il y ait encore des fils de paysans en 1985, 1986, en 1987, 88 etc... » ou que « Jacques Anquetil, il se dopait pas peut-être ? »... « et avant lui, hein, machin, il se dopait pas, peut-être »...

      J’ai un peu de mal à comprendre qu’on puisse ainsi aligner des petits faits, certes indubitables et connus de tous, pour tenter de discréditer un auteur et son ouvrage de quelques trois-cent pages, en s’appuyant simplement sur quelques extraits en dehors de tout contexte,

      En exergue à son livre, Bordas a écrit :

      « J’ai vécu au sein d’un poème lyrique, comme tout possédé. »
      Pier paolo Pasolini. Qui je suis.

      ça devrait t’éclairer.

      Quelques extraits (p.108-109) :

      « Les cyclistes ont le temps de détailler les laideurs d’un pays unifié par le réseau des ronds-points et des giratoires. Ils ne traversent plus les collines de Vietto ni les pinèdes de Darrigade, mais une marelle contre-signée par des préfets.
      Ce n’est plus un pays, mais une horloge géante - le monde coagulé dans une platitude de cercles enchevêtrés. A subir l’autisme légal décidé par les hommes à tête de toupie, les cyclistes suivent un schéma inspiré de spires et de riens.

      Je me dis que “Forcenés” se lit comme un très beau poème en prose.

      Ou, au chapître “La fin d’un cycle” à propos du dopage, résultats de ses conversations avec Raphaël Geminiani :

      “Les dopages étaient dérisoires, les exploits énormes. Que penser de ce dopage devenu énorme, de ces exploits dérisoires ? Que penser de ces nouveaux champions longs à élaborer, aussi lents que l’orme à pousser, quand Merckx et Anquetil venaient à plénitude aussi vite que le peuplier argenté ?

      J’attendais que gem dissocie le dopage intensifiant, les stimulants, qui sont d’ordre nerveux, mental, et le dopage transmutant fondé sur la modification viscérale, le dévoiement des organes.

      Le dopage primitif est de nature icarienne. C’est une rehausse psychique, une ivresse, une exaltation - c’est une variété forte du dionysiaque. On y risque l’écroulement.

      les protocoles récents instaurés par les corticoïdes puis les modifications sanguines et génétiques dessinent une approche froide, ; les dopés contemporains montrnt des visages d’indifférence, ils ne suent pas, n’ouvrent plus la bouche, ils ont le front propre, ils n’ont pas ce visage de folie et de possession. Les usages récents sont le syndrome apollinien d’une falsification descendue aux entrailles, rate et gésier compris. Les surfaces et les épidermes sont de marbre italien.. Ces coursiers ne s’effondrent jamais. Ils ne risquent rien.

      Le cyclisme aboutit à l’homme-machine de René Descartes et à la systémique issue de lui. La génétique est l’ultime dévoilement de l’ontologie.

      Gem veut la fin du dopage organique. On appelle holométaboles les insectes et papillons à métamorphose complète. Raphaël veut la fin de cette course aux lisières de l’extra-humain. Gem veut sauver le cyclisme. C’est sa vie. Je ne lui dis pas ma conclusion. Il est l’évangéliste rayonnant ; je suis le disciple désespéré. Je Je ne lui dis pas que mon livre est son hommage et le culte de ses amis. Que tout se clôt sur eux.
      Nous sommes debout dans le salon. nous savons que la véritable histoire du dopage ne se fera jamais.”

      ou encore(p299) :

      “Je laisse le cyclisme à ses factionnaires, ses contrefacteurs. Qui ne mettent pas le holà ; que le système a supplanté. Tout est permis, les mensonges, les profits, toutes les infusions. Je les laisse dans le monde faux.
      Demi-fous sous prétexte de juillet.

      Le cyclisme était l’intime de l’écriture ; les écrivains se nouaient à lui dans une course à fleur de peau ; les champions s’animaient au mouvement cursif d’un stylo.

      Au dosages terribles, le dopage empêche toute littérature -le verbe se délie du corps véridique.”

      Pas mieux.

      • Thomas GREDAT
        • Posté à 20h51 le 24/07/2008
        • Internaute 23794

        Salut Brogilo,
        Que tu aies lu le bouquin, rien de mieux. Ton opinion à mon égard me déçoit. Quant aux extraits que tu présentes, je n’y ai rien compris.
        Mais quand je lis les extraits en question, où les profusions d’hyperboles le disputent aux métaphores abusives, je me demande qui est vraiment à côté de la plaque.
        Je me vois donc contraint de m’en tenir à ma première opinion. Libre à toi d’en faire autant.

         
        • Compte supprimé le 3 janvier 3
          • Posté à 14h32 le 25/07/2008
          • Internaute 10904
            in angulo

          A côté de la plaque et terre à terre en plus ? : -)

          Allez, n’en jetons plus.

          • Thomas GREDAT
            • Posté à 20h35 le 25/07/2008
            • Internaute 23794

            « A côté de la plaque et terre à terre en plus ? » Je ne comprends pas comment tu peux te montrer aussi agressif.
            Dommage.

            • Compte supprimé le 3 janvier 3
              • Posté à 21h39 le 25/07/2008
              • Internaute 10904
                in angulo

              Ecoute Thomas, je crois que j’ai essayé de faire sobre, juste sobre.
              Ni plus, ni moins.
              C’est-à-dire qu’à quelqu’un qui me répond : « C’est pas moi qui suis à côté de la plaque, c’est toi », c’est-à-dire du genre : « C’est celui qui le dit qui y est » , et bien excuse-moi, mais nous ne sommes plus à l’école primaire et il m’a donc semblé qu’il était sans doute préférable d’abréger l’échange...

              Relis bien ton post de 20h36, tu verras que l’agressivité, c’est de toi qu’elle vient.

              Car tu n’hésites pas à descendre en flamme un livre que tu n’as pas lu...

              Donc, si je résume, Bordas est nul et Brogilo aime Bordas, donc Brogilo n’a rien compris tandis que moi,Thomas etc... etc...

              Ouvre-le ce bouquin, fait l’effort, tu verras, il y est même question de Victor Hugo
              ce qui ne peut laisser indifférent quelqu’un comme toi : -)
              Personnellement, j’ai beau l’avoir lu, ce bouquin, je l’emmène en vacances tellement il me plait.
              Une vraie mine.
              Un trésor.

              Voili-Voilà, Thomas.

              Bonnes vacances et bien à toi.

              • Thomas GREDAT
                • Posté à 22h10 le 25/07/2008
                • Internaute 23794

                Relis ton post de 14 heures 32, et tu comprendras pourquoi j’ai parlé d’agressivité.
                Je ne pensais pas prendre un lecteur comme toi pour un imbécile, mais si c’est ce que tu crois, n’en parlons plus. Tu as aimé ce bouquin, je suis content pour toi de ton enthousiasme, quoi que tu en dises. Je ne suis pas d’accord avec ce que dit Bordas dans son interview, je le dis et je dis pourquoi. Nous ne sommes pas d’accord, ce sont des choses qui arrivent. Autant abréger l’échange, comme tu le suggérais si justement.
                Bonnes vacances à toi aussi.

        4 autres commentaires
  • aline
    • Posté à 20h48 le 20/07/2008
    • Internaute 42161

    Ce n’est pas le dopage, mais la télé qui a tué le tour de France. Elle en a fait un spectacle abouti, alors que moi-même,petit, j’écoutais à la radio une épopée homérique, quelquechose d’indéfini et d’invisible mais ressenti à l’extrême de mon imagination et de celles des adultes qui en parlaient avec violence et idolâtrie.
    La télé a transformé des idoles en vedettes, des exploits en performances, des coureurs en salariés, des vainqueurs en dopés.

  • papy55
    papy55
    prof. en province
    • Posté à 22h25 le 20/07/2008
    • Internaute 24237
      prof. en province

    1984 & B. HINAULT seraient la fin d’un certain cyclisme, c’est en fait surtout la fin (ou le début, selon le point de vue) d’une hypocrisie relative au dopage....qui existe, d’une certaine manière depuis le début de cette compétition !
    Nous en sommes maintenant à l’ère industrielle !
    On parle beaucoup de ce fléau (dopage) au moment du Tour de France, mais cet événement a pris une telle dimension économique, que d’ici peu, tout « rentrera » apparemment dans l’ordre....combien de villes demandent et redemandent à être « étape », c’est un peu (à une autre échelle !) comme les JO !
    Combien de sponsors touchés de plein fouet par les affaires de dopage ont-ils finalement une image réellement détériorée ?
    De plus, le dopage n’est-il pas d’une certaine manière, la « solution » proposée implicitement pour les communs des individus par les tenants d’une certaine idéologie pour qui le risque individuel en même temps que la « triche » sont devenus une religion !

    • Feu
      Feu répond à papy55
      • Posté à 12h14 le 21/07/2008
      • Internaute 31051

      Sponsors touchés par le dopage ? les pôvres... Cofidis ne semble pas avoir était trop touché par les innombrables scandales qui y sont attachés et c’est bien dommage car cette entreprise qui fabrique le sur-endettement est toujours acclamée par les futurs et même anciens pigeons.
      On pourrait certainement remplacer Pigeons par « sakosystes » de la premières heures........

      • papy55
        papy55 répond à Feu
        prof. en province
        • Posté à 13h34 le 21/07/2008
        • Internaute 24237
          prof. en province

        Les 2 premières lignes de votre réaction correspondent exactement à ce que j’ai exprimé dans mon commentaire, relisez le, nous sommes donc d’accord....
        Par ailleurs, je ne vois pas ce que vient faire Sarkozy ici, le dopage est bien antérieur à son arrivée aux affaires....(NB : je ne suis pas un « pigeon » !)

    • elle-vessia
      elle-vessia répond à papy55
      artiste visuelle
      • Posté à 14h11 le 21/07/2008
      • Internaute 15849
        artiste visuelle

      Eh oui, hier j’ai entendu dire que le dopage-cycliste « datait » de 1911 : alors qui croire, que croire : j’en suis à me demander, chaque fois que j’entends un coureur,s’il est ou a été dopé : que ce soit Hinault ,Koblet, Gaul, Virenque (le consultant spécialiste de la montagne !)- et autres Fignon, Indurain, Armstrong etc......
      On a vraiment envie de tous les canoniser ! Mais je me demande encore : qui croire ?
      L’Autre ? ? ?
      Chouette, après le Tour : les JO : enfin des compétitions propres, dans tous les sens du sport : pas de commerce, pas d’argent, pas de politique : que l’Amour du prochain, le respect de l’Autre : Que demandent les peuples ? ? ? ? ? ?
      BOFFFFFF !

  • AdamPollo
    AdamPollo
    « out of disorder »
    • Posté à 04h08 le 21/07/2008
    • Internaute 37370
      « out of disorder »

    Déjà avec Merckx et Hinaut, je trouvais le vélo suprêmement chiant. Rien n’a changé depuis : ça l’est toujours. Quelle que soit la provenance sociale du coureur (d’ailleurs une fois qu’on a dit qu’untel était maçon et que tel autre agriculteur, ça change quoi ?).
    Les souffrances que s’infligent ces masochistes aux jambes rasées me font le même effet que celles d’un fakir : au mieux elles m’indiffèrent, au pire je trouve cela consternant. Et savoir qu’en plus, et ce depuis des décennies, des générations entières de camés de la pédale ont commencé leurs courses avec une seringue dans le cul, achève de me convaincre que cette grande boucle est à peu de choses près le summum du ridicule sportif toutes catégories (sachant qu’il y a quand même encore plus con : la boxe).

    Par ailleurs, les gens qui comment l’auteur trouvent que tout fout le camp ma p’tite dame, qu’avant c’était forcément mieux, que de nos jours plus rien n’est authentique, me font trop penser à Finkielkraut (dont c’est la rengaine, avec la haine des jeunes en plus). Quand je vois de quoi a été capable la génération de mes grands parents et de leurs aïeux, je me dis que la mienne n’a pas trop de complexes à avoir au regard de l’histoire. Et que ceux de mon âge, et nos enfants, commençons à prendre conscience qu’il serait grand temps de réparer le nombre incalculable de conneries qu’ont faites nos valeureux anciens !

    Cet entretien est nul, sur un sujet asymptotiquement sans intérêt.

    • Le Yéti
      Le Yéti répond à AdamPollo
      yetiblog.org
      • Posté à 05h14 le 21/07/2008
      • Internaute 6095
        yetiblog.org

      Qu’est-ce qui vous passionne dans la vie, AdamPollo ?
      Qu’est-ce que c’est, pour vous, un entretien pas « nul, sur un sujet asymptomatiquement » jubilatoire ?
      Qu’est-ce que vous faites là maintenant, présentement, vous, pour « réparer le nombre incalculable de conneries qu’ont faites [vos] valeureux anciens » et enthousiasmer, enfin, les foules ?

      • AdamPollo
        AdamPollo répond à Le Yéti
        « out of disorder »
        • Posté à 15h16 le 21/07/2008
        • Internaute 37370
          « out of disorder »

        Yéti, qu’est-ce qui me passionne dans la vie ? Plein de choses, mais certainement pas de voir des masochistes shootés souffrir dans la montagne pour une gloire absurde, devant une foule hystérique sur le bord des routes, puis mourir jeune de s’être trop injecté de produits chimiques dans les veines. N’y aurait-il que le vélo pour vous ?

        Je trouve qu’on fait grand cas du vélo et de ses champions, chaque année la même histoire, et je trouve dérisoire les élans mythiques tels que présentés dans cet entretien, alors qu’au mieux il ne s’agit que de sport, au pire d’un grand barnum commercial. Je trouve navrant qu’on nous fasse sans cesse l’apologie de cette grand messe annuelle, qu’on nous présente ses participants comme des exemples à suivre, des héros modernes, alors qu’en même temps j’estime comme George Orwell que « pratiqué avec sérieux, le sport n’a rien à voir avec le fair-play ; il déborde de jalousie haineuse, de bestialité, du mépris de toute règle, de plaisir sadique et de violence ; en d’autres mots, c’est la guerre, les fusils en moins. »

        L’auteur nous dépeint un genre de passé glorieux où les sportifs étaient de vrais surhommes à l’éthique impeccable et aux performances pures (alors que nous savons qu’Anquetil se dopait... et je ne parle même pas de ses frasques familiales des plus navrantes) et les écrivains tous exemplaires. Il fustige le monde moderne mercantile et futile (je note juste que les leaders de ce monde moderne qu’il déteste tant sont à peu près de sa génération). Il y a un mot en français pour décrire ceux qui adoptent cette attitude politique qui s’oppose aux changements ou s’efforce de revenir à l’état de choses antérieur : réactionnaire. Par définition.

        L’atmosphère de cet entretien ressemble trop aux thèses de Finkielkraut (avant c’était mieux, tout fout le camp, les jeunes sont des crétins acculturés indignes de leurs glorieux aînés, ce genre de connerie).

        Vous me demandez ce que je fais « ici maintenant » pour réparer les erreurs de mes ancêtres... Ici dans ce forum, rien, je ne fais qu’exprimer une opinion. Dans la vie, j’évite justement de me référer sans cesse au passé, d’y voir des exemples là-où il n’y en a pas, de regarder la vie comme dans un rétroviseur avec une nostalgie qui ne serait finalement que la preuve de mon inadaptation au monde moderne. Je ne pense pas que l’on améliore les choses en passant son temps à déplorer le présent, en critiquant ce qui agissent maintenant, et en pleurant sur un passé fantasmé qui finalement, n’a existé et n’existe que dans nos rêves.

        Et puis, Yeti, je n’ai aucun compte à vous rendre, et n’émets aucune critique particulière envers vous si votre passion première c’est d’admirer chaque année depuis des décennies des cyclistes glabres et racés enfourcher des bicyclettes super-technologiques pour escalader les montagnes françaises ou faire descendre des chronomètres vers les abysses après avoir préalablement, et consciencieusement, changé l’intégralité de leur sang et ajouté un peu de poudre de perlimpinpin à leurs organismes qu’ils mettent ainsi en état de dégénérescence accélérée.

         
        • Le Yéti
          Le Yéti répond à AdamPollo
          yetiblog.org
          • Posté à 17h31 le 21/07/2008
          • Internaute 6095
            yetiblog.org

          « qu’est-ce qui me passionne dans la vie ? Plein de choses »

          C’est vague : -D

        1 autres commentaires
    • A.V.
      A.V. répond à AdamPollo
      • Posté à 14h29 le 21/07/2008
      • Internaute 24685

      Si c’était juste une question de génération... A l’arrivée d’une étape, il y a un tas de gens, certains jeunes, avec une casquette crédit lyonnais vissée sur la tête et un mini-saucisson cochonou que la caravane publicitaire leur a balancé. On peut voir la course comme eux, et pas mal d’autres choses d’ailleurs, ou la regarder comme Philippe Bordas. La connerie n’attend pas le nombre des années. Pas vrai ? ...

      • AdamPollo
        AdamPollo répond à A.V.
        « out of disorder »
        • Posté à 15h37 le 21/07/2008
        • Internaute 37370
          « out of disorder »

        Certes : le temps ne fait rien à l’affaire.
        Vous faites bien d’évoquer le spectacle extraordinaire de la caravane du tour, un grand moment de culture !

        Je vois quand même un avantage au Tour. Un jour j’étais dans un bar de New York, c’était du temps de Lance Armstrong, et les écrans diffusaient une étape de montagne du Tour. Certains américains admiraient les performances de l’extraterrestre Texan, mais j’ai entendu deux ou trois personnes dire des choses du genre « regarde comme la montagne est belle en France, ça donne envie d’y aller » !
        Finalement, ce qui faisait tâche dans ce spectacle magnifique de la campagne française, c’était Lance Armstrong, la caravane du Tour, les casquettes Crédit Lyonnais et les publicités ambulantes pour Cochonou. Bref, ce qui enlaidissait le panorama, c’était le Tour lui-même !

    • suffren
      suffren répond à AdamPollo
      • Posté à 10h12 le 22/07/2008
      • Internaute 30483

      AdamPollo==> Pourquoi tant de haine et de mepris envers les coureurs et les spectateurs ?
      Vous vous prenez pour qui ?
      Demain,sur mon velo,je vais monter l’Alpes d’Huez.Je roulerai au milieu de cette« populace » que vous execrez.
      Ensuite je m’enthousiasmerai au passage des coureurs.
      Pendant que betement vous referez le monde affale sur un transat a Paris Plage.
      Ne vous en deplaise ma journee sera beaucoup + saine que la votre.
      A tous points de vues.
      Vous ne meritez meme pas d’etre compare a la selle sur laquelle je serai assis.

  • AdamPollo
    AdamPollo
    « out of disorder »
    • Posté à 04h09 le 21/07/2008
    • Internaute 37370
      « out of disorder »

    Le sport amuse les masses, leur bouffe l’esprit et les abêtit.
    Thomas Bernhard (écrivain autrichien)

    Pratiqué avec sérieux, le sport n’a rien à voir avec le fair-play. Il déborde de jalousie haineuse, de bestialité, du mépris de toute règle, de plaisir sadique et de violence ; en d’autres mots, c’est la guerre, les fusils en moins.
    George Orwell

    Les sports ont fait fleurir toutes les qualités qui servent a la guerre : insouciance, belle-humeur, accoutumance à l’imprévu, notion exacte de l’effort à faire sans dépenser des forces inutiles.
    Pierre de Coubertin

    • DBL8
      DBL8 répond à AdamPollo
      Retraité
      • Posté à 06h03 le 21/07/2008
      • Internaute 19562
        Retraité

      Si Coubertin à dit OU écrit ça, c’est une tâche !
       »...insouciance, belle-humeur, accoutumance à l’imprévu... »
      Après ça étonnons-nous qu’il y ait des va-t-en guerre !

      • AdamPollo
        AdamPollo répond à DBL8
        « out of disorder »
        • Posté à 15h48 le 21/07/2008
        • Internaute 37370
          « out of disorder »

        Oui... Coubertin a aussi écrit :

        « L’important dans la vie, ce n’est point le triomphe, mais le combat. L’essentiel n’est pas d’avoir vaincu, mais de s’être bien battu. »

        Mais tout cela n’est rien par rapport à d’autres déclarations du Baron que nos journalistes sportifs citent volontiers comme un genre d’humaniste ou de bienfaiteur de l’humanité.

        « Il y a deux races distinctes : celles au regard franc, aux muscles forts, à la démarche assurée et celle des maladifs, à la mine résignée et humble, à l’air vaincu. Eh ! bien, c’est dans les collèges comme dans le monde : les faibles sont écartés, le bénéfice de cette éducation n’est appréciable qu’aux forts. » (l’Education anglaise).

        « Les races sont de valeur différente et à la race blanche, d’essence supérieure, toutes les autres doivent faire allégeance. » (cité par Boulogne, La vie et l’oeuvre pédagogique de P. de Coubertin).

        « La théorie de l’égalité des droits pour toutes les races humaines, conduit à une ligne politique contraire à tout progrès colonial. Sans naturellement s’abaisser, à l’esclavage ou même à une forme adoucie du servage, la race supérieure a raison à la race inférieure certains privilèges de la vie civilisée. » (The review of the reviews, avril 1901).

        « Dès les premiers jours j’étais un colonial fanatique. (Mémoires, Archives du CIO, 1936).

        “De quel regard ému ne suivez-vous pas les hommes audacieux qui parcourent le continent noir et répandent vaillamment leur sang pour planter une fois de plus nos trois couleurs sur une case indigène ?”. (La jeunesse de la France, conférence 1890).

        “Il est indécent que les spectateurs soient exposés au risque de voir le corps d’une femme brisé devant leurs yeux. En plus, peu importe la force de la sportive, son organisme n’est pas fait pour supporter certains chocs.”

        “Il n’y a jamais eu d’amateurisme.” (P. de Coubertin, 1936).

        Ce ne sont que quelques exemples.

        C’est, paraît-il, la gloire du sport français, avec le Tour de France, qui a pourtant brisé bien des vies...

  • emachedé
    emachedé
    Ici
    • Posté à 07h31 le 21/07/2008
    • Internaute 36674
      Ici

    « Jadis les dopages étaient dérisoires, les exploits énormes. »
    On a l’impression que les mythiques Copi,Anquetil, Bobet étaient propres avec cette vision angélique.
    Pure folie. Ils étaient tous dopés.
    L’espérance de vie des cyclistes est un bon repère pour le voir : cancer de l’estomac pour Anquetil (53 ans), cancer pour Bobet (58 ans), Coppi mort d’une mystérieuse malaria. Etranges statistiques peu représentatifs de l’espérance de vie du reste de la population.
    Lien

    Il faut en finir avec les mensonges et les idées courtes.
    « C’était bien mieux avant » Non c’était juste avec d’autres produits et beaucoup moins de médias.

    Et quand on voit Fignon et Jalabert donner des leçons aux autres coureurs, c’est à pisser de rire. Fignon a déjà été controlé positif plusieurs fois, et Jalabert lui a refusé certains controles.
    Honte à vous messieurs.

    • Thomas GREDAT
      • Posté à 11h22 le 21/07/2008
      • Internaute 23794

      La « mystérieuse malaria “ de Coppi était bien réelle. Coppi est mort parce que les médecins qui le soignaient, peu au fait de cette maladie tropicale, ont commis une erreur de diagnostic. Ce qui n’empêche pas que le grand Fausto carburait aux amphétamines, ainsi qu’il l’a lui-même reconnu.
      Ceci dit, on peut ajouter à votre liste Vincente Lopez-Carril, troisième du Tour 1974, mort à trente-sept ans, Marc Demeyer, vainqueur d’un Paris-Roubaix, mort à trente-deux. Rappellerai-je que Tom Simpson n’avait que vingt-sept ans ?
      C’était une autre époque. Une époque où le dopage n’était pas encore industriel, mais faisait déjà des victimes.
      Le bon vieux temps, quoi !

    • AdamPollo
      AdamPollo répond à emachedé
      « out of disorder »
      • Posté à 15h25 le 21/07/2008
      • Internaute 37370
        « out of disorder »

      Vous avez raison. Petit rappel historique tiré de Wikipedia, où l’on voit qu’en 1967 après qu’un décès ait eu lieu sur le Tour suite à une absorption d’amphétamines, Anquetil, notre super héros tant admiré et célébré par l’auteur de l’article, refuse carrément d’être contrôlé !

      Finalement, quand on lit cet historique, on voit que les camés modernes ne font finalement que reproduire des pratiques navrantes initiées par leurs valeureux anciens, qui avaient mis en place toute la logistique du dopage bien avant la date fatidique de 1984 choisie arbitrairement dans cet article. Et encore, on ne connaît finalement que les cas où le dopage a été avéré, la partie visible de l’iceberg, quoi...

      * 1967 : Tom Simpson décède pendant une étape du Tour de France, suite à l’absorption massive d’amphétamines[8].
      * 1967 : Jacques Anquetil refuse de se soumettre à un contrôle antidopage à la suite de son record de l’heure. Celui-ci ne sera pas homologué.
      * 1975 : le multiple champion du monde de cyclocross, Eric de Vlaeminck, est interné dans un service psychiatrique, sans doute victime des produits dopants consommés durant sa carrière.
      * 1978 : le belge Michel Pollentier, vainqueur à L’Alpe d’Huez, est exclu du Tour de France pour avoir tenté de dissimuler son dopage.
      * 1988 : Pedro Delgado, leader du Tour de France, est déclaré positif au probénécide, un produit masquant permettant de dissimuler la prise de stéroïdes anabolisants. Le coureur parvient à ne pas être exclu et gagne le Tour.
      * 1996 : Bjarne Riis, vainqueur, reconnaît en 2007 s’être dopé pendant la période concernée. Erik Zabel a également reconnu un dopage à l’EPO[9].
      * 1998 : l’affaire Festina pousse l’équipe de Richard Virenque à quitter le Tour de France.
      * 1999 : Marco Pantani est exclu du Tour d’Italie à la veille de l’arrivée, suite à un contrôle sanguin montrant un hématocrite très supérieur à la limite autorisée de 50%. En 2001, le dopage le rattrape encore. Il est suspendu 6 mois pour avoir détenu dans sa chambre une seringue d’insuline pendant le Tour d’Italie.
      * 1999 : Lance Armstrong est contrôlé positif aux corticoïdes. Il présente un certificat médical a posteriori pour échapper aux sanctions[10].
      * 2002 : l’épouse du coureur classé troisième à l’issue du Tour de France 2002, la Lituanienne Edita Rumšas, est prise par les douanes françaises avec un coffre plein de produits dopants. L’affaire Rumšas est jugée en France en novembre 2005[11] (ce même coureur, qui nie tout dopage au tour de France, sera contrôlé positif au tour d’Italie[12]).
      * 2004 : l’affaire Cofidis révèle une nouvelle fois un dopage organisé au sein d’une équipe professionnelle. Cette affaire implique notamment Philippe Gaumont.
      * 2004 : lors des Jeux Olympiques d’Athènes puis lors du Tour d’Espagne, Tyler Hamilton est le premier cycliste contrôlé positif pour transfusion sanguine[13].
      * 2005 : Roberto Heras, quadruple vainqueur du Tour d’Espagne (2000, 2003 ,2004, 2005), est contrôlé positif lors de la 20ème étape de la Vuelta[14].
      * 2006 : En juin, la police espagnole a arrêté cinq personnes dont le directeur sportif de l’équipe cycliste Liberty Seguros pour participation à un vaste réseau de dopage concernant de nombreuses équipes et de nombreux cyclistes en vue (voir Affaire Puerto). Plusieurs sérieux prétendants au Tour de France 2006 dont Ivan Basso et Jan Ullrich ont été forcés de se retirer. On peut également citer d’autres grands noms, tels que Joseba Beloki, Oscar Sevilla, Francisco Mancebo, Angel Casero, Igor González de Galdeano ou encore Tyler Hamilton.
      * 2006 : Quatre jours après l’arrivée du Tour de France à Paris, les résultats d’un test mené une semaine auparavant, donnent un coureur positif aux testostérones. Il s’agit du vainqueur et maillot jaune, l’américain Floyd Landis[15].
      * 2007 : Le Tour de France 2007 est entaché par la révélation du cas de dopage du coureur allemand Patrik Sinkewitz lors d’un entraînement en juin 2007 et de la révélation de l’exclusion par sa fédération nationale du danois Michael Rasmussen. Il sera, par la suite, prié par son équipe de quitter le Tour de France la veille de la 17e étape alors qu’il était maillot jaune provisoire du Tour (l’organisation du Tour, prévenue depuis plusieurs jours de l’irrégularité de sa situation, n’ayant rien fait). Le Kazakh Alexandre Vinokourov, 33 ans, leader de l’équipe Astana, a été contrôlé positif aux transfusions homologues samedi 21 juillet à l’issue du contre-la-montre individuel du Tour de France qu’il a remporté à Albi. Suite au contrôle positif de son coureur, la formation Astana dont il était le leader a décidé de quitter le Tour. Le coureur Italien, Cristian Moreni de l’équipe Cofidis a également été contrôlé positif mais à la testostérone lors de la 11ème étape du tour. L’équipe Cofidis est donc non partante pour la suite des étapes.
      * 2008 : Le 10 juin, la presse belge annonce que Tom Boonen a été contrôlé positif à la cocaïne.[16] Manuel Beltran est contrôlé positif à l’EPO et est exclu à l’issue de la 7ème étape du Tour de France. Quelques jours plus tard, c’est au tour d’un autre espagnol, Moises Duenas Nevado, d’être controlé positif à cette même substance. Ce ne sera pas le dernier cas de dopage sur la Grande Boucle 2008 car le lendemain, c’est au tour de l’italien Riccardo Ricco, pourtant 9ème au classement général du Tour de France, d’être controlé positif à l’EPO de troisième génération.

    • sissa
      sissa répond à emachedé
      • Posté à 00h54 le 22/07/2008
      • Internaute 39778

      Je crois que vous faites un contresens. Ce que l’auteur veut dire, c’est qu’avant les années 90, les méthodes de dopages n’avaient pas l’efficacité qu’elles ont acquises.
      Le dopage existe depuis toujours dans le vélo, c’est certain.

  • erbatt
    • Posté à 07h35 le 21/07/2008
    • Internaute 12893

    Dopage autorisé et même obligatoire et on contrôlera et s’il y a en un qui gagne en étant propre... 2 ans !

  • magaliesimon
    magaliesimon
    célibataire
    • Posté à 09h01 le 21/07/2008
    • Internaute 44894
      célibataire

    De toute façon, s’ils trouvent un dopé ils disent que c’est une bonne chose parce qu’on trouve les tricheurs, s’ils n’en trouvent pas ils disent que c’est une bonne chose parce qu’il n’y en a plus !
    Lien

  • kkk
    kkk
    visiteur
    • Posté à 11h24 le 21/07/2008
    • Internaute 48064
      visiteur

    la question est : est ce qu’un jour, ces sportifs en quête de performances et donc de gloire, accepteront de passer outre l’hypocrisie générale ? ?

    Devant la caméra, ils déclarent tous la main sur le coeur, c’est une bonne chose pour le cyclisme... et en fait ils se moquent bien de l’idiot qui s’est fait attrapé par la patrouille ! Après tout, cela ne peut etre que de sa faute : il a pris le mauvais produit au mauvais moment ! !

    Quand accepteront ils de reconnaitre qu’il n’y en a aucun pour relever le niveau ? qu’ils sont tous dopés (certains mieux que d’autres !) ? Le pire étant à mon sens symbolisé par ceux qui se dopent uniquement pour suivre le rythme....

    Les organisateurs auront ils le courage d’arrêter de nous prendre pour des imbéciles ?
    Au lieu de proclamer chaque année que les controles sont améliorés, que les tricheurs ont de moins en moins de marge de manoeuvre, se décideront ils à faire un tour de france où chacun annoncera se qu’il prend ?

    Après tout, d’année en année, il y a toujours autant de monde sur le bord des routes (ou scotché devant la télé) à regarder passer les coureurs tout en sachant très bien qu’ils sont dopés...

    Finalement, le vrai responsable de tout cela ne serait il pas le public qui idolatre les champions tant qu’ils sont propres (présumés propres serait plus juste) et qui les porte au pilori dès que le dopage est avéré ? ?

  • Blackhawk
    • Posté à 11h27 le 21/07/2008
    • Internaute 48430

    Salut, je suis nouveau et comme aucun commentaire ne commente le texte (on raconte sa vie ou c’est hors sujet), je m’y lance, histoire de montrer comment repérer à coup sûr un auteur mauvais. (M.Bordas, désolé, de ce qui va suivre)

    C’est parti :

    -« Copi achève le cyclisme comme Joyce et Faulkner achèvent le roman ». Le roman est achevé avec ces 2 là ? ah bon ? ? ? ? Petit conseil à Bordas : pour dire cette bêtise de manière aussi catégorique, il ne faut pas lire souvent. Quelles références pour une telle assertion ?

    -« achèvent le roman, dans sa forme minérale complexe » : minérale ? ? C’est quoi cette forme de la littérature M.Bordas ? Certains auteurs ont du talent pour faire des métaphores, mais elles ont un sens. Alors, c’est quoi la forme minérale en littérature ? Le minéral est statique, dans vos non études littéraires, on ne vous a pas appris que la littérature est « dynamique », qu’elle change ? ?

    - Bon ensuite, le journaleux se piquant de littérature se transforme en poète audacieux et critique raffiné, alors on rira en lisant :
    « Ils ont été les troubadours d’un peuple encore maître de son langage, encore proche du parler du Villon, des exagérations de Rabelais, des raffinements artisanaux de Céline ». ça veut dire quoi ? ?

    - Vient l’absolution sans preuve, digne d’une mauvais journaliste :
    « Le dopage fut de toute époque, il a été le quotidien, le vice et la passion de ces hommes au défi de tout. Jadis les dopages étaient dérisoires, les exploits énormes. Aujourd’hui, c’est l’inverse »
    Le dopage était dérisoire ? ah bon, quelles preuves ? M.Bordas n’a pas réfléchi suffisamment (mais a t il réfléchi ?) : ce n’est pas que le dopage était dérisoire, mais parce que la lutte anti dopage était inexistante, d’où l’absence d’affaires...nuance nuance.

    -M.Bordas,au détour d’une question littéraire qui permet de montrer sa connaissance « normalienne“de l’oeuvre de Proust (‘Proust incendié par les protocoles médicaux, mort jeune d’avoir grimpé plus vite et haut que les petits coureurs de son époque’ : oh la métaphore cycliste bien lourde), fait preuve d’une grande lucidité à son propos ; reconnaissons lui ce mérite. Laisonns le parler de lui-même :
    ‘c’est l’inexistence bravache des ego sans destin, la littérature résiduelle des humains sans style - des riens (...)on voit soudain aux batraciens des envies de littérature’. (silence religieux, une telle honnêteté me laisse sans voix)

    -‘L’histoire du cycle s’arrête en 1984’, mais oui, et Joyce achève le roman...Ne veut rien dire.

    -Je vous propose un exemple de hors sujet magistral :
    ‘1984, c’est l’irruption de Tapie dans le cyclisme, le marketing le plus déprimant,(arrive le H-S) c’est l’absorption du Parti communiste par un Parti socialiste cynique et revenu de tout. OOOOOLLLLLLéééééé. M.Bordas est un mauvais, mais de compétition.

    - Attention, M.BOrdas, enflammé, ne peut s’arrêter, ça ne freine plus, et le voilà qui traverse la rambarde de sécurité :
    La littérature nie son enracinement historique populaire, renie Villon, Rabelais et Céline’ .J’avais oublié, hugo était populo, comme Montaigne. PTTDRRR.

    Bon , jaime les exécutions publiques, mais à ce point, je suis pris de pitié.

    Alors 2 enseignements suite à cette analyse proche du texte :
    1 Ce texte et son auteur, faut pas les lire. Pour se remettre sur pied après faut se piquer.
    2 M.Hubert ARtus, à ce qu’il parait, vous êtes journaliste... un article à votre gloire...faut faire un boulot sérieux, vous êtes sur Rue 89.

    Bon allez, assez ri, j’ai Gracq à lire. Après Joyce, mais bon...

    • A.V.
      A.V. répond à Blackhawk
      • Posté à 14h18 le 21/07/2008
      • Internaute 24685

      Il n’y a peut-être pas beaucoup de commentaires qui parlent du texte, mais ça vaut toujours mieux que la critique gratuite.

  • Susanna
    Susanna
    Individu
    • Posté à 13h34 le 21/07/2008
    • Internaute 10099
      Individu

    Très beau. C’est exactement comme ça qu’on doit parler du vélo, avec érudition, passion et style.
    C’est pourquoi les commentaire du genre « Eh, je suis pas d’accord, c’est complètement con vot’ truc » sont à côté de la plaque : votre point de vue tient parce qu’il est le vôtre, et pas celui d’un nouveau Blondin, Chapatte ou je ne sais qui.
    Et puis je suis d’accord avec la date que vous avancez. 84, c’est évidemment Hinault, ce géant, mais c’est aussi à cette époque que le cyclisme est devenu une grosse machine, avec l’arrivée de Tapie, de l’argent, du réalisme dans la préparation, et comme vous le relevez très justement, l’installation des valeurs petites-bourgeoises.
    Jusque là, le vélo était une affaire de classe, un peu comme le foot (Français) jusqu’à la fin des années 60. Des ouvriers ou des paysans avec des légendes d’ouvriers ou de paysans.

    Et pour finir : j’ai vu Fignon au tout début des années 90 : ses cuisses étaient plus grosses que ma taille. De ce jour, j’ai nettement moins aimé le vélo.

  • A.V.
    • Posté à 14h02 le 21/07/2008
    • Internaute 24685

    Excellente réflexion, qui replace le cyclisme actuel dans une perspective socio-culturelle réaliste. Chapeau bas Philippe Bordas.

  • Gotch
    • Posté à 14h04 le 21/07/2008
    • Internaute 15306

    En tout cas, on a pu vivre des moments intenses sur le Tour, comme le légendaire « sprint » entre Poulidor et Anquetil, au sommet du Puy de Dôme. Et au dernier moment Poulidor s’échappe, un tout petit peu trop tard (un mètre ?) pour enfin endosser le maillot jaune. Si ces hommes-là étaient dopés, ils n’étaient manifestement pas « chargés » comme ceux d’aujourd’hui, de vraies Formules 1 véloces et fragiles !

  • Winston Smith
    Winston Smith
    Que c'est-il passé ?
    • Posté à 16h27 le 21/07/2008
    • Internaute 48483
      Que c'est-il passé ?

    Je n’ai rien contre le tour de France, ni contre le sport en général. Afin d’enrichir le débat, je propose pour chaque évenement sportif médiatique de créer la même épreuve ouverte aux dopés.
    Puisque les participants sont aujourd’hui d’accord pour se doper mais sont contraints de le faire en cachette, pourquoi ne pas légaliser le dopage uniquement pour ces épreuves, qui seront volontiers sponsorisées au grand jour par les labos et les pompes funèbres ?
    Créons un Tour de France cycliste propre d’un coté, organisé sur un mois, et un autre ouvert aux chargés volontaires, sans aucun contrôle, sur une semaine.
    Je laisse aux spécialistes du droit le soin d’étudier l’aspect légal de cette solution.
    Certes, le bord des routes devra être sécurisé et les barrières renforcées pour éviter aux coureurs de percuter le public à 160 Km/h en montée de col, mais quel spectacle !
    Là, je regarderai le vélo à la télé.

    Ah, le sport, y’a vraiment rien de mieux pour la santé.

  • AdamPollo
    AdamPollo
    « out of disorder »
    • Posté à 16h37 le 21/07/2008
    • Internaute 37370
      « out of disorder »

    « Le cyclisme n’est pas un sport. C’est un genre. Les genres déclinent et disparaissent, comme les civilisations. […] Le cyclisme est mort […] Le cyclisme dans sa perfection est abouti. Copi achève le cyclisme comme Joyce et Faulkner achèvent le roman, dans sa forme minérale complexe. »

    Bien pompeux tout ça ! Et relativement vide de sens...

    Le cyclisme n’est donc pas un sport. Soit, c’est un « genre », c’est l’auteur qui le dit. Les « genres » disparaissent (c’est un postulat ou un axiome ?) alors on croit comprendre que les sports, eux, sont éternels, comme par exemple le jeu de paume, le javelot aztèque, la pile trigone !

    Le cyclisme est mort (l’auteur l’affirme) ; il sera cependant représenté aux prochains JO et lors des suivants. Mais bon, ça ne doit pas être du cyclisme, puisqu’il est mort. Pourtant moi je pensais que des types sans poils qui font la course en bicyclette c’est du cyclisme, mais bon, je n’y connais rien.

    Copi achève le cyclisme. Merde alors, et Hinaut, c’était quoi ? Je ne comprends rien...

    La semaine dernière j’ai lu « Disgrâce » de Coetzee, bêtement je pensais que c’était un roman écrit par le prix Nobel sud-africain de littérature. Mais non, puisque le roman n’existe plus lui non plus (puisque comme le cyclisme c’est un genre, qui disparaît comme les civilisations, on vous l’a bien répété !).

    J’apprends aussi grâce à l’auteur que le roman a une forme minérale (par opposition à une forme organique), un genre de phosphate, quoi, et qu’en plus cette forme minérale est complexe. Moi du coup je deviens une forme organique perplexe, j’ai quand même vachement l’impression que l’auteur aligne des mots qui ne veulent rien dire, juste pour épater la galerie.

    Bon résumons. Le cyclisme c’est un genre, comme le roman, donc ( ?) ça disparaît au même titre que les civilisations, et d’ailleurs c’est tellement déjà très très mort grâce à Coppi que c’est déjà sous une forme minérale complexe.

    Vous n’avez rien compris ? Moi non plus. Pas plus que l’auteur, d’ailleurs !

  • D.C
    D.C
    • Posté à 11h04 le 22/07/2008
    • Internaute 11234

    Eddy Merckx, personne parle d’Eddy Merckx, ouiiiin !

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