Affaire Siné : un dessin et un bavardage

Au-delà des embrouilles rédactionnelles entre Val et Siné, sur fond de conflit israélo-palestinien et de divers divergences de points de vue (bref, ils ne pouvaient pas se saquer), je pense que ce qu’il faut mettre en évidence, plus que les accusations d’antisémitisme farfelues ou la mise au placard inacceptable de Siné, c’est le réel malaise « gauchiste » que met en lumière cette affaire.
Si la gauche a sérieusement dérivé ces dernières années, jusqu’à perdre sa crédibilité, Charlie ,certes sur le déclin depuis un moment, restait un des derniers « remparts » idéologiques, et fantasmagoriques de la gauche. C’était une sorte de « placebo » idéologique dans une époque ou l’on tente de lisser tout discours contestataire.
Je connais bien le milieu de la presse et de cette intelligentia parisienne d’une certaine époque (de Bazooka à l’Autre Journal, en passant par l’événement du Jeudi), avec donc, entre autres, les contradictions de son éthique gangrénée par la pensée unique. J’ai vu leurs discours s’essouffler et leur prose commencer à me pomper l’air.
Mais là, après l’affaire Siné, les dérapages significatifs de Joffrin, les diatribes lyriques de BHL et les justifications viriles de Val, on arrive à la fin de la supercherie.
Ils ont eu beau jeu de jouer les chevaliers blancs rédempteurs, gardiens du temple des vérités absolues, nos gugusses nous démontrent, une fois de plus, à quel point leur réflexion intellectuelle est proche de la soupe propagandiste et populiste que nous sert TF1.
Siné n’a servi qu’à valoriser ce rôle qu’ils aiment à se donner ; seulement, en croyant dénoncer un crime, c’est leur propre procès qu’ils viennent d’entériner. Celui d’une gauche intello qui n’a plus rien à dire et qui le dit mal, en plus.
L’épisode Siné-Charlie, n’est pas qu’un épiphénomène : à travers lui, c’est toute la gauche -toutes les gauches- qui s’interroge sur les motivations de ses « représentants intellectuels » ; car si notre paysage politique est rongé par un ultralibéralisme survitaminé, dopé par un retour a l’ordre moral lobotimisant, la presse, outre sa fonction informative, se doit d’assurer la pérennité de sa fonction de contre-pouvoir. L’affaire Siné n’est là que pour nous rappeler combien il est indispensable de préserver nos derniers espaces de liberté d’expression (merci à vous pour ça, Rue89.)
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épistémologue aventurier
épistémologue aventurier
Celà fait longtemps que Philippe Val me débecte.
J’en compris mieux la raison aprés cette trouvaille :
Commentaire éditorial de l’ouvrage de Charb « J’aime pas les fumeurs ».
Charb applique aux fumeurs la tolérance double zéro.
Qu’ils soient désormais bannis des bureaux et des transports publics ne tempère en rien sa verve. Il envisage des solutions plus radicales : leur déportation dans les égouts, peut être même une réclusion définitive aux confins de la civilisation.
Enchanté de prédire aux fumeurs une agonie atroce, cet oiseau de mauvais augure souligne également combien leur existence ici bas est inepte et pathétique, nauséabonde comme leurs vétements, fétide comme leur haleine, mutilée comme leurs papilles.
Dans la peau d’un ayatollah de l’anti-clope, Charb ne manque pas d’idées. Il pendrait volontiers haut et court les magnats de l’industrie du cigare avec les tripes des fumeurs. Il pourrait même s’envisager en amateur de cigare pour le seul plaisir d’incommoder les accros de la cigarette.
Bref, ne comptez pas sur lui pour s’émouvoir des victimes de la dépendance tabagique et faire sonner les violons de la compassion. « Un fumeur en moins, c’est un peu d’oxygène en plus ».
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J’aimerais lire un commentaire de ce texte par cet esprit fin qu’est BHL, si doué pour découvrir les relents nazis.
Or, Siné défendait les fumeurs.
La véritable opposition politique se situe aujourd’hui entre fumeurs et non fumeurs, autant qu’entre pro palestiniens et pro israéliens. Nul n’envisage, à ma connaissance, en Palestine, d’interdire le tabac dans les lieux publics. Je suis presque sûr qu’en Israél, c’est le cas, au moins dans les administrations. Les deux oppositions se recouvrent donc en partie.
Or Siné était pour les Palestiniens et pour les fumeurs. C’était cohérent.
Il fallait donc qu’un jour celà pète. Voilà qui est fait.
Charlie Hebdo est une affaire qui marche. Ses dessinateurs vont à la soupe. Mais aprés le clash Siné Val, il va perdre énormément de lecteurs. La Roche tarpéienne est proche du Capitole. Les dessinateurs font rendre Val responsable de la soupe à la grimace qu’il leur faut boire désormais. Les prostituées ne suivent plus leur protecteur quand les affaires vont mal. Le maquereau qui voulait péter dans le fauteuil du professeur Choron va découvrir des hémorroïdes. Celà va sentir mauvais à Charlie Hebdo. Reverrons nous Hara Kiri. J’en doute, ce n’est plus l’air (fétide) du temps. Affaire à suivre.




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