Robin des bois ou escroc ? Il arnaque 39 banques et disparaît
(De Madrid) Laconique, l’introduction n’en est que plus spectaculaire. « J’ai “volé” 492000 euros à ceux qui nous volent pour les dénoncer. » Dans un magazine financé par son butin et distribué mercredi gratuitement dans toute la Catalogne, l’auteur anonyme explique à ses lecteurs comment eux aussi peuvent escroquer les banques.
Un acte de désobéissance civile, selon ce militant altermondialiste de 32 ans qui se targue d’avoir obtenu des crédits auprès de 39 établissements financiers qu’il ne compte pas rembourser. Selon ses propres calculs, il encourt jusqu’à neuf années de prison et a donc décidé de « disparaître » pour l’instant. (Voir la vidéo en catalan)
Une fausse fiche de salaire permet d’obtenir un crédit
L’aventure d’Enric Duran commence au printemps 2006, lorsqu’il s’adresse pour la première fois à une banque pour réclamer un crédit à la consommation. Suivront caisses d’épargne et autres institutions financières auprès desquelles il sollicite des fonds, en inventant comme excuse un appartement à refaire ou une voiture à acheter.
Il va même jusqu’à créer une société qui lui permet, selon son récit, de passer au travers du fichier sur les personnes endettées qu’établit la Banque d’Espagne sur les mauvais payeurs. Et les papiers officiels qu’il a bien dû fournir en garantie ? C’est facile, explique-t-il :
« On peut parfois fournir des informations réelles. Sinon, avec une imprimante, une photocopieuse, des ciseaux et du scotch, on peut faire des merveilles ! »
Résultat, après 68 opérations bancaires, Monsieur X a contracté près de 500 000 euros de dettes sans garantie. La preuve, selon lui que « les banques promeuvent l’endettement des familles au-delà des contrôles et de tout bon sens », même en période d’assèchement du crédit.
Les familles espagnoles financent en effet la moitié de leurs dépenses à crédit, selon l’économiste Juan Iranzo, et le déficit des comptes courants de l’Espagne dépasse les 10% de son PIB. Aucune poursuite n’a pour l’instant été lancée contre Duran, faute de plaintes du côté des banques.
Dans un article de deux pages, Enric Duran, connu dans le milieu altermondialiste barcelonais, enjoint ses lecteurs à suivre sa démarche en espérant ainsi parvenir à « semer la méfiance » chez les banques et donc à détruire le système financier. Lui aurait en partie utilisé ces fonds pour concevoir et imprimer 200 000 exemplaires d’un magazine de vingt pages baptisé Crisi (Crise en français) et distribué mercredi par une équipe de volontaires qu’aurait rejoint sa propre mère, selon le quotidien El Mundo.
Il y dévoile en détail sa combine ainsi qu’une liste des banques arnaquées et affirme qu’il a également versé une partie de l’argent à des projets et actions « destinés à nous faire prendre conscience de la crise systémique » et à « lancer un ample mouvement social » qui invente d’autres manières de vivre en société, avant de résumer ses motivations ainsi :
« Cette action se veut avant tout comme un appel pour que chacun se demande ce qu’il peut et ce qu’il veut faire pour changer l’état des choses dans la limite du possible ou même de ce qui pourrait paraître impossible. »
Photo : la couverture de « Crisi » (DR).
► Article actualisé le 18 septembre, avec l’ajout de la vidéo.
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Journaliste n°89910
Journaliste n°89910
Ce mec a eu raison. Malheureusement, les banques ne se laisseront plus avoir maintenant que la crise est là. Le credit crunch c’est concrètement ça : on ne donne plus à tout le monde, on ne donne plus sans garanties, on ne prête qu’aux riches.
J’ai personnellement souscrit, en toute intention, il y a 3 ans un emprunt immo le plus long possible (et donc plus cher) pour pouvoir soutirer le plus possible à ma banque en comptant bien que celle-ci ferait faillite avant la fin de l’échéance.
Juste après mon prêt, ma Banque Populaire s’est rapprochée de son homologue Caisse d’Epargne (qui m’avait préalablement servi d’aiguillon fort utile pour faire baisser le taux). « Tout se déroule selon le plan prévu » me dis-je alors. En effet, la course à la taille précède toujours l’explosion finale.
Ce rapprochement s’est fait via Natixis, dont on voit bien arriver aujourd’hui la faillite imminente. La déroute de ma banque est toujours en bonne voie. Le plan est sans accroc jusqu’ici comme dirait Fûté dans the A-Team.
Comprenez mon amertume quand je vois in fine les pouvoirs publics venir sauver les banques...
– lapinesquement,




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