Cabinet de lecture

L'actualité des livres, par Hubert Artus.

Mort du grand écrivain américain James Crumley

Publié le 18/09/2008 à 19h46



James Crumley (J. Sassier/Gallimard).

« Qu’il s’agisse de castagnes, de fusillades, de putains d’histoires d’amour, ce qui compte dans la vie, mec, c’est la chance et la géographie » lisait-on dans ce qui restera son dernier roman traduit en Français (« Folie Douce », Fayard, 2005). James Crumley, c’était un Raymond Chandler en version destroy, et dans une version bien plus poétique encore. Crumley, c’était un peu le mariage de Chandler et de Malcolm Lowry. Du vrai hard boiled noyé dans des océans de tendresse.

James Crumley était un type qui avait appris à lire, seul, avant même d’aller à l’école. Le genre qui à douze ans devient désherbeur et ramasseur de coton dans son Texas natal. Qui s’enrôle pour trois ans dans l’armée, avant de reprendre des études dans l’agriculture et l’industrie.
Après quoi, Crumley écrivit un des livre majeurs sur la guerre du Vietnam : « Un pour marquer la cadence » (1969), l’histoire du sergent Slag (« Guerrier parfois, clown souvent ») et du soldat gauchiste Morning. Un livre qui n’est pas sans rapport avec un de nos coups de cœur de la rentrée : « Arbre de fumée » de Denis Johnson.

Ensuite, Crumley créera deux des plus belles figures du polar yankee contemporain :

  • Chauncey Wayne Sughrue, ancien du Vietnam, ancien espion chez les gauchistes (claire référence à Dashiell Hammett…), devenu enquêteur à Meriwether (Texas). Dont le sus-cité « Folie douce » sera l’ultime apparition. Et dont « Le canard siffleur mexicain » (1993) est sans doute la randonnée la plus saisissante. Et un de portraits les plus durs de la dérive des USA.
  • Milton Chester Milodragovitch, dit Milo : ancien adjoint au shériff de Meriwether –lui aussi) devenu détective. Qui sera le héros de livres aussi durs et tendres que « Fausse piste » (1988), « La danse de l’ours » (1983) ou « La contrée finale » (2001).

Les deux hommes se croiseront dans un des chefs d’œuvre de Crumley : « Le serpents de la frontière » (1996).

C’est Christian Bourgois qui avait été le premier éditeur de l’Américain en France. Après des détours par Fayard et Albin Michel, Crumley suivrait son pote Patrick Raynal chez Gallimard (La Noire et la série Noire), avant de publier son dernier livre, toujours avec Raynal, chez Fayard en 2005.

Crumley était un des grands écrivains qui enseignaient dans les fameuses universités d’écrivains de Missoula, au Montana, où il vivait.

J’avais interviewé plusieurs fois James Crumley, grand buveur et grand profiteur. Lire et entendre la voix tannée, le rire éclairant, et le verbe de Crymley, fait de force et de blues, cela vous forçait à regarder le ciel pour comprendre les choses.

Ce jeudi 18 septembre, on a appris la mort de James Crumley, à l’âge de soixante-neuf ans.

Photo : James Crumley (J. Sassier/Gallimard).

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  • Fozzie
    Fozzie
    Riendutoutiste tendance dure
    • Posté à 21h13 le 18/09/2008
    • Internaute 1195
      Riendutoutiste tendance dure

    Et merde...

  • romeotan
    romeotan
    4 juin 1989 : je n'oublie pas.
    • Posté à 22h23 le 18/09/2008
    • Internaute 17545
      4 juin 1989 : je n'oublie pas.

    voila un bel article qui me donne envie de lire et qui me rend triste en même temps de n’avoir pas connu auparavant. merci.

  • thierry reboud
    • Posté à 22h29 le 18/09/2008
    • Internaute 20923

    Il y a des jours comme ça où on n’a pas vraiment envie de vous remercier, Hubert, pour vos infos : désolé, Hubert, je pense que vous me comprenez...
    Bizarrement, vous ne citez pas dans votre article le roman de Crumley qui reste mon préféré, Le Dernier baiser, par lequel j’avais découvert la tendresse rugueuse qui est la sienne, quelque part entre Jim Harrisson et le Sylvia de Howard Fast.

  • lepetitdemetz
    lepetitdemetz
    auteur
    • Posté à 08h05 le 19/09/2008
    • Internaute 53502
      auteur

    même sur tsf, jamais à l’abri des mauvaises nouvelles… un auteur nous manque et toute ma bibliothèque en est déjà dépeuplée, après Frédéric Fajardi au joli moi de mai… James Crumley à la fin de l’été… triste…

  • AmandineH
    AmandineH
    employée
    • Posté à 10h57 le 19/09/2008
    • Internaute 42565
      employée

    et merde merde et encore merde.
    J’aimais beaucoup cet homme ! La société de production pour laquelle je travaille a produit un bon portrait documentaire sur lui, c’est ainsi que je l’ai découvert Un homme généreux, tendre, un illustre écrivain comme l’Amérique sait en produire.
    Bonne route à lui et merci James pour ces bons (très bons) moments de lecture.

  • Sughrue
    Sughrue
    En transit
    • Posté à 23h45 le 21/09/2008
    • Internaute 53519
      En transit

    Merci pour l’hommage à l’un des plus grands écrivains américains du siècle.

    Rectification : Meriwether ne se trouve pas au Texas, mais dans le Montana. D’ailleurs, Meriwether n’existe que dans les bouquins de Crumley, c’est le nom romanesque de Missoula.

    Ne pas oublier The last good kiss (Le dernier baiser), sublime variation sur The long good-bye le chef-d’œuvre tardif de R. Chandler (1954), qui est pour moi son plus beau livre et une date historique (1978) pour beaucoup d’écrivains et de lecteurs.

    Nous ne lirons plus les aventures de Sughrue et Milo... C’est vraiment triste.

  • RobertoI
    RobertoI
    salarié
    • Posté à 14h40 le 19/09/2008
    • Internaute 41748
      salarié

    C’était l’plus grand. Après sa mort et celle de Johnny Cash, plus beaucoup d’raisons d’aimer les iou esse ov ai !

  • newchti
    newchti
    Humanoïde
    • Posté à 15h56 le 19/09/2008
    • Internaute 52713
      Humanoïde

    Merde, c’est rien de le dire. J’ai découvert Crumley voici des années lors d’un passage q’il faisait sur Canal+ et depuis j’ai lu tous ses livres. J’ai aussi vu un beau documentaire sur lui à la télé, je ne me souviens plus sur quelle chaine. Il fait parti de ces personnages qu’on rève de connaître en personne, tant leur oeuvre et leu vie sont liées, le genre de gars don’ on a envie d’être l’ami.
    Je me fais vieux, trop de mecs biens s’en vont trop tôt.

  • mamane
    mamane
    le futur c'était mieux avant
    • Posté à 17h10 le 19/09/2008
    • Internaute 44657
      le futur c'était mieux avant

    De toute facon j’ai fini de croire en la littérature depuis que Bukowsky est mort

    • AmandineH
      AmandineH répond à mamane
      employée
      • Posté à 09h37 le 20/09/2008
      • Internaute 42565
        employée

      Mais je t’assure que Crumley vaut un Bukowsky
      D’ailleurs, j’espère qu’ils sont en train de trinquer à notre santé !

  • Claude PELLETIER
    Claude PELLETIER
    Retraité dans son jardin
    • Posté à 17h21 le 19/09/2008
    • Internaute 10710
      Retraité dans son jardin

    La Danse de l’Ours m’avait fait tanguer assez pour que je me mette à chercher sur l’étagère de la bibliothèque municipale. Misère, pas d’autres titres. Je m’étais dis c’est le roman d’un auteur qui n’en a écrit qu’un seul ! Quel ballot !

  • Gwen-Hael Denigot
    Gwen-Hael Denigot
    Journaliste
    • Posté à 23h33 le 19/09/2008
    • Journaliste 22232
      Journaliste

    Bien d’accord avec Sughrue/en transit.
    Très très difficile, horrible, de ne plus pouvoir attendre the next one.

    PS. A ceux qui peuvent lire, même approximativement en anglais, par pitié, ne lisez pas les traductions ; vous apprendrez des mots, des expressions ( !), des références... et la saveur de la langue finira par vous rendre bilingue !

  • jmal
    • Posté à 23h54 le 19/09/2008
    • Internaute 28067

    « Quand j’ai finalement rattrapé Abraham Trahearne il était en train de boire des bières avec un bouledogue alcoolique nommé Fireball Roberts dans une taverne mal en point juste à la sortie de Sonoma, en Californie du Nord ; en train de vider le coeur d’une superbe journée de printemps. » James Crumley (Le dernier baiser)

    Si ça ce n’est pas l’entame de roman ! Chapeau bas, triste mois de septembre.

    Lien

  • milodragovitch
    • Posté à 00h56 le 20/09/2008
    • Internaute 32290

    Et meeerde..
    J’utilise le pseudo de milodragovitch depuis quelque temps sur le net, en hommage très très humble au perso de Crumley. « La danse de l’ours », j’ai du la prêter vingt fois, la conseiller une soixantaine, et l’offrir au moins une.
    (je fais pareil avec RN86 de Pouy)
    ...
    Dans un de ses romans, il y a un bar avec des photos d’habitués encadrées sur le mur, et quand l’un d’eux meurt, le proprio y colle une gommette en forme d’étoile.
    Alors une petite étoile pour toi, gars.

    • Claude PELLETIER
      Claude PELLETIER répond à milodragovitch
      Retraité dans son jardin
      • Posté à 10h47 le 20/09/2008
      • Internaute 10710
        Retraité dans son jardin

      RN86 de Pouy, je note.
      En espérant de ne pas tomber sur un livre d’une tonne (ceux qui vous tombent des mains et qui ont l’ADN d’un téléfilm).
      Merci.

  • comptesupprimé16
    • Posté à 04h08 le 20/09/2008
    • Internaute 13082

    RIP

  • dufoyer
    • Posté à 10h27 le 20/09/2008
    • Internaute 27816

    Merde, ouais, merde.
    Un samdedi matin qui commence par une tristesse.
    Ne pas oublier de boire une bière à la santé du grand James, de peloter une paire de fesses, et de parler vrai...
    Merde à la mort.

    • Claude PELLETIER
      Claude PELLETIER répond à dufoyer
      Retraité dans son jardin
      • Posté à 10h42 le 20/09/2008
      • Internaute 10710
        Retraité dans son jardin

      Oui, bien sûr, elle …
      merda l’amore !

  • hagalma
    • Posté à 11h30 le 20/09/2008
    • Internaute 8451

    Allez, je vais en lire un, parce que vous suscitez le désir de lire.

  • DEREKSTRANGE
    • Posté à 20h23 le 20/09/2008
    • Internaute 36602

    La tuile ...
    Milodragovitch et Sugrüe orphelins !
    Je vais me relire « Un pour marquer la cadence »

  • Atlantis
    Atlantis
    Etudiant apolitique
    • Posté à 10h53 le 21/09/2008
    • Internaute 39710
      Etudiant apolitique

    RIP James
    J’adorais le personnage de Sugrhue...
    Tu continueras vivre à travers tes livres.

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