Un Kongolais en Gaule

Le blog de Cédric Kalonji, étudiant congolais à Lille.

Guerre au Kivu : vrais enjeux et questions sans réponse

Cédric Kalonji
Journaliste
Publié le 27/11/2008 à 13h46
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Une mission des Nations unies coûteuse mais impuissante

Créée le 30 novembre 1999 par la résolution 1291 du Conseil de sécurité des Nations unies, la Monuc est actuellement la plus importante des missions de maintien de la paix de l’ONU. Elle est également la plus coûteuse avec un budget annuel de près d’1 milliard de dollars.

A ses débuts, cette mission, qui rassemble 17 000 hommes, a pour objectif d’accompagner le processus de transition et les élections en RDC. En 2006, après une longue transition et des élections agitées, Joseph Kabila est élu président de la République. Les priorités changent alors pour la mission, qui s’attache à rétablir la paix et de protection des populations civiles dans les zones encore touchées par des conflits armés.

Depuis la reprise des hostilités entre l’armée congolaise et le CNDP du général déchu Laurent Nkunda, la Monuc a reconnu plus d’une fois son incapacité à protéger les populations civiles, évoquant des difficultés d’ordre logistique.

La solution passe-t-elle par l’envoi de plus d’effectifs sur place, et l’augmentation des moyens engagés ? Combien d’hommes de plus faudrait-il, et quel sera leur rôle ? Observer, ou imposer la paix ?


Des intérêts économiques en jeu

L’Executive Order 13 413 signé par George W. Bush en 2006 ordonnait le gel les avoirs de Laurent Nkunda aux Etats-Unis. Il est alors accusé d’« enlèvements, de déplacements de populations et de violences sexuelles ciblant notamment des enfants ».

Cet exemple prouve que depuis les montagnes du Kivu, un chef de guerre peut mettre à l’abri dans des banques occidentales la manne récoltée pendant les conflits.

Contrairement à ce que l’on peut penser, un chef rebelle dans un pays comme la RDC ne correspond pas à l’image du guerrier couvert d’un costume traditionnel en raphia et qui habite sous une tente avec ses hommes.

Les mouvements rebelles œuvrant dans l’est de la RDC peuvent être considérés comme modernes. Les leaders de ces groupes s’affichent volontiers montre Rolex au bras, au volant de voitures luxueuses et couverts de vêtements sortant tout droit des grandes maisons de couture occidentales.

Même tendance du côté des FARDC, l’armée régulière dont les officiers sont avant tout des hommes d’affaires, impliqués directement dans l’exploitation et la vente d’étain, d’or et de coltan.

Souvent, dans la conquête des territoires pendant les affrontements, les zones minières sont prioritaires. La présence des populations civiles et leur situation sanitaire ne sont que des questions secondaires. Cette même population est utilisée par toutes les parties en conflit comme main d’œuvre bon marché ou même gratuite pour l’extraction des minerais.


Les questions sans réponses

Le regain de violence à l’est du Congo pose aussi quelques questions, notamment sur la légitimité de la rébellion de Nkunda et ses éventuels soutiens étrangers.

  • Depuis la reprise des hostilités, on observe une montée en puissance du CNDP. L’armée congolaise collectionne les défaites face à une rébellion plus organisée et beaucoup mieux équipée.

    D’où viennent les armes qu’utilisent les rebelles et où trouvent-ils les moyens de s’en procurer ? Qui se cache donc derrière Nkunda ?

  • Au lendemain de la reprise des hostilités dans le Nord-Kivu, Laurent Nkunda évoquait un renversement du pouvoir actuel. Il menaçait d’amener ses troupes jusqu’à Kinshasa, « chasser le pouvoir actuel pour libérer le pays d’un gouvernement corrompu et irresponsable ».

    La communauté internationale et l’ONU « privilégient la voie diplomatique », reconnaissant de fait le CNDP comme mouvement rebelle. L’ONU a d’ailleurs dépêché récemment l’ancien président Nigérian Olusegun Obasanjo pour négocier une trêve avec Laurent Nkunda.

    D’où Laurent Nkunda tient-il sa légitimité ? Une rébellion a-t-elle le droit de prétendre renverser un gouvernement issu d’élections démocratiques, organisées en 2006 avec le soutien de la Monuc et de la communauté internationale ?

  • Laurent Nkunda multiplie des déclarations pour donner une dimension politique à sa lutte armée. Sa dernière revendication : une révision des contrats signés entre le gouvernement congolais et la Chine.

    Ces accords semblables à du troc prévoient l’exploitation d’une certaine quantité de minerais par les chinois en échange de quelques kilomètres de routes, hôpitaux et écoles. Plusieurs pays occidentaux dont la Belgique ont toujours clairement affiché leur opposition à ces accords.

    N’y a-t-il pas une main obscure derrière la montée en puissance de Laurent Nkunda ? N’est-ce pas là une manœuvre pour faire fléchir Kabila et lui faire regretter d’avoir pactisé avec les Chinois, au détriment de certaines puissances ?

  • En 2001, les Nations unies accusaient le Burundi, le Rwanda et l’Ouganda de piller les ressources minières congolaises. Les experts onusiens s’étonnaient alors que ces pays soient devenus exportateurs de minéraux qu’ils ne produisent pas : or, diamant, cobalt et coltan.

    Le secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, recommandait l’interdiction immédiate des exportations de minéraux et de bois en provenance de ces pays. Qu’en est-il aujourd’hui ? Rien ! Les minerais congolais, coltan, or et étain transitent toujours par le Rwanda et l’Ouganda.

    Quelle est la destination finale des minerais pillés au Congo ? A qui profitent la guerre et la confusion qui prévaut à l’est de la RDC ? Ne serait-il pas plus bénéfique pour les grandes firmes occidentales, avides de minerais d’entretenir la guerre afin de préserver leurs mines bon marché ?

  • Les réponses à toutes ces interrogations permettront sans doute de trouver une solution pour mettre fin à la guerre qui fait tous les jours des milliers de victimes innocentes. Des libérateurs armés, les populations civiles des Kivu en ont vu, et de toutes les couleurs.

    Enterrant leurs morts, n’ayant plus de larmes pour les pleurer, ils attendent impuissants qu’un miracle se produise, qu’il cesse enfin de pleuvoir des bombes chez eux. Si l’aide humanitaire leur apporte un réconfort temporaire, une paix durable reste le salut, un grand rêve pour ces nombreuses âmes meurtries.

    Photos : Des réfugiés à Ntamugenga, à l’est du Congo (Finbarr O’Reilly/Reuters)

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  • fedor20b
    fedor20b
    balagne
    • Posté à 14h27 le 27/11/2008
    • Internaute 49602
      balagne

    Peut-être qu’il ya aussi un conflit ethnique, (Tutsi - Hutu) ?

  • a déménagé le 4 février 2011
    • Posté à 14h38 le 27/11/2008
    • Internaute 51971

    Article intéressant et bien documenté, bravo ! Pour aller plus loin, ce lien vers l’émission « la Société des Nations » sur France Culture, consacrée justement aujourd’hui à la RDC : RDC : les dessous de la crise : Lien
    Excellente émission comme souvent (le jeudi de 11 : 00 à 12 : 00).

  • kawouede
    • Posté à 14h37 le 27/11/2008
    • Internaute 27995

    A écouter l’émission de ce jour Lien

  • Lohiel
    Lohiel
    http://twitter.com/Lohiel
    • Posté à 15h11 le 27/11/2008
    • Internaute 38391
      http://twitter.com/Lohiel

    Article très intéressant, mais devant lequel on reste un peu sans voix, tant la situation parait complexe...

    Quand j’ai vu que Cedric Kalonji était actuellement en France, je suis allée faire un tour sur son blog... mais ouf, la relève a été assurée !

    Lien
    est depuis longtemps le blog africain le plus captivant parmi tous ceux que j’ai visités.

    ...certains articles m’ont laissée drôlement songeuse :
    Lien
    Lien

    je cite ceux-là, qui sont un brin ahurissant vu d’ici (et ce genre d’infos ne passent jamais sur les medias européens)...mais bon, tout le blog vaut la peine d’être lu en détail. Un travail exceptionnel, aussi bien dans la description des anecdotes quotidiennes, tableau vivant de Kinshasa qui survit envers et contre tous, que dans l’analyse plus globale et politique (terrible, hélas).

  • Théophile KOUAMOUO
    Théophile KOUAMOUO
    Journaliste
    • Posté à 17h42 le 27/11/2008
    • Journaliste 44067
      Journaliste

    Félicitations Cédric pour cet article qui nous montre que les querelles locales, ethniques ou communautaires, ne peuvent pas OBJECTIVEMENT alimenter une rébellion et qu’il faut forcément toute une armada de moyens relevant de l’économie mondialisée pour arriver à faire ce que Nkunda-Kagame font en RDC et ce que Soro-Compaoré ont fait en Côte d’Ivoire.

  • Annie
    • Posté à 18h02 le 27/11/2008
    • Internaute 8804

    Il est évident que cela arrange tout le monde de prétendre qu’il s’agit uniquement d’un conflit ethnique. Pendant ce temps-là, on oublie que les USA ont financé l’Ouganda qui a armé le Rwanda, et que depuis lors, la RDC est devenue la proie de toutes les convoitises. Des convoitises européennes et américaines, bien sûr mais aussi africaines ; on parle beaucoup des richesses minérales, mais il y a aussi les diamants, et les relations de Clinton avec le magnat américain Tempelsman qui est devenu multimilliardaire grâce à l’exploitation des diamants africains. Les divisions ethniques ont été exploitées, attisées comme l’avaient fait les Belges auparavant. Mais au bout du compte, il s’agit uniquement d’une lutte d’influence pour avoir le contrôle des ressources naturelles et piller le Congo. Sans considération aucune pour les Congolais.

    • zorbeck
      zorbeck répond à Annie
      • Posté à 22h28 le 27/11/2008
      • Internaute 9110

      « cela arrange tout le monde de prétendre qu’il s’agit uniquement d’un conflit ethnique »
      ...
      « il s’agit uniquement d’une lutte d’influence pour avoir le contrôle des ressources naturelles et piller le Congo »

      L’un ne va pas sans l’autre. A mes yeux, le « uniquement » est de trop dans les 2 propositions. Il est tout aussi illusoire de tout ramener à des luttes claniques que de tout ramener aux profits que des multinationales en tirent. La responsabilité est partagée, dans l’inhumanité des bandes armées (ce ne sont pas des multinationales qui violent des femmes et des enfants), dans l’inhumanité de ceux qui achètent les butins et de ceux qui leur vendent des armes (quid de l’Angolagate ?)

  • Annie
    • Posté à 19h27 le 27/11/2008
    • Internaute 8804

    OK nous sommes 8 personnes à être intervenus sur cet article à propos d’une crise qui à minima est responsable de la mort de 5 millions de Congolais, à maxima, si l’on en croit les informations de Keith Harmon Snow, se chiffre à 10 millions. Mais 10 millions de noirs équivalent à combien de blancs ? ?

    • Olitchouf
      Olitchouf répond à Annie
      formateur
      • Posté à 20h37 le 27/11/2008
      • Internaute 44898
        formateur

      Pourquoi, à votre avis, a-t-on beaucoup plus parlé du Darfour que du Sud Soudan, où la répression est plus ancienne et plus meurtrière, et du Kivu ? Ils sont tous noirs, pourtant... Je crois que vous faites fausse route en mettant le manque de commentaires sur le compte du racisme. Plus j’étudie les enjeux de ces conflits, et plus je découvre la manipulation massive dont nous sommes les jouets pour pleurer où il faut, quand il faut et pour qui il faut. Illusion d’appartenir au « monde libre et démocratique », une île purement virtuelle.

    • bob13
      bob13 répond à Annie
      Trop jeune pour comprendre
      • Posté à 20h40 le 27/11/2008
      • Internaute 49551
        Trop jeune pour comprendre

      Capitalistiquement parlant, zéro !

  • Olitchouf
    Olitchouf
    formateur
    • Posté à 20h43 le 27/11/2008
    • Internaute 44898
      formateur

    Merci à Cédric Kalonji pour cet article courageux. On devine qu’on ne peut pas tout dire, juste suggérer.

  • hedona
    hedona
    retraitée
    • Posté à 21h54 le 27/11/2008
    • Internaute 49346
      retraitée

    Qui s’est inquiété de ce qui se passait en Sierra Leone ? pas beaucoup de medias, car pays de langue anglaise. La Presse en a parlé bien après le conflit. J’ai remarqué d’ailleurs qu’en France on ignore tout des pays de langue anglaise : La Jamaïque par exemple.

    Moi, j’aimerais savoir ce que devient le chanteur-poète ZAO. J’ai lu quelque part qu’il avait perdu son fils, lors de ce conflit. Si quelqu’un peut me donner de ses nouvelles ; je serais très contente de savoir qu’il est vivant et en bonne santé.

    Quant aux armes, je conseille de revoir ce beau film intitulé « Le cauchemar de Darwin » d’Hubert Sauper, dans lequel, il évoque des avions qui repartent avec du poisson de Tanzanie, supposés arrivés à vide (dixit les pilotes russes). Mais après enquête du cinéaste, les avions de fret russes arrivent en fait avec des armes qu’ils larguent dans d’autres pays, et finissent leur circuit en Tanzanie d’où ils repartent avec « la perche du Nil ».

    La France est-il toujours le 3è pays producteur d’armes dans le monde ?

    • zorbeck
      zorbeck répond à hedona
      • Posté à 22h43 le 27/11/2008
      • Internaute 9110

      « La France est-il toujours le 3è pays producteur d’armes dans le monde ? »
      Oui.

      Autre film à voir : « Congo River »...
      Le « making of » vaut d’ailleurs presque autant que le film pour ceux qui se procurent le DVD.

  • simon kwete
    simon kwete
    informaticien
    • Posté à 22h52 le 27/11/2008
    • Internaute 60402
      informaticien

    Merci Cédric pour cet article explicite, bref et clair. Nkundabatware dans le rôle d’un véritable épouvantail et kagame le gardien déposer par les puissants devant la porte du coffre fort contenant les minerais du sang. Les deux étant du bon côté c’est à dire du côté des commandants du monde, profitent des dividendes produit par le coltan, l’or,l’étain et le bois de la RDCongo mais pour combien de temps ? Ces sont les mêmes qui vont les condamner et les mettre à l’échafaud, l’exemple de Saddam Husein est illustratif.

  • gropl
    • Posté à 09h02 le 28/11/2008
    • Internaute 25566

    je ne suis pas un connaisseur du problème mais je lis que les chinois proposent, en contrepartie du « pillage » du sous sol Congolais des routes, des hopitaux etc... Que proposent habituellement les européens ? Des armes ? des valises de Billets ?

    • Renaud Vialet
      Renaud Vialet répond à gropl
      Riverain tardif
      • Posté à 09h56 le 28/11/2008
      • Internaute 14699
        Riverain tardif

      Oh, les Européens, pareil : routes, hôpitaux, etc... plus ou moins construits. Billets sans doute, armes aussi, mais les chinois aussi ont des billets et des armes à distribuer.
      A défaut de film, je propose aux lecteurs « Le Chant de la Mission », le dernier ou avant-dernier opus de John le Carré, qui aux dires même de l’auteur est plus sur l’Angleterre que le Congo, mais quand-même, pas mal de choses sur le Kivu.

    • Azza
      Azza répond à gropl
      Ingénieur en informatique (...)
      • Posté à 14h44 le 28/11/2008
      • Internaute 25467
        Ingénieur en informatique (...)

      Des armes ? Oui, comme par exemple TOTAL qui a payer l’armement des deux camps pendant la guerre civile Angolaise ou l’armement et la logistique avec laquelle le dictateur Sassou N’Guesso du congo Brazza a pu renverser le president corrompu mais democratiquement elu Pascal Lissouba.

      Des valises de billets ? aussi. Lisez donc les bouquins de l’association Survie (Lien). L’affaire ELF est aussi une bonne illustration des pratiques Francafricaines. Comment Omar Bongo est-il devenu l’un des hommes les plus riches d’Afrique ? Comment ces gars ont ils pu se payer des immeubles de luxe a Paris ?

      • Renaud Vialet
        Renaud Vialet répond à Azza
        Riverain tardif
        • Posté à 11h36 le 02/12/2008
        • Internaute 14699
          Riverain tardif

        Azza, cela fait plaisir de croiser quelqu’un qui connaît un peu le Congo Brazza ... C’était pas Elf, à l’époque, mais Total à bien récupéré les pratiques locales, qui cherchait à récupérer son terrain de chasse congolais que les américains essayaient de lui piquer ?

         
        • Azza
          Azza répond à Renaud Vialet
          Ingénieur en informatique (...)
          • Posté à 16h46 le 04/12/2008
          • Internaute 25467
            Ingénieur en informatique (...)

          Exact, en 97, c’etait ELF.

        1 autres commentaires
  • Annie
    • Posté à 10h14 le 28/11/2008
    • Internaute 8804

    @Zorbek,
    Vous avez raison lorsque vous dites que ce ne sont pas les multinationales qui violent, ou tuent, mais en fait lorsque les divisions ethniques ont été creusées selon la bonne régle diviser pour régner par les Belges pour commencer et exploitées ensuite par des gouvernements étrangers qui sont derrière ces multinationales, et que ces divisions se sont transformées en fossé infranchissable à cause de cette haine qui a été attisée, il y a une responsabilité, et pas seulement intellectuelle ?

  • Mundélé
    Mundélé
    Blanc en lingala, langue (...)
    • Posté à 11h15 le 28/11/2008
    • Internaute 57448
      Blanc en lingala, langue (...)

    Merci...

    Enfin un article qui pointe les vraies raisons ! ! !

    qui finance cette guerre... ?

    Qui utilise ses ressources ?

    Qui a besoin du Coltan ?

    Comment se fait il que Nkunda ait un pins d’une association américaine sur le revers de sa veste ?

    Est ce un hasard, si le secrétaire au commerce américain sous l administration Bush jusqu en 2003
    était le PDG d’une des plus grosse entreprise de traitement du Coltan ?

    Pourquoi le royaume uni et les états unis financent t ils autant le Rwanda ?

    Pourquoi la question des exploitations abusives de matières premières congolaises a ete rayé de l ordre du jour de la rencontre entre Kagame et Kabila a Nairobi ?

    Pourquoi Nkunda a t il fait mention dans ces discussions avec le gouvernement du Congo de la révision des accords passé entre la chine et le Congo en 2003 ?

    LA SOLUTION DU CONFLIT AU KIVU EST ICI EN OCCIDENT ET NON LABAS ! ! ! !

    Si nous prenons conscience que dans chaque portable,
    chaque laptop, chaque playstation il y a une petite partie du sol Congolais qui s y trouve...
    Que pour avoir cette petite partie de terre, des millions de femme se sont faites violer, souvent devant le propre famille.
    Que des hommes se sont fait tuer, toujours devant leurs propre famille.
    et que des enfants on été enlevé et enrôlé de force dans des milices qui les drogues et les assujettis...

    Si nous prenons conscience de ça, et que nous en parlons autour de nous,

    Si les grandes entreprises se trouve menacés dans leur vente, parce que les matières premières qu elles utilisent ont été volé (en d autre terme, si la tracabilité des ressources congolaises est garantie).

    Alors ces entreprises changeront d’elle même la donne au Kivu.

    Nkunda ne manquera pas de retourner chez lui au Rwanda ou a aller vivre aux US, et la paix réapparaîtrait d’elle même dans cette région qui fut un temps la région la plus touristique du Congo.

    Région qui possède également le parc naturel le plus ancien d’afrique.

    Je pense que 5 Millions de mort est une raison suffisante pour se poser la question.

    Je pense également, pour répondre à ceux qui voit le Congo comme une affaire lointaine qui ne les concerne que vaguement, qu’il en était de même pour Haïti a l’epoque ou celle ci correspondait à plus de la moitié du PIB de la France.
    Quand on voit ou notre ignorance et notre arogance métropolitaine nous a mené à l’epoque (« Toussaint Louverture » d’E. Cesaire). Je pense qu’il est on ne peut plus citoyen de nous occuper de cette région. Et les ignorés serait justifier l’ingérence de notre pays (bolloré possede des entreprises qui ont refusé de répondre aux questions de l ONU concernant le transport de matiere premiere au Kivu). PIRE : de causionner ce genre d’agissements. Et à cela, au nom des droit de l’homme et de la liberté si cher à notre société : JE M Y REFUSE.

  • tikka
    tikka
    en mal d'infos
    • Posté à 14h27 le 28/11/2008
    • Internaute 60462
      en mal d'infos

    un très bon article, qui éclaire tant sur la situation internationale face à ce conflit, qu’à la situation des personnes qui le subissent.

  • felipe
    • Posté à 15h38 le 28/11/2008
    • Internaute 18382

    Je suis un peu déçu par cet article. Il nous promettait en introduction « des explications claires quant aux vrais enjeux de cette guerre », mais rien de très nouveau ou d’original en fin de compte. L’impuissance de la Monuc, les enjeux économiques ou le jeu des puissances étrangères ont été maintes fois décrits, y compris dans la Rue89. Sérieusement, qui peut encore penser qu’un chef rebelle ressemble à l’« image du guerrier couvert d’un costume traditionnel en raphia et qui habite sous une tente avec ses hommes » ?
    Ce qui serait intéressant, ce serait du descriptif, des témoignages sur place, plutôt que de ressasser comme un professeur des faits qui sont déjà bien connus de ceux qui s’intéressent suffisamment à ce sujet pour avoir envie de lire l’article. Ce sont des réponses plus détaillées aux questions posées dans la troisième partie de l’article qui auraient apporté quelque chose de plus par rapport aux choses déjà lues ici et là. C’est dommage, l’article devient vraiment intéressant à la fin, avec les points 3 et 4.

  • compte supprimé17
    • Posté à 16h15 le 28/11/2008
    • Internaute 39145

    @ felipe
    « ce serait du descriptif, des témoignages sur place, plutôt que de ressasser comme un professeur »

    Ben t’attends quoi pour aller les chercher les descriptifs et les témoignages ? Suis bien sûr que la Rue te fera une petite place pour nous faire partager tes découvertes.
    Message pour Cedric / Prends soin de toi et pas de risques inutiles, un journaliste utile c’est d’abord un journaliste vivant. ( Voir Radio Okapi )

    • felipe
      • Posté à 02h46 le 29/11/2008
      • Internaute 18382

      J’exprime un avis en tant que lecteur, et je compare avec ce que j’ai lu ailleurs. Qui a dit qu’il fallait se rendre sur place pour faire du descriptif et du témoignage ? Sur le blog de Cédric, il est apparemment question de recruter des correspondants pour le dit blog. Leur témoignage à eux, qui sont sur place (et qui connaissent le pays, pas comme moi, ce qui me semble un minimum quand on va dans un pays en guerre) serait/sera intéressant.

  • Yanick Toutain
    Yanick Toutain
    Humain sur Terre
    • Posté à 18h00 le 28/11/2008
    • Internaute 30475
      Humain sur Terre

    Bonjour
    La caractéristique « anti Rwanda » de ce texte m’intrigue.
    D’autant plus que je viens de publier un texte « Claude Lévi-Strauss est un raciste » où je fais une citation extraite de courrier international :
    Lien
    ==
    Au Congo, ex Zaïre, quand le correspondant de la Frankfurte Algemeine Zeitung, le journaliste belge Thomas Scheen après un enlèvement de trois jours, vient nous rapporter les preuves de l’alliance totale entre les forces armées du fils Kabila, l’armée de RDC, les Maï-Maï et les génocidaires du Rwanda, il faut des Levi-Strauss pour cautionner l’inconscient de la bourgeoisie, il faut des idéologues racistes pour rassurer secrètement les lecteurs du Figaro sur le fait qu’ « ils » - les Africains - ne sont pas tout à fait comme « nous ».
    (citation extraite de Courrier International)
    « Je suis témoin de la collaboration entre les Maï-Maï, l’armée régulière et les milices hutues des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) responsables du génocide de 1994 au Rwanda, qui se sont depuis repliées en RDC. »

    Il serait encore possible de collaborer avec le fils de Kabila quand celui-ci met ses mains dans le sangs de victimes du génocide de 1994.
    ===
    Je suis partisan de la vérité totale sur ce qui se passe dans cette région depuis 1994 - y compris les crimes de l’armée française, y compris le virage à 90° pris par le père de l’actuel président du Congo , Kabila.
    Je ne trouve pas que cet article y compris réellement.
    De toute façon, seul le départ complet de toutes les troupes impérialistes de toute l’Afrique, la création d’une OPEP du café, du cacao, du coton , de l’huile etc... y compris pour l’uranium et les ressources minérales permettront cette vérité.
    Cher monsieur Cédric Kalonji j’aimerais vous entendre réclamer « Troupes françaises hors d’Afrique » ainsi qu’un charter pour extrader vers l’Afrique la totalité du gouvernement français de 1994 - y inclus Nicolas Sarkozy - pour un Nuremberg de la France.
    La région des Grands Lacs serait la zone prioritaire où transférer ces criminels.
    Lien

    • simon kwete
      simon kwete répond à Yanick Toutain
      informaticien
      • Posté à 02h11 le 29/11/2008
      • Internaute 60402
        informaticien

      Yanick Toutain, en quoi cet article est il « anti rwanda ». Les faits sont réels, vrais et indiscutables parceque les FDLR ne sont pas tombés du ciel, ils sont rwandais. Au rwanda il existe un conflit latent entre tutsi et hutu qui n’a pas ses racines en RDCongo, Kabila n’était pas encore né sans toute fois être défenseur du diable pour toi. Yanick Toutain , qu’est ce que tu attends, étant mieux placé pour démander le tribunal de nuremberg pour la France ? Le départ des troupes françaises hors d’Afrque ? De toutes les façons ils ne sont pas en RDCongo même si nous sommes prêt à appuyer nos frères africains qui souffrent de leur présence.

  • Mundélé
    Mundélé
    Blanc en lingala, langue (...)
    • Posté à 18h02 le 28/11/2008
    • Internaute 57448
      Blanc en lingala, langue (...)

    APPEL AU BOYCOT DES TELEPHONES PORTABLES PENDANT UNE HEURE ! ! ! - dans un premier temps

    Qu est ce que vous en pensez ? !

    Ce serait bien ca non ?

    Sur qu il y aurait du nouveau au niveau des industriels

    Et ca se calmerait un peu au Kivu...

    D’abord une heure, puis deux, ...

    Dans les magasin de telephonie on trouverait :

    -> certifié Coltan officiellement 100% Congolais
    ou encore
    -> Certifié Sans Coltan Congolais

    Mundélé

  • Polyblogue
    Polyblogue
    Citoyen
    • Posté à 20h33 le 28/11/2008
    • Internaute 50145
      Citoyen

    Merci pour cet article clair et synthétique qui tente de cerner tous les enjeux de la guerre actuelle.

    Pour les lecteurs qui continueraient à douter de l’importance des ressources naturelles dans ce conflit et souhaiteraient aller plus loin, voici quelques liens essentiels pointant sur des rapports, témoignages et documents officiels sur cette face cachée de la guerre.

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  • stopthewarinnorthkivu
    • Posté à 20h30 le 28/11/2008
    • Internaute 60488
      cooperant

    Certains observateurs établissent un lien entre la reprise des combats par le CNDP (Congrès national pour la défense du peuple) de Laurent Nkunda et la récente signature d’un contrat minier entre la Chine et la RDC, autorisant les entreprises chinoises à exploiter des mines de cuivre, de cobalt, d’or et de coltane.
    Merci bcp pour l´article.
    Un expatrié au Kongo (a Goma, pour etre plus exacte)

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  • Mundélé
    Mundélé
    Blanc en lingala, langue (...)
    • Posté à 15h35 le 03/12/2008
    • Internaute 57448
      Blanc en lingala, langue (...)

    Voici un article des plus interressant... n est il pas ?

    L’exploitation du précieux minerai finance la guerre en République démocratique du Congo.

    La carte pour saisir les enjeux du conflit.

    ––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––
    Par Michel Beuret et Cathy Macherel
    Le 4 avril 2002
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    Un rapport onusien publié en avril 2001. Des expertises complémentaires parues en octobre, novembre et décembre dernier. Et une enquête indépendante rendue publique à la mi-janvier 2002 : c’est la somme de documents qui s’efforcent, depuis un an, de montrer que l’exploitation de ressources précieuses en République démocratique du Congo est le moteur principal d’une guerre oubliée qui a fait 3 millions de morts depuis août 1998. Mais surtout, le rapport montre l’implication de firmes étrangères dans ce trafic, citant une société aux mains d’un Suisse.
    Sur le terrain, l’enjeu est le suivant. Depuis trois ans, des groupes armés en provenance du Rwanda, de l’Ouganda mais aussi des rebelles congolais se battent pour soustraire à Kinshasa les immenses richesses du sous-sol dans l’est du pays. Parmi ces ressources, le diamant, l’or, le cuivre, le cobalt, mais aussi un minerai moins connu : le colombo-tantalite, ou coltan, un superconducteur très recherché par l’industrie aéronautique et surtout celle des téléphones portables. Pas de cellulaire (génération UMTS), ni de console de jeux qui ne fonctionnerait sans cet « or gris », dont l’Afrique recèle 80% de la réserve mondiale et qui est d’une grande qualité.

    Avec le boom des high-tech, le cours du coltan a connu une véritable flambée. Aprement disputé, le prix du minerai est passé de 30 à 40 dollars la livre (453,6 g) en janvier 2000 à 380 dollars un an plus tard. Parce que les besoins ont été surévalués par l’industrie électronique et que de nouveaux composants pourraient bientôt remplacer le coltan, la demande est retombée, ainsi que les prix revenus à leur niveau initial.

    Mais le trafic, lui, demeure. Profitant de la confusion générale, accrue par un territoire de forêts difficile d’accès, des groupes armés, des mercenaires, des bandes font irruption dans les villages, expropriant des dizaines de milliers de villageois employés de force dans des mines artisanales transformées en camps de travail. Le minerai est ensuite transporté vers le Rwanda par exemple, « pays devenu exportateur de coltan alors que son sous-sol n’en contient pas », note un diplomate congolais. Selon des sources concordantes sur place, le coltan – entre autres – permet à Kigali de financer une course à l’armement qui augure de nouveaux conflits.

    La prospection, l’extraction et l’exportation du coltan sur les marchés ne pourrait se faire sans le concours de businessmen étrangers, négociant avec ces réseaux militaro-commerciaux. Ces « Blancs » sillonnent la région et intriguent pour le compte de compagnies minières prédatrices. La flambée du coltan leur a permis de bâtir des fortunes. C’est un véritable « pillage réalisé par des personnes sans scrupules » qui « profitent des troubles politiques pour faire prospérer leurs affaires criminelles », n’hésitait pas à affirmer au printemps dernier « La Suisse et le monde », la revue du Département fédéral des affaires étrangères.

    Mystérieuse société à Genève

    Au cœur du commerce du coltan : un Suisse. Ce Zurichois d’origine, 35 ans environ, se nomme Chris Huber. Le nom d’une société qu’il a fondée, Finconcord S.A., apparaît nommément dans les rapports des experts onusiens ; on la présente comme l’une des importantes filières d’achat et d’exportation du colombo-tantalite. C’est elle notamment qui transportait « le minerai jusqu’à l’usine de traitement de tantale située à Ulba, au Kazakhstan », lit-on dans le dernier rapport des experts de l’ONU publié le 14 décembre 2001. Avec cette précision : « Selon les termes de l’accord conclu en 1997 entre la société suisse Finconcord et l’établissement d’Ulba, Finconcord vend l’alliage à ses clients en Europe, aux Etats-Unis et au Japon. »

    Fondée à Genève en 1997, avec pour domicile le 8, rue de Rive et pour capital 100 000 francs, Finconcord S.A. était active dans « le commerce de matières premières », mais elle n’a jamais été raccordée au réseau téléphonique, si l’on en croit le registre du commerce. Et cela jusqu’en 1999, année où elle fut dissoute. Au sein du conseil d’administration de cette mystérieuse société, les noms de trois hommes apparaissent : Chris Huber, Semen Briskin mentionné comme citoyen allemand – en réalité un Russe actif dans le transport international – et Gregory Connor, avocat à Genève. Quelle est la position de ce dernier sur les reproches formulés par les experts de l’ONU ? Dans quelles circonstances la société Finconcord a-t-elle été fondée ? Nous avons posé ces questions à Gregory Connor qui, a refusé de nous répondre.

    Un document que s’est procuré L’Hebdo (voir fac-similé ci-contre) montre que Finconcord se targuait d’avoir « des bureaux à Moscou, au Kazakhstan et en Suisse » et se présentait à ses clients comme « une structure internationale de vente en mesure de commercialiser les produits de l’usine de traitement d’Ulba » au Kazakhstan. Un pays que Finconcord a dû quitter précipitamment en 1999, après que le gouvernement lui eut reproché de s’être soustraite au paiement et des impôts et des salaires de ses employés locaux.

    De Finconcord à Finmining

    Finconcord n’existe plus, mais les activités de Chris Huber, elles, demeurent bien vivaces. C’est ce que montre un très récent rapport (janvier 2002) sur le commerce du coltan réalisé par l’International Peace Information Service (IPIS), un bureau d’investigation proche des ONG basé à Anvers. Dans un chapitre qui lui est exclusivement consacré, on apprend que l’homme d’affaires a créé une nouvelle société, Finmining Ltd, basée cette fois à Saint-Kitts dans les Caraïbes. « Des documents commerciaux obtenus par l’IPIS montrent que Chris Huber a exporté du coltan de Kigali au Kazakhstan au moins depuis 1998 à travers une autre firme : Finmining Ltd. Dans ces documents, les noms de Finmining et Finconcord sont utilisés simultanément », lit-on dans le rapport de l’IPIS.

    La société offshore de Huber serait ainsi devenue le principal partenaire de Rwanda Metals, une firme étroitement liée à l’Armée patriotique rwandaise de Paul Kagamé et à ses alliés, les rebelles du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD). Ensemble, ils ont fait main basse sur l’exploitation du précieux minerai à l’est de la République démocratique du Congo (RDC).

    Ce n’est pas tout. Selon l’agence Africa Mining Intelligence, les cadres du RCD qui se sont approprié l’ex-Sominki (Société minière et industrielle du Kivu) ont signé début 2001 un protocole d’accords, en tout illégalité, avec le représentant d’une société qui a son siège à Kigali, Medival Minerals Ltd. Or ce représentant, affirme l’agence, n’est autre que Chris Huber. Medival a donc repris les concessions, versant aux rebelles un tribut de 20% du prix d’achat moyen de la matière. Quant à la Sominki, son histoire récente est en soi emblématique du système.

    Coauteur du rapport IPIS, Tim Raeymaekers a abandonné son poste de journaliste pour se consacrer exclusivement à l’enquête sur le commerce du coltan, un marché sur lequel nombre d’entreprises belges sont aussi actives. Entre ses allers-retours au Congo, L’Hebdo a pu le joindre à Anvers. Selon lui, Chris Huber est toujours très impliqué dans le coltan : « Il est installé à Kigali, où il dirige ses activités en toute discrétion. » Comparées à celles d’autres sociétés, qui paient des taxes à l’Etat congolais, les activités de Chris Huber huilent directement les rouages de la guerre, selon l’observateur belge : « Huber travaille avec les Rwandais et les rebelles pro-rwandais qui occupent l’est du Congo. En ce sens, ses activités peuvent être qualifiées d’illégales. »

    Chris Huber est effectivement toujours engagé sur le marché du coltan. L’Hebdo a pu le joindre par téléphone à Kigali. Il ne nie pas posséder la société Finmining ni faire des affaires dans le coltan : « Mais je me contente de faire des analyses du minerai pour en déterminer la qualité et cela pour le compte de toutes sortes d’entreprises étrangères », dit-il, ne voyant rien de problématique ou d’illégal dans cette activité. Ne travaille-t-il pas avec Rwanda Metals, une firme proche de l’armée rwandaise ? « Avec celle-là, oui, mais avec bien d’autres aussi. Je ne fais rien d’illégal. » Sur ses activités d’exportation et ses relations avec le Kazakhstan, l’homme préfère ne pas entrer dans le détail. « Tout ce que je peux vous dire, c’est que j’ai des contacts avec le Kazakhstan », lâche-t-il.

    Un document que Tim Raeymaekers vient de se procurer et qu’il a confié à L’Hebdo (voir fac-similé ci-contre) tend à démontrer que l’homme d’affaires suisse travaille bel et bien avec les occupants rwandais dans l’Est congolais, et cela aujourd’hui encore. Ce document ? Il s’agit d’une autorisation d’exportation d’un lot de coltan artisanal d’une valeur de 75 000 dollars attribué à la société Grands Lacs, un comptoir d’achat et de revente de coltan. Signé d’un représentant rebelle du RCD-Goma, le document mentionne le destinataire de ce lot : la société Finmining, établie à Saint-Kitts. La destination finale du convoi figure aussi : la Russie. Datée du 8 décembre 2001, cette autorisation indique que le lot provient du Sud-Kivu, un territoire occupé par les troupes rwandaises qui y opèrent. « Cette attestation montre que Chris Huber fait bien du commerce en collaboration avec les Rwandais et qu’il exporte la marchandise », insiste Tim Raeymaekers.

    Interrogé à ce sujet, Chris Huber affirme ne pas connaître l’existence de ce document. Le businessman connaît en revanche très bien les reproches formulés par l’ONU à son encontre : « Ces accusations lancées contre moi sont totalement absurdes. D’ailleurs, sachez que les experts onusiens ne m’ont même pas contacté avant de rédiger leurs rapports. » Quant à l’enquête de l’IPIS, qu’il connaît aussi, il la balaie d’un revers de main : « C’est un rapport belge ; or beaucoup de sociétés belges sont actives dans la région. On supporte difficilement qu’un Suisse y fasse aussi des affaires. » Reste que le rapport IPIS égratigne aussi les sociétés belges.

    Enquête à suivre

    Mais ce fameux rapport belge ne s’arrête pas là. Faisant état d’« informations crédibles », ses auteurs soupçonnent que les convois de coltan à destination de l’usine de traitement au Kazakhstan ont parfois été assurés par une compagnie aérienne appartenant à Viktor Bout – ou Butt selon le passeport qu’il utilise –, trafiquant d’armes russe bien connu d’Interpol, et qui a été récemment accusé par la presse américaine d’avoir vendu des armes aux talibans. « De nouvelles investigations pourraient fournir un éclairage sur les convois illégaux de minerais et d’armes à l’intérieur et à l’extérieur de la région de l’est de la République démocratique du Congo », conclut le rapport.

    Cette enquête a-t-elle une chance de passer un jour par la Suisse ? Suite à l’implication d’un directeur d’une compagnie aérienne dans une affaire de trafic de diamants, une banque helvétique a dénoncé l’existence d’un compte appartenant à l’entourage de ce dernier et a décidé de bloquer ses avoirs. Pourrait-il s’agir de Viktor B. ? L’information apparaît dans le rapport 2000 du Bureau des communications en matière de blanchissage, mais sans plus de précision.

    De son côté, le Département fédéral des affaires étrangères, qui s’est inquiété du « pillage de la République démocratique du Congo », garde un œil ouvert sur les réflexions de l’ONU, à savoir s’il faut ou non imposer un moratoire sur le commerce des richesses en provenance du Congo. L’ONU n’ayant pour l’heure rien décidé, la Suisse attend avant de prendre une quelconque mesure. Dans le cas d’un moratoire, les activités liées à l’importation de coltan deviendraient donc illégales. « Reste que Finconcord n’existe plus en Suisse et les autres sociétés mentionnées dans les rapports onusiens n’ont pas leur siège sur le territoire helvétique », fait remarquer Muriel Berset, porte-parole. D’ailleurs un moratoire international sur les ressources congolaises ne fait de loin pas l’unanimité, même chez ceux qui dénoncent leur exploitation éhontée. D’aucuns pensent que la prohibition favoriserait encore davantage les entreprises qui travaillent avec les réseaux mafieux. « De fait, pour le coltan, il existe déjà une sorte de moratoire virtuel, relève Tim Raeymaekers. A cause de la baisse des prix ces derniers mois, seuls les commerçants qui ne paient pas de taxes auprès de la République démocratique du Congo, qui travaillent avec les réseaux militaires, font encore du profit. »

    A défaut d’un moratoire efficace, mieux vaudrait que les sociétés actives sur le marché du coltan fassent l’objet d’un contrôle plus strict de la part des Etats où elles possèdent leur siège. En Suisse, il est trop tard pour s’intéresser à Finconcord et aux activités de Chris Huber, désormais abritées aux Caraïbes.

    Sur le terrain, une paix possible négociée dans le cadre du dialogue inter-congolais de Sun City (Afrique du Sud), qui avait débuté le 25 février dernier, avait redonné l’espoir. Mais la paix menace semble-t-il trop d’intérêts. En lançant 10 000 hommes à l’assaut de la ville de Moliro au Congo, le 16 mars dernier, le Rwanda a rompu le dialogue. Sous la pression de l’ONU, ils ont dû se retirer depuis, mais il semble que pour le théâtre du « Cœur des ténèbres », ruiné depuis cent vingt ans à cause de ses ressources, le tantalite soit devenu une malédiction de plus. Ironie de l’histoire, le minerai tient son nom du roi mythique de Lydie Tantale, précipité dans les Enfers pour ses crimes et condamné à une soif insatiable…

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