J'ai connu une rue sympathique, il y a quelques mois...
J’ai connu une rue sympathique il y a quelques mois.
Elle était à l’époque piétonne, avec des placettes ombragées, des échoppes chatoyantes et des voisins qui, bien qu’anonymes pour certains, pouvaient se croiser en se reconnaissant.
Bien sûr, il y avait le grincheux du coin qui râlait du haut de sa fenêtre à guillotine parce qu’il ne pouvait écouter sur son phonographe les chants militaires de la Wehrmacht, ou le néocon franchisé qui fustigeait les libres penseurs.
Mais dans ce temps-là, on pouvait se retrouver aux terrasses, à pistacher allègrement les cawouettes en se buvant un demi ou un jus de tomates, et les bars étaient encore fumeurs !
Depuis , c’est devenu un boulevard, où les 4x4 ne respectent ni les landaus, ni les cyclistes, encore moins les piétons qui, à bâtons rompus, se taillent la bavette devant les Unes du jour.
Les riverains se déchirent et règlent leurs comptes en prenant à témoin leurs voisins, inondent les boites aux lettres autant que les fachos en mal d’audience, et les pavés volent à chaque carrefour.
Certaines vitrines sont respectées, et bien entretenues. Le prestige des grandes marques, sans doute.
Mais la voirie néglige certaines poubelles rances, débordant d’injures et de propos zemmouriens, provocateurs et n’ayant pour seul objet que de provoquer haine et dégoût.
Les artistes de rue sont de plus en plus surveillés, et le manque de discernement des modérateurs fait que certaines trompettes sont prises pour des champignons vénéneux.
Je suis triste de voir que la rue se transforme en champ de mines, où les victimes collatérales sont souvent des amis qui ont contribué depuis sa naissance à la rendre fleurie, agréable, faite de rencontres intelligentes et joyeuses, progressistes et inventives.
Aujourd’hui, il est reproché à certains de griffonner les panneaux officiels et de les confondre avec des dazibao, c’est peu faire cas des tracts immondes qui jonchent les trottoirs.
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menuisier
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Le hors sujet convivial fait partie de la vie même.
Il peut être génant pour certains, mais chaque ordinateur est muni de l’arme absolue : La molette à scroll sur la souris. En clair : Zapper.
Par ailleurs, si l’on tolère toutes les opinions (y compris les plus nauséeuses), si l’on accepte même les invités qui dégueulent partout et sur tout le monde, si les affreux, les nostalgiques des ordres noirs ont droit de citer ici, bref si cette rue accueille tout le monde y compris ceux qui seraient les premiers à en interdire l’accès si ils prenaient le pouvoir, il faut abandonner l’idée illusoire que tout soit bien propre, bien rangé comme un colloque à Science Po.
Je suis POUR tout ça.
Par contre je réclamme le droit à la détente et au hors sujet.
Le fait de pouvoir converser, blaguer, échanger en amitié est pour moi l’antidote au voisinage des affreux.
Sans cette nécessaire soupape, la Rue deviendra irrespirable et uniquement source de haut le coeur.
J’ai un nombre assez conséquent de post trappés et je n’ai, je crois, jamais envoyé un mail à la rédaction pour m’en plaindre. Ca fait partie du jeu, même si j’ai pu en être ennervé.
Par contre si jamais je devais recevoir un courriel lettre-type (à la manière d’un créancier qui les débite au kilomètre) de la rédaction tel que celui qu’a reçu lamorille, commelui j’aurais envie de les envoyer chier.
Pour finir, soit la Rue reste un forum vivant, avec ses désordres et ses contradictions et tolère donc la vie à l’intérieur, soit elle meurt en acceptant les ordures tout en virant les éboueurs, ou en les méprisant.
Pour le moment je reste dans mon coin.




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