Chez Etienne Wasmer

L'économie décryptée par Etienne Wasmer, enseignant à Sciences Po Paris, spécialisé en économie du travail.

Pourquoi la France se prive d'excellents doctorants

Etienne Wasmer
Economiste du travail
Publié le 05/01/2009 à 22h36

En ce moment se tient à San Francisco le congrès de l’American Economic Association, qui réunissait jusque lundi des milliers de chercheurs, universitaires, étudiants du monde entier, répartis sur une dizaine de grands hôtels. Pas moins de 450 sessions, où l’on évoque la recherche la plus récente. C’est aussi l’occasion d’un formidable brassage entre l’offre et la demande de postes pour doctorants, un « marché » dont la France est, hélas, quasi-absente.

Je raconte sur mon blog personnel, dans les moindres détails, comment se déroule ce recrutement : une procédure complexe et sophistiquée, qui commence à la fin de l’été sur le site internet Job Openings for Economists, passe par un marathon d’entretiens entre recruteurs et doctorants lors du fameux congrès de l’AEA, et se termine par la mise à l’épreuve des candidats in vivo, dans les murs de l’institution recruteuse.

Les universités françaises se tiennent à l’écart de ce circuit, pour diverses raisons, tant bureaucratiques (il faut attendre le bon vouloir du ministère et les derniers arbitrages budgétaires pour savoir combien de postes seront offerts)que budgétaires (même si on savait quels postes offrir, comment aller sur ce marché quand le salaire net offert en France est inférieur de moitié de ce qui est offert ailleurs en Europe ?).

Les contrats proposés, au terme de cette sélection, sont individuels, avec une marge de négociation pour les directeurs de comité de recrutement. Autre grande différence avec la vieille Europe : les emplois proposés sont des postes temporaires de 5 à 8 ans, temps nécessaire pour publier et faire sa réputation de jeune chercheur prometteur. A la fin de cette période, un poste permanent (la « tenure ») n’est attribué que si le candidat a fait ses preuves.

Pourquoi le système français est à revoir

En France, on n’attribue pas de tels postes temporaires débouchant, sous condition de succès, sur la permanence. On donne soit des postes temporaires (type post-doc) sans support budgétaire pour une éventuelle titularisation, soit des postes permanents par ailleurs très rares. Grave erreur, car les capacités à faire de la bonne recherche sur la durée sont difficiles à détecter.

Qui plus est, compte tenu de l’enjeu que représente le fait d’attribuer un emploi permanent (Chargé de recherche au CNRS, maître de conférence à l’université), on ne peut pas éviter d’exiger, dès avant le recrutement, des publications même mineures. Cela paraît être une bonne idée... mais il y a un effet pervers : si on vise un poste en France, il vaut mieux tenter de passer dans une « petite » revue plutôt que de prendre le risque de viser une revue de visibilité internationale. Si, en plus on doit enseigner 128 heures de nouveaux cours et, dès la troisième année, préparer ce concours obsolète qu’est l’agrégation du supérieur pour passer professeur, il faut des capacités extraordinaires pour simplement survivre dans le monde de la recherche de haut niveau !

Les choses changent lentement en France, mais trop lentement, tout simplement parce que les élites qui nous dirigent n’ont jamais vécu le parcours dont il est question ici.

Un parlementaire à qui je demandais si pour lui, un poste de six ans à 3000 euros nets par mois était vraiment de la « précarité » par rapport à un poste permanent à 1800 euros nets à Paris, sa réponse a été immédiate : « est précaire tout poste non-permanent, quels qu’en soient le salaire ou la durée ». C’est amusant, car le mandat de député est à peu près le type de poste que j’aimerais pouvoir offrir aux jeunes doctorants : bien payé pendant 5 ans, mais soumis à une contrainte de ré-élection.


Lire texte intégral sur mon blog personnel.

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  • the cat
    the cat
    étudiant
    • Posté à 00h35 le 06/01/2009
    • Internaute 54940
      étudiant

    Bravo pour votre article.
    Sans en incomber l’entière responsabilité à Sarkozy, on peut être tenté de faire un parallèle.
    Car ce qui l’intéresse ce sont les élites certes, mais commerciales, et non pas intellectuelles. Je pense que c’est là que se situe le problème.

    • gsourima
      gsourima répond à the cat
      • Posté à 10h49 le 06/01/2009
      • Internaute 23224

      De même que The Cat, un grand bravo et merci pour votre contribution ! Etant docteur depuis un an et espérant avoir un poste de chargé de recherches au mieux d’ici deux / trois ans, je ne peux qu’appuyer ce qui y est écrit. Et pourtant je travaille dans un domaine dit « porteur » : l’informatique. Je vous laisse imaginer comment ça se passe en sciences sociales...

      Pour rebondir sur le commentaire précédent, j’ajouterai que sans taper uniquement sur la gouvernance sarkozienne, un des très gros problème est à mon sens la vision très court terme des travaux de recherche actuels. On choppe des financements de 2 / trois ans (ANR, projets Européens, Réseaux d’Excellence, etc) histoire de financer des doctorants / post-docs / ingénieurs (mon cas), et après POUF : on passe à autre chose.
      Je suis peut-être un peu caricatural mais la réalité n’est pas très loin.

    • barbouille
      barbouille répond à the cat
      surfeuse
      • Posté à 23h34 le 06/01/2009
      • Internaute 62861
        surfeuse

      Ce n’est pas une nouveauté. M Notre Président actuel n’est pas responsable de cette situation.

      • the cat
        the cat répond à barbouille
        étudiant
        • Posté à 14h37 le 07/01/2009
        • Internaute 54940
          étudiant

        Oui je m’en doute bien.
        Mais N. Sarkozy ne semble pas aller dans le sens contraire.
        Pourtant, lors de sa campagne électorale, j’avais compris qu’il remettrait la France à l’endroit dans tous les domaines. J’ai peut-être eu tort de croire au Messie...

  • Veum
    Veum
    doctorant
    • Posté à 00h56 le 06/01/2009
    • Internaute 23064
      doctorant

    Chacun son truc. Entre un poste précaire payé 3000 euros et un poste permanent à 1800 euros, je signe tout de suite pour un poste permanent. Les (vrais ?) chercheurs ne le font pas pour l’argent. Faites un sondage, demandez aux thésards. Demandez à tous les chercheurs étrangers qui travaillent en France pourquoi ils le font.

    • Calvin
      Calvin répond à Veum
      Physicien aux US...
      • Posté à 01h58 le 06/01/2009
      • Internaute 1219
        Physicien aux US...

      Certes, mais ce n’est pas qu’une question de salaire, mais aussi de moyen mis a disposition. Un « tenuire track » s’accompagne souvent de moyen important pour avoir des étudiants, des post-doc, monter des manips etc etc... toutes ces choses permettent de travailler dans des bonnes conditions ! Et la, la différence entre la france et certains autres pays peu etre vraiment énorme.

      • Veum
        Veum répond à Calvin
        doctorant
        • Posté à 08h38 le 06/01/2009
        • Internaute 23064
          doctorant

        Donc le problème ce sont les moyens engagés. Aucun besoin de précariser encore un peu plus le début de carrière des chercheurs pour leur donner un peu plus de moyens...

    • Okotoks
      Okotoks répond à Veum
      Amateur de paléontologie et d' (...)
      • Posté à 05h15 le 06/01/2009
      • Internaute 58147
        Amateur de paléontologie et d' (...)

      Proposeriez-vous de ne plus payer les chercheurs du tout pour être sûr qu’il s’agit d’authentiques altruistes uniquement concernés par le bien de l’humanité ;) Un chercheur peut aussi être avide de gloire et d’honneurs : en est-il pour autant moins bon ?

    • -Mafalda-
      -Mafalda- répond à Veum
      .
      • Posté à 04h09 le 06/01/2009
      • Internaute 50062
        .

      C’est sûr qu’en france on ne fait pas de la recherche (publique) pour l’argent, car il n’y en a simplement pas ! Le truc c’est que tout travail mérite salaire (et oui même dans le recherche !), et pour reprendre vos propos : « les (vrais ?) chercheurs » ne rêvent pas tous d’avoir un poste permanent, ni d’être obligés de faire de l’« autoréduction » chez monop’ pour vivre...

      • Veum
        Veum répond à -Mafalda-
        doctorant
        • Posté à 08h45 le 06/01/2009
        • Internaute 23064
          doctorant

        Il faut arrêter de déconner... Avec 1800€ nets par mois on fait partie des 25% français les plus riches, c’est insulter les 75% de français qui ne gagnent pas autant que de dire que ce n’est pas assez pour vivre... Quant aux chercheurs, après master, doctorat, un ou deux post-docs de deux ans chacun, donc agés d’au moins 30 ans pour la plupart, vous pensez qu’il y en a qui n’ont pas envie d’un peu de stabilité ?
        Parce que la précarité dans le monde de la recherche, ça ne veut pas simplement dire avoir à trouver un autre job dans un autre labo à moins de 30km de chez soi. C’est aussi et surtout l’obligation quasi-certaine de devoir déménager à l’autre bout du pays, si ce n’est pas à l’autre bout du monde.

         
        • ron-ron
          ron-ron répond à Veum
          • Posté à 10h21 le 06/01/2009
          • Internaute 37198

          Des 25% de français les plus riches ? Je dirais 25% de salariés français les plus riches. La différence étant de taille.
          Vous avez une source qui permettrait de trancher ?

          Enfin, si vous avez bien lu l’article, vous constaterez qu’au bout de 6 ans (grosso-modo), on propose aux chercheurs efficaces (et payés 3000 euros pendant ce temps) un poste « tenure », permanent (payé largement plus, dans les fillières scientifiques du moins).
          Le poste permanent à 1800 euros s’obtient, comme vous le mentionné, après une thèse (3 ans), éventuellement complétée par 1-2 ans d’ATER, le temps de la finir et/ou de chercher un poste, puis 1-3 ans de post doc. Au final, 6 ans de précarité dans la recherche, en France, c’est peu.

          Au passage, le salaire est une chose, mais il y a aussi un élément à prendre en compte : Le budget annexe, qui permet d’acheter les meilleurs équiipements/produits/... pour les laboratoires. Amélioré la qualité et les condition du travail en somme.

          • Veum
            Veum répond à ron-ron
            doctorant
            • Posté à 10h42 le 06/01/2009
            • Internaute 23064
              doctorant

            Je parle du niveau de vie au sens de l’insee, qui donne cette définition :
            « le niveau de vie est le revenu disponible divisé par le nombre d’unité de consommation (1uc par adulte, 0.5 pour un enfant de plus de 14 ans, 0.3 en deça) »
            « Le revenu disponible d’un ménage comprend les revenus d’activité, les revenus du patrimoine, les transferts en provenance d’autres ménages et les prestations sociales (y compris les pensions de retraite et les indemnités de chômage) »
            Ma source est là :
            Lien
            1800€ net par mois correspond en gros au septième décile, sauf erreur de ma part...

          • Veum
            Veum répond à ron-ron
            doctorant
            • Posté à 17h06 le 06/01/2009
            • Internaute 23064
              doctorant

            D’ailleurs je doute que la situation soit la même partout. Si les post-docs ne sont pas généralisés en sciences économiques, ils sont obligatoires en sciences expérimentales, même aux US. Pour preuve par la satyre, lisez les dernières planches de Lien, notamment :
            Lien
            Lien

        • -Mafalda-
          -Mafalda- répond à Veum
          .
          • Posté à 18h00 le 06/01/2009
          • Internaute 50062
            .

          Riches ? Dans quel monde ? Celui où les hard discounters et « paris plage “sont devenus les lieux branchés de la jet set ?

          ‘1800€ net par mois correspond en gros au septième décile, sauf erreur de ma part…’

          Le point important dans la définition du niveau de vie de l’INSEE est qu’il est ‘net des impots directs’, ce qui fait qu’on se situe quelque part entre la médiane et le 6e décile, en fonction de la situation familiale, etc. pris en compte dans le calcul de l’impot.

          ‘Parce que la précarité dans le monde de la recherche, ça ne veut pas simplement dire avoir à trouver un autre job dans un autre labo à moins de 30km de chez soi. C’est aussi et surtout l’obligation quasi-certaine de devoir déménager à l’autre bout du pays, si ce n’est pas à l’autre bout du monde.’

          Je suis d’accord, mais ce n’est pas une raison pour accepter, encore moins se réjouir, d’avoir un poste permanent permettant à peine d’avancer les frais de mission.

        4 autres commentaires
    • barbouille
      barbouille répond à Veum
      surfeuse
      • Posté à 15h11 le 06/01/2009
      • Internaute 62861
        surfeuse

      pourquoi ne pas le faire gratuitement tant que tu y es ?

      • Veum
        Veum répond à barbouille
        doctorant
        • Posté à 17h00 le 06/01/2009
        • Internaute 23064
          doctorant

        je l’ai fait pendant tous les stages de ma scolarité... Plus sérieusement, le temps que prend la recherche m’empêcherait de prendre un deuxième boulot... Mais si on met en place une allocation de vie décente, universelle, et décorrélée du travail, le faire gratuitement est envisageable...

         
        • barbouille
          barbouille répond à Veum
          surfeuse
          • Posté à 23h09 le 06/01/2009
          • Internaute 62861
            surfeuse

          Allocation , ca ne va pas non, gratuit , c’est gratuit... pas payé quoi.
          Et puis, une allocation de vie décente qu’est ce que c’est ? le RMI ? Le SMIG ? et avec ta super allocation, tu vas faire vivre ta famille ? Tu ferais mieux de rentrer dans les Ordres. Une institution qui a de beaux jours devant elle, elle au moins.

          Je ne savais pas qu’il y avait des martiens sur ce site.
          Allez tu as de l’avenir devant toi ; plein de gens aux longues dents sont prêts à faire bosser les gens comme toi, pour rien.

          • Veum
            Veum répond à barbouille
            doctorant
            • Posté à 11h15 le 08/01/2009
            • Internaute 23064
              doctorant

            Je parle d’allocation de vie, cf : Lien

            Je sers la science et c’est ma joie comme dirait l’autre. Pour trouver quelqu’un aux dents longues pour me faire bosser à son profit, il faudra se lever tôt : mes recherches ne déboucheront sans doute sur aucune concrétisation industrielle avant de bien nombreuses années.

            Quelle est la valeur du travail ? Pourquoi mon travail de chercheur est mieux payé que celui du technicien sans qui je ne pourrais obtenir aucun résultat ? Pourquoi faut-il travailler pour avoir de quoi manger ? Pourquoi travailler pour manger, et non pour servir la science (cas particulier) ?

        2 autres commentaires
  • Erka
    • Posté à 05h05 le 06/01/2009
    • Internaute 5196

    J’ai un peu de mal a comprendre l’article qui semble allegrement melanger post-doctorant et tenure track. Il y a visiblement de grandes differences entre le monde economique et les sciences expérimentales. Des amis suedois thesard a Harvard m’ont recemment explique qu’apres 1, maximum 2 ans de postdoc ils etaient assures d’obtenir un poste permanent en Suede, et que c’etait typique du monde economique compare aux biologistes par exemple.
    Visiblement, c’est le cas : ecrire « si on vise un poste en France, il vaut mieux tenter de passer dans une “petite” revue plutôt que de prendre le risque de viser une revue de visibilité internationale. “ s’applique soit au domaine economique (que je ne connais pas), soit est de la mauvaise foi integrale. Dans mon entourage, et moi compris, le salut pour obtenir un poste CNRS ou INSERM n’est venu que d’une ou deux publications en premier auteur dans Science, Nature ou Cell et ce au cours d’un postdoc a l’etranger de 3 a 4 ans... on a vu mieux comme petite revue. Et par ailleurs ces publications nous permettaient a tous de postuler avec des chances de succes sur des ‘tenures tracks’ aux US (et je connais plusieurs personnes ayant decline des offres a Berkeley ou Columbia University pour prendre un poste de CR2 ou CR1 a l’INSERM ou au CNRS). Enfin, la grande majorite des tenures tracks sont confirmees en tenure, et a part mettre la pression sur les etudiants et les postdocs de l’impetrant, le systeme est aussi permanent qu’ailleurs....
    Donc j’aimerai savoir si ce texte est specifique aux economistes (et encore une fois, je n’ai jamais eu l’impression que mes amis europeens thesards en economie avaient la moindre difficultes a trouver des positions permanentes - ou presque - juste apres leur these voire un an de postdoc - autant dire que dale compare aux disciplines scientifiques - ) ou si ces commentaires sont des generalites s’appliquant au monde scientifique, auquel cas je suis au regret de dire qu’ils sont infondes voire de mauvaise foi (et par ailleurs oui, meme si mon salaire ne me permettra meme pas de vivre decemment a Paris, je suis bien content d’avoir un putain de CDI pour pouvoir ne serait-ce que discuter avec un de ces abrutis de gagne-petit de banquier - qui parle d’economie ? - un pret immobilier, ou tout simplement etre un minimum respecte). Souhaiter un CDD a des diplomes de plus de 30 ans en France a notre epoque, c’est du sadisme et de l’inconsequence caracterisee, desole ! ! !

    • Etienne Wasmer
      Etienne Wasmer répond à Erka
      Economiste du travail
      • Posté à 08h03 le 06/01/2009
      • Internaute 45
        Economiste du travail

      A Erka,

      Du sadisme à 3000 euros nets pendant 6 ans et 60 heures d’enseignement par an, vous y allez un peu fort. L’article sur mon blog (l’avez-vous lu ?) décrit ce qui existe dans ma discipline, et compte tenu de cela, explique qu’il faut à mon avis mettre en place un système offrant des contrats à peu près comparables en France (les autres pays européens s’y mettent, d’ailleurs). Cela n’empêche d’ailleurs pas de conserver l’ancien système en parallèle, ou d’accélérer la tenure pour les personnes plus rapides et plus brillantes, ce qui se fait d’ailleurs.

      • News-addict
        News-addict répond à Etienne Wasmer
        Consultant marketing
        • Posté à 10h59 le 06/01/2009
        • Internaute 64148
          Consultant marketing

        je pense qu’Erka nous fournit un bel exemple de lecture en diagonale orientée : -)

      • Erka
        Erka répond à Etienne Wasmer
        • Posté à 05h22 le 07/01/2009
        • Internaute 5196

        Je plaisantais bien sur, mais vu la facon dont les banques traitent les individus en CDD en France, ce n’est pas 3000 nets qui changeront grand chose au fait que dans ce pays a mon avis ce sont plus ces argentiers boutiquier frileux avec les particuliers ou les chercheurs ou ingenieurs entrepreneurs qui sclerosent le systeme que des chercheurs recrutes a 32 - 35 ans.
        C’etait la reponse de votre parlementaire...
        Juste pour rigoler, allez demander un pret immobilier a votre banque en pretendant etre « en tenure track ». Mis a part le fait que la nullité ambiante fait que le conseiller vous demandera sans doute une traduction, vous pouvez etre assure que meme a 3000 nets votre demande sera rejetee car « trop risquee, car vous n’etes pas en CDI ». C’est pas moi qui l’ai invente, je l’ai vecu, c’etait la France de 2004.
        Je ne critique pas le systeme tenure necessairement, je dis juste que la societe US toute entiere est adaptee a un tel systeme. Transposer ce systeme en France est tres joli sur le papier, mais gare aux consequences inatendues dans une societe ou etre en CDD a 35 ans ne vous facilite pas la vie.

        Peut etre etes vous l’un de ces chercheurs qui, ayant recu la becquee de l’etat des son plus jeune age (soit la sortie de prepa, 19 - 20 ans), se decouvre des dons pour expliquer a ses prochains les bienfaits de la precarite ? La recherche francaise fourmille de ce genre de personnes... Ce qui etait bon pour eux ne l’est surtout pas pour les autres...

    • ron-ron
      ron-ron répond à Erka
      • Posté à 10h30 le 06/01/2009
      • Internaute 37198

      Sans vouloir vous offenser, et malgré les qualités intellectuelles dont vous et vos amis faitent preuve, il me semble que vous êtes quelque peu déconnecté du monde de la recherche française.

      Oui, pour intégrer l’INSERM, le CNRS, ou d’autres structures très réputées, très recherchées, regroupant parmis les meilleurs chercheurs travaillant dans les meilleures conditions (françaises), il faut un bon cv (donc de bonnes publi - un passage à l’étranger est bien vu également). Mais pour avoir un post de MdC dans un labo « classique » (là où se trouve l’immense majorité des postes), des petites publi et plusieurs post-doc suffisent amplement.

  • tony38
    tony38
    Chercheur
    • Posté à 09h12 le 06/01/2009
    • Expert 60396
      Chercheur

    Très bon article qui reflète bien ma réalité.
    Je travaille dans le domaine des sciences exactes.
    Je travaillais comme chercheur dans une université Canadienne. J’ai réussi le concours d’entrée qu CNRS. Je décide alors de revenir en France. C’étais l’occasion pour mes enfants de vivre un peu en France et de se rapprocher un peu dela famille. A mes yeux ça compensait le pauvre salaire offert (1500 Euros au départ quelque soit l’expérience). Pourtant, la déception ne vient pas tant du salaire mais plutot des conditions de travail : pas de budget pour les congrès, pour les déplacement, pour les manipulations. Même publier dans certaines (très bonne) revues qui facturent les images couleurs était devenu délicat. Avoir un étudiant de master, : un Luxe. Au bout de un an, jétais comme mes collègues, un chercheur enfermé dans son bureau. Je repars pour le Canada ou j’ai obtenu un tenure track. C’est quand on voit comment ça se passe ailleurs (j’ai connu le Canada, la Belgique, l’Angleterre, le Finlande) qu’on réalise le retard accumulée par la France et qu’on comprend pourquoi les très peu de postes offerts par la France (CNRS, INSERM, etc...) sont de moins en moins attrayants pour les doctorants français, et ne l’on pratiquement jamais été pour les étrangers. Faut vraiment aller voir ailleurs pour comprendre qu’un Finlandais peut diriger un labo au Canada avec des chercheurs Français, Allemands, Indiens, Japonais. Je n’ai jamais vu ça en France.

    • Veum
      Veum répond à tony38
      doctorant
      • Posté à 10h29 le 06/01/2009
      • Internaute 23064
        doctorant

      Je n’ai certes travaillé que dans deux labos, mais ça fait déjà deux contre exemples : le premier, sur 8 personnes au labo, une mexicaine, un russe, laboratoire dirigé par un belge. Deuxième labo, sur 12 personnes, trois allemands, un canadien, une anglaise, un mexicain, labo dirigé par un allemand.
      Je suis tombé sur une étude qui dit qu’il y a 25% des thésards en france qui sont étrangers, 80% des post-docs, 7% des chercheurs titulaires (mais 10% des recrutés sont étrangers chaque année).
      Etude menée par le programme de bourses Marie Curie en 2007 :
      Lien

      • News-addict
        News-addict répond à Veum
        Consultant marketing
        • Posté à 10h51 le 06/01/2009
        • Internaute 64148
          Consultant marketing

        personnellement je touche « 1800 nets à paris » en premier emploi après une grande école de commerce réputée et je ne trouve pas ça ridicule comme salaire : les salaires français sont inférieurs aux salaires américains, allemands, etc de manière globale ! pour moi la question du nombre de postes et de l’engagement à vie est le vrai problème

      • tony38
        tony38 répond à Veum
        Chercheur
        • Posté à 12h07 le 06/01/2009
        • Expert 60396
          Chercheur

        Je n’ai pas été assewz précis. Evidemment que dans les labos français on a des doctorants et post-doctorant étrangers (et heureusement vu que nos filières scientifiques se vident). Mais on a, comme tu le dis toi-même que 7% de chercheurs étrangers.
        Donc à quand en France un directeur de labo Allemand avec 50% de chercheurs statutaires étrangers ? J’en connais un bon nombre et je n’ai jamais rencontré cela.
        DUrant ma première année au CNRS en France, 3 postes se sont créés (une première depuis 15 ans - mais cela ne compense pas les 8 postes non remplacés sur la même période). J’ai essayé d’y intéresser des chercheurs contractuels étrangers au Canada, et qui étaient tentés par une expérience en Europe. Ils n’ont évidemment pas du tout été intéressés par le salaire, et surtout le peu de perspective offerte.Avoir une carrière entièrement déterminée par des grilles et des échelons et un point d’indice, ça ne leur faisait pas bander !

  • philap
    • Posté à 10h44 le 06/01/2009
    • Internaute 36096

    Tout ce que je peux dire c’est que ce raisonnement est inadapté à la recherche scientifique. La précarité dans ce domaine (je parle en connaissance de cause même si j’en suis sorti à l’age de 35 ans !) est catastrophique et c’est une torture. Dans les autres pays l’apparence de précarité est compensée par une abondance de poste, des réseaux solides qui se serrent les coudes et des rebondissements possibles dans la recherche privée. En France rien de tout cela n’existent en tout cas en science.
    En conclusion avant de prononcer de grandes paroles et de faire de grandes constructions et déconstructions il serait sain de se renseigner auprès des collègues une ou deux portes plus loin.

  • marie 75
    • Posté à 10h55 le 06/01/2009
    • Internaute 3563

    Que pensent les jeunes UMP de la crise ?
    Le mercredi 10 décembre 2008, la jeunesse UMP se réunissait au Conseil régional d’Ile de France pour débattre sur le pouvoir d’achat des jeunes.
    L’occasion pour Entrevue.fr et Street Reporters de constater à quel point ils étaient concernés.
    Une video à pleurer de rire !
    Tout simplement hilarant !
    Lien

  • affreuxjojo
    • Posté à 18h52 le 06/01/2009
    • Internaute 29421

    Un salaire double à Londres signifie que vous serait plus pauvre en réalité. L’école et la santé publique étant en ruine, vous devrez en fait inscrire vos enfants dans une école privée potable et si vous devez faire appel a des services de santé de qualité cela sera à vos frais a vos frais. De plus, les logements sont hors de prix.
    Les comparaisons de salaires qui ne tiennent pas compte de ses réalités n’ont aucun sens.

  • vol19
    • Posté à 19h35 le 06/01/2009
    • Internaute 13492

    Et puis, il faudrait ajouter... beaucoup de « connerie » individuelle et institutionnalisée qui se traduit par une faible capacité de coopération, de mise en place de solutions « créatives », des rapports très corporatistes, statutaires, des jalousies invraissemblables/compétition à mort (car peu de postes), des maffias et clans, d’égos hypertrophiés et de mépris, de systèmes comptables hyper-rigides... autant de dynamiques qui conduisent à des attitudes défensives de part et d’autres, à des choix conformistes car rassurants par rapport à son clan dit « ses pairs » ... qui au fond ne se fait pas du tout l’intérêt commun ni d’un laboratoire/département, ni des jeunes chercheurs, ni de l’élaboration de savoirs et de connaissances. Aucunes dynamiques vivantes ne sont possibles.
    Il est à craindre que le « modèle Français » va perdre, tant pis pour lui ! Hélàs qui payera ?

    • barbouille
      barbouille répond à vol19
      surfeuse
      • Posté à 23h26 le 06/01/2009
      • Internaute 62861
        surfeuse

      J’ai travaillé un an dans une institution de recherche.
      Un an à voir ces gens si supérieurement intelligents
      se bouffer le nez, littéralement s’insulter, se faire des vacheries
      hallucinantes dans le dos.
      A un tel point qu’un des chercheurs préférait venir travailler la nuit pour éviter de croiser ces collégues ! Véridique !
      Le directeur de laboratoire sortait des phrases du style, les étudiants nous les formons, ils devraient nous payer leurs années d’étude.

      Elle est belle la recherche française !
      Heureusement cette unité à voler en éclat. Un cas isolé ? pas vraiment !

      Et ces gens-là n’ont aucun interêt que le système change. Ils ont le cul vissé à leur siège. Ils préférent se détruire les uns les autres. C’est tellement plus productif comme ca.

      • philap
        philap répond à barbouille
        • Posté à 09h10 le 07/01/2009
        • Internaute 36096

        Votre description sent le vécu sans aucun doute. Nous avons tous connu des cas comme ça mais je vous rassure ce n’est pas représentatif. J’ai connu pire dans le privé (j’ai l’immense privilège d’avoir testé les deux).

  • PANCH
    PANCH
    Cadre
    • Posté à 18h44 le 07/01/2009
    • Internaute 49993
      Cadre

    M. Wasmer,

    Faute de ponctuation finale, je ne sais pas si votre article vise à poser la question ou bien vise à y répondre. En tout cas, il a le mérite de lancer le sujet et certains des posteurs qui ont eu une expérience à l’étranger apportent des informations intéressantes. Merci à vous pour cela.

    Vous soulignez finalement assez bien le « parcours du combattant » qui s’impose au doctorant, au post-doctorant, à celui qui souhaite un poste de chercheur, de maître de conf :
    -manque de moyen pour les recherches (à mon sens le plus gros des problèmes)
    -statut très précaire (du doctorat jusqu’à l’obtention d’un poste)
    -raréfaction des postes.

    Mon regret est que vous vous limitiez à ce diagnostic et que de ce fait votre réponse se limite à donner comme piste de recherche une augmentation des postes (nécessaire), une augmentation du budget (nécessaire) et l’instauration d’un système de « tenuire track » ( ?).

    J’aurai aimé connaître votre ressenti sur des points qui me paraissent cruciaux :
    -l’autonomie budgétaire accordé au doctorant (on pourrait concevoir un « pack budgétaire » pour chaque doctorant permettant l’achat de certaines fournitures, d’un nombre limité de billets de transport pour être indépendant (partiellement) des choix politiques des labos -du type : « au non ce congrès y a bidule et je l’aime pas » ou encore « c’est trop cher ».)
    -le système d’évaluation (basé uniquement sur le nombre d’articles et les volumes d’enseignement) qui poussent aux petites recherches dont on sait qu’elles aboutiront sur des publications, voire aux publications sans aucun intérêt -suivant les revues le taux est parfois de près de 50%, les auteurs le reconnaissant eux-même.
    -le système consangain ou de copinage qui permet justement de répondre à cette éxigence de publication (un article même mauvais mais avec un « ponte » en auteur à de forte chance de passer, ou des trucs du type : si dans ta section t’acceptes la qualif de mon poulain je te renvoie l’ascenceur...)
    -le lien entre privé/public au sein de nos universités et de nos laboratoires qui est très mal définit
    -les véritables outils d’innovation et d’entreprenariat (les pépinières étant à mon sens un beau leure inéficace)
    -les outils informatiques et techniques des doctorants (l’ABG et ANTARES étant les deux seuls qui tournent un peu). Manque des moyens (efficaces et nationaux) de partages rapides d’informations détenues par les labos (numérisation), d’échange (afin d’accéder à des outils présents ailleurs), de forums sur l’entreprenariat. Manque une véritable passerelle pour que le privée ait une porte d’accès sur le monde public. etc...
    -l’augmentation des paperasses, des responsabilité et des risques pour les chefs d’équipes, de labos, de sections, de départements. Le manque de formation pour ceux-là même (en particulier dans la gestion des budgets).
    -l’hétérogénéité extrême des moyens en fonction des universités et des labos (accéléré avec les pôles de compétitivité)
    -le besoin urgent de rénovation de bon nombre de batiment (mon labo avait une facture énergie qui « pompait » la moitié de son micro-budget !)

    Finalement, c’est toute la recherche française qui s’effondre sur elle-même non seulement par faute de moyen mais aussi par manque d’initiative, par manque d’autonomie pour les différents acteurs, par le renforcement d’un pouvoir centralisé et d’un système de copinage, par le manque de relation avec le domaine privé, par le manque de visibilité et d’ouverture sur l’extérieur, et enfin par manque de reconnaissance.....

    Il est grand temps à mon sens de faire le « grand ménage », de lancer un audit, les futurs chercheurs ne sont-ils pas les mieux placés pour innover et trouver les fonctionnements futurs d’une recherche publique digne de ce nom.

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