Europe, terre d'innovation

Le groupe Desir est un collectif réunissant chercheurs du public et du privé, consultants spécialisés sur les questions d'innovation, hauts fonctionnaires ayant l'expérience de la conception et de la mise en œuvre de politiques publiques, acteurs du financement de la R&D ou encore spécialistes du lien entre science, société et opinion publique. Interprètes diplômés ès langue de bois de notre système public de recherche, ils poussent parfois des coups de gueule. Incurables optimistes, ils pensent que des points de vue synthétiques et novateurs sur le lien entre universités, entreprises et secteur public, ainsi qu'un environnement favorable à la créativité individuelle peuvent contribuer à la (re)construction de l'Europe comme terre d'innovation.

Dis-moi où tu habites, je te dirai si tu es créatif

Marc Foglia
enseignant
Publié le 21/01/2009 à 14h41



Vue sur les casinos de Las Vegas en juillet 2003 (Ethan Miller/Reuters).


Pour un professeur d’urbanisme, Richard Florida porte un nom plutôt original, qui évoque davantage les plages et les lagons émeraude que les grandes villes nord-américaines, auxquelles est consacré son livre « Who’s Your City ? De quelle ville êtes-vous ? L’économie créative fait du choix du lieu où vous habiterez la décision la plus importante de votre vie.


Jaquette du livre ’Who’s Your City ? ’ de Richard Forida (DR).

Où aller ? où diable s’installer ? C’est la question... que se posent les 40 millions de citoyens américains qui déménagent chaque année. Agé de 51 ans, l’auteur est professeur à l’université de Toronto. Pour lui, les grandes villes et les individus créatifs seraient le ticket gagnant de notre modernité. Ses dernières “urban studies” pourraient tout aussi bien être classées “développement personnel”, “voyages” ou “immobilier” dans une grande librairie : données, cartes et bons conseils doivent permettre à chacun de choisir la ville qui lui permettra d’être heureux, tout cela en fonction de son âge, de son sexe et de ses priorités personnelles.

Mieux vaut s’installer dans une grande ville. Tout d’abord, c’est là que vous trouverez un emploi : 90% du PIB américain serait issu de ces grandes régions métropolitaines, structurées autour de quelques villes. Mis à part du pétrole et du blé, on ne trouvera donc pas grand-chose en dehors de ces “mega regions” -comme le laissait déjà penser le film “North By Northwest” (“La Mort aux trousses”, 1959) d’Alfred Hitchcock, qui montrait des campagnes à maïs à perte de vue, traversées de temps à autre par un bus, ou par un improbable avion bourré de pesticides...

L’économie mondiale est redessinée sur une nouvelle base géographique, les régions métropolitaines ou “mega regions”. La première de celles-ci est le grand Tokyo (2500 milliards de dollars de chiffre d’affaires), suivie par “Bos-Wash”, la mégalopole de la côte Est (2200 milliards). Leur géographie est équivalente à celle de l’Allemagne, et seraient donc les troisième et quatrième économies du monde. Les régions urbaines vont continuer de se substituer aux Etats-nations : ce sont les vraies forces de la libéralisation et de l’innovation.

Darwinisme urbain

Mais comment expliquer que plus les communications deviennent aisées, plus la “colocalisation” des personnes et des services devient importante ? Dans une économie post-industrielle, les pôles géographiques optimisent la valeur de l’information, de l’éducation et du savoir-faire. L’organisation de l’activité en “clusters” [en pôles de compétence, en blocs urbains dont les activités sont homogènes, ndlr] est un facteur de compétitivité, mais aussi de résilience en temps de crise.

Outre l’exemple de l’industrie du vêtement en Italie dans les années 80, on citera la mode à New York, la santé à Philadelphie, les sciences politiques à Washington, l’industrie du vin à Napa, du jeu à Las Vegas ou encore de la musique à Nashville.

“L’innovation, la croissance économique et la prospérité se font jour dans des lieux qui attirent la masse critique de talents créatifs de haut niveau.”

Richard Florida s’inscrit provisoirement ici dans la droite ligne de Michael Porter, professeur à Harvard, et théoricien de la notion de “cluster”. Les vraies villes sont sobres grâce aux économies d’échelle et à la verticalité. L’auteur fustige en revanche l’“urban sprawl”, l’extension indéfinie des banlieues dont on trouvera d’incroyables photographies aériennes chez Alex MacLean, le Yann-Arthus Bertrand américain.

La population (ou la pollution) est concentrée, la puissance économique l’est davantage, l’innovation encore davantage : les cercles concentriques que trace Florida sont impitoyables. Ce n’est pas le nombre de personnes ou leur degré d’entassement qui fait l’affaire, mais la présence de la “creative class”, notion dont notre professeur est l’inventeur et le héraut.

Dans les régions où les idées, les capitaux et les personnes circulent facilement, le talent est en mesure de se faire connaître et par conséquent d’attirer le talent. Quelques “individus supercréatifs” tirent alors l’activité économique, culturelle ou scientifique de la ville et posent les bases de la prospérité future.

Mais “Who’s your city ?” est aussi un livre sur le déclin relatif des centres urbains américains, ou plutôt sur une nouvelle ligne de fracture qui sépare New York, Boston et San Francisco d’un côté, les grands ateliers industriels du XXe siècle comme Pittsburgh, St Louis ou Cleveland de l’autre. La plupart des villes des Etats-Unis ne sont plus aux avant-postes. Les “centres créatifs” eux-mêmes ne sont-ils pas menacés par Londres, Bangalore, Shanghai ? Aucune ville n’est invincible dans la lutte pour attirer les meilleurs. Version urbaine du libéralisme darwinien pur et dur !

L’Europe, l’inconscient urbain des Etats-Unis

Ce serait sans compter que Richard Florida est un romantique, bien plus qu’un statisticien ou un idéologue. Il tente de percer le secret des villes gigantesques, comparant la quête de la ville rêvée à celle de l’âme sœur. LA rencontre décisive... c’est celle de la ville où l’on sera heureux. Suivant sur ce point sa “mère spirituelle”, Jane Jacobs, auteur du classique The Death and Life of Great American Cities (1961), Florida aime les quartiers épargnés par la rage des technocrates et des planificateurs, qui défigurent le visage des villes bien aimées à coups d’autoroutes. Bien qu’il fasse désormais partie des futurologues nord-américains, une espèce inconnue en Europe, l’auteur a la nostalgie de cris d’enfants dans les rues, des promenades à pied dans les quartiers cool et des restos en terrasse, qui font de l’Europe l’inconscient urbain des Etats-Unis.

Certaines villes accumulent des points -talents, richesses, innovations. Les points s’accumulent dans des “pics”, illustrés par la concentration nocturne des points lumineux sur la carte du monde... Mais les pics sont aussi les endroits où l’on trouve les plus fortes inégalités : la Silicon Valley, Boston ou le North Carolina’s Research Triangle en sont des exemples criants. Le contraste entre pics et vallées serait la clé de notre avenir géopolitique. Le rejet du Traité constitutionnel de 2005 en France et aux Pays-Bas signifierait ainsi la victoire des “vallées” (monde rural, villes petites ou moyennes, etc.) sur les “pics” européens, qui rassemblent les élites des grandes villes.

La concentration des richesses et des talents, à l’origine de la création de valeur, cache aussi une immense destruction de valeur dans les lieux en déclin. Le monde de Florida est beaucoup plus schumpétérien que darwinien. Où aller ? Quelle ville choisir ? Certains se mettront en marche, d’autres resteront enracinés : l’auteur se fait le maître de géographie des plus ambitieux.

Who’s Your City ? How the Creative Economy is Making Where to Live the Most Important Decision of Your Life » - Basic Books, New York - 2008.

Photo : vue sur les casinos de Las Vegas en juillet 2003 (Ethan Miller/Reuters).

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  • jyeden
    jyeden
    khmer vert ( age des caverne, (...)
    • Posté à 15h04 le 21/01/2009
    • Internaute 20631
      khmer vert ( age des caverne, (...)

    moi je vous propose Lamastre en Ardèche
    une VRAIE ville, avec commerce de proximité et lieux de vie
    il n’y a pas vraiment de centre commerciale a proximité de cette ville
    ce qui lui a permi de ne pas se desertifier
    je n’y habite pas,
    dommage

    Pour l’urban sprawl dont parle l’article, allez visitez l’amérique par google earth, vous y verrez l’incroyable développement des lotissements, un mode de vie qui ne peut perdurer qu’avec un pétrole pas cher
    un mode de vie condamné à terme

  • imanol
    • Posté à 15h07 le 21/01/2009
    • Internaute 4128

    et quand tout le monde se sera entassé dans des mégalopoles tentaculaires « créatrices », nous ferons quoi ? Nous repartirons nous entasser à la campagne ?

    quelques exemples de centres industriels américains en déclin >> Lien

    • jyeden
      jyeden répond à imanol
      khmer vert ( age des caverne, (...)
      • Posté à 15h18 le 21/01/2009
      • Internaute 20631
        khmer vert ( age des caverne, (...)

      génial tes photos
      tu travailles avec quoi ?

      • imanol
        imanol répond à jyeden
        • Posté à 15h27 le 21/01/2009
        • Internaute 4128

        encore des vieux appareils photos argentiques....

         
        • Monsieurcomment
          Monsieurcomment répond à imanol
          Vigneron qui boit son vin sans (...)
          • Posté à 18h45 le 22/01/2009
          • Internaute 56724
            Vigneron qui boit son vin sans (...)

          Les photos de ton site sont merveilleuses, je me suis vraiment fait plaisir en les regardant.
          J’espère qu’il y aura plein de nouveaux reportages !

          Rien ne vaut l’argentique effectivement...

        1 autres commentaires
    • puresonic
      puresonic répond à imanol
      Contempteur irascible
      • Posté à 19h19 le 21/01/2009
      • Internaute 55211
        Contempteur irascible

      Une autre vision de la modernité urbaine : Lyon city (Rhone)
      Lien

    • jean breton
      jean breton répond à imanol
      • Posté à 21h57 le 22/01/2009
      • Internaute 51943

      merci imanol super

  • Nekrobastard-
    Nekrobastard-
    médecin à Lunéville
    • Posté à 15h14 le 21/01/2009
    • Internaute 32615
      médecin à Lunéville

    ..au 2849 éme rang Gaza ville pour la qualité de ses feu-d artifices participatifs.....

  • tranchedefoie
    tranchedefoie
    artiste
    • Posté à 15h17 le 21/01/2009
    • Internaute 64552
      artiste

    ce serait intéressant que vous fassiez un comparatif des mégalopoles européennes.

  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 15h25 le 21/01/2009
    • Internaute 5164
      Now future & karpe diem

    Ouais, trouver sa ville, c’est le panard.
    Après de plusieurs déceptions urbaines, j’ai eu le coup de foudre pour la Ville Lumière, et chaque jour que j’y passe renforce un peu plus cet amour.

    Ce qui est assez amusant, c’est que certaines raisons pour lesquelles j’apprécie ce bled, comme la foule, sont les raisons pour lesquelles certaines personnes de ma connaissance ne la supporte pas : D

  • LeFaun
    LeFaun
    Penseur
    • Posté à 16h41 le 21/01/2009
    • Internaute 40635
      Penseur

    Comment peut-on être « créatif » (encore faudrait-il définir ce terme) dans une ville surpeuplée, remplie de policiers paranoïaques, d’employés hystériques et de clochards schizophrènes, irrespirable, sans arbres, sans animaux autres que les chiens, les rats et les oiseaux charognards, sans même pouvoir voir les étoiles la nuit, à cause de la pollution de l’air et des éclairages publics ?

    Faudra m’expliquer...

    • vol19
      vol19 répond à LeFaun
      • Posté à 23h33 le 21/01/2009
      • Internaute 13492

      Effectivement, la posture créative s’établit dans un certain équilibre de tension entre « pulsion de vie » et pulsion de mort.
      Dans des lieux et des périodes trop mortifères personne n’a envie, ni la possibilité de créer.
      Des contraintes, de la désorganisation sont nécessaire et en même temps de la confiance dans certains réseaux sociaux et globalement dans l’avenir ainsi que des opportunités pour lier des choses qui n’ont rien à voir....

  • morova
    • Posté à 16h49 le 21/01/2009
    • Internaute 24254

    mon pays ce n’est pas un pays c’est l’hiver il caille cet annee vous trouvez pas ?

    • Emma Indoril
      Emma Indoril répond à morova
      Nérévarine
      • Posté à 20h20 le 21/01/2009
      • Internaute 29462
        Nérévarine

      Mon jardin ce n’est pas un jardin c’est la plaine
      Mon chemin ce n’est pas un chemin c’est la neige
      Mon pays ce n’est pas un pays c’est l’hiver

      De mon grand pays solitaire
      Je crie avant que de me taire
      À tous les hommes de la terre
      Ma maison c’est votre maison
      Entre mes quatre murs de glace
      Je mets mon temps et mon espace
      À préparer le feu la place
      Pour les humains de l’horizon
      Et les humains sont de ma race

  • Jaycib
    Jaycib
    Désagrégé de l'Université
    • Posté à 17h04 le 21/01/2009
    • Internaute 37053
      Désagrégé de l'Université

    Je ne suis pas convaincu par les arguments du Dr Florida car ils évacuent d’emblée les considérations sociales auxquelles nous devons nous affronter collectivement.

    (1) La nouvelle antienne étant celle de la « mobilité » de la main-d’oeuvre et de la désuétude de la notion d’emploi unique au cours de sa vie, comment est-il possible de choisir un lieu de résidence rêvé, puisque ce dernier ne servira plus à rien lors des nombreuses « relocalisations » auxquelles nous serons astreints ?

    (2) La notion de « creative economy » peut paraître prometteuse à certains, mais (a) la détermination de qui est créatif et qui ne l’est pas est absente ; cette notion n’est pas gravée dans le marbre, elle a des sens différents selon la société à laquelle on appartient. Par ailleurs, l’une des plaies que nous connaissons a trait à la confusion entre « créativité » et réussite sociale. C’est ainsi que les agents immobiliers peuvent être présentés comme des créatifs, alors qu’en fait ils ne font que surfer sur la pénurie de biens réels. Les banquiers (et les matheux ayant travaillé pour eux) ont-ils fait oeuvre créatrice en concoctant des vecteurs d’investissements financiers parfaitement exempts de raison ? (b) L’idée même de vivre ensemble semble exclue du schéma proposé. Une société nouvelle n’existera vraiment que si l’on a pensé aux possibilités de préserver un cadre idéal pour les créatifs tout en employant d’innombrables prestataires de services (allant de l’éboueur au plombier, sans parler du garçon coiffeur ou de l’employé de restauration). Il est facile d’imaginer ce qu’il adviendra de ces personnes socialement indispensables mais non perçues comme appartenant à l’élite « créatrice » : elles termineront dans des résidences bas de gamme, voire dans des ghettos, tout comme aujourd’hui. Pour cette raison, l’idée de mégalopole-résidence idéale me paraît totalement vide de sens.

    Au mieux, le schéma proposé ne devrait déboucher que sur la duplication du « modèle » actuel, dont nous savons qu’il n’est pas viable parce qu’il n’est pas fondé sur une juste appréhension du monde réel (quelles populations ? quelles fonctions ? quels revenus ? quels niveaux de vie ? et même quels droits à une existence civilisée ?). Les architectes et quelques planificateurs urbains ont toujours eu des visions utopistes (cf. Frank Lloyd Wright, Niemayer, Le Corbusier), mais toutes ne sont pas égales. Brasilia, qui devait être la capitale administrative idéale, est un échec. Wright, aussi génial qu’il ait pu être, n’a pu dépasser les limites de son énorme ego, et, après son projet de « mile-high skyscraper », s’est finalement rabattu sur la solution du refuge dans le désert (Talyesin West). Le Corbusier a réalisé quelques projets qui prenaient les questions précitées à bras le corps (Cité Radieuse à Marseille, promptement rebaptisée « l’immeuble du fada » pour cause de mentalités ringardes au sein du public ; habitat ouvrier en Gironde et ailleurs), mais ses mises en garde n’ont été que trop souvent ignorées.

    Le recours à de bons sociologues spécialisés dans les questions d’emboîtement des critères emploi-cadre de vie-mobilité me paraît indispensable. Et quelques bons artistes purs et durs capables de remettre en cause les schémas d’urbanisme éculés ne seraient pas de trop.

    • MFog
      MFog répond à Jaycib
      enseignant chercheur
      • Posté à 18h04 le 21/01/2009
      • Expert 66712
        enseignant chercheur

      Excellentes remarques ! Florida pense en réalité comme vous sur (1) et se fait l’apôtre la mobilité. C’est d’ailleurs pour conseiller les Américains qu’il a écrit ce 4ième livre : choisissez bien votre ville ! L’actualité du livre est rehaussée par la crise, alors que beaucoup cherchent un nouveau départ.
      Pourtant, Florida croit fermement que le lieu idéal est le centre ville. Dans la Silicon Valley, les ingénieurs IT veulent habiter au centre ville de San Francisco, alors que leur credo est précisément que les nouvelles technologies permettent de faire ses courses ou de travailler depuis chez soi, et que peu importe où l’on est, l’essentiel est d’être connecté. L’importance du lieu croît avec le développement des technologies de l’information.
      Le repli sur le chez soi a pourtant été réellement favorisé par le boom d’Internet. Votre critique des effets de l’idéologie de la libéralisation et de la privatisation sur le monde urbain se retrouve chez Rebecca Solnit, philosophe urbaine, qui habite à San Francisco précisément.
      Selon Solnit, la crise actuelle trouverait son origine dans le rêve de devenir propriétaire à tout prix, d’avoir son chez soi et de se retirer dans le confort de la sphère privée. L’idéal ancien de transformer le monde a cédé la place au désir d’habiter la maison idéale. Cette mutation marque aussi l’abandon du collectif et du politique. La folie de la maison particulière donne raison à cette phrase de Margaret Thatcher : « la société n’existe pas » !
      Mais la hausse vertigineuse des prix du pétrole, en 2008, a sans doute mis fin à l’idée américaine de la banlieue. Si les riches redécouvrent les centres ville - rappelons que beaucoup de centres ville sont des ghettos aux Etats-Unis - les banlieues seront laissées aux pauvres, et les « pics » de richesse vont se concentrer encore davantage.
      Concernant (2), on a souvent critiqué le flou de la « classe créative » selon Florida. C’est une notion large qui inclut les artistes, les médecins, les ingénieurs, les homosexuels, etc... Par ailleurs, Florida ne cache pas ses croyances darwiniennes, non pas qu’il croirait au darwinisme social, mais l’espace américain traduit un processus de sélection darwinien. Il n’empêche : Florida pense au « vivre ensemble », il rêve de quartiers animés, de mixité sociale : son père spirituel - il faudrait parler en fait de mère spirituelle - c’est Jane Jacobs, écrivaine, philosophe et activiste urbaine, qui a lutté à Toronto pour la préservation des quartiers historiques du centre, contre la folie des technocrates des années 70, qui voulaient que chaque villa ou HLM soit reliée aux autres villas et aux autres HLM par une autoroute...
      Merci en tout cas pour l’excellence de cette analyse critique !
      Marc Foglia

    • vol19
      vol19 répond à Jaycib
      • Posté à 23h45 le 21/01/2009
      • Internaute 13492

      « Conception », « reconception », « invention »,« innovation », « création » recoupent des nuances et des concepts différents.
      Dans « création », il y a une idée de « rupture », de « supplément de vérité », de quelquechose qui apporte un regard nouveau par rapport à ce qui précède. La véritable « création » est rare.
      Souvent dans l’industrie, on abuse ce mot pour ce qui est en fait de la « reconception » d’un produit pour une cible déterminée.
      Dans la « création » ou l’« innovation » d’un procédé, il n’y a pas en amont d’étude de marché, ni d’ailleurs de « gestion dans un portefeuille technologique ». C’est quelquechose qui « surfe » dans une dynamique sociale, technologique, esthétique, appelle au hasard... et se théorise a postériori.

  • I. G.
    I. G.
    Y
    • Posté à 17h17 le 21/01/2009
    • Internaute 50820
      Y

    « Le rejet du Traité constitutionnel de 2005 en France et aux Pays-Bas signifierait ainsi la victoire des “vallées” (monde rural, villes petites ou moyennes, etc.) sur les “pics” européens, qui rassemblent les élites des grandes villes. »

    ––––––––––

    C’est moi qui ai l’esprit mal tourné, ou cette phrase signifie que les gens qui ont voté « non » étaient des bouseux ruraux alors que ceux qui ont voté « oui », eux, étaient des élites qui savaient de quoi ils parlaient ?

    Très malin de finir l’article sur une phrase pareille qui fait passer tout le reste au second plan, ah bravo.

  • Lugi
    • Posté à 17h41 le 21/01/2009
    • Internaute 28945

    Palpitant. Enrichissant.

    J’aurais préféré un article sur la sexualité des Castor-Lapons, mine de rien. C’est plus intéressant qu’un article sur les imbéciles heureux qui sont allés quelque part.

  • einna
    • Posté à 17h43 le 21/01/2009
    • Internaute 6227

    Si je comprends bien, on ne peut être un créatif de talent qu’en ville. Je note par ailleurs que l’auteur de l’article est à l’ENA.
    je me demande alors ce qu’est être créatif voire ce qu’est un individu super créatif ? pour moi la création a à voir avec l’art, l’inventivité ; il n’y aurait donc de talent que dans les mégalopoles.
    Ah il s’agit de créativité économique ! créativité économique dévolue aux élites des grandes villes parce que bien sur les élites sont dans les grandes villes.
    En lisant de tels articles, je me dis que ceux qui se prennent pour les élites en intégrant les grandes écoles ont une vision du monde complètement hermétique et ce qui est encore plus inquiétant c’est que ces personnes pensent un jour prendre en main notre destin en nous imposant leur vue du monde au nom de leur créativité de valeur.
    A l’ena au programme, il faudrait peut être ajouter poésie, art, musique, littérature...soit tout ce que l’être humain produit de créatif.

  • vero87
    • Posté à 17h53 le 21/01/2009
    • Internaute 40938

    avec un peu de reflexion , d’observation et de sens de l’analyse on avait bien compris que les nouveaux enjeux economiques etaient en relation etroite avec une geographie de repartition des populations
    et ca commence deja avec ts les poles santé , education , gestion des transports (notamment ferrés)et tant d’autres qu’on est entrain de mettre en place
    en effet on commence par reorganiser le pays et par etapes successives les etats disparaitront , rattachés à des grdes « mégalopoles à thème »
    et je vous passe le meilleur sur la répartition des richesses !
    ( c’est surement pour ca que dès maintenant on nous met à l’entrainement intensif ! ! !)

  • egide
    egide
    Littéral
    • Posté à 18h41 le 21/01/2009
    • Internaute 45067
      Littéral

    J’ai l’impression qu’il s’agit d’un ouvrage de story telling qui fait de la retape pour vanter les avantages de louer à des tarifs vertigineux quelques mètres carrées dans les métropoles géantes où tout ce qui compte se retrouve là.

    Une classe privilégiée qui a pillé tous les budgets publics à son profit a réussi à valoriser son patrimoine immobilier en concentrant tous les services à haute valeur ajoutée et en reliant entre elles ces concentrations économiques par des réseaux de transport à grande vitesse.

    Maintenant, il faut vendre cette idée qu’il faut physiquement vivre au plus près des centres d’affaires. Simplement, on y trouvera que le marché et rien que le marché y compris celui des biens culturels mais pas plus.

    Les milieux créatifs ? Peut-on appeler créative, cette sociabilité de salon de Verdurin branchés et fréquentés par des technocrates stressés en proie à des crises narcissiques aigües qui se mêlent aux prescripteurs qui leur crachent à la gueule ?

  • Désinscrit le 18 mai
    • Posté à 19h18 le 21/01/2009
    • Internaute 39573

    Dis moi où tu habiteras quand la loi boutin t aura viré de ton hlm, au motif que tes gosses sont plus là, ou empêché d y accéder, au motif que tu gagnes + de 1335 € et je te dirai que tu es un sacré créatif.

    Le 27 prochain les députés s’occupent du projet de loi boutin, examen qui devait avoir lieu en décembre mais fut reporté, pour le plus grand chagrin des professionnels de l immobilier : « Nous regrettons profondément le report de ce projet de loi », a déclaré Jean-François Gabilla, président de la Fédération des promoteurs-constructeurs.

    Lien

    LA LOI BOUTIN AUGMENTERA L APPAUVRISSEMENT. Ce projet de loi « réglera » le problème du logement de façon ARTIFICIELLE en (entre autres) diminuant de beaucoup le salaire maximum pour accéder aux HLM et donc en diminuant le nombre de demandeurs, pour le plus grand bénéfice du privé.

    Il rend les personnes qui vivent en HLM coupables d’y être et responsables du manque de logements HLM, quand bien des communes riches refusent de construire des logements HLM, préférant payer une amende qui ne représente pas grande dépense pour elles ; ce projet de loi marque le désengagement de l’Etat et la ghettoisation du logement HLM.

    NON A LA LOI BOUTIN ! Une nouvelle pétition est en ligne. Signer et faire circuler cette pétition, c’est agir contre ce projet de loi inique.

    Lien

  • plus tard
    • Posté à 21h19 le 21/01/2009
    • Internaute 26762

    Ami énarque, de Florida je dis « bof ». Bof car à part une nouvelle version des trop fameux « bourgeois-bohèmes » de son compatriote D. Brooks (journaliste bushiste), mais avec en plus le plan de développement urbain pour mairies ambitieuses, il n’y a rien chez Florida. Je suis à peu près animé des mêmes craintes que Jaycib.
    Les villes calculées pour attirer la « classe créative » et exploiter au maximum son potentiel pourraient assez facilement devenir des lieux fort inhumains. Cet urbanisme savamment pensé pour faciliter l’extraction de plus value à partir des activités de mes amis musiciens, chercheurs, comédiens, côte-à-côte avec mes plus rarement amis lawyers, cadres de tous calibres et autres professions libérales, il exprime la volonté d’avaler les marges. Autrement dit, une reprise en main gestionnaire.
    La ville « attractive », avec ses théâtres, ses boites gay (pour booster notre classement dans le « bohemian index ») et ses pistes cyclables sera bien triste. Ce que Florida ne calcule pas, c’est que les gens « créatifs » ne sont pas toujours excités à l’idée de participer à cette joyeuse compétition internationale. Si ses propres travaux sont censés nous donner une idée des déchainements de créativité qu’il prophétise, nous sommes gravement mal barrés...

    • mioumiou
      mioumiou répond à plus tard
      • Posté à 22h12 le 21/01/2009
      • Internaute 34943

      Surtout que le créatif peut être le fils d’un cadre de tous calibres, le fils musicien, le fils d’un bobo-amis-de-musiciens-mais-que-lui-sait-pas-faire-grand-chose. etc etc etc

  • vol19
    • Posté à 21h35 le 21/01/2009
    • Internaute 13492

    Sujet très intéressant.... En Europe, on tend historiquement à considérer un arc ou croissant marquant les zones créatives qui part de la région Londonienne, passe par la Belgique, Les Pays Bas, la vallée du Rhin en Allemagne, la Suisse, le Nord de L’Italie. Historiquement nombreuses grandes découvertes se sont faites dans cette zone, qui a toujours le revenu par tête le plus élevé. Les sociétés de marketing connaissaient très bien ces zones comme lieux d’expérimentation.
    Pourtant dans l’histoire, au XVIIIième des petites villes excentrées comme Iena, Weimar (en Allemagne) ont su attirer (despotes éclairés) des jeunes talents qui dans un contexte de ville agréable et de taille humaine où ils ont pu échanger ensemble, ce qui a donné de nombreux grands noms en mathématique,philosophie, littérature, physique...
    Le Paris du début et milieu du XX siècle avec Montparnasse ses lieux, ses cafés a permis à un moment donné durant un temps que puisse se créer cette dynamique très particulière ou des artistes très différents se sont rencontrés, ont échangé, créé ensemble, se sont soutenu, se sont agrégés pendant un temps, ce qui créé une masse critique ou des compétences s’agrégent...puis une bourgeoisie a pris les risques d’acheter ces oeuvres.
    Ou est-ce que çà se passe maintenant ? Plus aux Etats-Unis, assurément. Sur la côte Ouest, mais c’est peut-être aussi en train de changer... ?

    En Europe, les faibles prix immobiliers donnent un avantage à Berlin pour les arts. Certains évoquent également Bruxelles
    La campagne n’est pas un avantage... Dans certains domaines, une masse critique d’échanges, de liens, de rencontres, de moyens, de soutients sont nécessaires. Le problème n’est pas qu’il y ait des profils créatifs dans une zone donnée, mais aussi qu’une dynamique puisse les mettre en relation... Bref, c’est bien une certaine dynamique particulière qui, à un moment donné, permet dans une zone donnée d’attirer des profils, faire émerger des créations qui vont ou pas s’incarner dans le territoire local...
    L’avenir est -il encore aux grandes métropoles ou à de grandes villes moyennes universitaires qui concilient une bonne qualité de vie ? Qu’est-ce qui définit l’attractivité culturelle, créative... ? ...Qui peut faire qu’un territoire se mette à bouger... et attirer ?

  • mioumiou
    • Posté à 22h08 le 21/01/2009
    • Internaute 34943

    Toulouse ! De loin la meilleure ville de France. Ensoleillée, vivante, accessible, dynamique, sportive, étudiante, scientifique, socialement et politiquement militante ... Viendez à Toulouse !

    • Benoit L.
      Benoit L. répond à mioumiou
      Graphiste
      • Posté à 00h24 le 22/01/2009
      • Internaute 66765
        Graphiste

      Savez-vous si ce livre est-il disponible en Français ? Et où ? Histoire de me faire ma propre opinion !
      Merci d’avance.

  • a déménagé le 4 février 2011
    • Posté à 16h26 le 22/01/2009
    • Internaute 51971

     !

  • fedor2b
    fedor2b
    retraité
    • Posté à 18h39 le 22/01/2009
    • Internaute 48115
      retraité

    Bon article

  • malthus2050
    malthus2050
    touriste perpétuel
    • Posté à 21h13 le 22/01/2009
    • Internaute 66869
      touriste perpétuel

    la création est-elle plus qu’ un moyen de survie individualisée ? cette volonté de survie est exacerbée dans des lieux de vie où la promiscuité,la densité humaine,la difficulté des conditions de vie poussent à se démener pour survivre quand elles ne vous brisent pas.Alors de là a en tirer des conclusions comme celles de richard florida.Autant considérer des insectes qui se regrouperaient délibérément dans un lieu inadapté pour eux et qu’ il décrèterait comme étant la quintessence de leur évolution pour preuve que quelques uns réussiraient à monopoliser les ressources du lieu à leur profit.

  • Emmanuelle Lebhar
    Emmanuelle Lebhar
    Professeur et journaliste (...)
    • Posté à 03h29 le 24/01/2009
    • Journaliste 65148
      Professeur et journaliste (...)

    Ce livre doit être intéressant dans son analyse urbaniste. Mais à première vue je ne suis pas convaincue.
    Ce n’est pas une grande surprise qu’il faille s’installer dans une grande ville pour y trouver le plus de création artistique.
    D’autre part, vivant actuellement dans une ville (Santiago du Chili) où il ne se passe pas grand chose d’excitant culturellement comparé à New York, Toronto ou Paris, je constate que déménager n’importe où est également bon pour la « créativité ».
    Il y a tout à faire et pas un seul « supercréatif » ou étudiant de l’ENA pour vous dire que c’est has been.
    De la balle.

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