Vu à la télé : le « génocide silencieux des vieux »
Sur LCI, mercredi après-midi, on n’a pas peur des mots :
« On maltraite les vieux ? Un génocide silencieux », dit la bannière de la chaîne d’info.
Que veut dire LCI par « génocide » ? Ce dont il est question dans l’émission de Valérie Expert, c’est de la maltraitance des personnes âgées, qui souvent abrège leurs vies. La chaîne d’infos a, pour en parler, invité Jacques Soubeyrand, co-auteur de « Douze gériatres en colère », un livre qui dénonce effectivement « un génocide silencieux, industrialisé et instrumentalisé », commis sous la pression des impératifs économiques.
L’enquête du Pr Soubeyrand est peut-être intéressante : la maltraitance des personnes âgées est un vrai enjeu de société. Mais pourquoi utiliser ce mot de « génocide », au risque d’achever sa banalisation ?
Sans doute par simple commodité... Aujourd’hui, quand on veut dénoncer une situation inacceptable, « génocide » est un mot commode : c’est, dans le registre de l’horreur, le superlatif des superlatifs. Il n’y a rien de pire, sauf à empiler derrière des adjectifs : « silencieux » (comme dans le silence des agneaux), « industralisé » (comme l’étaient les chambres à gaz), « instrumentalisé ».
Le mot est récent, il est apparu pendant la Seconde Guerre mondiale, sous la plume d’un prof de droit de Yale, Raphael Lemkin (ce dernier réfléchissait initialement sur la question des arméniens). « Génocide » a été intégré au droit international à la fin de la guerre, pour désigner le pire, l’extermination préméditée et systématique d’un peuple entier. On l’utilise pour un nombre très limité d’événements : le génocide des arméniens, des juifs, des khmers, des tutsis.

Mais l’inflation de son usage le dévalue peu à peu. Les anti-avortement parlent du « génocide des bébés », d’autres évoquent un « génocide vendéen »... et maintenant le génocide des personnes âgées. LCI a eu, il est vrai, un bien mauvais exemple : l’ancien PDG de la maison mère TF1, Patrick Le Lay, ne parlait-il en 2006 pas du « génocide culturel » que représentait selon lui la disparition du breton ?
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maltraitance des personnes âgées et génocide silencieux, voilà deux expressions qui doivent provoquer chez l’auditeur ou le spectateur une indignation. Il faut choquer pour doper le taux d’écoute.
il existe malheureusement des lieux de vie ou des familles où ça se passe mal et ces cas là il faut les dénoncer et les empêcher ; en faire une généralité, parler de génocide donc mettre en exergue une volonté délibérée de certains d’exterminer les personnes âgées ne paraît pas très honnête.
un exemple récent : dans une maison de retraite, une résidente va systématiquement faire aux visiteurs ou aux autres résidents des réflexions désagréables, quiconque tente d’y répondre est aussitôt de la part de cette personne âgée l’objet d’une plainte, d’une récrimination « elle me maltraite ». Toute personne extérieure entendant cette plainte peut se dire que la personne âgée est maltraitée et le pensera jusqu’à ce qu’à son tour elle soit l’objet d’une critique vexatoire.
La question de la maltraitance est extrèmement complexe. Si certains cas sont évidents, ce terme vient éviter de se poser d’autres questions comme la création de postes dans les maisons de retraite pour s’occuper des personnes âgées. Une personne qui reste dans une protection souillée, c’est bien souvent parce que le personnel est occupé ailleurs auprès d’une autre personne que par volonté de maltraiter. Peut être est-ce la société qui est maltraitante alors en réduisant le budget de la santé et de l’aide sociale ?
alors parler de génocide, désigner un autre méchant, c’est facile, c’est racoleur et ça évite de poser bien des questions sur le fonctionnement de la société en général et du sujet en particulier.




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