Chez Jean de Maillard

Jean de Maillard, magistrat, décrypte l'actualité judiciaire.

Jugement des fous : la fonction magique du rituel judiciaire

Jean de Maillard
Magistrat
Publié le 01/09/2007 à 15h45

Notre époque post-moderne a ceci de passionnant, qu’elle cherche à s’accomplir en rejouant les scènes les plus archaïques du passé. J’ai évoqué dans mon dernier papier la manière dont le pédophile incarnait, me semble-t-il, une version laïcisée du démon.

La justice a été requise pour lutter en même temps contre ses maléfices et pour servir à magnifier la majesté de l’individu souverain, à la fois dieu accompli et victime incomplète d’une société en cours de réenchantement.

La fébrilité du président de la République est telle que déjà une autre rétrogression vient bousculer la précédente, nous contraignant à accélérer notre remontée dans le temps.

Juger les fous, pour permettre aux victime de « faire leur deuil »

J’évoque là son projet de faire juger les fous. Le tollé qu’il a soulevé me rassure. Pour une fois, je suis d’accord sans restrictions avec l’ensemble des commentateurs, perplexes qu’on veuille juger les irresponsables alors que notre justice quotidienne a déjà bien du mal à juger les autres.

Mais je crois aussi que les considérations pratiques sur le sujet -comment organiser une audience avec un accusé en plein délire et pourquoi faire ? - n’épuisent pas la question et ne sont même pas le vrai problème.

D’ailleurs, M. Sarkozy s’est placé délibérément sur un terrain symbolique et non pratique, et c’est celui qui m’intéresse. Pourquoi juger les fous ? Pour permettre aux victimes, nous dit-il, de « faire leur deuil » . Autrement dit, si l’on veut que l’événement soit sereinement relégué dans les limbes de l’oubli, il faut qu’un exorcisme commun le chasse solennellement et rituellement des mémoires.

Ce qui me plaît quand même, je l’avoue, dans cette proposition, c’est qu’au moins elle assume la part d’irrationalité qui est en chacun de nous, en proposant un cheminement symbolique, à mi-chemin de l’inconscient et de l’imaginaire collectifs.

Je sais gré à son auteur de reconnaître qu’il ne cherche qu’à agir sur les mentalités quand il suggère que la justice humaine devrait offrir aux victimes, comme une tâche sacrée, d’accomplir leur deuil par son intermédiaire.

Encore faut-il s’assurer d’abord de ce qui est en cause. Le deuil de jadis était une période, dont la durée variait selon les usages, au cours de laquelle il fallait montrer de façon ostentatoire son affliction de la perte du défunt.

Ce n’est plus de cela qu’il est question, puisqu’il ne s’agit pas d’être en deuil, mais de faire le deuil. C’est donc tout le contraire, puisqu’on parle de rituels par lesquels, précisément, les personnes affligées devraient pouvoir conjurer leur peine et passer au plus vite à autre chose.

Du deuil intime qu’il fallait néanmoins montrer publiquement, on propose ainsi d’organiser une cérémonie judiciaire, où la prise en charge publique du deuil permettrait en quelque sorte de l’expulser de la sphère intime.

Nicolas Sarkozy veut faire juger l’acte, non son auteur

On peut s’interroger sur le point de savoir si les rituels en question sont bien de la compétence de la loi et du juge. Non pas tant pour déterminer si ceux-ci y sont légitimes, mais s’ils y seront efficaces. S’agissant du chagrin individuel, j’en doute (ou du moins, je préfère en douter). Mais ce n’est pas non plus, si l’on y regarde de près, ce qui est en cause.

En commentant son projet, Nicolas Sarkozy a clairement laissé entendre sa raison d’être : offrir un lieu et un moment symboliques où les victimes et familles de victimes pourraient, au travers d’une procédure publique, expurger le mal causé non par l’individu qui en est l’auteur, mais par la meurtrissure qu’il a causée.

Les détracteurs du projet, sur ce point, l’ont donc mal compris. Ils ont des excuses, car le Président, ce faisant, s’est placé sans autre explication sur un terrain différent du leur. Même s’il faut bien juger l’acte à travers la personne de celui qui l’a commis, c’est bien l’acte qu’il veut faire juger, et non son auteur.

Ceci ne fait pas que déplacer la question, mais nous indique comment la résoudre. Il suffit de comprendre que le jugement des fous nous ferait revenir à une autre logique, du genre auquel s’apparente la société animée de la « pensée sauvage » dont parlait Claude Lévi-Strauss.

Ne nous leurrons pas. Toute justice comporte deux parts, l’une rationnelle, l’autre irrationnelle, comme d’ailleurs l’exercice de tout pouvoir et le fonctionnement de toute institution.

Même dans la société positiviste et désenchantée dans laquelle nous nous flattons d’être des acteurs dotés de tout notre libre arbitre, il existe toujours une part irréductible de sortilège, ne serait-ce que celui qui nous fait admettre une autorité transcendante à laquelle nous acceptons, Dieu seul sait pourquoi, de faire révérence.

Le procès comme cérémonie purgative, nécessaire à la communauté

Mais cette part nécessaire est reléguée dans le prédicat inconscient de l’existence du lien collectif, dont il n’y a rien à dire puisqu’il est en quelque sorte le big bang social, à jamais révolu et inaccessible à l’entendement. En revanche, dans les systèmes judiciaires pré-modernes, les parts de ce que nous appelons rationalité et irrationalité sont à peu près inversées.

Derrière des procédures et des rites minutieux qui ne doivent rien à l’improvisation ni à la maladresse, la fonction du procès est de faire vivre et revivre ce qui est essentiel à des communautés dont les membres n’ont qu’une seule obsession : celle de leur existence et de leur unité, dont la symbolique est pour eux une réalité vivante, mais qui sont compromises par l’acte d’un des leurs.

Organiser cette cérémonie purgative qu’est le procès, selon des liturgies où les mots et les gestes pèsent parfois plus lourds que les actes, permet au groupe social de se reconstituer et d’annihiler les forces extérieures ou les esprits mauvais qui l’ont un temps menacé.

En fin de compte, juger les fous impliquerait donc de renoncer au principe d’une justice moderne, centrée sur l’individu et sa responsabilité personnelle, en renouant avec la fonction purement magique des justices barbares et « sauvages » , qui cherchaient non pas tant à juger un homme qu’à refonder l’unité menacée de la communauté.

Mais Nicolas Sarkozy a-t-il mesuré les implications que cela comporte ? J’en doute, évidemment, car elles sont de deux ordres et je pense qu’il ne veut réellement ni de l’une ni de l’autre.

Quand le chien demande sa grâce par la voix de son maître

La première conséquence est que l’élargissement de la matière à juger risque de (ou commence à) nous conduire dans des directions assez extravagantes.

Logiquement, si le droit pénal n’a plus vocation à faire juger la responsabilité individuelle de crimes ou de délits institués par le code pénal, rien n’empêcherait qu’il conduise à juger des animaux, comme du temps où la justice condamnait les hannetons qui avaient détruit les récoltes, ou les porcs qui avaient dévoré un enfant.

L’hypothèse relève encore de la justice-fiction, et sans doute le sens du ridicule freinera-t-il les velléités de ceux que la perspective séduirait. Quoique... L’actualité récente a vu un autre drame, celui d’une enfant tuée par un molosse aux dents d’acier. La réaction immédiate des pouvoirs publics a été, comme dans chaque cas de ce genre, de décider d’ » euthanasier » l’animal.

Pourquoi le tuer ? Parce qu’il est dangereux ? Peut-être, mais cela n’est jamais dit, car la sentence est automatique. On le tue simplement parce qu’il a tué. Les chiens, me dira-t-on, n’ont donc pas droit à un procès, preuve que je confonds tout. Pas si sûr. Car, pour l’instant, la peine de mort est prononcée contre les chiens sans procès ni jugement, mais à titre d’exorcisme.

La cérémonie est réduite à sa plus simple expression, celle de l’annonce obligée par les médias de la sentence immédiatement exécutoire. Mais dans l’affaire que j’évoque, un élément nouveau vient de surgir : le maître de l’animal, paraît-il, veut sauver la vie de son chien et saisit la justice pour qu’elle interdise son exécution.

Ainsi, le procès qui n’a pas précédé la sentence la suivra : la mort s’impose, mais le chien pourra demander sa grâce en justice, par l’intermédiaire de son maître. Celui-ci voudra certainement prouver que l’animal est doux et affectueux, et que sa réinsertion pourra servir d’exemple à tous ceux, maîtres et chiens, qui font du mal aux enfants.

Avant d’inverser l’ordre des cérémonies -pour l’instant on condamne les animaux et ceux-ci doivent, par le ministère de leurs maîtres, saisir la justice pour échapper à la mort sacrificielle- il n’est pas impossible qu’on songe à une autre réforme : juger les morts.

Après les fous et les animaux, jugera-t-on bientôt les morts ?

L’hypothèse ne me paraît plus totalement surréaliste. Lorsque, par exemple, l’auteur d’un assassinat s’est suicidé et que l’action publique est donc éteinte, les parquets n’en poursuivent pas moins de nos jours les enquêtes (saisissant parfois même un juge d’instruction), à seule fin d’établir le mobile du meurtrier.

Certes, la procédure s’arrête avant le jugement, mais encore quelques années à ce rythme, et je ne doute pas que les associations de victimes exigeront, pour faire le deuil de leurs membres, que l’on n’achève la procédure qu’après une reconnaissance de culpabilité du meurtrier-suicidé.

La seconde conséquence est plus discrète, mais plus profonde encore. Si M. Sarkozy, suivant en cela les tendances de ses contemporains, est à la recherche d’une justice purgative comme celle de nos lointains ancêtres, n’est-ce pas simplement parce qu’il ne sait pas comment recoller autrement les morceaux d’une société qui s’effrite inexorablement ?

Puisque les hommes d’aujourd’hui ne savent plus comment assurer, dans le réel, l’unité de leurs sociétés autour de valeurs communes, il ne leur reste plus qu’à tenter, à coup de formules sacrées et de danses totémiques, de la reconstituer dans un nouvel imaginaire, selon des pratiques qui nous ramènent à l’aube de l’Histoire.

Juger les fous, ensuite les animaux, enfin les morts : la post-modernité est-elle à ce prix et faudra-t-il un jour invoquer publiquement les esprits pour conjurer tous les maux qui s’abattront sur une société en folie ?

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  • oZbeck
    • Posté à 17h24 le 01/09/2007
    • Internaute 8244

    je pense qu’effectivement cette mesure peut mener vers des pistes obscure. Se cacher derrière un symbole n’a jamais mis à l’abri du problème. Mais la politique du Président en matière de symbole n’est plus à démontrer. Faire comme si un jugement pouvait tout arranger par son côté cérémonial sans prendre la peine de s’attacher à l’essence du problème ne résoud rien. Faire des lois mais ne pas donner les moyens de ses ambitions ne sert à rien. Où sont les moyens financers et humains prévus pour la psychiatrie ? Est-il normal que tous les détenus n’aient pas de suivi psychologique ou que celui-ci soit tellement éloigné dans le temps ?
    C’est sur que le social, la justice ne rapporte guère mais leur haute valeur ajoutée à long terme pour la société est indéniable.
    Un autre exemple de proposition à mon sens dangereuse, la suppression de la délation anonyme. L’intention est louable quand on connait les ravages de celles-ci en temps de conflit. Or, pour avoir travailler dans les services sociaux d’une grande ville, la majeur partie des placements d’enfant en danger car victimes d’abus sexuels ou autres sévices se fait sur lettre anonyme. Si ces lettres sont « vides » juridiquement comment lancer les enquêtes sociales ? je précise que toutes lettres anonymes ne donnent pas lieu à enquête sociale automatiquement mais permet parfois de recouper certains indices. Comment nous demander alors d’être efficace dans la protection de l’enfance (voir procès Outreau et Angers) sans nous donner les moyens de le faire(financiers, juridiques et humains ?

    a+

    • Anonyme répond à oZbeck

      D’accord pas de procès... donc seuls les « experts“(comme celui d’outreau) pourront faire sortir le ‘malade’ guéri... en cas de récidive qui est ‘irresponsable’ ? ? ?

  • Alfary
    Alfary
    Ronchon
    • Posté à 17h45 le 01/09/2007
    • Internaute 9751
      Ronchon

    Merci et bravo pour la belle facture de ce post. Réactualiser la question du sens plutôt que simplement les modalités pratiques montre en quoi la Justice est l’affaire de chacun. Comme la Politique, qui en organise la fonction structurante du symbole.

  • Akshell
    Akshell
    Branleur
    • Posté à 18h46 le 01/09/2007
    • Internaute 4608
      Branleur

    Les procès par contumace ne remplissent ils pas déjà ce rôle ? On ne juge pas la personne puisqu’elle est absente et ne peut se défendre, ce qui oblige à la rejuger si par hasard on finit par la retrouver. On juge pour juger et le faire savoir.

    Lien

    Le point sur lequel je suis en désaccord c’est sur les « auteurs d’un assassinat s’étant suicidés », il faut bien qu’une enquête établisse que ce soit le cas et qu’il ne reste pas des vivants à y impliquer pour qu’on arrête la procédure.

    Il faut peut-être aussi y voir les conséquences des progrès scientifiques en police criminelle, depuis l’affaire Dickinson, il n’est plus possible d’attraper un pauvre SDF, le faire tabasser par des gendarmes pendant deux jours le temps d’obtenir les magiques aveux qui permettaient d’expédier le procès et de venger le bon public à peu de frais ; sauf pour la vérité et les quelques Christian Ranucci qui doivent encore se trouver en prison, pour ceux ayant encore leur tête.

  • tonvoisin
    • Posté à 18h51 le 01/09/2007
    • Internaute 12842

    Opposer la raison à la monstruosité, c’est grandir l’humanité malgrè Soi ! y renoncer un seul instant... c’est se mettre au niveau du Monstre qui sommeille en chacun d’entre nous !

    Tonvoisin Debureau
    Lien
    ministère autonome de la valeur travail :)

  • Alexad
    • Posté à 23h27 le 01/09/2007
    • Internaute 8145

    Nous verrons comment vont réagir les magistrats, face aux injonctions d’un pouvoir, qui n’a pas l’intention de réfléchir, et qui surtout marque de plus en plus la volonté affirmée de les soumettre et de les traiter comme ses valets.
    Dans le cas de crimes perpétrés par des malades mentaux avérés, les magistrats vont être sommés d’ organiser ce qui ressemble à des cérémonies d’exorcisme (afin de satisfaire la vengeance du « bon » peuple).
    Dans le cas des affaires, selon le même pouvoir, les magistrats devront « jouer le jeu » et cesser toutes poursuites et sanctions dans les affaires (discours devant MEDEF)...
    Il leur faudra donc juger les malades irresponsables et il leur faudra faire de décisionnaires d’entreprises, des innocents (soit des irresponsables) de fait...

  • Anonyme

    Je n’ai pas de chien, ni méchant, ni gentil.

    Mais si je perd mon emploi, j’aimerais pouvoir attaquer L. Parisot aux Prud’hommes, juste pour faire mon deuil, quoi, victime que je suis…

    (Blague à part, excellent papier !)

  • Servais-Jean
    • Posté à 01h37 le 02/09/2007
    • Internaute 4591
      43

    Faire son deuil c’était, il y a soixante ans dans la région où j’habite (43) et pour les femmes, s’habiller en noir pendant un an.

    Faire son deuil est devenu au fil des ans une expression commune et détachée de ses rites. Mais comment est elle née ? Elle me semble provenir d’un avocat qui à court d’argument devant un refus de la justice à condamner l’adversaire a utilisé cette expression. Et pas forcément dans une affaire
    criminelle.

    Depuis elle est devenue une expression fourre-tout.
    Vol de voiture, perte d’un objet, perte de son chien...J’en ai fait mon deuil, cela signifie qu’au bout du compte on se résigne, on accepte cette perte.

    Seulement voilà, aujourd’hui les victimes ou les parents de celles-ci se servent de cette expression pour réclamer justice c’est à dire condamnation, parceque pour eux justice égal condamnation, et que peuvent faire les magistrats devant cette demande qui leur semble insensée lorsqu’ils sont en présence d’un malade passible de neuroleptiques ? Les magistrats ne peuvent pas faire comprendre à ces gens que le problème est en fait en eux-même.

    Car l’abime est immense et la tâche est au fond.

  • Anonyme

    C’est le moment de revoir —religieusement— ’Les Chiens de Paille’, de Sam Peckinpah.

  • Servais-Jean
    • Posté à 01h58 le 02/09/2007
    • Internaute 4591
      43

    J’invite les visiteurs et les inscrits de rue89 à lire les articles de Jean de Maillard publiés à l’index « Tous les blogs » sur le bandeau de droite.

  • Anonyme

    Excellent article.

  • TUTUS73
    • Posté à 10h04 le 02/09/2007
    • Internaute 1375

    Merci pour ce artcle de fond intelligent, instructif,à faire étudier dans toutes les classes, pour que nos chères têtes blondes réfléchissent sur notre société.
    Je ne pense pas que Sarkosy ait murement pesé la portée de son discours. Son clientélisme, pour ne pas dire poujadisme, éfreiné lui a dicté sa réaction. C’est d’autant plus fâcheux car un pouvoir qui ne se donne pas le temps de la réflection, est un pouvoir potentiellement dangereux .

    • lucskyhawker
      lucskyhawker répond à TUTUS73
      • Posté à 10h54 le 03/09/2007
      • Internaute 15773

      tout à fait, sarko projette ses phantasmes et son idéologie sur la société. nous sommes tous responsables de notre sort, il n’y a pas de place pour une état naturel des événements ou pour la responsabilité d’une société dans son fonctionnement.un fou doit se soigner et savoir qu’il est dangereux or justement c’est la définition du fou que ne pas être dans le raisonnable.il faudrait donc les condamner comme responsables de leur état et les détecter. comme les enfants prédélinquants en maternelle comme il l’a proposé, ou pourquoi pas par des analyses génétiques de leur potentiel criminogène, et pas là la porte ouverte aux qualificatifs racistes de comportement. SARKOZY fait siennes les téories fumeuses de penseurs américains, encore l’amérique,de la responsabilité personnelle et s urtout de la sélection entre les bons et les méchants. Rappelez vous l’interview qu’il avait donné sur ce point avant l’élection.

  • Anonyme

    Excellent article.
    Il me semble hélas, qu’au travers de plusieurs déclarations, Nicolas Sarkozy fasse plus appel à l’émotion, à l’irrationalité comme vous dîtes, plutôt qu’à l’intelligence des citoyens.
    Ainsi cette décision de vouloir faire juger les fous pour que les victimes puissent faire leur deuil en est l’illustration.

    Mais personne n’a dit, il me semble, comment un tel procès va se terminer : le tribunal va juger le fou coupable de ce qu’il a commis certes mais comme il est fou et donc irresponsable, il ne sera condamné à aucune peine. Est-ce que cette forme d’acquittement sera vraiment comprise par les familles et va leur permettre de faire leur deuil ? Tout au long du procès, chacun des membres de la famille aura en effet tout loisir d’observer ce fou, de croire ou de ne pas croire les experts, les psychiatres, et le jugera peut-être pas si fou que ça selon lui (alors qu’il n’a aucune compétence pour en juger) ou à moitié fou seulement et réclamera la moitié de la peine alors.
    Est-ce que cette forme d’acquittement donc dont devrait tout de même bénéficier le fou va vraiment permettre d’atteindre le but fixé : permettre aux victimes et à leur famille de faire le deuil, ou cela ne va-t-il pas accroître les rancoeurs, les frustrations, et au final le sentiment d’injustice (le comble quoi) de voir que le coupable ne sera pénalement pas condamné, alors qu’il aura peut-être commis un crime horrible ?
    Bref, bien loin de permettre de faire le deuil, le jugement d’un fou risque plutôt de laisser les familles avec un fort sentiment d’injustice, que leur douleur n’a pas été prise en compte, qu’elle a été méprisée.
    Il vaut mieux donc éviter ce risque et faire appel dès le début à leur intelligence, en leur disant qu’ils ont été victime d’un fou, qu’on ne juge pas les fous, comme on ne juge pas tout être irresponsable tels que les animaux ou les objets, et que pour les aider à faire le deuil, dans leur situation, il existe des structures, des professionnels vers lesquels il conviendrait de les orienter.
    Mais pour Nicolas Sarkozy faire appel à l’intelligence des gens, c’est plus compliqué, cela ne peut pas se traduire en phrases chocs et ramassées, c’est moins rentable en terme d’image aussi.

  • miha
    miha
    citoyenne qui veut croire à l' (...)
    • Posté à 19h59 le 02/09/2007
    • Internaute 10207
      citoyenne qui veut croire à l' (...)

    je pense que ce qui est traumatisant pour les victimes et les familles de victimes, c’est ce papier officiel qu’ils reçoivent portant bien grosse et bien grasse le formulation « NON-LIEU ».

    même, comme chacun sait, s’il s’agit de la formule consacrée pour annoncer qu’un procès n’aura pas lieu, elle donne l’impression que c’est le crime qui n’a pas eu lieu.

    il faudrait changer cette formulation, prendre des précautions pour les informer pourquoi le procès ne peut avoir lieu... sans ces mots qui ont l’air de nier leur douleur.

    « COUPABLE IRRESPONSABLE » en gros et en gras aurait un écho moins frustrant dans l’esprit des victimes... il y a « coupable », donc les faits sont reconnus.

    • caro
      caro répond à miha
      délinquante avérée
      • Posté à 20h56 le 02/09/2007
      • Internaute 6484
        délinquante avérée

      arrêtez-moi si je me trompe, mais il me semble que tout accusé est présumé « innocent » tant qu’il n’a pas été jugé « coupable » lors d’un procès. Or, tout l’article montre l’inanité d’un procès lorsque l’accusé est déclaré « fou » par les experts psy.

      « non lieu » est pourtant une bonne expression pour dire qu’il n’y a pas lieu de faire un procès. Je pense que les avocats et les familles sont tenues au courant de l’avancement de l’enquête par le juge d’instruction, c’est au cours de cette enquête qu’elle peuvent faire le deuil d’un procès en même temps que le deuil de leur proche.

      Vouloir juger un fou est complètement ... fou

      • miha
        miha répond à caro
        citoyenne qui veut croire à l' (...)
        • Posté à 00h27 le 03/09/2007
        • Internaute 10207
          citoyenne qui veut croire à l' (...)

        avez-vous déjà eu affaire à la justice en tant que victime ?
        on a l’impression de n’être plus humain.
        on doit faire des démarches insensées, alors qu’on est en détresse.
        croyez-vous que le jargon des avocats est humain ?
        croyez-vous que le ton employé sur les papiers qu’on reçoit est compatissant ?
        vous croyez qu’on n’est pas complètement désorienté ?
        croyez-vous que cela permet de « faire son deuil » ?

        croyez-vous qu’au bout de ce long chemin, recevoir un papier barré d’un énorme « NON-LIEU » n’est pas traumatisant ?

        oui « NON-LIEU » est l’expression adéquate pour l’administration ... cependant, c’est une gifle pour les victimes.

        ce n’est pas la vengeance qu’une victime désire, c’est qu’on reconnaisse ce qu’elle a subi... elle en a un besoin vital.
        bien sûr, on ne va pas juger un « fou » déclaré officiellement comme tel... c’est normal
        oui, on est présumé innocent tant qu’on n’est pas jugé.. c’est la loi et, là, elle est bonne.

        si vous refusez « coupable », alors au moins « présumé coupable »... mais pas « non-lieu »

        vous comprenez ce que je veux dire ?
        j’espère que vous ne serez jamais dans une situation qui vous le ferait comprendre parce que vous êtes concerné.

        la compassion pour les coupables, oui... mais la compassion pour les victimes ! ! ! SVP ! ! !
        ce serait bien la moindre des choses... et elle passe cependant au second plan... dans la plupart des cas.

        par exemple, cette ironie sur l’expression « faire son deuil », c’est extrêmement blessant.

        rassurez-vous je suis contre cette proposition de NS, elle n’est que démagogie.
        mais trouver un moyen pour adoucir la douleur, ça vaut bien un effort de réflexion.
        non ?

         
        • caro
          caro répond à miha
          délinquante avérée
          • Posté à 08h01 le 03/09/2007
          • Internaute 6484
            délinquante avérée

          je n’ai absolument pas voulu vous faire du mal. Si tel est le cas, j’en suis désolée.

          Je n’ai pas eu à faire à la justice, comme vous vous avez eu à faire.

          L’expression « faire son deuil » est une expression devenue « bateau », car employée à tout bout de champs pour tout et n’importe quoi, autant pour une perte matérielle que pour la perte d’un être cher, mais pour moi, il n’y avait aucune ironie.

          Il faudrait rapprocher la justice des citoyens, qu’elle deviennent « humaine » et accessible à tous, loin du jargon juridique.

        • Anonyme répond à miha

          Il se trouve que j’ai également eu à faire à la justice en tant que « victime » d’un fait grave. Cela dit je ne vois pas comment des mesures populistes et indignes d’un Etat de droit et d’une démocratie, véritables retours au Moyen-Âge (juger les fous, rétablir la peine de mort, bientôt organiser des procès en sorcellerie, pourquoi pas faire des sacrifices pour conjurer les catastrophes naturelles, puisqu’à victime il doit y avoir bourreau à éliminer) m’auraient rendu l’être cher tué et auraient mis fin à ma peine.
          Ne nous laissons pas aveugler et devenir l’instrument de l’agenda électoraliste d’un politicien sans scrupules !

        2 autres commentaires
  • Assia
    • Posté à 21h09 le 03/09/2007
    • Internaute 9333

    Sarko fait du populisme c’est tout et cette histoire l’arrange bien, ça lui permet de remettre en cause la justice. ça ne sert à rien de mettre en prison un fou, il sera beaucoup mieux en hopital psychiatrique. Et si les familles croient qu’elles se sentiront mieux si la personne non responsable de ses actes est condamnée, tant mieux. Perso, je leur dirais qu’une chose, la personne que aurez perdu ne reviendra pas, elle sera toujours morte et bien morte ! Demandez à des personnes qui ont perdu un membre de leur famille tué par une personne saine d’esprit si elles se sentent mieux ? Arrêtons ces conneries, ce n’est pas à la population de décider quoique ce soit, laissons faire la justice. Et M. sarkosy, on sait bien que votre but est de remettre la peine de mort histoire de ressembler à votre plus grand idole, Bush ou peut être est ce Hitler ! je ne sais pas.....

  • Anonyme

    Vous êtes lisible, accessible sans codes...Quelle déception ! :) Du coup, plus moyen de pinailler, plus moyen d’interpréter, plus moyen de discuter hors premier degré !
    Ah non là ça va pas...vous avez fait des efforts (OK), vous savez être cohérent(OK... vu votre job...c’est rassurant !), mais...même s’il est vâââchement bien ce post...je vous préfère incontrôlé, discutable et du coup (presque) incontournable ! !

    Vous devriez pourtant « savoir », que ce que les gens (en l’occurrence vos lecteurs et les lecteurs dans cette rue) disent vouloir lire, correspond peu à ce qu’ils désirent lire !

    ena

    PS : ceci dit...l’individu souverain est aussi devenu dieu accompli ? Par quelle magie ?
    J’aime bien vous lire...mais je vous trouve quand même, drôlement influençable ! ! Mais j’aime bien vous lire !

    • Jean de Maillard
      Jean de Maillard
      Magistrat
      • Posté à 10h19 le 04/09/2007
      • Internaute 9399
        Magistrat

      Chère Ena,Merci de vos compliments et de vos encouragements... Mais pourquoi suis-je influençable ? voilà un mystère que j’aimerais résoudre ! Je parle de dieu accompli parce que l’individualisme, dans le monde désenchanté dans lequel nous vivons, a tué Dieu mais l’a remplacé par l’Homme, ce qui est une manière de réenchantement et ouvre la voie aux nouvelles mythologies dont notre pseudo-rationalisme était censé nous protéger. L’Homme (avec un grand H) est devenu le dieu d’aujourd’hui, même si l’homme (avec un petit h) a encore des progrès à espérer. La différence entre les barbares et nous, c’est que les barbares avaient des idoles, tandis que nous nous ne le savons même pas. Quant à la victime (je réponds en même temps à une question que vous ne me posez pas), si elle est incomplète, c’est parce que nous sommes tous des victimes potentielles, c’est le seul moyen de nos jours d’être entendu et considéré pour faire coïncider enfin l’homme avec l’Homme, mais évidemment nous ne le sommes jamais assez (je plains les victimes, bien entendu, mais être le père d’Enis ne lui donne aucun titre pour passer à la télévision et disserter sur la peine de mort).Cordialement

      • Anonyme répond à Jean de Maillard

        Vous ne pourrez JAMAIS résoudre ce « mystère » (et c’est là, l’intérêt de la chose : vous resterez dans le manque indéfiniment ! ! :) )

        Je vous remercie pour ces précisions (qui éclairent votre précédent post) et vous salue tout aussi cordialement !

  • Anonyme

    Jugement des Fous et non jugement des mafieux financiers ! ! !

    L’université d’été du Medef a été l’occasion pour notre président de se prononcer en faveur d’une dépénalisation des élites financières françaises.

    Force est de constater qu’il y a deux poids deux mesures dans l’idéologie présidentielle.

    D’un côté il faut rééduquer la base (les jeunes et les français moyens)et ce comme au temps de l’URSS ; et d’un autre côté il faut préserver ceux qui violent la loi mais qui appartiennent au monde des affaires.
    Tristesse...
    ps : écouter les interventions d’Eva Joly sur France Inter en date du 4 septembre.

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