En pleine culture

Chaque semaine, une chronique sur l'économie de la culture par Françoise Benhamou, professeur d'économie à Paris-13.

E-book ou livre papier, quel avenir pour la lecture ?

Françoise Benhamou
Professeur d'économie à Paris-XIII
Publié le 14/03/2009 à 19h12

Les débats vont bon train sur le livre électronique et on le comprend. Tous les éditeurs sont sur le pont. Les libraires, que l’on croyait rétifs à la question, se sont mis au travail pour proposer des sites de téléchargement et continuer de remplir leur mission de passeurs dans un univers dématérialisé.

Mais ne l’oublions pas. E-book ou livre papier, l’avenir du livre, ce sera celui de la lecture. Or deux études, la première menée aux Etats-Unis, et la seconde en France, montrent que celle-ci est en recul, du moins sous ses formes traditionnelles.

Une note récemment publiée par le NEA tire la sonnette d’alarme. Elle reprend et prolonge les résultats d’une première enquête publiée sous le titre Reading at risk : la lecture en danger. Les conclusions étaient claires : les Américains passent de moins en moins de temps à lire ; les capacités moyennes de lecture s’en ressentent, et affectent en retour le sens civique et la capacité à s’intégrer dans la vie sociale et économique. Le déclin de la lecture chez les adolescents et les jeunes adultes se confirme dans une nouvelle étude qui vient d’être rendue publique. On lit notamment de moins en moins pour le plaisir. Les étudiants, public autrefois privilégié du monde éditorial, avouent qu’ils affectent une part croissante de leur temps libre aux autres médias (télévision, jeux vidéos, messageries instantanée, surf sur le web), au détriment de la lecture de livres.

La lecture de livres, fréquente chez les plus jeunes, baisse avec l’avancée en âge

L’étude du ministère de la Culture, conduite par Sylvie Octobre, porte sur les pratiques culturelles chez les jeunes et institutions de transmission. Plusieurs phénomènes sont à relever. Le premier a trait à la baisse tendancielle de la proportion des forts lecteurs. D’une part, la lecture de livres, fréquente chez les plus jeunes, baisse tendanciellement avec l’avancée en âge. D’autre part, de génération en génération, on lit moins de livres, et la pratique de la lecture se transforme non seulement quantitativement, mais aussi en qualité : dans les jeunes générations, la lecture des magazines et de la presse se substitue à celle des livres, et la lecture sur écran se substitue -pour partie bien sûr- à la lecture du texte sur papier.

Un des enjeux de l’avenir de la lecture a trait aux modalités et aux effets du développement du marché du livre numérique. Y a-t-il perte en qualité, pour le lecteur, ou changement de paradigme, et nouveau rapport à l’accès, qui se joue de la linéarité du texte ? Va-t-on vers un enrichissement de l’offre, non pas au sens du nombre des titres publiés, mais au sens du nombre et de la diversité des titres auxquels le lecteur a réellement accès ? Comment maintenir un marché, qui soit viable, ce qui implique l’invention d’un modèle économique et d’un modèle de régulation ? Qui veut répondre à ces questions est condamnés aux conjectures.

On vient d’apprendre que les ministres des Finances de l’Union européenne ont accepté de réintroduire le livre audio dans la liste des produits pouvant bénéficier d’une TVA à taux réduit, sur proposition de la Suède, et malgré l’opposition de l’Allemagne, qui ne souhaitait pas que l’on ajoute de nouveaux produits et services à la liste des biens ayant droit à un taux réduit de TVA. Je vois là un signal positif pour une bataille bien plus difficile mais pas impossible, celle d’un taux réduit de TVA pour le livre numérique, qui permettrait de pratiquer des prix attractifs pour ces nouveaux supports, et de lancer ce marché encore balbutiant dans des conditions à peu près soutenables sur le plan de l’économie du secteur.

C’est dans ce contexte de crise économique et d’inquiétude au sujet du développement du numérique dans le monde du livre a ministre de la culture n’a pas pu inaugurer le salon du livre. Elle était de service obligatoire à l’assemblée nationale, où elle défendait la loi Création et Internet. Hasard de calendrier, mais dont la symbolique n’aura échappé à personne.

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  • sup. à la demande du riverain 29 juin
    • Posté à 19h45 le 14/03/2009
    • Internaute 58127
      bye bye ...

    Selon sondage TNS-Sofres publié jeudi par « La Croix ».

    30% des Français ne lisent aucun livre sur une année.
    64% lisent moins de cinq livres par an

    et vous estimez que : « Un des enjeux de l’avenir de la lecture a trait aux modalités et aux effets du développement du marché du livre numérique. “

    ah bon ?

    • pablico
      pablico répond à sup. à la demande du riverain 29 juin
      À la porte d'un sourd, 
un jour (...)
      • Posté à 23h34 le 14/03/2009
      • Internaute 14278
        À la porte d'un sourd, 
un jour (...)

      l’attrait du défendu.

      Quand on pourra télécharger illégalement les livres, il y aura beaucoup plus de lecteurs...

      cela revient cher de lire beaucoup de livres, et après il faut les ranger, et cela prend une place énorme...surtout si l’on est logé petit.

      Il y a bien les bibliothèques municipales, mais il faut prévoir de lire, programmer d’y aller, et ne pas trouver ce que l’on veut..

    • Stephane MOT
      Stephane MOT répond à sup. à la demande du riverain 29 juin
      Author & Chief AtoZ Officer
      • Posté à 04h10 le 15/03/2009
      • Internaute 17943
        Author & Chief AtoZ Officer

      Distinguons le « developpement du marche du livre numerique » du « developpement de la lecture numerique ». Comme pour la musique ou le cinema, un decalage verra probablement le jour.

      La technologie a singulierement ameliore le confort de lecture, et pas seulement avec le Kindle (Lien ).

      Je suis soulage de voir que le lecteur a maintenant le choix entre un livre imprime et un fichier a telecharger. Bien sur, je conserve une relation particuliere avec le livre-objet, mais plus encore avec l’objet du livre.

      Plus que jamais, la bibliotheque ideale reste le cerveau de Borges.

      • C. Creseveur
        C. Creseveur répond à Stephane MOT
        D'actualité, de dessin surtout
        • Posté à 21h47 le 15/03/2009
        • Internaute 7715
          D'actualité, de dessin surtout

        Borges proposait pour livre idéal un libre en cercle, refermé sur lui-même, qui ne présenterait plus qu’un dos de couverture !

    • Un compte supprime
      • Posté à 04h31 le 15/03/2009
      • Internaute 21837
        nc

      et 53% des francais votent sarko. Il ya une logique dans tout cela.

    • C. Creseveur
      C. Creseveur répond à sup. à la demande du riverain 29 juin
      D'actualité, de dessin surtout
      • Posté à 09h13 le 15/03/2009
      • Internaute 7715
        D'actualité, de dessin surtout

      Malheureusement d’accord, Waldo.
      En réalité les pratiques culturelles se cumulent. Elles ne se substituent pas.
      Le livre numérique pourra se développer, il n’entrainera pas la lecture avec lui.
      Ceux qui sont déjà lecteurs changeront peut-être / sans doute de support. Les autres ne liront pas davantage.

      • sup. à la demande du riverain 29 juin
        • Posté à 10h57 le 15/03/2009
        • Internaute 58127
          bye bye ...

        en l’état actuel, je vois mal ce qui pourrait inciter à acheter du livre téléchargeable.

        exemples de littérature basique grand public :
        « Misèrere » de Jean-Christophe Grangé est proposé par la Fnac à 21,76 € en version papier, et à 20,60 € en version électronique ! !

        « La Théorie Gaïa » de M. Chattam : 20,90 chez Amazon en papier
        et 19,80 € en téléchargeable à la Fnac

        cherchez l’erreur !

        si l’on considère qu’actuellement un « Reader » vaut 300 €, quel lecteur occasionnel (1 livre/mois) va investir dans un produit qui dans un an risque être remplacé ? Il ne lira pas plus mais aura fait une dépense conséquente pour une même pratique.

        en faisant un calcul simple : si un livre électronique coûte 1,5 € de moins qu’un papier, il faut 200 livres pour amortir le « Reader ».
        ce qui équivaut pour le lecteur occasionnel à plus de 16 ans de lecture ! ! ! Et encore il faudra faire du ménage puisque le « Reader » ne peut conserver que 160 livres !

        autre inconvénient : avec ce système on met à mort le livre d’occasion, si utile aux petits budgets.

         
        • FabiendeMénilmontant
          • Posté à 12h45 le 15/03/2009
          • Internaute 14145
            journaleux - blogueur

          Il est question (c’est en cours de négociation aux USA) que les fabricants s’entendent avec Google pour fabriquer des machines gratuites (ou quasi) du type Asus.
          En France, c’est Archos qui est sur le coup.
          Dans ce cas, acheter un livre reviendrait au même prix (sauf si le e-book baisse).
          Encore faut-il qu’il n’y ait pas piratage :

          Lienéation-et-internet-le-ministère-piraté-le-prestataire-parti.html

          comme sur le site ministériel…

          • sup. à la demande du riverain 29 juin
            • Posté à 16h49 le 15/03/2009
            • Internaute 58127
              bye bye ...

            j’ai lu cette possibilité d’entente et de « presque » gratuité. Mais je ne sais si ce type de machine accepterait un seul format ou plusieurs...

            C’est là que l’on constate que tout le bruit qui est fait autour de ces livres électroniques n’est pas très sain. J’ai comme l’impression d’assister à la campagne d’un lobby .

            Rue89 en plusieurs articles n’a pas pris la peine de brosser un tableau des possibles, se contentant de juger cette évoluton comme inéluctable et indispensable en oubliant ce qu’était l’objet livre dans toute sa diversité.

        • C. Creseveur
          C. Creseveur répond à sup. à la demande du riverain 29 juin
          D'actualité, de dessin surtout
          • Posté à 21h55 le 15/03/2009
          • Internaute 7715
            D'actualité, de dessin surtout

          C’est ce qu’il y a de choquant exactement comme pour le passage du vinyle au cd en musique.
          La dématérialisation devrait permettre de faire considérablement les coûts : plus besoin de papier, d’encre, d’imprimeur, plus besoin de stockage, plus besoin de transporteur, ni de distributeur, et plus besoin de libraire. Ca veut dire que le livre pourrait voire son prix chuter, à la louche, de 70 à 80%.
          Ca nous ferait passer le livre neuf aux alentours des 2,5€ !
          Je peux dire qu’à ce prix là j’achèterai sans doute 3 à 4 livres par semaine, et je me paierai sans doute le luxe de ne pas tous les lire !

        3 autres commentaires
    • ysengrimus
      • Posté à 14h52 le 15/03/2009
      • Internaute 12674

      Et que dire du cyber-bouquin ?

      Lien

      une autre trouvaille que l’avenir laminera !
      Paul Laurendeau

  • léo solo
    • Posté à 20h06 le 14/03/2009
    • Internaute 2483

    ou / ou

    E-book ou / ou livre papier

    et comme c’est le printemps de la poésie..

    ou ou

    « SIMPLE

    Non, rien ne consolait l’homme coupé en deux ; ni l’or, ni l’art ; ni la beauté du monde. Et ni les plaisirs de la chair et ni les délices de l’âme. Jusqu’au jour où il rencontra l’homme coupé en trois.
    Et ainsi de suite.. »

    merci Géo Norge

    ou / ou

  • General Subverciòn
    General Subverciòn
    viva Makhnovchtchina
    • Posté à 21h08 le 14/03/2009
    • Internaute 47117
      viva Makhnovchtchina

    en pdf sur un PC,ça le fait aussi et ça économise des arbres...pour les livres en papier,je vais à la biblio municipale...
    Le seul lecteur d’E-books valable est japonais,il coute encore plus de 300$ ,les fichiers sont sous format propriétaire sous licence,quasiment aussi chers que l’appareil lui même et fort peu nombreux...comme tous les fabricants vont s’y coller en sortant leur propre format ,généralement incompatibles avec ceux des autres,alors soit on devient client captifs comme pour les ordis (PC ou MAC ?),soit on attend un format universel et opensource...et que les prix baissent...
    si un jour ça devient intéressant,je m’en procure un mais pour l’instant,c’est juste le début,ça ne vaut pas la peine de se précipiter dessus pour avoir le dernier gadget hype !

    • Cratère
      • Posté à 15h58 le 15/03/2009
      • Internaute 19638

      Ça économise peut être des arbres, mais sans doute pas des centrales nucléaires et des rendez vous chez le kiné !

      Quant au livre numérique Sony, tout comme vous je ne suis pas vraiment convaincu. Leur tentative d’imposer un format, plus qu’un produit, après leurs tentatives en musique et vidéo avec plus ou moins de réussite m’ennuie.

      Plus généralement, rendre la lecture d’un livre plus attractive auprès des jeunes et du grand publique en usant de nouvelles technologies me semble un peu illusoire. Il faut accepter le fait qu’aujourd’hui on lise différemment : Plus d’articles web et de magazines, moins de livres. Est-ce bien ou pas ? Long sujet. Pas de quoi crier à la décadence cependant.

  • liberationdelevangilepopulaire
    liberationdelevangilepopulaire
    sans mandat du ciel ni de (...)
    • Posté à 21h28 le 14/03/2009
    • Internaute 71809
      sans mandat du ciel ni de (...)

    e-book ET livre papier !
    Lien

  • Le Yéti
    Le Yéti
    yetiblog.org
    • Posté à 22h13 le 14/03/2009
    • Internaute 6095
      yetiblog.org

    LE MARRONNIER

    Depuis déjà plusieurs années, le e-book se ramasse soigneusement la margoulette à chaque campagne commerciale que les « pros » éclairés s’acharnent à lui accorder pour faire preuve de leur modernité.

    À juste titre d’ailleurs, car se taper sur un écran électronique une Mme Bovary in extenso, ou un Guerre et paix en version intégrale, ou encore cette Princesse de Clèves inlassablement resucée par les infatigables « découvreurs » d’œuvres immortelles, c’est s’assurer à coup sûr d’une conjonctivite carabinée et de maux de tête chroniques pour des siècles et des siècles, amen.

    Mais comme il est raisonnablement difficile d’annoncer un « plan de relance », ou de « développement », pour un support aussi ancien que le livre-papier, on nous ressort par défaut l’e-book en boucle quasiment à chaque Salon du Livre parisien. Faut bien meubler !

    En pure inutilité, bien sûr. C’est ce qu’on appelle, dans le jargon journalistique, un « marronnier » dans la persévérance superfétatoire.

    • Courageux-Anonyme
      • Posté à 22h44 le 14/03/2009
      • Internaute 24212

      Mmmh mauvais exemple pour un plan de relance du livre tout les titres que vous citez sont trouvable gratuitement (et légalement) pour ebook ou juste pour lire sur votre ordinateur ( :

      Et au passage, s’il veulent nous vendre des ebook en plus de nos ordi, c’est pour éviter la conjonctivite et les mots de tête justement car l’écran est sencé ne pas faire mal aux yeux, mais bon l’offre au niveau des reader c’est pas encore ça comme le dit plus haut General Subverciòn.

      • Le Yéti
        Le Yéti répond à Courageux-Anonyme
        yetiblog.org
        • Posté à 09h03 le 15/03/2009
        • Internaute 6095
          yetiblog.org

        « s’il veulent nous vendre des ebook en plus de nos ordi, c’est pour éviter la conjonctivite et les mots de tête »

        Mais non, c’est juste pour ouvrir de nouveaux marchés, trouver de nouveaux débouchés... faire du fric, quoi !

         
        • Courageux-Anonyme
          • Posté à 11h05 le 15/03/2009
          • Internaute 24212

          Avant tout oui, comme toutes innovation technologiques, ils veulent le marché de ceux qui ne veulent pas de conjonctivites et de maux de têtes en lisant sur un écran ;)

        1 autres commentaires
  • Chansommairus
    Chansommairus
    bipède
    • Posté à 22h17 le 14/03/2009
    • Internaute 63541
      bipède

    faut-il rappeler Qu’une chose n’a pas changée : un jour = 24 heures or nous sommes submergé par les possibilités qui s’offrent à nous ; la lecture demande du temps et du calme ...

    • dulconte
      dulconte répond à Chansommairus
      Mordu par un fachogarou
      • Posté à 01h12 le 15/03/2009
      • Internaute 250
        Mordu par un fachogarou

      ben justement reprenons notre temps en main.

      • Adéménagé le 3 janvier 2011
        • Posté à 12h04 le 15/03/2009
        • Internaute 29846
          menuisier

        Et la télé à la poubelle (recyclable).

        En moyenne 3H20/jour, cela laisse du temps pour la lecture, la cuisine, les enfants...
        150 euros d’économie/an.
        Et cela dépolue la tête.
        Tout bénef quoi.

  • Rezonor
    Rezonor
    Collectif
    • Posté à 06h15 le 15/03/2009
    • Internaute 63987
      Collectif

    J’ai commis voici près de vingt ans (petite commune du lubéron - i am kidding) un assez gros livre (technique) qui s’est vendu honorablement.

    Passionné par l’aventure (gratifiante yes !) de sa mise à jour : le sujet s’y prêtait à 100 % (taux usuraire, j’en conviens), je suggérais à mon éditeur - parmi les plus notables de la place de Paris - d’explorer un mode d’édition électronique qui permette de faire vivre l’ouvrage en question.

    Sa structure le destinait, d’après mon plaidoyer, à prendre la forme d’une base donnée relationnelle c’est-à-dire de retrouver la ’forme technique’ qui avait été la sienne pendant toute la phase de son élaboration : avant sa composition (technologie disparue depuis : tous les compositeurs typographes sont faillis), sa gravure (idem) et son impression sur des produits minces dérivés du bois d’arbre et, pour le ’tirage de tête’, du pur chiffon, pour soigner l’afféterie chronique dont souffre les auteurs snobs.

    Bien sûr, PHP n’existait pas encore, Rasmus Lerdorf devant apprendre d’abord ses tables de multiplication (j’exagère à peine) et je ne disposais que d’une ligne RNIS, ’baptisé’ Numéris par les gars de SupTélécom, outrés à l’idée que le client banalise un produit qu’il répétaient à l’envi, avoir été mis au point par la DG : (ce qui était faux). Elle avait adapté aux équipements de réseaux français, le principe de la transmission d’un signal numérique sur une ’paire de cuivre’ atteignant le débit de 64 kilo-octets (ce n’est pas une coquille). Mon abonnement portait un matricule inférieur à cent et j’avais la volonté de m’initier à la téléinformatique - terminologie d’époque, voir le catalogue présentant le pavillon français lors de l’exposition universelle de 1992 à Séville - offrant la meilleure ’ductilité’ éditoriale.

    Le format PDF, d’Adobe balbutiait avec brio. Il avait la lallation prometeuse sur la base du ’Postscript’ le LDP en pointe de l’éditeur, et offrait déjà une jolie vue perspective sur le futur de la mise en page informatisée dite PAO, sans compter qu’il était loisible de générer les pages plus (ou moins) automatiquement à partir d’un texte structuré par le très ’unixien’ mais infiniment puissant processeur Tex, à la fois moteur et ancêtre du désormais ’user friendly’ LaTex qui, alors, gargouillait dans les limbes.

    Bref, toutes les technologies pour réaliser une édition électronique de qualité existaient. En prime, nous disposions d’une visibilité prospective, assortie d’une certitude concernant sa faisabilité, sur une technologie qui s’est ensuite appelée ’digital ink’.

    Nous pouvions donc ’le’ faire mais mon éditeur ne LE désirait pas vraiment ou pas assez. Le pressage d’un CD-ROM fut envisagé. Aussi contraignant qu’une réimpression annuelle… l’idée ne me séduisit pas. Nos deux volontés contrariées par nos désirs d’avenir (déjà) s’annihilèrent de telle sorte que le projet sombra.

    L’édition ne perdait rien - l’éditeur y prît garde, le web ’emergeant’ pas grand-chose (son big bang démarrait), mes illusions sur ma capacité à bouger les lignes soldèrent le reste de l’aventure.

    Cette expérience vaut pour ce qu’elle arrose, je crois, le marronnier concernant l’apparition d’une machine à lire qui rendrait à l’acte de lire sa magie passée. Magie qui rassemble dans une communion culturalisée les producteurs de contenu vivants et les professionnels de l’édition ? Ce graal ressemble à la recherche du bâton de commandement qui donne à qui le tient le prestige et l’assurance ; dans les faits, celui qui cultive ces qualités transmute la moindre brindille ramassée en chemin en un sceptre puissant, en une imposante regalia.

    Aujourd’hui, pour triompher de l’inertie la lecture électronique doit s’intégrer totalement au substrat que sont les ultra-portables, au moins ceux qui acceptent de motoriser des lecteurs logiciels écrits dans (un langage et) un esprit d’ouverture inspiré par le mouvement du logiciel libre.

    Les formats propriétaires souffrent d’un handicap natif que dire des machines spécialisées, relookées de loin en loin, dont l’acquisition grève le budget du e-lecteur (tiens ? l’électeur deviendra-t-il e-lecteur ?) sans aucune garantie contre leur obsolescence programmée.

    Retour au contenu. Nos enfants qui s’avèrent plus lecteurs que nous ne le pensons ou ne l’observons selon nos critères de ce qu’est la ’vraie’ lecture, sont capables, sans piper mot, d’ingérer des ’réglements’ de jeux de rôle (vidéo) qui comptent des centaines de variantes ou comme ils les appellent : de figures, avant de passer à la pratique de l’activité qui file un sérieux coup de vieux à l’enseignement cathédral : la simulation ou comme la nomme Feynmann le bricolage mental, chéri de Moreno qui le théorise dans son ’bordel ambiant’.

    L’e-lecteur acceptera de lire si l’ouvrage lui apporte une assistance congrue à son appétit de simulation (source de plaisir substitué à celui de la lecture) qui exprime, entre autre chose, sa curiosité pour la science expérimentale qui débute, qu’on l’accepte ou non, avec et par des expériences toutes ludiques.

    N’est-ce pas Arte, qui dressant le portrait de Marcel Dassault notait combien il joua, enfant, avec le dispositif de Ruhmkorff qui lui avait été offert ?

    Aujourd’hui la lucidité (sur la lecture) passe par la ludicité. L’e-lecteur le sait bien.

    • léo solo
      léo solo répond à Rezonor
      • Posté à 10h04 le 15/03/2009
      • Internaute 2483

      Aujourd’hui la lucidité (sur la lecture) passe par la ludicité.
      L’e-lecteur le sait bien.

      top

    • Chansommairus
      Chansommairus répond à Rezonor
      bipède
      • Posté à 12h54 le 15/03/2009
      • Internaute 63541
        bipède

      intéressante rétrospective, cela dit vous induisez que ceux qui « s’inquiètent » du défaut de lecture de la part des « jeunes » (abus de langage selon moi un peu agaçant) résulterait d’un manque de curiosité et/ou d’un manque d’intelligence et donc de culture...

      La généralisation est toujours un problème, je crois que le regret n’est pas dans le manque de lecture mais plutôt de la voir se cantonner dans l’utile, dans le mode d’emploi et d’oublier un peu trop que la lecture permet grâce à un auteur, d’apprécier dans une histoire, un essai, une démonstration, la qualité de la langue, son style, ses ressources métaphoriques, etc.

    • sup à la demande du riverain 28.09.09
      • Posté à 16h11 le 15/03/2009
      • Internaute 57826

      Haaaa ! ! ça fait du bien un bon décrassage ! ....

  • jyr
    jyr
    ou jean-yves rousson..artiste ? (...)
    • Posté à 10h50 le 15/03/2009
    • Internaute 60613
      ou jean-yves rousson..artiste ? (...)

    moi je dirais lecture numerique..
    Lien
    je vous attends

  • sinclair
    • Posté à 11h15 le 15/03/2009
    • Internaute 2580

    Le nombre de lecteur qui baisse est un serpent de mer. En fait les personnes qui lisent régulièrement plusieurs livres par an ont toujours été peu nombreux.

    Ceci posé lire coute cher c’est vrai une baisse de la TVA serait salutaire, mais un livre c’est plusieurs heures d’évasion, de culture, d’intérêt, d’acquis de connaissance. Un livre peut être acheté d’occaz, échange ou prêté quasi gratuitement dans une bibliothèques. Ce qui rend son accès plus facile.

    Le livre électronique a mon avis ne peut se substituer au support papier pour l’instant. Car bizarrement au delà de quelques pages la concentration disparait a la lecture d’un écran. Il devient rapidement pénible de continuer d’ailleurs pour des études de document de plusieurs pages on imprime le contenu pour mieux s’y consacrer.

    Par contre pour des format de courts articles d’infos ou de magazine le support électronique reprend sa place. A mon avis a moyen terme il deviendra complémentaire au livre papier mais ne le remplacera pas ce qui ne sera peut être pas le cas des journaux et magazines qui eux risquent d’en souffrir gravement.

  • léo solo
    • Posté à 13h53 le 15/03/2009
    • Internaute 2483

    Bientôt l’e-origami ?

  • kaykhanittha
    kaykhanittha
    Etudiante
    • Posté à 19h48 le 15/03/2009
    • Internaute 46714
      Etudiante

    Oui il faut sauver la lecture !

    Lien

  • Gaëtan Pelletier
    Gaëtan Pelletier
    Enseignant retraité
    • Posté à 02h16 le 16/03/2009
    • Expert 73040
      Enseignant retraité

    Je suis très ouvert au numérique. Cependant, je ne sais pas combien d’heures on peut tenir à un écran. Peut-être y aura-t-il un jour une sorte de faux livres en « papier » avec une puce et que l’illusion sera parfaite et la lecture confortable.
    Pour l’instant, on se demande si ce n’est pas comme l’économie : on a passé d’une économie « réelle » à une économie « virtuelle ». les « biens » sont moins tangibles.
    Et pour le tangible, la bibliothèque qu’il y a dans ma maison, ces vieux livres, ce parcours de vie, est encore visible et tangible. Le plus beau est que mes enfants ont eu la curiosité d’aller y fouiller. Et de voir de quoi le père s’était nourri.
    Ils sont maintenant à l’université.
    Ils m’en parlent encore...
    Je verrais mal le virtuel avoir cet effet.
    À moins que je ne sois devenu un dinosaure...
    Parmi mes lectures revisitées : Robinson Crusoe. J’ai eu énormément de plaisir à le toucher.
    gaetanpelletier@wordpress.com

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