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des photos de toutes les couleurs, et aussi des vertes et des pas mûres

Quand Weegee inventait le choc des photos à New York

Publié le 12/09/2007 à 12h50

Weegee au Museum of Modern Arts, à New York (Weegee/ICP/Getty Images).

Alors que se tient à Perpignan le 19e festival Visa pour l’image, rendez-vous annuel du photojournalisme, le musée Maillol, à Paris, expose 228 tirages originaux du reporter Weegee. Né en 1899 en Ukraine et mort à New York en 1968, il est, avec Robert Capa, l’autre légende d’une profession aujourd’hui à la peine.

Si Capa en représente l’aristocratie, surfant sur les crêtes éclairées du fait d’actualité planétaire, Weegee (de son vrai nom Usher Fellig) est le soutier qui extrait de la nuit glauque new-yorkaise le tout-venant de la société, rubrique faits divers. Entre 1935 et 1945, ils fourmillent dans la Grosse Pomme : crimes, arrestations, incendies, accidents... sur fond de pauvreté et de racisme.

Incontestablement, Weegee est l’inventeur d’une pratique de journalisme photographique qui relate l’acte spectaculaire sans précaution technique ou morale. Et que l’on publie tel quel. En cela, on peut supposer –et certains l’affirment- qu’il a ouvert la voie à toutes les dérives à peine cachées derrière la formule du « choc des photos ».

Le premier sur les scènes de crime

Weegee ne saurait être tenu pour responsable historique de ces avatars professionnels. Ce n’est pas un photographe de « coups ». Son travail s’inscrit dans un ensemble géographique et sociologique à une période donnée, et dans la cohérence d’une personnalité photographique originale et constante.

L’autodidacte Weegee écrit le roman noir et blanc de New York entre le milieu de la Grande Dépression et la fin de la Seconde Guerre mondiale. Si ce photographe est devenu un mythe de la profession, notamment par une panoplie particulière et un mode de vie entièrement voué à être le premier sur les scènes de crimes ou d’accidents, ses clichés crus, tant loués, ne sont dans son oeuvre que des instants relatifs.

« L’âme de la ville que je connaissais et que j’aimais »

D’autres moments fixés sur ses films retiennent son empathie pour, dit-il, « l’âme de la ville que je connaissais et j’aimais », et en premier lieu le petit peuple de New York, puzzle de communautés, dont la composante noire ne saurait être exclue par le fils d’immigré.

Les bars et les asiles de nuits, les vedettes en goguettes, les gratte-ciels, tout est pétrifié dans cet éclairage incessant et brutal du flash à ampoule qui rend le temps sans repère horaire. Dans l’obscurité totale, le film a infrarouge devine dans les cinémas et sur les plages des secrets troubles et ambigus dont le photographe ne sort pas, là, à son avantage. La cité vit vingt-quatre heures sur vingt-quatre et un bon reporter doit montrer et sentir qu’il ne dort jamais...



Cliquer ici pour voir le diaporama en plein écran...
... mais avant, lancez la musique :


Légendes inspirées de témoignages recueillis il y a quelques années à New York, et confirmés par l’autobiographie « Weegee by Weege », parue en 1961.

Weegee dans la collection Berenson, exposition organisée par la fondation Diana-Verny au musée Maillol - 61, rue de Grenelle, Paris VIIe - jusqu’au 15 octobre 2007 -

Weegee, catalogue de l’exposition, éd. Gallimard - 225p.,35€.

Photos : Weegee (Arthur Fellig)/International Center of Photography/Getty Images

Musique : CInEMTICdESTRUCTION, par TDm (album jAZZ EXpLORER).

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  • Gérard Gastaud
    Gérard Gastaud
    Photographe à Paris
    • Posté à 15h12 le 12/09/2007
    • Internaute 11065
      Photographe à Paris

    A mon avis vous faites fausse route, Louis MESPLE !
    Il n’etait pas le seul photographe a faire ce genre de photos,a l’epoque. En revanche, il etait le seul a mettre l’humanite dans ses photos. Alors que ses collegues etaient des presse-boutons, faisant des cliches.
    Donc Weegee, n’a pas ouvert « la voie a toutes les derives a peine cachees derriere la formule du “choc des photos”. ». En revanche il a ouvert la voie a des photographes comme Diane ARBUS. Evidence qui s’impose, quand on decouvre son travail.
    Enfin, louis MESPLE, vous commencez votre article par : « profession aujourd’hui a la peine. » Tout a fait EXACT ! Mais qui en parle ? ? ? ?
    Ne pas oublier que WEEGEE a termine sa vie, dans la misere !

    • Louis Mesplé
      Louis Mesplé répond à Gérard Gastaud
      Rue89
      • Posté à 17h10 le 12/09/2007
      • Journaliste 4952
        Rue89

      Cher Gérard, 1/ Il me semble que son « humanité » est suggéré dans le texte et les légendes.Et je vais un peu à contre-sens de certains historiens et critiques qui l’aperçoivent comme un type sans foi ni loi....2/ Il a bien sûr influençé toutes celles et ceux de « l’Ecole de New York » (1945/55) moins dans l’approche personnelle des sujets que dans la technique de cette approche. Lisette Model faisait partie de cette école et Diane Arbus eut surtout Lisette Model pour...modèle et comme enseignant le directeur artistique « gourou » de l’image Alexey Brodovitch. 3/ Weegee a terminé sa vie surtout sans la consécration qu’il recherchait, certainement pas très riche. Je n’ai pas rappelé qu’il signait souvent ses clichés par « Weegee The Famous »... Pendant les années 50, il voyage beaucoup de par le monde pour donner des conférences et travaille à beaucoup de projets de films (à Hollywood). C’est après sa mort avec les expositions des années 70 au C.C.Pde Tucson et à l’I.C.P de New-york que sa célébrité commence. Et est maintenue notamment par le travail sur son oeuvre de l’éditeur, critique, conservateur et surtout passionnant photographe à la fin de sa vie : John Coplans. AmitiésL.M

  • Anonyme

    personne n’en parle car si le photographes sont à la peine, la photographie se porte très bien. Paradoxe ? Beaucoup plus de personnes savent prendre de belles photos de par le monde. C’est ce que j’aime chez Weegee : aller le plus loin possible...en bas de chez lui ; montrer de images que l’on ne voit jamais alors que cela se passe chez vous.

    je file à l’expo.

    • Anonyme

      « belles photos » ne veut absolument rien dire.

      • Anonyme

        des photos qui me touchent, tu préfères ?
        et quand elles touchent beaucoup de monde ou sont choisies plutôt que d’autres à la une d’un journal ? que dirais tu ?

         
        • Anonyme

          oui.
          des photos qui te « parlent » qui t’emmènent ailleurs, qui racontent une histoire, t’émeuvent, te font sourire, rêver...
          Qu’elles soient choisies pour les unes des journaux n’est pas (pour moi) un critère de qulit : combien de journaux mettent du « choc » qui bien souvent est sans aucune valeur artistique, uniquement pour vendre.
          La photo de presse est un genre à part dans cet art, elle a presque ses codes propres.

          • Anonyme

            tu es la sagesse même, mais note c’est un point que Weegee se posait. Branché sur la fréquence des flics, il développait les épreuves dans son coffre et filait pour être le premier à proposer ses tirages aux journaux, à l’ouverture.

            Combien d’images qui nous semblent insignifiantes parfois se bonifient avec le temps ? Dans 100 ans ou 5000 ans, comment verront-ils les unes de Voici ? hé ?

        2 autres commentaires
  • Gérard Gastaud
    Gérard Gastaud
    Photographe à Paris
    • Posté à 17h56 le 12/09/2007
    • Internaute 11065
      Photographe à Paris

    Cher Louis, concernant la situation actuelle des photographes et de la photographie en France, j’aimerais lire un texte ! ?
    Car pour moi, les festivals (Arles, Perpignan, etc..) ainsi que la foire qui se deroulera au Louvre ne sont que des arbres qui cachent une region de plus en plus desertique, dans un silence assourdissant, correspondant a l’interet de certains professionnels de la profession.
    Effectivement, WEEGEE, est l’une des trop rares expositions a voir, durant 2007, a Paris. Il faut noter que les expositions de Diane ARBUS et Robert FRANCK ont « contourne » la France. Cela est une des preuves que la France se « provincialise » pour la photo. Quant au courageux anonyme de 15h42 qui ecrit : « si les photographes sont a la peine, la photographie se porte bien », je ne vois pas comment l’un se porte mal et l’autre se porterait bien. L’equipage se meurt, mais le bateau file vite ! ? Etrange.
    Bien a toi.

    • Anonyme répond à Gérard Gastaud

      La culture photographique est entièrement à construire en France.
      Il faut entendre les élèves photographes qui ne connaissent que Doisneau !

    • Anonyme répond à Gérard Gastaud

      Il n’y a jamais eû autant d’images alors que les agences de photojournalisme connaissent des difficultés les unes après les autres. Les groupes de presse ne dépechent plus de photographes sur place, ils demandent à des locaux de s’en occuper. Il y a encore 10 ans, Gamma, Sygma et Sipa était les trois premières agences du Monde, toutes ont été vendues. Idem pour Vu.

  • Anonyme

    J’ai visité cette exposition fin juillet. N’hésitez-pas ! et
    profitez-en pour explorer le reste du musée Maillol.

    Après avoir visité l’expo et reparcouru le catalogue associé je me retrouve avec une sensation désagréable d’amateur de potins limite voyeur, cf « choc des photos » comme mentionné dans l’article.
    D’autres lecteurs de rue89 auraient-ils ressenti la même chose ?

    • jeamer
      • Posté à 12h01 le 14/10/2007
      • Internaute 19307

      Effectivement j’ai ressenti cette désagréable sensation d’être voyeur mais tout reportage procure cette même sensation. Par contre j’ai été aussi « interpelée » par ses images sur la ségrégation raciale. Peu de photos sur ce sujet mais quelle force. Aller voir aussi le film qui lui est consacré au sous-sol. En définitive, ce faut un beau moment passé avec Weegee.

  • Anonyme

    Il faudra bien qu’un jour on réduise un peu la place de Capa pour parler de sa compagne Gerda Taro, et signaler que Capa n’était pas le seul photographe en Espagne ou en Indochine...
    mais là, il y a du boulot !

    Weegee a composé la chronique obscure de « sa » ville.

    Ecrire « Dans l’obscurité totale, le film a infrarouge devine dans les cinémas et sur les plages des secrets troubles et ambigus dont le photographe ne sort pas, là, à son avantage. » est en partie injustifié. Le photographe n’est pas responsable de ce qui existe, il ne peut être blâmé si ce qui l’entoure est noir. Il ne peut l’ignorer non plus, il est l’oeil.

    • Anonyme

      Capa a été le seul photographe à débarquer le jour J à Omaha Beach. Dans la première vague.

      « si vos photos ne sont pas bonnes, c’est que vous n’êtes pas assez près ». R Capa.

      • Anonyme

        et les photographes des armées...

         
        • Anonyme

          Je ne connais pas de photographes des armées ayant été dans cette situation. Pourriez vous me renseigner, svp ?

          merci.

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          (à noter que Capa avait fait plein d’images, mais un opérateur trop hatif a accidentellement brûlé les négatifs en les sechant. C’est tout ce qui reste !)

          • Anonyme

            Gib Milne et Frank Dubervill ont pris les premières photographies publiées dans les journaux alliés montrant le débarquement du Jour J en Normandie le 6 juin 1944.

            toutes les armées avaient des sections photographiques. Par exemple au Canada il existait des ections dans les 3 armes (terre - air - mer)

            En mars 1940, le lieutenant d’aviation Fergus Grant, officier de liaison avec la presse de l’Aviation royale du Canada (ARC), a demandé que l’Établissement photographique de l’ARC crée une « Section de la presse photographique » afin « d’obtenir des photographies des activités de l’Aviation qui pourraient être distribuées à la presse du Canada, de la Grande-Bretagne, de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande, de Terre-Neuve et d’autres pays. »

        2 autres commentaires
  • Gérard Gastaud
    Gérard Gastaud
    Photographe à Paris
    • Posté à 07h48 le 13/09/2007
    • Internaute 11065
      Photographe à Paris

    Si Capa est aussi present, c’est grace a ...son frere, qui depuis 50 ans, fait le necessaire pour le mettre en avant, au maximun.

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