La fin du « Monde de l'éducation » : la pédagogie n'intéresse pas les profs
Mobilisé depuis quelque temps sur un autre « front » que celui de l’éducation (70e anniversaire de la « retirada », la fin de la guerre d’Espagne), voici que s’impose à moi la nécessité de faire un état des lieux après une si longue absence.
Première constatation qui, sauf erreur ou inadvertance, a été fort peu commentée : la disparition du « Monde de l’éducation » réduit à n’être plus qu’un supplément au quotidien.
Ce n’est pas là une simple péripétie économico-médiatique mais un événement extrêmement significatif dans... le monde de l’éducation.
A cette nouvelle, en effet, m’est immédiatement venu à l’esprit le souvenir de ces dernières années d’activité, comme on dit (comme s’ il n’y avait plus rien après) dans ce collège dit difficile au pied de Belleville, où j’ai vécu de bien belles années avec des élèves remuants et quelques enseignants amicaux.
« De toute façon, tu es le seul à le lire »
Le collège, comme tous les établissements ou presque, était abonné au « Monde de l’éducation » et la documentaliste (salut Françoise), dès qu’elle le recevait venait me le remettre ou le déposer dans mon casier salle des profs. « De toute façon », disait-elle, « tu es le seul à le lire », alors...
Alors c’est fini, ou presque. Je tenais ce mensuel pour ce qui se faisait de mieux en matière d’éducation et pas seulement en France.
J’y ai beaucoup puisé dans des dossiers extrêmement fouillés et clairement présentés, dans des reportages sur les écoles différentes et les expériences innovantes, dans les entretiens avec des personnalités multiples et passionnantes.
Pour tout cela je tiens à saluer Brigitte Pérucca et toute l’équipe (je ne peux tous(tes) les citer, ils sont donc tous là) qui pendant des années m’a accompagné et stimulé. Salut.
Le constat cependant demeure : fort peu d’enseignants fréquentaient « Le Monde de l’Education » comme ils sont fort peu nombreux, relativement à leur nombre, ceux qui fréquentent publications et sites traitant de pédagogie.
Peu de professeurs s’intéressent à la pédagogie
Comment se fait-il ? Fort simplement : ils sont peu nombreux les enseignants qui s’intéressent à la pédagogie.
La pédagogie c’est-à-dire, précisons, le mode de vie dans l’école et non comme il est trop souvent compris la liste des « recettes », des « kits » pour « tenir sa classe » et des « ruses » manipulatrices (Sciences humaines, n° 203, avril 2009), car il semble que l’on en soit là.
Mais alors pourquoi ? Tout simplement parce que l’on n’enseigne pas la pédagogie dans les IUFM. Sauf exception.
On y fait des choses qui ressemblent à de la didactique, on se demande comment « faire passer » telle ou telle notion et l’on se heurte alors au préalable que les plus délurés des apprentis-enseignants ne manquent pas de poser : encore faut-il être en mesure de « faire passer » et pour cela de « tenir sa classe », de sorte que l’on en revient aux recettes, aux kits et aux ruses.
Et l’on continue à ne pas faire de pédagogie, c’est-à-dire à penser la manière de construire dans l’école un mode de vie qui permette et favorise l’acquisition de connaissances et de savoirs. Mais alors pourquoi, une fois encore ? Tout simplement parce que, par essence même, la pédagogie est révolutionnaire.
La pédagogie risque trop de bouleverser leur train-train quotidien
La pédagogie, en effet, est cette démarche qui se donne pour mission d’accompagner, de faciliter et de permettre l’accès d’un être déterminé à son émancipation c’est-à-dire à sa libération de déterminations impératives.
Ce n’est pas, ce ne peut être en aucun cas, la manière de produire une main-d’oeuvre adaptée à on ne sait trop quels « besoins ». Cela c’est de la formation qui ne doit venir que bien plus tard quand l’être apprenant est en mesure, autant que faire se peut, de choisir ce que sera son proche avenir.
Son proche avenir et non sa vie, toute sa vie, car on a aussi le droit de se tromper, de changer, de tâtonner comme le font si bien nombre de ceux qui fréquentent « l’école des riches » et qui de ce fait ont le temps de voir venir et de choisir en connaissance de cause, de leur cause.
Les enseignants dans leur grande majorité ne s’intéressent pas à la pédagogie parce que, en outre, la pédagogie révolutionnant le mode de vie dans l’école, révolutionnerait leur quotidien, leur propre mode de vie. Ils préfèrent ignorer et ne pas lire « Le Monde de l’Education ».
Et ils ont tort car les enseignants peuvent tout, peuvent particulièrement oeuvrer en compagnie de parents (comme le font certains aujourd’hui, je le sais bien) à ce que les enfants les plus démunis accèdent eux aussi à la possibilité de choisir leur vie.
Ils peuvent tout à condition qu’ils consentent à s’extirper de la routine, des heures se succédant, insipides, des cours rabâchés, des paquets interminables de copies pour entrer enfin dans la vie vraie, qui, à l’école, est toute dans la pédagogie.
L’état des lieux se poursuivra prochainement.
- Sur lemonde.frLe site du Monde de l'éducation
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Education :
« La pédagogie, en effet, est cette démarche qui se donne pour mission d’accompagner, de faciliter et de permettre l’accès d’un être déterminé à son émancipation c’est-à-dire à sa libération de déterminations impératives »
Tout cela est très intéressant, mais je pense que si le pédagogisme comporte des points positifs, il devient réellement problématique quand il est pratiqué, comme c’est le cas depuis déjà un bon moment, au détriment du savoir, qui selon moi est tout de même la fonction principale de l’école.
Avec le pédagogisme jusqu’au-boutiste on enseigne une forme à la place du fond, une méthode à la place d’un savoir. Et je pense pourtant que le savoir est le premier facteur d’une émancipation.
Raisonner sans éléments est un non-sens.
A la place de se forger des opinions à partir d’un savoir solide, on apprend à l’élève à douter de tout avant même de connaître le fond du sujet.
Cette remise en cause systématique a conduit fatalement à la remise en cause de son professeur, et à son rabaissement au niveau de l’élève.
A cela s’ajoute le prêche anti autorité ambiant, qui amalgame l’autorité de simple commandement avec l’autorité de compétence.
J’ai eu mon bac il y a quelques années, dans un lycée tranquille ayant de bon résultat au baccalauréat, et même là le respect du professeur est réellement défaillant, la reconnaissance en son professeur d’une personne de connaissance au sens noble du terme est marginale, voire inexistant.
A partir de là, on ne prend pas vraiment au sérieux ses professeurs, et à partir de là je ne vois pas pratiquer un enseignement de qualité.
J’ai le sentiment que face à cette dérive du pédagogisme, on réalise une saignée pour arrêter l’hemmoragie... Face à cet état de fait on considère qu’il faut faire des efforts de pédagogie pour intéresser l’élève, ce qui rabaisse encore plus le professeur et le niveau de l’enseignement au sens de savoir transmis.
Si il est vrai que le niveau global d’une classe d’âge a augmenté (il me semble qu’environ 60% d’une classe d’âge a son bac), le niveau final est, mis à part une certaine élite, en chute libre.
Nous sortons du lycée avec un orthographe lamentable, une maîtrise de l’histoire très approximative, un niveau de langue vivantes exécrable au regard des années passées à les étudié, etc…
Je pense donc que dans ces termes le niveau baisse réellement, de plus dans un souci d’égalitarisme on repousse le plus possible la sélection, sélection qui de toute façon aura lieu sur le marché du travail.
Cet affaissement du niveau, sous couverts de bonne intentions (pédagogisme, égalité…) cautionne malheureusement un système de reproduction des élites. Les enfants des familles financièrement privilégiés ont un accès en général plus facile et constant à la culture, ils sont parfois inscrits dans des écoles privés par des parents athées privilégiés, se font payer des cours particulier qui leur permettent d’avoir les concours des grandes écoles, etc…
Un différentiel culturel global existerai sûrement toujours entre familles pauvres et familles privilégiées, mais je pense que ce différentiel peut être réduit en augmentant considérablement le niveau scolaire.
Je pense que si on en demande plus aux élèves, le professeur récupérera une noble autorité de compétence, l’enseignement n’en sera que plus efficace et surtout : plus on sera exigeant à l’école publique, plus le différentiel baissera entre familles pauvres et privilégiés (plus on part de haut, moins un cours particulier fait de différence sur le niveau final…).
Ce retour à une certaine forme d’élitisme, devrait également être accompagné de nombreuses filières de réinsertions dans le tronc commun, pour les élèves qui ayant lâché à un moment sont à désireux de se remettre à travailler.
Bref, je pense que l’éducation actuelle nécessite d’urgence un profond débat dépassionné, et pragmatique.




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