Nieves veut exhumer son grand-père tué avec Garcia Lorca
L’Espagne se souvient, mercredi, de la victoire du franquisme qui mit fin, le 1er avril 1939, à trois ans de guerre civile. Un acte de mémoire mené par des partis de gauche et d’anciens prisonniers politiques sera célébré au sein même du Congrès des députés, symbolisant de fait l’immense chemin parcouru depuis l’avènement de la démocratie il y a trente ans.
Mais la cicatrisation est plus lente pour Nieves Galindo, qui lutte depuis dix ans pour pouvoir enterrer dignement son grand-père, exécuté en 1936 aux côtés du poète Federico García Lorca.
En remportant le vote de la loi dite « de mémoire historique “ fin 2007, le gouvernement socialiste de José Luis Rodriguez Zapatero a pu accélérer la disparition progressive des nombreux symboles du franquisme qui survivaient à Francisco Franco : statues, plaques et la cérémonie qui commémorait chaque année sa mort et celle de Primo de Rivera dans leurs mausolées.
‘Mais la justice est très lente’, remarque Nieves Galindo d’une voie lasse, au téléphone depuis ses montagnes castillanes.
‘Nous voulons juste être sûrs qu’il repose ici’
Quelques semaines à peine après le début de la guerre civile, son grand-père, Dióscoro Galindo, un maître d’école, fut exécuté en bord de route dans la région de Grenade par des miliciens franquistes. Tombèrent avec lui deux jeunes toreros et un poète, Federico García Lorca.
Selon l’histoire que le père de Nieves lui chuchotait, pendant son enfance, en l’avertissant de ‘ne la répéter à personne’ (la dictature commandait encore), les quatre auraient été enterrés dans une même fosse commune.
Depuis une décennie, la petite-fille poursuit donc le combat d’abord entamé par son père. Une lutte aux objectifs finalement modestes :
‘Nous voulons juste avoir la certitude absolue qu’il est bien là. S’il faut se limiter à un test ADN et puis le laisser à cet endroit, je l’accepterai. Mais au moins qu’il ait l’honneur d’avoir son nom sur sa tombe.’”
A l’automne dernier, elle croit pouvoir enfin toucher au but lorsque le juge Garzón ouvre le dossier des“disparus du franquisme” et ordonne l’ouverture des fosses. Après des années de refus catégorique, la famille Lorca accepte alors les fouilles.
Mais un mois plus tard, le cas échappe finalement au magistrat : il doit le transmettre aux tribunaux locaux. Depuis, c’est le silence absolu. Epaulée dans ses recherches par l’historien Ian Gibson, spécialiste du poète andalou, Nieves Galindo :
“Ça a été un coup très dur. Après tant d’années, on croyait l’ouverture de sa fosse à portée de main. Aujourd’hui, on ne sait même pas le temps que mettra le tribunal à décider s’il ordonne l’ouverture, ou non.”
Les jeunes ne sont plus aussi déchirés

Nieves Galindo et le petit-fils de l’un des toreros sur la tombe de leurs grands-pères (Nieves Galindo/Rue89)
Découragée, elle affirme cependant vouloir poursuivre sa campagne, par stricte nécessité : après elle, “personne ne prendra le relais”. Symbole de l’Espagne qui change, sa fille n’a en effet pas l’intention de continuer.
“Elle voit la guerre comme un événement lointain, qui a affecté sa famille mais sans plus. Nous n’avons pas voulu lui en parler avec la même douleur que l’on m’avait transmise.
Mais il faut toutefois veiller à ce que les jeunes connaissent leur passé, pour qu’il ne se répète jamais.”
Nieves Galindo tenant la photo de son grand-père, avec l’un des petit-fils de l’un des toreros sur la tombe de leurs grands-pères (Nieves Galindo/Rue89)
- Sur memoriahistorica.orgAssociation pour la récupération de la mémoire historique
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« Le dimanche 16 août, quelques heures après le meurtre de son beau-frère, Manuel Fernandez Montesinos, maire de Grenade, il fut arrêté par un ancien député de la CEDA, Ramon Luiz Alonso, qui affirma plus tard que Lorca faisait plus de dommages avec sa plume qu’ avec son fusil. Il était accompagné de Luis Garcia Alix, secrétaire de l’Accion Popular, et du propriétaire terrien et phalangiste Juan Luis Trescastro, le meurtrier, qui déclarera plus tard : Nous avons tué Federico Garcia Lorca. Je lui ai tiré deux balles dans le cul en tant qu’homosexuel. H. G. Wells, président du PEN Club, exigea des détails sur le sort de Lorca dès que la nouvelle fut connue hors d’Espagne, mais les autorités nationalistes nièrent savoir ce qui lui était arrivé. La mort de Lorca demeura un sujet tabou en Espagne jusqu’au décès de Franco en 1975. »
Extrait de Antony Beevor, « la guerre d’Espagne », 2006, livre de poche, page 177.
Sans être la référence sur la question ce livre s’appuie sur des sources récentes et fait la synthèse des travaux des historiens espagnols. Il a le mérite de se lire facilement, ce que je suis d’ailleurs en train de faire.
Il remet d’ailleurs à leur place les débats sur les chiffres des différentes exactions et massacres en montrant que la terreur blanche a fait beaucoup plus de victimes que la terreur rouge. 200 000 contre 38 000. Les chiffres restent à croiser et confirmer mais les récents travaux des historiens espagnols, région par région, permettent de dresser un bilan fiable.




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