Prise de baecque

Journal de bord culturel d'Antoine de Baecque, historien et critique, passionné de cinéma.

« La question humaine » : quand le cinéma rencontre l'histoire

Publié le 15/09/2007 à 13h39


La Question humaine avec Mathieu Amalric (DR)

« La Question humaine » , le nouveau film de Nicolas Klotz et Elisabeth Perceval, est un film important, peut-être le plus ambitieux et le plus nécessaire à notre temps sorti en France depuis des mois. Des lustres qu’on attendait ça : enfin un film qui, par le cinéma et lui seul, se coltine les rapports du présent et de l’histoire.

Car il se trouve que dans « La Question humaine » , un second film, composé comme un sous-texte, une forme de mise en scène palimpseste, vient peu à peu déranger le spectateur qui semblait installé dans un « film d’entreprise » comme il s’en est tourné quelques-uns ces dernières années, des films critiques sur le système de l’entreprise capitaliste moderne ( » Ressources humaines » de Laurent Cantet, « Violence des échanges en milieu tempéré » de Jean-Marc Moutout, « Sauf le respect que je vous dois » de Fabienne Godet).

Dans « La Question humaine » , cette impressionnante angoisse perce peu à peu la surface du film, à mesure que les habitudes de notre société libérale avancée se lézardent et que ses rouages d’entreprise se grippent. Travailler dans une grande entreprise internationale, licencier la piétaille du personnel, vivre en jeune cadre qui en veut, prêt à tout pour réussir, n’est-ce pas, finalement, une nouvelle incarnation, policée, huilée, fluide, négociée, de la logique à l’œuvre il y a soixante-dix ans dans le système de sélection et d’élimination nazi ?

Cela reprend une idée avancée par les théoriciens de l’école de Francfort après la guerre : le nazisme, alliant rationalisation et domination, perfectionnement technico-administratif et coercition, gain maximal en productivité dans la tâche même de l’élimination des autres, ne fut-il pas un produit de la civilisation industrielle et une matrice de cette même modernité industrielle ?

Comment montrer dans un film ce rapport entre violence et civilisation industrielle, cette affinité surprenante entre le nazisme, son entreprise d’élimination, et les codes du capitalisme moderne ? La question est terrible autant qu’humaine (humaine parce que terrible), mais la manière dont y répondent Nicolas Klotz avec ses plans, Elisabeth Perceval avec ses mots, Mathieu Amalric avec ses tourments, et toute la mécanique du film, implacable puis comme atteinte d’un virus, est une forme de leçon de cinéma et d’Histoire, dans le même temps.

Quand l’Histoire s’empare peu à peu de Simon, quand il commence à comprendre la langue de l’élimination, celle qui lui revient, insidieusement, par en dessous, depuis la guerre, alors il ne peut que se poser des questions et reformuler en terme historique sa fonction dans le système libéral en général et dans sa propre direction des ressources humaines en particulier : suis-je un fasciste d’aujourd’hui, quand mon travail consiste à éliminer, à dégraisser, à liquider, à transformer l’autre en déchet de la société ?

Désormais, l’humain devient éliminable, doit être éliminé dans sa diversité, ses humeurs, ses organes, ses désordres, ses minorités, pour que le capitalisme libéral fonctionne mieux, plus vite, plus efficacement. L’« autre », qui est-il ? Celui qui freine la machine, qui est un obstacle à la bonne circulation des capitaux, qui est inefficace. Tout ce qui est périssable et marginal en lui peut être ôté et mis de côté.

Simon s’interroge quand l’Histoire s’infiltre progressivement dans son cerveau. Il n’est certes pas un salaud : il participe à licencier sans remous et pour le bien de l’entreprise. C’est un jeune rouage d’une machine à éliminer qu’il ne voit pas, et surtout ne se formule pas comme cela : il élimine les autres avec innocence, sans perversité, avec bonne conscience professionnelle, du moins sans se formuler explicitement qu’il est en charge de cette tâche. En bon professionnel de la psychologie d’entreprise, Simon est toujours prêt à rechercher et appliquer des solutions « rationnelles » dans un pur esprit de rentabilité, sans céder à la sentimentalité mais pour le bien de tous, « avec humanité » comme il est écrit dans les circulaires administratives à défaut de se poser la question humaine.

Tout cela se perturbe quand Simon prend conscience qu’il abrite deux hommes en lui, dans son corps de jeune cadre aux normes : un tueur professionnel qu’il ignorait, technicien de l’élimination, et un humain qui reprend progressivement le dessus, quand tout se dérègle, quand il s’historicise, se sentimentalise, quand il tombe malade, en fait. Malade de l’Histoire. Car, à un moment, la question humaine lui pose problème, et il s’en trouve mal.

Voici donc un film passionnant parce que l’Histoire, dans son principal traumatisme, y revient et s’y incruste. Pour montrer ce processus de dérèglement, il fallait partir du contemporain, de la société libérale d’aujourd’hui. Filmer les rituels de l’époque, les inscrire sur pellicule à travers leurs rythmes, leurs espaces, leurs apparences. Et que l’autre temps, l’autre texte, historique, tout ce qui revient du passé, n’apparaissent que peu à peu dans le film, comme des agents de perturbation, de contamination. Laisser à Simon le temps d’être prêt à accueillir l’Histoire, le sous-texte qui lui permet de relire avec cette clé historique le sens de ses actions au présent. « La Question humaine » , comme tout grand film historique, agit ainsi comme un collage temporel, comme la rencontre inattendue, presque secrète, de deux époques.

Le cinéma, dans sa définition technique et esthétique, est un montage d’images. Il peut aussi être un montage des temps. Le personnage de Simon, à partir d’un certain moment, celui de l’irruption progressive de l’Histoire, entre en lui-même, dans sa faille : il est prêt à comprendre ses actes dans la société contemporaine à partir d’un document qui lui arrive du passé, via une lettre anonyme adressée à Mathias Jüst, la note technique de juin 1942 expliquant comment éliminer efficacement des dizaines de milliers de personnes en les gazant dans des camions.

Le film de Nicolas Klotz et Elisabeth Perceval pose une question d’Histoire à partir de sa forme cinématographique elle-même : comment fait sortir la temporalité de ses gonds ? C’est pour cela que tout passe par le cinéma et notamment par les deux figures de style largement et rigoureusement adoptées par La Question humaine : le montage des époques, nous l’avons dit, et le champ/contre-champ, ce procédé où l’on fait alterner des plans d’orientations opposées. Le présent et l’Histoire sont comme le champ et le contre-champ du film. La note technique de 1942 apparaît comme le contre-champ du plan de restructuration auquel vient de participer Simon dans son entreprise, réduisant de moitié le personnel employé, « avec beaucoup d’efficacité et de savoir-faire » — il en reçoit les félicitations de son patron.

Voir cela, comprendre cela, revient précisément à se poser « la question humaine », au sens où Robert Antelme ou Alain Resnais la posaient après la guerre en faisant le récit des processus de l’extermination, dans « L’Espèce humaine » pour le premier, dans « Nuit et brouillard » pour le second. Et quand Simon se pose cette question cela passe, quasi littéralement, part une « mise à la question » de son propre corps, de son propre cerveau, c’est-à-dire une forme de torture : il souffre, en devient malade, et finit par s’avouer sa faute à lui-même.

Il ne s’agit pas de dire ici que le nazisme et le capitalisme sont la même chose, que vivre dans une entreprise performante aujourd’hui et survivre dans un camp de concentration autrefois c’est identique, qu’être licencié au bout de quelques années de travail et être gazé en arrivant dans un camp d’extermination peut être comparé. Non, l’extermination comme fondement du nazisme propose une forme de l’Histoire irréductible, non comparable, qui ne peut ni être relativisée par l’analogie ni être niée par l’oubli ou une quelconque contre-vérité historique. Et se doit d’être absolument présente à l’esprit et condamnée.

« La Question humaine » est, au contraire, un film sur l’extermination mais dont les effets sont filmés dans le monde d’aujourd’hui. C’est cette porosité des temps historiques qui intéresse Nicolas Klotz et Elisabeth Perceval, pas la comparaison terme à terme des époques et des systèmes, impossible et falsificatrice. Car la Shoah a révélé une modernité de la société industrielle, comme si elle portait une lumière fossile qui éclaire notre humanité contemporaine confrontée au monde de l’entreprise. L’extermination a été organisée, planifiée, par l’administration nazie comme une industrie de masse, performante, bureaucratique, systématique. C’est sa définition historique même. Et ce système industriel, non dans ses objectifs évidemment, mais dans son identité de système, est encore celui dans lequel nous vivons, il détermine le fonctionnement de l’économie libérale. Il n’a cessé de se perfectionner.

Alors, il ne s’agit pas d’expliquer le contemporain par la Shoah, mais de percevoir des résurgences, des projections, qui peuvent générer le contemporain selon des formes très singulières qui ne sont plus celles du monde des années 40 mais qui nous reposent encore et toujours la question de notre propre humanité. La Shoah est comme une matière fossile qui informe aussi sur notre monde contemporain.

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  • Anonyme

    shoah ? ? ? vraiment ? n’y aurait-il que ce mot, et ce qu’il sous-tend « d’exclusivité », pour illustrer ?
    pourquoi recentrer et restreindre par l’emploi de ce terme hébreu ?

    • Anonyme

      CA de 14h15 hier...

      Nul ne répondra à votre question, vous le savez peut-être : toutes les questions ne sont pas permises.

  • kst
    kst
    keep-smiling-through.typepad.com
    • Posté à 18h14 le 15/09/2007
    • Internaute 12032
      keep-smiling-through.typepad.com

    A voir ou revoir : « Lien “ d’Alain Resnais (1955) - Texte de Jean Cayrol dit par Michel Bouquet - Durée : 31 min

    –-

    ‘ Qui de nous veille de cet étrange observatoire, pour nous avertir de la venue des nouveaux bourreaux ? Ont-ils vraiment un autre visage que le nôtre ? Quelque part parmi nous il reste des kapos chanceux, des chefs récupérés, des dénonciateurs inconnus … Il y a tous ceux qui n’y croyaient pas, ou seulement de temps en temps. Il y a nous qui regardons sincèrement ces ruines comme si le vieux monstre concentrationnaire était mort sous les décombres, qui feignons de reprendre espoir devant cette image qui s’éloigne, comme si on guérissait de la peste concentrationnaire, nous qui feignons de croire que tout cela est d’un seul temps et d’un seul pays, et qui ne pensons pas à regarder autour de nous, et qui n’entendons pas qu’on crie sans fin. ’ (Fin du film)

    –-

    Lien

     
    • Deborah
      Deborah répond à kst
      • Posté à 20h38 le 15/09/2007
      • Internaute 3584

      Effectivement, il y a dans nos sociétés une démarche intellectuelle - je dis bien démarche intellectuelle et pas autre chose - qui rappelle celle d’un temps théoriquement révolu. Cette démarche est à l’oeuvre dans les entreprises et les services publiques. Elle passe aussi par une « langue » particulière, - c’était aussi le cas dans ce passé - comme on peut le constater dans le vocabulaire de N. Sarkozy, par exempole quand il récuse le mot « rigueur » employée par Lagarde, au profit de « plan de revalorisation ».. Ecoutez bien les déclarations et discours de N.S ; son vocabulaire est symptomatique de cette méthode et parfaitement trompeur.

      • kst
        kst répond à Deborah
        keep-smiling-through.typepad.com
        • Posté à 00h33 le 16/09/2007
        • Internaute 12032
          keep-smiling-through.typepad.com

        J’ai également été frappé par le caractère très contemporain de cette phrase qu’on trouve au tout début du film (à 2 : 40) : « 1933. La machine se met en marche. Il faut une nation sans fausses notes. Sans querelles. On se met au travail. »

        Il me semblait, pendant la récente campagne électorale, en percevoir de bien fâcheux échos... jusqu’au sinistre « le travail rend libre », textuellement articulé dans le discours d’un certain candidat. (Lien)

        –-

        Lien

      • Anonyme répond à Deborah

        Je viens tout juste de finir « 1984 », alors je pourrais partir assez loin suite à votre commentaire...
        Créer la confusion, en utilisant des termes qui ne sont pas appropriés, ou bien qui sont à l’opposé de ce qui se passe réellement...
        Je ne vois qu’un but pour l’oradictateur : nous dire les choses de la manière la plus docile pour nos esprits, mais les appliquant d’une toute autre manière. Nous n’avons pas le choix.
        La rigueur se profile sans doute aucun, mais « il suffit de travailler plus ».

        Dans 1984, le vocabulaire trop riche est éradiqué, de nombreux mots sont tout simplement rayés du dico. Une simplification très recherchée du vocabulaire amène tout doucement les esprits à réduire leur champ de réflexion : Comment avoir telle ou telle pensée, si le mot n’existe pas ?
        Comment comprendre alors ce qui se passe autour de nous ?

        Sa façon de parler est un élément plus que capital, associée à l’abêtissement voulue des individus, elle devient dangereuse : certains suivront ses paroles commes évangiles, alors que pour certains (nous, si j’ose dire, ceux qui sont « contre »), elle est pleine d’arrogance et de mépris, tout cela caché dans ce fameux « plan de revalorisation »...

        JG

    • Anonyme répond à kst

      L’article rappelle très justement que l’influence revendiquée de l’Ecole de Francfort sur Klotz et Perceval (Cf. par exemple, dans une émission sur France Culture à laquelle participaient et Klotz et l’auteur de cet article : « Autour du film de Nicolas Klotz : La question humaine, et les limites de la comparaison entre l’entreprise et la Shoah » ->Lien<)
      On trouve ainsi, dans l’Homme unidimmensionnel de H. Marcuse, membre éminent de l’Ecole de Francfort, cette citation de Ionesco : Le monde des camps de concentration ne constituait pas « une société exceptionnellement monstrueuse ; nous y avions vu l’image, en quelque sorte la “quintessence”, du monde social et infernal dans lequel nous sommes plongés quotidiennement depuis toujours » [Ionesco, Nouvelle revue française, juillet 1956]
      Tel serait l’autre grand drame de la Shoah : la mémoire en a fait un événement isolé de l’histoire, comme à part, unique, impossible à penser dans sa banalité et sa continuité.

      • Anonyme

        et Marcuse ajoutait, dans le même ouvrage : « Auschwitz continue de hanter non pas la mémoire mais les réalisations de l’homme – les vaisseaux spatiaux ; les rockets et les missiles ; le “sous-sol labyrinthique du Snack-Bar” ; les élégantes usines électroniques, propres, hygiéniques, avec des parterres de fleurs ; le gaz nocif qui n’est pas réellement dangereux pour les gens ; la conspiration du silence à laquelle nous participons tous. »

    5 autres commentaires
  • Anonyme

    « Question humaine » ou « Question juive » vous ne tranchez pas et c’est regrettable. Vous n’osez pas la relation entre un « Simon » (prénom à forte connotation) et un personnage comme Eichman, « technicien de l’élimination » terme que vous utilisez pour Simon.

    des a priori :
    « l’extermination comme fondement du nazisme propose une forme de l’Histoire irréductible, non comparable »
    le nazisme n’avait pas que ce fondement, le pluriel eut été de mise.

    « l’Histoire, dans son principal traumatisme, » pour qui ? vu d’Occident, certainement.

  • elledor
    • Posté à 15h29 le 15/09/2007
    • Internaute 2076

    Je suis étonnée que vous ne fassiez pas mention de l’auteur du livre ’La Question Humaine’. Il s’agit de François Emmanuel, qui l’a publié chez Stock en 2000. Bien sûr, l’écriture du scénario et la réalisation du film sont des créations en soi, mais l’argument de l’histoire n’est pas de Nicolas Klotz et Elisabeth Perceval. Rendons à chacun ce qui lui est dû !
    D’autant plus que François Emmanuel gagne à être connu. Il a publié des poèmes, des romans et des récits d’une belle écriture et d’une fine sensibilité. La Question humaine est un tout petit livre saisissant. Je n’ai pas encore vu le film, mais d’après votre description, il restitue sans doute assez bien le récit. J’irai le voir dès que possible !

  • Anonyme

    J’aime votre commentaire et les liens qu’il fait entre présent et passé. J’ai toujours trouvé trop facile et en mmême temps hypocrite de se scandaliser sur le passé car c’est une manière de s’aveugler sur le présent et de se donner l’illusion, que si on avait été là, on aurait, nous, fait partie de cette petite bande de héros défenseurs et martyres (tant qu’à faire !) de causes justes.

    Pendant des années, on nous a fait croire que le nazisme ne pouvait être que le fait des Allemands,et aujourd’hui on continue à nous faire croire que les scandales d’Abu Gray sont le propre des Américains et que les guerres ethniques assorties de leur génocide sont le propre des Africains...comme il n’y a pas si longtemps d’ailleurs la mort de Jésus (juif rebaptisé chrétien) avait été le fait de juifs déocides.

    Tant que les « shoa » restent le fait de « l’autre », dans temps et dans l’espace, elles (ils ?) ne nous éclaboussent pas et on peut continuer à les porter à bout de bras...mais si on en a tous la potentialité alors...ça devient dangereux !

    je n’ai pas vu ce film mais il me semble intéressant. Ce dont j’ai peur et que laisse entrevoir le commentaire, c’est qu’il soit trop intellectuel ( et peut être ennuyeux) et n’ait qu’une portée limitée.

    Observatrice

    • pierrejcallard
      pierrejcallard
      http://www.nouvellesociete.org
      • Posté à 04h20 le 16/09/2007
      • Internaute 3366
        http://www.nouvellesociete.org

      Darwin. Mais c’est quoi, l’alternative ?

      Pierre JC Allard
      Lien

  • Anonyme

    et bien moi j’ai vu le film et je ne serai pas aussi dithyrambique… il y a quelque chose qui m’a gêné, je sais pas trop quoi, dans le propos. A force de vouloir tout passer au filtre de la Shoah, je crois qu’on perd en puissance dans la dénonciation et de l’extermination des juifs par les Nazis et de la machine à broyer de l’entreprise néolibérale. Il y a quand même un paquet de gros clins d’œil appuyés (ex l’entreprise SC Farb, versus IG Farben qui fabriquait le zyklon…) dont finalement je me serais assez bien passé. Mais l’ambiance extrêmement angoissante, le jeu des comédiens tous incroyables vaut le déplacement, c’est sûr.

    Fran

    PS relire Vie et destin de Vassili Grossmann

    • Anonyme

      pas vu le film, mais semble interessant... en revanche lire et relire vie et destin certainement ! ! probablement le livre le plus sidérant par son ampleur de vue et de propos sur la 2nde guerre mondiale, la dictature, et sur ce qu’est être un homme (ou une femme, pas de sexisme)...
      b.

  • Anonyme

    Absolument d’accord avec courageux anonyme au-dessus.

    Pour ma part je me suis d’abord vraiment ennuyé. Le jeu permanent avec la caméra, la composition esthétisante de chaque plan et du cadre, le jeu compassé et apeuré d’Amalric m’ont profondément lassé. Heureusement, Lonsdale prend un peu de distance avec son sujet et son personnage et nous permet d’entrer dans un univers plus personnel, mois « didactique », en nous livrant sa sensibilité. Il joue, quoi ! Le film sans lui est impossible.

    Mais, pardon Mr de Baecque, je trouve tellement grossier ce plan de dos (et ce n’est sans doute pas un hasard)où Simon nous lit les méthodes technologiques pour repérer les battements de coeurs des personnes cachées dans les soutes ou les camions qui passent la douane (projet Shengen), en comparant de fait ce projet avec les méthodes d’extermination employées par le régime Hitlérien. C’est d’une telle faiblesse intellectuelle que j’en suis encore atterré (j’ai vu le film hier soir). Vous dîtes qu’il n’est pas question ici de « comparaison »… tiens donc ? Mais alors de quoi s’agit-il ? C’est quoi le sujet ? Vous trouvez sincèrement ce film subtil… ?

    Je passe sur le bébé mort qui s’appelle Aloys, la mercedes (c’est bien connu tous les nazis roulent en benz et fument avec un porte cigarette), IG farben, le dog allemand, la musique de chambre si chère aux esthètes nazis, les patronymes germaniques de tous les protagonistes, la déco et la lumière derrick alors qu’on nous explique dès les premiers plans qu’on se situe en l’an 2000, la vision années 80 du monde de l’entreprise et de ses goldens boys (si vous saviez, c’est bien plus pervers que cela de nos jours !), la déco cheap du café du Mans parce qu’on est au Mans et tout le monde sait que le Mans c’est un village de vrais gens mal habillés et cracra, la sensiblerie mièvre de tous les personnages féminins qui sont de pauvres victimes soumises etc etc etc

    Seulement voilà, quand on lit Foucault, Kershaw, Deleuze et Freud entre autres et qu’on s’interroge un peu sur le sujet, on s’aperçoit que toutes ces questions sont bien plus COMPLEXES et plus PERVERSES que la vision un peu bien-pensante qu’en donne Mr Klotz.

    Après cela, le film a un mérite, c’est qu’on en débat.

    H

    PS : Au fait,qu’est ce qu’il vient foutre là JL Nancy dont le nom est au générique ? c’est le conseiller philo de la scénariste ?

    • Anonyme

      ouf, je me sens moins seule ! c’est difficile d’être critique envers les bons sentiments si chers à notre époque pseudo-compassionnelle…
      Fran
      Courageux anonyme de 15H50

    • Anonyme

      H ? la H que je connais ?
      et qui se la pete au max avec ses grands mots ?
      bat

    • Anonyme

      c’est à peu près ce que je pense. La question, c’est pourquoi une telle unanimité sur un film aussi faible et approximatif ?

      • Anonyme

        et la bien-pensance qu’en fais-tu ?
        il est interdit de dire ce que l’on pense vraiment.

        « toi qui entres ici.... » oublie toute possibilité de dialogue, de débat contradictoire ou d’échange constructif. Ici, est le règne de la pensée unique.

         
        • Anonyme

          Ben... vous faites que ça de dire ce que vous pensez ! Alors ?
          Mais ce n’est pas parce que vous le pensez qu’il faut être d’accord ! ... à moins que... C’est toi ? Nicolas ?

        1 autres commentaires
  • Valdo Lydeker
    Valdo Lydeker
    journaliste, auteur
    • Posté à 18h23 le 15/09/2007
    • Journaliste 7922
      journaliste, auteur

    Enfin !

    J’attendais que Rue 89 parle de ce film magistral.
    Subtil, effectivement, parce qu’il ne pose pas une équivalence grossière entre nazisme et entreprise, mais explore la déshumanisation d’un langage où l’humain devient une « pièce » ou une « unité de production »

    • pikasso02
      • Posté à 21h10 le 15/09/2007
      • Internaute 10134

      « La déshumanisation du langage », mais comment osez-vous ? Je plaisante ! Car je pense exactement comme vous. Mais combien sommes-nous à nous y intéresser ?
      La création et ses oeuvres sont des jalons respectables. Mais les hommes aujourd’hui ont sans doute d’autres choses à faire. Je n’ai pas vu ce film. J’irai le voir.

  • Anonyme

    l’humain en tant que facteur de production, variable financière d’ajustement aujourd’hui, comme hier dans les camps de Krups ou IG Farben. A l’heure actuelle, il s’agit « seulement », pour les licenciés et peut être futurs « exclus », d’un « gazage » social.
    Comparaison n’est pas raison, sans doute. Mais dans les deux cas, on parle bien du capitalisme.

  • Anonyme

    La mondialisation impose aujourd’hui aux patrons de pratiquer une politique du moindre coût.
    Un des « problèmes », pour lequel ils s’en trouvent comme démunis, est simple : ils n’ont pas le choix. Ils finissent tous leurs paroles ainsi. Soit participer à cette politique, soit « mourir ».
    Ils s’étonnent à peine, du moins ils ressentent comme une « gêne », lorsqu’ils apprennent que cet employé chinois ne touche que 80 euros par mois, « On serait tenté de lui donner une petit plus » dit celui-là, mais là encore, il ne peut décider.

    La concurrence est féroce, il n’a pas le choix : s’il ne le fait pas, un autre le fera. Ce mot, féroce, pourrait être entendu dans sa signification la plus sombre.
    C’est comme cet autre mot, moindre...
    Je le trouve encore plus lourd de conséquence vis à vis de la grande majorité des hommes vivant partout sur la planète, travaillant pour un minimum.

    La question humaine, certains semblent l’avoir résolue, ce n’est pas nouveau. L’histoire ne se répète pas, pour certains elle s’affine, se précise toujours plus, pour toujours plus.

    John Gaucho

  • Anonyme

    Sur ce sujet du basculement du Bien vers le Mal et inversement(pour schématiser) au niveau individuel comme collectif, il faudrait penser à lire « Un si fragile vernis d’humanité » de Michel Terestchenko

  • Anonyme

    Attention à la confusion. Si M. KLOTZ peut se permettre (c’est sa liberté de créateur) un parallèlle audacieux entre violence physique d’il y a soixante ans et violence sociale d’aujourd’hui, il ne faudrait pas aller au-delà.
    Il n’y a rien, strictement rien de commun (et même un antagonisme total), dans l’esprit, entre capitalisme et nazisme.
    Le premier est un individualisme entièrement orienté vers l’accumulation de biens matériels, tandis que le second tourne tout entier autour de la notion de volksgemeinschaft (communauté du peuple).

    • Anonyme

      Non, non, et non !

      Lorsque tu auras compris que le Capitalisme n’est rien d’autre que l’économie politique de la solution finale, j’espère qu’on ne sera pas tous morts.

  • Valdo Lydeker
    Valdo Lydeker
    journaliste, auteur
    • Posté à 22h49 le 15/09/2007
    • Journaliste 7922
      journaliste, auteur

    C’est un parallèle (et encore) entre deux violences faites à l’humain, pas entre le capitalisme et le nazisme. Ce que ça met en relief, ce ne sont pas deux idéologie,mais une machine, un engrenage qui broie et dont les cadres, à tous les niveaux deviennent des rouages qui choisissetn ded resster inconscients.

  • Anonyme

    Rarement vu un film aussi lourdingue et indigent du point de vue intellectuel. Pauvre cinéma français ....

  • Anonyme

    Je viens de voir ce film, et suis assez déçu.
    Dommage M. de Baecque que vous tombiez dans ce travers si fréquent de la critique française : chercher la thèse et disserter sur le sujet général de l’oeuvre, plutôt que d’évoquer la qualité de sa transcription cinématographique, montage excepté...
    Certes le parallèle entre les mécanismes d’évaluation du personnel dans les grandes entreprises modernes et les méthodes conçues par les nazis est aussi dérangeant qu’intéressant ;
    remercions donc pour cela l’auteur du livre, dont je suppose le texte au moins aussi réussi que sa version scénarisée...

    Mais que dire du film à part cela ?
    Comment ne pas y saisir l’ennui ?
    Tout m’est apparu faux, sur-interprété, parfois même prétentieux.
    Amalric est un acteur souvent exceptionnel.
    Il semble malheureusement suivre là une drôle de consigne générale - rohmérienne s’il en est - qui consisterait à dire son texte platement, presque machinalement. Les didascalies aussi sont apparentes.
    Loin du cinéma, tout semble émaner, sans vie - cela colle au sujet vous me direz - du théatre moderne dans ce qu’il a parfois de plus superficiel, stylisant au possible, rejetant la vie par des simplifications qui s’appliquent autant aux décors qu’aux personnages eux-mêmes.
    Et pourtant ce film comme tout film - à mon avis - n’est-il pas sensé refléter une certaine forme de vie ?
    Seule lueur réjouissante dans ce film sans âme, Michael Lonsdale, remarquable de justesse.
    Un bon texte ne suffit pas.

    FM

  • Anonyme

    « une forme de mise en scène palimpseste »

    hein ?

    je passe mon chemin à la ligne même

  • Anonyme

    No comment
    ni de commentaire

    Une invitation à lire Victor Klemperer
    l’un des plus beau texte qui soit
    intelligence et « humanité » réunies dans
    LTI, la langue du Troisième Reich

    Lien

    Joy

    • Anonyme

      certes il est intéressant mais quel besoin d’aller chercher si loin alors que depuis 30 ans en France nous avons assité à une euphémisation de la langue française en accord avec repentance et culpabilisation sur tous les fronts.

  • zelectron
    • Posté à 14h34 le 16/09/2007
    • Internaute 12718

    Il y a quelques années l’éthique (ou plutot la morale, pour utiliser un mot moins disgressif ?)était « redécouverte » par un certain nombre d’entreprises, aujourdhui il n’y a grand chose à ce sujet dans nos chers journeaux. Et pourtant plutôt que de pleurer avec amertume sur le comportement prédateur de certaines organisations commerciales et surtout financières, il serait toujours plus symphatique de considerer qu’il n’est de richesse de l’entreprise que d’hommes. C’est stupéfiant que certains placent leur amour de l’argent au dessus du bonheur de construire, échanger, et pourquoi pas donner !

  • Anonyme

    je sors du film, si le parralèle entre extermination nazie et ultra-libéralisme ne me choque pas, dans la perspective décrite par le film, je suis pantois devant la lourdeur de l’ensemble : tout est pataud et petri de bonne conscience. Quoi, les nazis etaient méchants ?

  • thélonious
    • Posté à 23h27 le 16/09/2007
    • Internaute 11749

    C’est un peu court comme réaction, mais je tenais à saluer cette excellente analyse de film.

    Il s’agit d’une question centrale pour l’occident (c’est à dire, maintenant, pour quasiment toute la planète), de situer en quoi le nazisme fut à la pointe de ce que le libéralisme promeut sans le savoir et sans, surtout, ne rien en vouloir savoir.

    Le rabattement du vivant sur le mort (un objet, une marchandise) est en effet possible, absolument possible.

    Comment ce possible s’actualise-t-il, cela nous intéresse au plus haut point.

    Que le cinéma, franchement, se saisisse de cette question, de son tourment, et de ce qui peut tenter de s’opposer à l’efficace de son déploiement, c’est très bien.

    On manque tant d’analyses précises sur ces sujets, et de traitements pertinents, justes, qui nous ouvrent à une éthique...

    Merci donc !

  • Dr Stange
    • Posté à 10h11 le 17/09/2007
    • Internaute 15087

    ce film met mal à l aise et c’est tant mieux ! ! ! il y a bien longtemps que le cinèma français ne fait plus ce genre de dèmarche,ètre boulversè est fondamental et ce n’est pas avec les films ’tout public » pour ratisser large (Chabrol ; au coeur du mensonge et les3/4de la production française)défendus par une « critique“qui n en a que le mot ! d’ une complaisance qui a force de compromission est devenue ridicule.Les films de Bergman et de Pasolini mettaient mal à l aise mais ont èté formateurs et 30ans après on s’en souvient encore ! !

  • vol19
    • Posté à 14h31 le 17/09/2007
    • Internaute 13492

    La « question humaine “ me semble un film attendu qui peut apporter beaucoup à l’observation, au débat sur la société contemporaine, il met en relation de manière exemplaire différentes problématiques.

    Il est désormais reconnu que par rapport au capitalisme industriel, le capitalisme boursier, financier ne donne plus grand sens au travail, ni de place assurée au travailleur, au cadre. Bosser pour survivre, consommer, ne pas être ‘out’.

    Différents auteurs (Ziegler)ont également bien montré comment le capitalisme actuellement ‘capte la libido’, le film en montre les effets à l’oeuvre de manière paroxystique dans cette chamanisation, régression, quête de l’indifférencié qu’est la rave. En même temps, il illustre que ces manifestations ne renforcent pas le lien social entre les personnes (comme certains pourraient le croire), mais au contraire la libération des pulsions dans le cadre du travail détruit le lien. Ces manifestations sont un petit exemple des travaux de Christophe Déjours sur la ‘dégradation du vivre ensemble au travail’ et on pourrait aussi le lier à la libération des pulsions, plus globalement la captation de la libido par le capitalisme.

    La pression de la concurrence,interne, externe, le jeu des chaises musicales dans les retructuraturations, la rationalité technocratique (découpage en petits objectifs quantifiés, évaluations...) tend à neutraliser l’humain pour en faire une chose, une ressource humaine, soit une partie de la ‘logistique’ (il est intéressant de voir l’évolution des travaux de certains chercheurs en gestion). Le management est un construit idéologique, un crédo, des méthodes, en fait de la sophistique qui s’approprie et retourne les sciences humaines (il est devenu très difficile de concilier les deux), produits des leurres (motivation, culture d’entreprise...) pour faire produire une entité sociale. Le vernis humaniste n’est devenu qu’une illusion. Dans le modèle de l’entreprise actuel comme l’a montré E Enriquez, le modèle est davantage celui de l’‘organisation stratégique’ et de ‘l’acteur stratégique’ qui fait des coups, as de la com, qui ‘est ce qu’il faut ou moment ou il faut’, ‘un tueur cool’, un homme sans identité, sans convistions, sans passé, sans mémoire. Celà, le film le montre de manière exemplaire, il tient en bon professionnel ordinaire et suit avec zèle, religiosité le ‘crédo managérial’ et contribue ainsi à un certain ordre social tout en croyant ‘bien faire’.

    Différents courrants de la recherche critique ont bien montré le lien entre le Nazisme et le modèle social de la production industrielle dans les années 1930. Aujourd’hui le film déclanche une polémique, questionne la mise en perspective de la Shoa et de l’entreprise capitaliste : harceler, virer n’est pas tuer, déhumaniser.

    Sur un plan fantasmatique l’anomie postmoderne, produit comme l’ a montré Z Baumann une anxiété généralisée. On peut émettre l’hypothèse que cette circulation des pulsions et leur violence produit dans les interactions sociales un retour conscient et inconscient de projections de scènes primitives anciennes, sadiennes, de violence, les guerres, la Shoa, cette violence ancienne, cachée vient hanter le réel. Elle participe à la perte de confiance dans le lien social.

    Sur un plan réel, la place théorique accordé au travail dans la définition de l’identité ‘tu fais quoi ?’ associé à la précarité, à l’instabilité, à l’intégration aux réseaux sociaux, au logement... Qui perd son travail, perd aussi vite son estime, son image de soi, ses réseaux sociaux, se retrouve rapidement menacé sur les questions de logement, humilié par les intitutions, les imaginaires divers ‘t’es un impuissant’...les ‘vous le faites exprès, vous êtes narcissique, vous prennez plaisir à vous faire humilier’. Ainsi, ce qui fait retour c’est rapidement le spectre de la mort sociale, ... dont chacun a peur (celui a qui cela arrive porte la poisse donc on l’évite) et comme se conjugue les pulsions diverses, le vivre ensemble difficile au travail, peuvent émerger des manifestations psychosociologiques ou se conjuguent des appréhensions paranoides et c’est la spirale.

    Dans les faits, le système social est de nature actuellement violent,lutte de places, exclut le moins séducteur, le moins stratège, le plus culpabilisable, et tend à rejeter en périphérie (sociale, urbaine) dans des positions sociales disqualifiées.

    Pour certains, le processus sera létal, pris dans ce processus ils vont répondre à ces injonctions ‘tu n’as pas ta place ici’ et par pas de place tout court dans l’espace social (voire l’histoire familiale), ce qui peut engendrer un processus de d’autodestruction : suicide, alcool, dépression, vie sans domicile, conduite à risques etc... Les hopitaux psychiatriques, cabinets de médecins, services sociaux sont débordés par ces drames, mais ne sont plus vraiment en état de les traiter...Pourquoi ? Et s’ajoute en plus les problèmes de logement... Ainsi on pourrait proposer la thèse que ce système économique, social éjecte et produit pour certains selon leur histoire une d’intériorisation du sacrifice.
    On pourrait s’interroger si les représentations sociales actuelles, l’imaginaire ne conduit pas à ces conduites d’exclusion et d’autodestruction, à une sorte de paralysie psychique, et si ce n’est pas dans une société de ‘capitalisme cognitif’ une forme postmoderne, plus indirecte, plus insidieuse de violence que l’on pourrait rapprocher en tout cas dans le fantasme de ce qu’elle fait vivre aux personnes concernées à la violence meutrière des grands totalitarismes ou des périodes comme celles précédent la grande guerre.

    Dans le deux cas, on y retrouve des sortes de manipulation et de la régression du langage, l’usage des symboles, des images, un langage guerrier, l’angoisse, la paralysie, et effectivement aussi un langage très technique dans lequel l’homme est un objet. La mise en perspective des deux est sans doute provocatrice mais permet de regarder autrement, dequestionner sur la violence, les mécanismes de ce qui n’est pas assez posé dans nos sociétés et de ce qui a été tu dans les médias entre 2002/2006.

    La question humaine, il me semble pose toutes ces questions : observons-nous dans nos sociétés et modes productions actuels le retour d’une violence, de quelquechose qui ne dit pas son nom, une purge qui traduirait un retour de mythes anciens et inquiétants lorsque cette violence mortifère circule et que des individus, des groupes payeront un prix plus importants ?

  • Anonyme

    ce film est fascinant grâce à l’angoisse lentement distillée,les couleurs sombres et froides .Amalric est excellent et il y avait longtemps que Lonsdale n’avait pas été aussi bon.Toutefois ,au fur et à mesure que se dévoilait le réel propos du film,que le malaise se faisait plus palpable,les paroles de Jean Cayrol dans nuits et brouillard rapportées dans le premier post me revenaient en pensant au sort fait aux palestiniens depuis 60 ans dans l’indifférence quasi générale .........la venue des nouveaux bourreaux.

  • Mrs Dalloway
    • Posté à 19h22 le 21/09/2007
    • Internaute 11537

    Cet article, outre sa pertinence est remarquablement écrit !
    Je viens de voir ce film. J’étais très désemparée, les images avaient du mal à se mettre en place les unes par rapport aux autres. Je continue d’être spectatrice du film et il va m’habiter longtemps. Il m’a mise mal à l’aise et en même temps il se révèle, pour moi, plein d’optimisme et d’espoir car justement Simon tombe malade et évacue dans sa fièvre des pans entiers de ses certitudes et de son « innocence ». La première phase de ce déshabillage : il refuse d’écouter Jüst qui est prêt à lui parler de ses tourments ; deuxième phase, il ment au directeur-adjoint, il a donc été ébranlé par l’humain chez Jüst et, e, mentant il se place déjà en rupture avec le système ; troisième phase : le directeur-adjoint ne le présente pas aux visiteurs japonais donc il n’existe déjà plus dans l’entreprise car il n’a pas remis le rapport attendu ; enfin l’électrochoc, il réalise qu’il aurait pu écrire le document technique de 1942. Il sortira de ce monde froid et déshumanisé, mais aussi renoncera au langage convenu -et parfois hermétique-dont nous faisons l’expérience tous les jours dans notre entreprise ou encore dans la vie politique.
    La qualité des acteurs bien sûr mais aussi l’écriture visuelle et le montage nous plongent peu à peu dans un inconfort très désagréable mais décapant, indispensable à notre émotion et qui aiguise notre réflexion. Voilà du cinéma, et du bon cinéma ! ! !

  • S. Martin
    • Posté à 13h41 le 22/09/2007
    • Internaute 17362

    Film prétentieux et abject. Il montre l’état précis de « la pensée » en France qui veut soumettre les arts aux pseudo-philosophes subjugués par le nazisme comme Heidegger. Oui, ce film empêche de penser parce qu’il instrumentalise l’histoire (De Baecque met la majuscule, il montre bien qu’il par là qu’il essentialise comme Klotz : et le parallèle qu’il fait entre la tâche de l’histoirien et le montage au cinéma est déspécifiant : tout son texte est une rhétorique qui abuse de la stylistique cinématographique mais peut-on penser sans penser son langage ? De Baecque est pris entre deux religions : l’Histoire et le Cinéma...) et n’écoute même pas le contemporain dans sa compexité : il empêche de voir parce qu’il empêche d’écouter. Il sacralise la langue et en arrive à confondre notice technique et langage nazi, rage de dents et meurtre (Wittgenstein a pourtant bien signalé ce fait que les deux sont « irreprésentables » et donc que ce n’est pas cela qui en fait la spécificité), en faisant exactement comme ceux qu’il croit dénoncer : produire les signes de l’émotion, de la connaissance, de la souffrance, de la jouissance pour qu’on les reconnaisse immédiatement afin de ne pas penser avec du corps, avec autre chose que des icones - d’où l’esthétisme qui envahit tout le film, qui nous fait croire que l’art est condamné à dire l’irreprésentable, l’indicible. Ce film est justement obscène parce qu’il ne cesse d’assigner l’art à la représentation quand l’art n’a pas à représenter mais à dire la vie, vivre le dire, y compris avec l’innomable, l’abject, l’intolérable. Le paradoxe c’est qu’à la fin, un tel film qui a tout confondu fait la religion et donc la soumission à ce qu’il croit condamner quand il faudrait dissocier, écouter jusque dans les détails : mais chaque plan ici met les détails au registre du message, du transcendant, du sacré. Tout le contraire de ce que peut faire un film quand il travaille son éthique : détruire les images, les idoles. Oui, la « Schoah » sert les idôlatres du nazisme... C’est une catastrophe d ela pensée et de l’art. Heureusement, la vie de l’art continue ailleurs : voyez dans la salle d’à côté « Les méduses » par exemple. Beaucoup d’autres... Un seul regret : que certains acteurs aient mis leurs voix au service de cette entreprise déshistoricisante et manupulatrice. On les retrouvera ailleurs. Dernière chose : ce n’est pas un hasard si ce film nous raccroche avec « la musique » et si ses musiciens le sauveraient presque : les nazis (certains... ) aimaient la « bonne », la « grande » musique (Wagner... ) mais la « musique » n’est-elle pas facilement instrumentalisable et ce film est incapable de sortir de la fascination de la musique, de la « grande » musique. Aussi, il est scandaleux qu’il maltraite ainsi le flamenco, le fado et même la techno... qui peuvent souvent donner l’occasion de vivre l’art à condition de ne pas être des cache-misère. Mais la misère de la philosophie n’est pas d’aujourd’hui et la voilà au cinéma... Nous sommes avertis.
    A M. De Baecque : non, ce qu’il appelle et que nous appelons, sans réfléchir, la Schoah n’est pas une matière fossile ! ! ! mais bien le vivant de nos discours qu’on nepeut ni réduire à un mot, ni réduire à des signes (ce que fait Klotz), ni réduire à un étalon (ce que font Agamben et cie). Le vivant de nos discours qui engagent ce que nous faisons de chaque vie ainsi disparue : oui, il faut relire Grossman, son « Vie et destin » ; relire Kértesz, son « Vie sans destin » et alors il n’y a pas « LA Question » humaine mais l’humanité dans sa recherche multiple, historique, toujours historique, toujours naissante.

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