Restez assis les enfants !

Le blog de Nestor Romero, ancien enseignant qui, toujours, cherche à penser l'école.

Statistiques ethniques : Esther Benbassa, vous n'avez aucun mérite

Nestor Romero
Ancien enseignant
Publié le 20/04/2009 à 16h49

Vous avez bien voulu, Esther, solliciter mon sentiment, entre autres, sur la tribune que vous avez publié dans Le Monde ce samedi. Eh bien voici ce sentiment qui ne vous surprendra nullement : je suis en désaccord total avec vous sur la question de ce que l’on nomme maintenant « la mesure de la diversité » ou les « statistiques ethniques ».

La lecture de ma dernière note de blog publiée ici même vous le confirmera si nécessaire.

Vous n’avez strictement aucun mérite

Il ne me semble pas cependant inutile de préciser le point central de mon désaccord : Esther, quoique « femme, juive, française, plutôt blanche, franchement cosmopolite, pas mal diplômée... » et directrice d’études à l’EPHE, vous n’avez... strictement aucun mérite.

Aucun mérite, tout simplement parce que le mérite n’existe pas. Et je suis sûr qu’au plus profond de vous-même vous savez, vous aussi, que le mérite n’existe pas.

Ce qui importe au plus haut point puisque toute la démarche de Yazid Sabeg, et la vôtre donc, n’a d’autre objet que de permettre aux femmes et aux hommes « issus de la diversité » (que de contorsions pour dire Noirs, Arabes, Jaunes, Verts ou tout ce que vous voudrez...) de prendre « l’ascenseur social » (vous trouvez que c’est une jolie métaphore ?) au même titre, à égalité (« à mérite égal », dites-vous) avec les, comment dire ? « plutôt blancs ».

Il n’est pas question dans cette démarche d’agir pour que toutes et tous, tous êtres humains, tous frères et soeurs en humanité, la seule fraternité dont nous soyons absolument certains, pour que tous donc, puissions bénéficier d’une vie digne mais pour que puissent en bénéficier seulement ceux qui le méritent.

Si l’on conçoit le mérite, alors il faut parler du démérite

Car on ne saurait concevoir le mérite sans son opposé, le démérite. De sorte que le monde s’en trouve cisaillé en deux parties fort inégales, celle des méritants, de l’élite, exiguë par définition même et celle, immense, des déméritants à des titres et des degrés divers qui n’ont droit qu’à... ce que l’élite décidera puisqu’elle est là pour ça.

(S’il vous plaît, Esther, ne me ressortez pas le coup du marxisme mal digéré, vous me l’avez déjà fait une fois, je n’ai jamais été marxiste de ma vie.)

A ceci près, j’insiste, que le mérite n’existe pas.

Car d’où vient la volonté sur laquelle veut se fonder la notion de mérite ? D’où vient la volonté que vous avez eue à vous acharner à l’étude pour obtenir vos prestigieux diplômes, d’où vient votre intelligence, votre force de « travail » ?

Certains diront de Dieu, mais alors, évidemment, il est en fait du mérite puisque vous, sujet en question, n’y êtes pour rien. D’autres diront nature, hasard, milieu social, histoire personnelle, rencontres...

Et, vous le savez bien, raisonnant ainsi nous parviendrons à l’inéluctable aporie de la régression à l’infini qui fut exprimée voici bientôt quarante ans par les pionniers de l« ’action positive » de cette manière : « Nul ne mérite son mérite. »

Une notion utile pour légitimer la position sociale dominante de l’élite

Mais le mérite est une notion bien pratique. Un peu comme les Ecritures pour Spinoza. Le savant, l’érudit, le sage ne croit évidemment pas un mot de ces contes pour enfants contenus dans le Livre. Il est d’autres chemins pour aller vers la béatitude.

En revanche ils sont très utiles pour la « populace » (c’était le mot à l’époque...) pour l’aider à vivre malgré tout, malgré son statut de populace.

Il en va de même pour ce qui est du mérite. La raison ne tolère pas cette aberration dont pourtant une élite (généralement héritière) se saisit volontiers et souvent de manière pathétique pour tenter de légitimer sa position sociale dominante.

Non, Esther, vous n’êtes pas plus méritante que le monsieur que je vois dans ma rue accroché à son marteau-piqueur dans la tranchée gorgée de boue. Tiens, il est noir ! Voici un demi-siècle il était « plutôt blanc » s’appelait Pedro et roulait les « r » lui aussi. De nos jours, les pauvres viennent de loin...

Vous n’êtes pas méritante quels que soient vos talents, votre volonté ou votre intelligence car vous n’avez décidé ni de vos talents ni de votre volonté ni de votre intelligence.

Brandissant le slogan méritocratique au nez de vos étudiants comme d’autres le font au nez de leurs élèves, vous contribuez, je suis désolé d’avoir à vous le dire, à la légitimation de l’inégalité sociale, inégalité structurelle fondamentale, substance dont la discrimination, le racisme sont des modes absolument insupportables mais qui ne peuvent être combattus efficacement que dans le cadre de la lutte contre l’inégalité sociale.

Le sentiment d’appartenance est une figure idéologique

Pour finir, un mot tout de même de ce fameux « sentiment d’appartenance ». Comment pouvez-vous ne pas voir que ce « sentiment » n’est rien d’autre qu’une figure idéologique bonne, comme les contes pour enfants de Spinoza, à infantiliser la multitude ?

Comment ne pas voir que c’est là le creuset dans lequel s’élaborent et s’exaspèrent tous les fanatismes, tous les orgueils infantiles, toutes les fiertés meurtrières ?

Je vous l’avoue, je serais bien embarrassé de devoir répondre à la question de mon « appartenance ». Car je ne me sens appartenir à rien sinon à l’espèce humaine, j’éprouve même quelque difficulté à comprendre ce que cela peut signifier : veut-on me dire que j’ai été fabriqué par ce que vous appelez une culture ?

Je n’ai cessé de ma vie de me dégager de ces cultures, par la (leur) connaissance, autant que faire se peut, de manière à me rapprocher insensiblement de cet horizon toujours fuyant de la liberté de jugement, de manière à fuir comme la peste cette culture que le hasard de la naissance m’imposa pour tenter de décider moi-même, immense mais nécessaire prétention, non de devenir ce que je suis, comme dit le pédagogue, mais ce que je veux être.

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  • Numerosix
    Numerosix
    Prisonnier dans le village (...)
    • Posté à 17h14 le 20/04/2009
    • Internaute 14499
      Prisonnier dans le village (...)

    « Issus de la difficile diversité des quartiers de banlieues de zones sensibles peri-suburbaines des cités périphériques en voie d’intégration du vivre ensemble », on dit .

    En bref , les classes dangereuses ou « Ils sont votre épouvante, et vous êtes leur crainte » , comme avait titré un de ses romans Thierry Jonquet d’apres Victor Hugo .

    On va les compter et les classer par couleur à l’aide d’un spectrogramme, tiens ( pratique, ils ne partent pas souvent bronzer au ski ou au Seychelles ) ..et verifier l’etat de leur dentition, aussi .
    Comme ça, apres, on saura ce qui gnieu faut en faire, comme aux Etats Zunis ..

    Imbéciles ..

  • Servais-Jean
    • Posté à 17h19 le 20/04/2009
    • Internaute 4591
      43

    Comme on dit chez moi « voilà un peta bien posé ». (Franco-occitan)
    En bon français -Se faire moucher.

    Bravo Nestor

  • flixp
    flixp
    Aboyeur
    • Posté à 17h19 le 20/04/2009
    • Internaute 34063
      Aboyeur

    Pour moi le mérite signifierait le droit de prendre l’ascenseur social un petit moment juste le temps de bien se faire exploiter en se servant de nos qualités pour nous jeter du 36éme étage dès que l’ on apparait inutile ou remplacé par un plus méritant.

  • Chevalier De Monlac
    Chevalier De Monlac
    Chevalier en mousse
    • Posté à 17h20 le 20/04/2009
    • Internaute 66559
      Chevalier en mousse

    Autant j’avais trouvé le texte d’Esther Benbassa immonde autant je ne pense pas que vous preniez le bon angle d’attaque.

    Le système ou veulent nous enfoncer les partisans de la discrimination positive est un système profondément racialiste.

    Face à la bête immonde déguisée en militant de l’antiracisme il faut avancer avec les valeurs de la République sur le cœur.

    Ce qu’ils veulent détruire c’est l’egalité, cette idée profondément républicaine que l’origine est et doit rester un non-critère dans notre évolution dans la société.

    Si on remplace au sein de leurs textes (charte de la diversité, propos du cran, ou de Mr Sebeg) les mots membre de la diversité ou membre d’une minorité par le mot blanc alors nous avons le genre de texte qu’on retrouve chez les identitaires.

    Loin de combattre l’extrême droite, cet antiracisme dégénéré l’alimente car il arpente les même mécanismes racistes, faisant de l’origine, de la religion, de l’attirance sexuelle un critère essentiel de la sélection.

    Ce modèle qui est déjà appliqué aux USA, en GB et dans les Pays Bas est en pleine déconfiture.
    D’ailleurs ce n’est pas un hasard si Sarkozy en est un fervent partisan, il a toujours un faible pour choisir les modèles qui s’effondrent ! !

    • Numerosix
      Numerosix répond à Chevalier De Monlac
      Prisonnier dans le village (...)
      • Posté à 17h39 le 20/04/2009
      • Internaute 14499
        Prisonnier dans le village (...)

      Oui, c’est son truc, Sarko : choisir les modéles les plus cons, meme s’ils s’effondrent du moment que c’est les plus anti-communistes dans l’esprit ..

      Toujours plus, et meme completement à l’ouest ( comme Neuilly sur Seine ou les Etats Zunis , par exemple) ! C’est a cause de son issue de diversité du mal vécu du vivre ensemble de sa famille d’origine éthnique à l’est ....

      • Ubu Trodvers
        Ubu Trodvers répond à Numerosix
        Glisseur d'instant
        • Posté à 17h52 le 20/04/2009
        • Internaute 77126
          Glisseur d'instant

        Comme le signalait Morvan Lebesque que je me permet de parodier :

        « Le con est-il ma langue maternelle ? Non : je suis né en France où on ne le parle pas. Est-ce que je le parle ? Rarement, et pas assez bien pour écrire.Suis-je même Con ? Vraiment, je le crois et m’en expliquerai. Mais de “ pure race ”, qu’en sais-je et qu’importe ?
        “Vous n’êtes donc pas raciste ?
        Ne m’insultez pas.
        Séparatiste ? Autonomiste ? Régionaliste ?
        Tout cela, rien de cela. Au-delà.
        Mais alors, nous ne nous comprenons plus. Qu’appelez-vous Con ? Et d’abord, pourquoi l’être ? Question nullement absurde. Francais de naissance, je suis nommé français, j’assume à chaque instant ma situation française ; mon appartenance à la Connerie n’est en revanche qu’une qualité facultative que je puis parfaitement renier ou méconnaître. Je l’ai d’ailleurs fait. J’ai longtemps ignoré que j’étais con. Je l’ai par moment oublié. Français sans problème, il me faut donc vivre la Connerie en surplus ou, pour mieux dire, en conscience : si je perd cette conscience, le Con cesse d’être en moi ; si tous les Cons la perdent, elle cesse absolument d’être. La Connerie n’a pas de papiers. Elle n’existe que dans la mesure où, à chaque génération, des français se reconnaissent cons. À cette heure, des enfants naissent cons. Seront-ils cons ? Nul ne le sait. À chacun, l’âge venu, la découverte ou l’ignorance.”

        Sarko l’a peut-être découvert trop vite, bien ou mal heureusement il n’est pas seul !

        Merdre !

  • caro
    caro
    délinquante avérée
    • Posté à 17h54 le 20/04/2009
    • Internaute 6484
      délinquante avérée

    le « mérite » est attribué d’une manière parfaitement subjective, suivant des critères de notre civilisation judéo-chrétienne et, pour ce qui concerne le « salaire au mérite » instauré jusque dans la fonction publique par not’bienaiméprésident, sur de purs critères capitalo-méritocratiques.

    Quand on réfléchit un peu, il n’y a donc aucun mérite à être contre le mérite. pour peu que l’on soit contre la fabrication artificielle d’une élite.

  • désactivé à la demande du riverain
    • Posté à 18h00 le 20/04/2009
    • Internaute 73962
      ...

    Quel article niais et nauséabond ! Et c’est à ces gens-là qu’on confie l’éducation de nos enfants ?

    • Ubu Trodvers
      Ubu Trodvers répond à désactivé à la demande du riverain
      Glisseur d'instant
      • Posté à 18h21 le 20/04/2009
      • Internaute 77126
        Glisseur d'instant

      Un prof ayant un avis, moi ça me va tout à fait ! Au moins je suis sur que si mon gosse a un quelconque problème il essayera de l’aider plutôt que d’accabler de louange un gamin qui n’a rien fait pour être bon ! et avec un peu de chance il évitera même de faire « le programme rien que le programme et juste le programme ! »

      Norton aurait-il une tête de premier de la classe ! Merdre ! Si les virus sont des génis on est pas près d’être sain(t) !

    • Al nasr al tair
      • Posté à 19h34 le 20/04/2009
      • Internaute 69210
        L'aigle en vol...

      Cher Norton

      Je compatis à ton problème mais aussi m’interroge un tantinet à ton endroit ; Que fais tu dans la rue ? Dans 99% des cas tu jettes, tu critiques négativement, tu dénigres péremptoirement.
      Quel trouble te porte à fréquenter si assidument un endroit que tu sembles ne pas supporter. Un peu comme un homo honteux qui fréquenterai un lieu de drague tout en vouant aux gémonies les sales pédés.
      Je sens chez toi des frustrations si handicapantes que j’en ai mal pour toi...
      Il semble que dès qu’un intervenant utilise un langage un peu élaboré pour exprimer sa pensée cela te soit insupportable. Je ne saurait trop te conseiller de rechercher sur le net des endroits ou l’on échange avec un langage simple, disons 300 vocables courants ce qui semble correspondre à tes capacités.
      Le complexe t’est étranger, bon, soit ! Mais est ce une raison pour agresser ceux qui y ont accès ?
      Cet article est un bel exercice et porteur d’opinions que l’on peut partager ou non, c’est le but du jeu si je puis dire.

      En utilisant le mot niais tu me fait penser au nabot qui, en jugeant de l’intelligence d’autrui nous donne malgré lui une idée assez précise de la sienne.

      La bêtise, chez un être se reconnait à sa façon de taper allègrement sur tout ce qu’il ne comprend pas et toi tu tapes souvent, très souvent .......................

      PS : « nauséabond » ! ! ! ! ! ! ! ! ! ?

      • Servais-Jean
        • Posté à 22h59 le 20/04/2009
        • Internaute 4591
          43

        Faut pas lui en vouloir, Norton est un crypto-crypto-con c’est à dire qu’il cache à lui-même qu’il refuse de se dire qu’il est con.
        Un con puissance indéterminée.
        Ce qui le fait jouir c’est le nombre de boules rouges, pour ma part je ne prends surtout pas la peine de le nazer, ça lui fait trop plaisir.

    • Boduacus
      • Posté à 21h56 le 20/04/2009
      • Internaute 35702

      Le sarkophile diabolicus, moitié cochon, moitié hyène, est des sortie.

    • Saheyus
      Saheyus répond à désactivé à la demande du riverain
      Nightfall, quietly it crept and (...)
      • Posté à 22h29 le 20/04/2009
      • Internaute 28231
        Nightfall, quietly it crept and (...)

      Vous avez le sens de l’oxymore « niais » et « nauséabond », c’est amusant. Seulement, voyez-vous, les gens niais sont ceux qui ne réalisent pas la réalité de la société dans laquelle nous vivons. Et je pense que Nestor Romero ne se fait aucune illusion sur ce point, sur le fondement proprement inégalitaire de notre société.
      Selon vous, il serait « niais » de considérer que les être humains sont égaux ? Que l’espèce humaine est une et indivisible ? Et qu’avec un peu de bonne volonté et de lucidité, il doit être possible de créer une société meilleure, c’est à dire plus égalitaire ? Selon vous, il est « niais » de penser que la société n’a pas besoin de « leader », de « chefs », « d’élites », d’une structure pyramidale enfin, et qu’il lui faut tout au plus des conseillers et des administrateurs ?

      Autant dire que votre post, en quelques mots, condamne l’espèce humaine à une stagnation éternelle, et à un destin bien sombre.

      « Et c’est à ces gens-là qu’on confie l’éducation de nos enfants ? »

      Avoir un prof enseignant aux enfants qu’ils peuvent penser par eux-mêmes, que leur place dans la société n’est pas une « cause » mais une « conséquence », qu’ils ne seront pas supérieurs ou inférieurs aux autres dans l’avenir quel que soit l’argent ou la notoriété qu’ils amasseront (ou n’amasseront pas)... voila qui a de quoi en faire frémir plus d’un, je le conçois.

      Mais n’ayez crainte, nos leaders ont ouvert la chasse aux affreux pédagogues depuis bien longtemps.

    • Banana ex de juanitoto
      Banana ex de juanitoto répond à désactivé à la demande du riverain
      Je déteste rue89, tous les (...)
      • Posté à 00h40 le 21/04/2009
      • Internaute 67910
        Je déteste rue89, tous les (...)
  • Tita
    Tita
    oiseau
    • Posté à 18h21 le 20/04/2009
    • Internaute 7659
      oiseau

    La méritocratie, c’est l’argument des néo-racistes, ceux qui rêvent d’équité en lieu et place de l’égalité.

    Oui, l’équité, ce petit quelque chose qu’on rajoute (ou enlève) à l’égalité pour tenir compte du mérite... et qui démontrent alors toutes les valeurs que les dominants s’attribuent pour justifier leurs positions sociales.

    Je viens de vérifier : il y a bien une corrélation positive entre racisme et méritocratie. Plus on est en faveur d’un système méritocratique, plus on est raciste.

    • Ubu Trodvers
      Ubu Trodvers répond à Tita
      Glisseur d'instant
      • Posté à 18h26 le 20/04/2009
      • Internaute 77126
        Glisseur d'instant

      Une image pour toi Tita ! tu le mérites pour ta belle réponse ! Pioche dans la pile des oiseaux ! !

      Je mettrais en titre de ton poste :
      De la confusion entre encouragemment et privilège !

      et je me coucherais moins ubuesque ce soir d’avoir enfin une vraie raison de distinguer équité et égalité !

      Merdre a toi !

    • Network 23
      Network 23 répond à Tita
      identité perdue dans mes papiers (...)
      • Posté à 20h07 le 20/04/2009
      • Internaute 23367
        identité perdue dans mes papiers (...)

      Dans son texte, Esther Benbassa prononce le mot « mérite »... une seule fois.

      Cela pour souligner que si elle évoque le terme, ce n’est pas pour faire la louange de la méritocratie (dont le rapport avec le racisme reste à prouver, à moins que vous fassiez l’équation, absurde, selon laquelle méritocratie = affirmative action = racisme ; pourquoi pas parité = sexisme ?), mais pour souligner « qu’à mérite égal », un Noir ou un Arabe, de nationalité française, né en France, n’aura pas la même situation socio-professionnelle qu’un Blanc, de nationalité française, né en France (voir qu’un Blanc étranger). En sommes, vous pouvez remplacer le mot « mérite » par « toutes choses égales par ailleurs » , son texte garde le même sens.

      Je défie quiconque de démontrer que Benbassa se trompe en disant cela. Et celui qui ose le faire, qu’il démontre ensuite qu’une femme, « toutes choses égales par ailleurs », a la même situation socio-professionnelle qu’un homme en France.

      Par conséquent, la remise en cause, salutaire, de la notion de « mérite » par E. Romero n’atteint pas une seule fois le texte de Benbassa . Les deux points de vue sont parfaitement compatibles ; quoiqu’il en soit de leurs désaccords personnels par ailleurs. On est bien d’accord : la notion de mérite individuel ne sert qu’à jeter le masque sur les facteurs socio-culturels, dont seul quelqu’un qui dénie toute valeur à la sociologie peut remettre en cause l’existence (quelqu’un qui vit donc un peu à côté de son siècle, si cela est possible).

      Mais justement, ce que souligne Benbassa, et nul besoin de s’appeler Esther pour le faire, c’est que ces facteurs socio-culturels, en l’occurrence, la couleur de peau, l’origine des parents ou des grand-parents, la zone de résidence (zone dite « sensible »), tout cela joue sur notre situation : toutes choses égales par ailleurs, ces facteurs, qui ne sont pas intrinsèques à notre compétence - nul besoin d’invoquer ici le mérite - font que les patrons choisissent un moins compétent que nous, mais bénéficiant de facteurs sociaux jugés plus « positifs ».

      C’est là le fait, évident, de la discrimination sociale en France, et ailleurs. La critique légitime de la notion de mérite individuel contribue, plutôt qu’autre chose, à renforcer cette critique de la discrimination, parce qu’elle peut aller jusqu’à montrer que si la compétence d’une personne doté de facteurs socio-culturels jugés « négatifs » par les élites est moindre que la compétence d’une autre, bénéficiant de facteurs sociaux « positifs », cela peut s’expliquer non pas par une différence de mérite, mais de chances sociales, c’est-à-dire d’héritage social & culturel.

      Que faire ? Benbassa prône l’établissement des statistiques ethniques. Cela choque une certaine partie d’entre nous, en ce que cela irait à l’encontre du modèle républicain. Est-ce vrai ?

      Je ne sais pas. On peut, rapidement, souligner la différence culturelle entre les Etats-Unis, qui ont instauré un système de recensement « racial » sur l’auto-reconnaissance, et la France qui nie la notion de race. Lorsque j’écoute - sur Internet, par exemple - des Américains non racistes parler de « race » et considérer qu’il y a plusieurs « races » différentes, avec des propriétés essentielles différentes, je doute que cela soit l’objectif poursuivi par les partisans des statistiques « ethniques », que de favoriser la création d’un tel essentialisme chez une bonne partie de nos concitoyens.

      A supposer que ces statistiques soient utiles pour mener des actions positives de solidarité, l’addition risque d’être un peu salée...

      Enfin, j’attire l’attention sur le texte récent, malheureusement pas encore en ligne, de Walter Benn Michael, « Liberté, fraternité... diversité ? » Lien .

      Benn Michael souligne, qu’aux Etats-Unis, depuis 1965, année du Civil Rights Act et époque de la mise en place de l’ affirmative action , les inégalités n’ont pas diminué, mais augmenté - comme d’ailleurs dans le monde entier.

      A se focaliser sur un problème intéressant, celui des constructions sociales de l’identité, de la « race » comme construction socio-culturelle, de la « diversité », la gauche perd de vue un problème plus fondamental : celui de la lutte contre les inégalités économiques.

      Dans un autre article, (« Against Diversity » ; Lien ), Benn Michael dit ceci :

      « En outre, pratiquement toute l’augmentation des inégalités a eu lieu après la promulgation du Civil Rights Act de 1965 - ce qui ne veut pas seulement dire que les succès de la lutte contre la discrimination ont échoué à alléger les inégalités, mais qu’ils ont été compatibles avec une expansion radicale de ceci. De fait, ils ont aidé à rendre possible le gouffre grandissant entre les riches et les pauvres.

      Pourquoi ? Parce que c’est l’exploitation, pas la discrimination, qui est le premier producteur d’inégalités aujourd’hui. C’est le néolibéralisme, pas le racisme ni le sexisme (ou l’homophobie ou le “vieillisme”) qui créé les inégalités qui importent le plus dans la société américaine : le racisme et le sexisme sont juste des outils de classement [sorting devices].

      En fait, l’une des grandes découvertes du néolibéralisme c’est que ce ne sont pas des machines de classement très efficaces, économiquement parlant. Si, par exemple, vous cherchez quelqu’un à promouvoir comme chef des ventes dans votre entreprise, et que vous choisissez entre un homme blanc hétérosexuel et une lesbienne noire, et que la seconde est en fait une meilleure vendeuse que le premier, le sexisme et l’homophobie peuvent vous dire de choisir l’homme blanc hétérosexuel, mais le capitalisme vous dit de prendre la lesbienne noire. Ce qui veut dire que, même si certains capitalistes peuvent être racistes, sexistes et homophobes, le capitalisme lui-même ne l’est pas. »

      Benn Michael marque un point très important ici. Que nous chaud que ce soient des Blancs, des Arabes ou des Noirs qui vivent à Neuilly ? Le fait que de riches princes saoudiens y habitent n’arrangent rien pour la majorité des Beurs de France. Qu’importe la nouvelle bourgeoisie noire aux Etats-Unis, si celle-ci vote républicaine et ne s’occupe que de pognon ?

      Le Monde diplo d’avril (tjs lui), dans un article intitulé le « Logement social, une pénurie entretenue » , souligne que ce secteur, qui représente 23% de l’économie française, a vu son financement public tomber en chute depuis les années 1960, sous l’influence de Giscard notamment.

      Aujourd’hui, l’effort public représente moins de 2% des richesses produites dans ce secteur. Depuis le démantèlement libéral de la politique du logement en France (à laquelle Pierre Richard, dirigeant de Dexia qui a démissionné en 2008, a participé dans les années 1970, de même que Jacques Barrot, récent dirigeant de Gecina, société foncière qui a allègrement participé aux avantages de la loi Borloo), c’est le secteur privé qui se débrouille.

      Résultat : ce poste coûte 25% des dépenses des ménages, contre 12,5% à la fin des années 1980.

      L’APL, mis en place par les libéraux afin de compenser la suppression des aides à la pierre, n’a servi qu’à enrichir les propriétaires, dont on a favorisé les hausses de loyer à partir de la loi de 1986.

      Bref, n’est-il pas prioritaire, pour lutter contre les inégalités, de lutter pour une véritable politique de la ville et du logement, plutôt que pour des statistiques ?

      • Tita
        Tita répond à Network 23
        oiseau
        • Posté à 20h56 le 20/04/2009
        • Internaute 7659
          oiseau

        Votre post, bien qu’écrit pour tout le monde, m’étant techniquement adressé, je me permettrais de risquer une réponse.

        1) Je n’ai pas lu Esther Benbassa. Cependant, cela n’empêche pas de ne pas aimer le mot mérite. Cela ne m’empêche pas non plus, indépendamment du fait que l’auteur Romero ait ou non raison d’axer sa diatribe sur cela, d’être d’accord avec lui sur le sens qu’il donne au mot « mérite ».

        2) Le lien entre méritocratie et racisme n’est pas complètement illusoire : Lien

        3) Oui, il y a d’autre cause dans les inégalités que le racisme ou que la méritocratie. Il est probable même que ces autres causes soient plus « importantes » en terme de variance expliquée. Mais en quoi l’illégitimité des causes libérales, d’exploitation, etc... rendent-elles les autres moins abjectes ?

        Ceci étant, je suis d’accord. Faire des statistiques pour s’émouvoir sans rien tenter à côté pour corriger les problèmes de fond est débile. Est-ce entretenu ? C’est possible, voie probable, mais qui l’entretient ainsi sinon ceux qui s’attribuent les mérites suffisant pour gouverner pour eux, à leurs profits, mais en notre nom ?

         
        • Network 23
          Network 23 répond à Tita
          identité perdue dans mes papiers (...)
          • Posté à 21h20 le 20/04/2009
          • Internaute 23367
            identité perdue dans mes papiers (...)

          Nous sommes d’accord sur l’incapacité de la notion de « mérite individuel » à rendre compte des trajectoires sociales, mais je ne vois vraiment pas le lien entre méritocratie & racisme (au contraire, une « véritable méritocratie », si cela pouvait exister, donnerait plus de chances à un Noir « méritant » qu’à un Blanc moins méritant - ce qui n’est clairement pas le cas aujourd’hui).

          Je ne vois pas non plus en quoi ce papier sur le rapport entre les stratégies de reproduction « adaptées » et les comportements de dominance a un lien avec le racisme. Avec le pouvoir, ou avec le darwinisme social (du genre les « winners » sont ceux qui écrasent les autres), OK, mais avec le racisme ?

          Enfin, je suis d’accord avec votre 3e point. Mais le point de Walter Benns Michael, c’est de montrer que la lutte contre celles-ci sert de cache-misère à l’exploitation. Il n’a pas forcément raison. Mais ça reste un argument de poids, et l’histoire récente des Etats-Unis lui donne parfaitement raison.

          L’autre point, c’est que l’exploitation va de pair avec les discriminations - sinon on ne parlerait pas de discrimination : on veut bien dire par là, pour prendre le cas des Américains, que les Afro-Américains sont plus pauvres, vivent dans des quartiers délabrés « down-town », sont sujets beaucoup plus souvent que les Blancs à des peines de prison, voire à des peines de mort, etc. Ne peut-on croire que la lutte contre ces inégalités économiques et sociales conduira mécaniquement à une baisse des discriminations ? dans la mesure où l’effet de celles-ci c’est de produire des inégalités ?

          Bref, pourquoi s’attaquer aux effets, plutôt qu’à la racine du problème ?

          PS : prenez le temps de lire la tribune de Benbassa, même si vous n’êtes pas d’accord, elle demeure d’une excellente lecture ; -) !

          • Tita
            Tita répond à Network 23
            oiseau
            • Posté à 22h37 le 20/04/2009
            • Internaute 7659
              oiseau

            La papier dont je vous ai donné le lien a un paragraphe expliquant un aspect important : pour les personnes ayant une forte tendance à la dominance sociale, les inégalités sont justifiées par le racisme, la méritocratie, etc... Je n’ai pas trouvé mieux qui soit accessible sans passer par une BU.

            Tout le débat est là. Il ne s’agit pas de prétendre qu’il est illégitime de donner à un noir compétent ce qu’on refuse à un noir incompétent. Il s’agit du fait qu’on se sert beaucoup de la méritocratie pour légitimer, justifier, affirmer des inégalités comme « justes ».
            C’est un peu comme l’élève qui dans l’année est quatre fois absent avec, à chaque fois, l’excuse que sa grand-mère maternelle est morte. Dans le tas, cela signifie que la mort de la grand-mère sert au moins 3 fois d’excuse. Cela ne signifie pas qu’il est impossible que la grand-mère décède.

            Ceci étant, qui est-ce qui définie le critère de la compétence (ce que valorise le mérite ?) sinon, justement, les dominants qui peuvent alors se servir au mieux. Ainsi, on tente de nous expliquer, études à l’appuie, que les noirs sont moins intelligents que les blancs ; C’est vrai, sauf que les tests sont fait par des blancs, dans une culture blanche et que si l’expérimentateur est noir les participants noirs deviennent aussi intelligents que les blancs. Donc c’est faux.

            Vous dites que l’on s’attaque ici juste à l’effet et non la cause. Vous avez partiellement raison. Vous avez raison que l’inégalité économique génère des préjugés (basés sur une pseudo-méritocratie, etc...). D’ailleurs, je crois qu’il y a un siècle, certains bourgeois appelaient leurs domestiques et les pauvres de manière générale par les mots « cette race-là » en donnant dans l’essentialisme. Cependant, je crois aussi que l’inverse est vrai. Tant qu’on a des préjugés sur un groupe de personnes, il est difficile pour eux d’évoluer... ne serait-ce que par l’effet du plafond de verre, la falaise de verre, etc... Les deux aspects s’auto-influencent. L’un justifiant l’autre (tandis qu’ils sont normalement indépendants).

            Mais promis, dès que faire se peut, je lirais Benbassa.

          • Saheyus
            Saheyus répond à Network 23
            Nightfall, quietly it crept and (...)
            • Posté à 22h53 le 20/04/2009
            • Internaute 28231
              Nightfall, quietly it crept and (...)

            J’ai comme l’impression que Tita parle de la pratique, et vous de la théorie, en ce qui concerne la méritocratie. Dans la pratique, les Etats qui se prétendent méritocrate sont, de fait, racistes. Votre présentation théorique est exacte, et elle pourrait même se réaliser un jour, qui sait ?
            Mais le problème est que le mérite est, comme l’a signalé Nestor Romero, un *outil* trop pratique pour que les puissants se refusent à l’utiliser. Comme ce principe du mérite exige le découpage de la société en classes, le conservatisme et la flemme naturel des élites les incites à remettre le moins en cause possible le découpage initial, car le contraire remettrait en cause leur propre place. Il me semble donc que sans une abolition temporaire du principe d’élite, jamais une véritable méritocratie ne pourrait s’installer.

            Mais ce serait une terrible régression que de passer d’une société sans élite à une société élitiste, fut-elle non-raciste.

            « Ne peut-on croire que la lutte contre ces inégalités économiques et sociales conduira mécaniquement à une baisse des discriminations ? dans la mesure où l’effet de celles-ci c’est de produire des inégalités ? »

            Outre le fait que je suis totalement d’accord avec vous, j’aimerai introduire un autre élément qui pourrait aller dans ce sens. Je ne sais pas si vous avez lu cet article : Lien
            Deux conclusions à partir de cet article. Il semblerait que l’on transmette, non seulement des gènes à ses enfants, mais aussi une capacité de mémorisation. Et cette capacité depend de l’environnement. Autrement dit, c’est passer du coq à l’âne, je l’admet (enfin, de la souris à l’humain), mais il n’est pas du tout absurde de penser que la ghettoïsation et la transmission de la misère favorisent aussi la transmission des faiblesses individuelles, tandis que le simple fait d’avoir un parent ayant eu une vie riche et agréable améliore sa propre vie, même lorsqu’on connaît soi-même des conditions difficiles. Sachant les énormes différences de conditions de vie entre les humains (bien plus grandes qu’entre deux animaux), on peut supposer des effets notables.

            Bref, les conditions de vies créent des inégalités entres les humains, mais en plus ces inégalités se transmettent. Je trouve le piège particulièrement vicieux. Mais le jour où il sera déjoué en sera d’autant plus agréable.

        3 autres commentaires
      • citoyen97334
        citoyen97334 répond à Network 23
        Informaticien
        • Posté à 08h08 le 21/04/2009
        • Internaute 54135
          Informaticien

        Ou avez vous lu qu’en france on ne parle pas de race ?

        je vous renvoie à Mr Arthur de GOBINEAU dont l’essai
        a servi de base aux théorie racistes de Mr HITLER !

        Un peu d’histoire ne peut pas faire de MAL !

        Bien le bonjour

        Lien

  • Sylvain85
    • Posté à 18h25 le 20/04/2009
    • Internaute 49955

    Je ne vois pas vraiment où Esther Benbassa exprime être plus méritante qu’un autre. Elle rappelle des anecdotes personnelles et professionnelles dans lesquelles elle était préjugée moins méritante à cause notamment de son accent.
    Je me garderai donc d’entrer dans ce débât stérile sur la notion de mérite.

    Dans sa tribune, elle a le tort d’évoquer discrimination positive et statistique ethnique qui sont deux débâts assez complexes pour que l’on évite de les mener en même temps.

    Sur Rue89, nombreux sont ceux qui se contentent de vouloir rester sur l’idéologie qu’évaluer la discrimination est en soi une discrimnation. En effet pout compter des gens différents les uns des autres, il faut commencer par accepter de considérer qu’ils sont différents.
    Pourtant, s’il y a bien un domaine où il faudrait un peu de pragmatisme, c’est bien celui de la lutte contre les discriminations !
    Y a-t-il des discriminations en France ? Oui c’est un fait.
    Comment pouvons-nous lutter ? Des opérations testing, elles existent mais, malheureusement, elles sont très lourdes et coûteuses et resteront en conséquence anecdotiques.

    Si quelqu’un a une idée, qu’il la fasse connaître. Je suis certain que d’autres riverains seront ravis de la démolir comme ils démolissent actuellement toutes celles qui émergent.

    Le plafond de verre de la carrière des femmes commence enfin à s’élever grâce entre autres à l’obligation pour les entreprises de comparer leur salaire avec celui des hommes. Combien de temps devrons-nous subir la discrimination fondée sur la couleur et l’origine avant qu’on prenne vraiment le taureau par les cornes ?

    • Chevalier De Monlac
      Chevalier De Monlac répond à Sylvain85
      Chevalier en mousse
      • Posté à 18h57 le 20/04/2009
      • Internaute 66559
        Chevalier en mousse

      Ce n’est certainement pas en faisant du racisme à l’envers (mais du racisme quand meme) qu’on diminura les discriminations.

      Lisez les textes des partisans de la discrimination positive,c’est effarent de voir un tel retour en arriere.

      • Sylvain85
        • Posté à 23h12 le 20/04/2009
        • Internaute 49955

        On est d’accord, la discrimination positive est une discrimination.

        Maintenant, je reste assez intéressé par l’idée de statistiques ethniques.
        Cela permettrait à tout le monde de se poser les bonnes questions. Beaucoup de DRH discriminent sans même sans rendre compte. Avec des tableaux de bord, leur montrant chaque année le % de gens se déclarant noir, jaune, vert à chaque étape des processus de recrutement et à chaque étape de carrière, cela permettrait de réfléchir au pourquoi du comment...
        Cela permettrait de repérer les managers ayant besoin d’ouvrir les yeux sur leur pratique.

        Je réitère donc ma question à tous ceux qui me « Naze » : comment lutter contre les discriminations sans statistiques ethniques ?

         
        • Saheyus
          Saheyus répond à Sylvain85
          Nightfall, quietly it crept and (...)
          • Posté à 23h22 le 20/04/2009
          • Internaute 28231
            Nightfall, quietly it crept and (...)

          « Maintenant, je reste assez intéressé par l’idée de statistiques ethniques. »

          Simple question : si on a, par exemple, un grand père asiatique, un autre sud-américain, une grand mère nord-américaine et une autre africaine, on coche quelle case ?
          Et est-ce que le noir prime sur le blanc à proportion égale, parce que ça se voit plus ? Et si on est d’une certaine couleur de peau, mais avec d’autres traits physiques qui évoquent d’autres ethnies (cheveux, profil du visage...) on se case où ?

          Soyons clair, je ne raille pas votre post, c’est une question que je me pose sérieusement à propos des statistiques ethniques. Et je serais curieux d’avoir la réponse de quelqu’un qui les approuve.

        1 autres commentaires
    • Saheyus
      Saheyus répond à Sylvain85
      Nightfall, quietly it crept and (...)
      • Posté à 23h00 le 20/04/2009
      • Internaute 28231
        Nightfall, quietly it crept and (...)

      « Comment pouvons-nous lutter ? »

      En mettant un terme aux discriminations sociales, tout simplement, qui sont le fruit d’une politique xénophobe, tout aussi bien que de l’existence même d’échelons beaucoup trop nombreux dans notre société, avec des élites millionnaires (intolérables quelles que soient leurs origines), et des porteurs de misère innombrables (sans doute souvent d’origine immigrée mais au final, qu’importe ? car la misère doit disparaître, quelle que soit sa couleur).
      Il ne s’agit pas de se demander qui vit dans les ghettos, mais de les faire disparaître - les ghettos, pas ceux qui vivent dedans, hein.

  • Pseudo
    Pseudo
    Enfin libre : -)
    • Posté à 18h31 le 20/04/2009
    • Internaute 25947
      Enfin libre : -)

    Bravo pour votre démonstration (si si, vous le méritez ; -)) ).

  • Jonas2
    Jonas2
    Les mouches ne me trouveront (...)
    • Posté à 18h49 le 20/04/2009
    • Internaute 19359
      Les mouches ne me trouveront (...)

    Bien dit Nestor.
    Le vrai mérite, c’est être capable de respecter les lois de la république malgré la colère qui vous pousserait parfois à manquer de respect aux héritiers de la réussite, surtout lorsqu’ils se piquent d’enseigner ce qu’ils ne connaissent pas : le mérite justement.

  • A déménagé le 8-10-2011
    • Posté à 20h03 le 20/04/2009
    • Internaute 13512
      nc

    Merci pour cette mise au point.

  • Danielle29
    Danielle29
    Soutien à amonhumbleavis
    • Posté à 21h40 le 20/04/2009
    • Internaute 30791
      Soutien à amonhumbleavis

    Nestor, c’est toujours un grand plaisir de vous lire.

  • franc parleur
    franc parleur
    anarchieevangelique.wordpress. (...)
    • Posté à 22h50 le 20/04/2009
    • Internaute 75335
      anarchieevangelique.wordpress. (...)

    Le seul mérite que chacun peut avoir,
    c’est de se dépasser.

    Ceux qui séparent,
    divisent,
    fichent,
    notent
    - pratiquent l’enfermement de tous dans des « identités » appelées elles aussi à être dépassées.

    Diviser pour régner, flatter les « petits hommes » du « bon peuple », c’est la constante de l’imposture.
    A nous de passer outre.

    « écoute petit homme » :
    Lien« le-meurtre-du-christ »/

    .

  • Saheyus
    Saheyus
    Nightfall, quietly it crept and (...)
    • Posté à 23h18 le 20/04/2009
    • Internaute 28231
      Nightfall, quietly it crept and (...)

    Très bel article.
    Autant les commentaires trop fréquents des réactionnaires, extrémistes et racistes de tout poil me minent le moral régulièrement, autant il est rare qu’un texte me réjouisse autant en comparaison. Je ne suis peut-être pas très clair, mais je me comprends.

    « (S’il vous plaît, Esther, ne me ressortez pas le coup du marxisme mal digéré, vous me l’avez déjà fait une fois, je n’ai jamais été marxiste de ma vie.) »

    Que vous soyez marxiste ou non, je m’interroge sur cet étrange épouvantail. Que reproche-t-on exactement à Marx ? Je devrais peut-être poser la question directement à Esther Banbassa, car j’en cherche la réponse depuis fort longtemps.
    Quoi qu’il en soit, votre paragraphe qui précède me semble bien d’inspiration anarchiste. Ah, en voila bien un autre, d’épouvantail ! Je l’affectionne tout particulièrement ; et je m’étonnerai toujours que tant de gens soient incapables de concevoir un monde sans dirigeants (économiques, religieux, politiques, militaires...)

  • mamane
    mamane
    le futur c'était mieux avant
    • Posté à 00h33 le 21/04/2009
    • Internaute 44657
      le futur c'était mieux avant

    Certes le texte d’Esther Benbassa est en plusieurs points contestable.

    Mais votre argumentation est tout aussi contestable et tiens plus du dogmatisme, ce qui est en soit une bonne chose, et ne se limite qu’a cela, ce qui en est une moins bonne.

  • Utilisateur désinscrit à sa demande 2
    • Posté à 02h04 le 21/04/2009
    • Internaute 71957
      nc

    Sidérant...

    Je cite : « Vous n’êtes pas méritante quels que soient vos talents, votre volonté ou votre intelligence car vous n’avez décidé ni de vos talents ni de votre volonté ni de votre intelligence. »

    Donc voici un article qui nous dit trois choses :

    Oui, l’inné détermine l’individu, ses talents, sa volonté, son intelligence.

    Il existe donc une hiérarchie de fait, liée au patrimoine génétique, entre les humains.

    Et la société se doit d’abattre cela, c’est à dire d’empêcher ceux qui ont des talents de les exprimer à plein, afin de permettre à ceux qui en ont moins de se mettre au même niveau.

    Ca alors... Le professeur Jacquard se retournerait dans sa tombe s’il était mort.

    Cher Nestor Roméro, la société que vous nous décrivez, c’est le Meilleur des mondes. Personne n’est responsable de son destin, tout est écrit d’avance. Nous ne sommes donc qu’un troupeau qui croyons vivre notre libre arbitre alors que nous ne faisons qu’exécuter une partition écrite d’avance... Mais, heureusement, quelques esprits éclairés comme vous ont été touchés par la grâce et échappent à ce déterminisme. Et ils ont décidé de rétablir l’égalité.
    J’imagine qu’on commencera par couper les jarrets des sportifs qui courent trop vite, avant d’enlever des neurones bien choisis aux enfants trop intelligents ?

  • Avril
    • Posté à 03h53 le 21/04/2009
    • Internaute 24503

    Bravo, très bon article. Et pan ! 5 pruneaux.

  • Adéménagé le 3 janvier 2011
    • Posté à 09h07 le 21/04/2009
    • Internaute 29846
      menuisier

    Article VI de la Déclaration des D d l’H et du Citoyen :

    « Tous les Citoyens étant égaux à ses yeux, sont également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leur capacité, et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents. »

    Que la notion de « mérite » soit utilisée par l’élite héréditaire pour conserver son rang est évident, que le mot même soit maintenant conoté dans son usage par une droite très traditionnelle l’est également.

    Pour autant, notre société étant ce qu’elle est, à savoir puissament hiérarchisée, quels critères utiliser pour que se distribuent les places ?

    Il me semble qu’avec « liberté égalité, fraternité » et l’article VI, on a tous les outils conceptuels.

    Dans la liberté et l’égalité des droits, le citoyen obtient en fonction des ses « vertues et talents ».
    Mais que de contorsions pour ne pas écrire « mérite » qui a pourtant la vertue de la simplicité.

    Pour le reste votre dialectique est bien bancale, reposant intégralement sur le caractère selon vous univoque de cette notion de mérite (concentré selon vous de tous les non dits obscurs de la réaction).
    Pour ce qui est de définir les moyens nécessaires à ce que « tous donc, puissions bénéficier d’une vie digne “, ainsi que l’aune servant à cette distribution, là, pas de réponse, juste un voeu pieu.

  • plus tard
    • Posté à 10h42 le 21/04/2009
    • Internaute 26762

    A Nestor Romero, et à tous : lisez, sur cette brûlante question, « the rise of meritocracy », de l’anglais Michael Young (ça a du paraître vers 1950, il est aujourdh’ui difficiel à trouver, mais ça vaut le coup). En faisant un récit d’anticipation sur la progression de mesures du mérite et des capacités, « ouvertes à tous », dans la société, Young montre que l’on en vient peu à peu à un système monstrueusement inégalitaire, où il n’y a plus une seule humanité, mais des pauvres qui le méritent par leur bêtise et une élite de riches dont rien n’arrête l’arrogance tant sa sélection méritocratique irréprochable la rend sûre de son droit supérieur. Moins discriminer, dans une société inégalitaire, c’est enlever aux pauvres toute estime d’eux mêmes (qui pouvait s’appuyer sur l’idée qu’on ne leur avait pas suffisamment donné leur chance).
    C’est à la fois divertissant et extrêmement pertinent d’un point de vue sociologique. Et ça change le regard sur les mesure « antidiscrimination » qui sont avant tout des mesures pour renforcer la légitimité de la domination des « méritants ». Vues isolément, ces mesures ont l’air justes (c’est ce qui ensorcelle beaucoup de personnes de bonne foi en leur faveur). Mais restituées dans un contexte social plus vaste et au milieu de leurs tenants et aboutissants, elles peuvent apparaître comme une étape dans un processus impitoyable de sécession sociale de l’élite. Ce qui est moins sympathique.
    Ca nous laisse devant le choix entre le technocratisme effréné de la méritocracie, et une (r)évolution vers une société moins concurrente.
    Bien à vous,
    Termite.

  • marie 75
    • Posté à 10h44 le 21/04/2009
    • Internaute 3563

    L’association Salam demande à ce que cette information soit relayée
    urgemment :

    200 à 300 policiers (21 cars de gendarmeries, une quarantaine de camion
    de CRS), sont actuellement dans la jungle des « Pachtous » à Calais et
    procèdent à la destruction des « rooms » des afghans pachtous. Ces
    derniers, au nombre de 400 font face, avec 6 membres de l’association
    Salam, à un cordon de CRS qui encercle la jungle afin que personne ne
    puissent y entrer. On ne sait pas encore s’il y a eu des arrestations.

    Cette opération de « nettoyage » de grande envergure s’inscrit sans aucun
    doute dans le cadre de la visite du Ministre Eric Besson à Calais jeudi
    21 avril 2009.

  • SuperAlAmAs-
    SuperAlAmAs-
    Don Quichotte
    • Posté à 17h58 le 21/04/2009
    • Internaute 65608
      Don Quichotte

    Si les lois de la république étaient simplement appliquées de « base », cet acharnement térapeuthique à stigmatiser les français « pas blancs » en disant les « aider » comme si ceux ci mendiaient quoique se soit de plus que la liberté, égalité, fraternité française, on en serait pas là, je vais me faire des ennemis d’entré, mais c’es de la vaste branlette intellectuel, et je ne parle pas de l’article de monsieur Romero, mais du sujet en lui même...
    C’est pas ca une démocratie : faire genre : on ne sait pas quoi faire d’eux, c’est pas de leur faute, les pauvres, on va les compter, suivant, suivant... C’est plutot genant pour ceux qui désirent simplement avancer...
    Au final, c’est un problème de blancs et de leurs culpabilités multiples...
    Les phobies de ceux qui en ont devraient être traitées dans le domaine privée, chez un psy ou autres thérapies de groupes...

  • Pierre-Jean Delune
    Pierre-Jean Delune
    aka Gaston Lagowski, aka Dude- (...)
    • Posté à 02h17 le 22/04/2009
    • Internaute 21557
      aka Gaston Lagowski, aka Dude- (...)

    Curieux.

    J’adhère à votre refus de la méritocratie pour la même raison que vous : le démérite me paraît une condamnation néfaste à l’individu.
    Par contre, le refus du sentiment d’appartenance...
    Par simple goût pour la diversité, je ne me sens pas intéressé par l’horizon égalitaire que vous évoquez. J’ai moi aussi « dépassé mes racines », mais ça ne les coupe pas pour autant. Ce n’est pas la peine, on peut grandir sans rompre.

    Vous dites n’avoir jamais été marxiste, mais ce dépassement de l’appartenance, tel que vous le décrivez, n’est pas sans rappeler le « du passé faisons table rase ». C’était un des sales penchants du soviétisme, de vouloir gommer les différences d’origine. Et comme ça ne venait pas tout seul, on forçait les gens. Les guerres de l’est d’aujourd’hui sont là pour nous montrer que ça marchait pas bien.

    Alors oui, on peut s’enrichir culturellement. Justement parce que notre culture de départ n’est pas faite pour un être un moule imperméable, mais une source, qui vient se mêler à de plus grands flots de multitudes sans néanmoins se tarir.

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