2003-2009 : où en est le travail intermittent ?
C’était il y a quelques années. En 2003, très précisément. Le festival d’Avignon était annulé pour cause de conflit des intermittents. Mais qu’est-ce au juste que l’intermittence ? Inventé en 1936 pour accueillir les techniciens et cadres à employeurs multiples de la production cinématographique, le régime de l’intermittence fut ensuite étendu aux acteurs, et adapté aux évolutions de la production. Un intermittent, dès lors qu’il avait travaillé 507 heures lors des douze derniers mois, pouvait bénéficier d’indemnités chômage entre deux contrats.
Derrière ce régime, on trouvait -et on trouve encore- la reconnaissance des spécificités du travail artistique : le fonctionnement par projet rend indispensable la flexibilité maximale du travail de l’artiste. Mais d’accompagnement de la flexibilité, le régime se mua rapidement en une machine infernale, incitant à la multiplication de contrats de plus en plus courts et à l’entrée dans les carrières, sous la protection de cette couverture sociale spécifique.
Six ans après la réforme qui avait mis le feu à la profession
Les années ont passé. La réforme de 2003, qui avait mis le feu à la profession, est appliquée. Elle a consisté en un durcissement des conditions d’éligibilité à l’intermittence. De 507 heures en douze mois, on est passé à 507 heures en dix mois et demi pour les artistes et dix mois pour les techniciens.
Où en est-on, quelques années après la mise en application de cette réforme destinée notamment à réduire le déficit engendré par le système ? En 2005, on comptait 125.808 intermittents du spectacle, dont 66 600 artistes, les autres étant techniciens, cadres (réalisateurs, metteurs en scène, directeurs de production), ou ouvriers travaillant sur le plateau ou sur les décors.
La réforme n’a changé aucune des tendances qu’elle était censée inverser. Elle devait aider à moraliser l’usage parfois abusif de l’intermittence en incitant à la signature de contrats permanents ; les effectifs intermittents sont passés de 57 250 en 1990 à 124 800 en 2003 et 125 800 en 2005.
La réforme devait aider à l’allongement de la durée des contrats ainsi qu’à la baisse du nombre de contrats par intermittent. La durée est passée de 12 jours en 1990 à 5,3 en 2003 et 4,3 en 2005. Le nombre moyen de contrats s’est accru de 6,5 en 1990 à 11,3 en 2003 et 14,3 en 2005. Et le volume annuel de travail par intermittent a continué de baisser sur la même période.
Le juste paiement de la dette sociale de la société à ses artistes
Qu’est-ce que cela signifie ? L’intermittence demeure la forme massivement dominante de l’emploi dans l’audiovisuel et le spectacle vivant. Même les structures permanentes usent -et parfois abusent- d’emplois intermittents. Partie prenante de la définition de l’artiste, l’intermittence est le régime permanent dans lequel s’inscrit la relation de travail.
L’intermittence continue de jouer le même rôle. Pour l’employeur, elle permet de limiter les coûts du travail en autorisant la discontinuité de la relation d’emploi. Pour les artistes, elle est un élément de leur indépendance, puisqu’ils peuvent toucher des indemnités chômage entre deux contrats ; l’intermittence apparait ainsi comme le juste paiement d’une dette sociale, celle qu’une société qui aime les arts doit à ses créateurs et à ses interprètes.
Quant aux pouvoirs publics, ils y trouvent aussi leur compte, puisqu’ils ne financent pas le déficit de l’intermittence, qui est couvert par le régime général des salariés du privé. L’intermittence est ainsi un moyen ingénieux de compléter les subventions directes versées au spectacle et à l’audiovisuel.
A quoi donc aura servi la réforme de 2003 ? La question mérite d’être posée.
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Nous ne payerons pas votre crise (CIP-IDF Coordination des intermittents et précaires d’île de France)
Sous le signe de la crise, apprêtons-nous à vivre des moments encore plus difficiles. Le RMI à 400,07 euros, travailler plus pour gagner moins, les assistés que l’on voudrait honteux autant que reconnaissants, les révoltés avec ou sans papiers que l’on mate, les bataillons de travailleurs pauvres programmés par le RSA, les droits collectifs concédés au cas par cas, le contrôle et les châtiments aussi...
Action : nous ne paierons pas votre crise, à la CAF le 05/02/09
Ce jeudi 5 février, le MEDEF tient sa conférence annuelle et Sarkozy arraisonne le temps de cerveau disponible lors d’une messe télévisuelle pour nous entretenir de et dans la crise.
Nous, intermittents, chômeurs et précaires coordonnés, persistons à développer des formes d’auto-organisation des premiers concernés par la lutte contre la précarisation.
Tandis qu’on assiste à coût de milliards d’euros banques et entreprises, le MEDEF et la CFDT (Comité Féodal et Démocratique pour le Turbin), après avoir amputé le droit à la retraite (au moment même où des générations de travailleurs précaires confrontés à l’emploi discontinu ne sont pas assurés de comptabiliser suffisamment de trimestres pour y prétendre jamais), signe un accord Unedic qui détruit les droits collectifs en réduisant l’assurance chômage à une assurance individuelle contre les risques du marché de l’emploi (une journée employée = au maximum une journée indemnisable).
On veut faire croire que « le travail c’est la liberté » (Discours d’investiture de Sarkozy, le 14 janvier 2007) en instaurant une offre « raisonnable » d’emploi qui contraindrait à accepter n’importe quel salaire (d’un montant aussi bas que celui de l’allocation précédemment perçue...) et un RSA destiné à renforcer la contrainte à la précarité (« La personne au RSA qui refusera deux fois un emploi, on coupe tout », N. Sarkozy, à Chateauroux le 27 janvier 2009).
La crise : les scolarisés, les malades, les salariés, les chômeurs, l’immense majorité de la population en fait les frais depuis 34 ans. Et voilà qu’on la ressort du chapeau contre « les mécontents (qui) devraient se remonter un tout petit peu les manches (...) et se mettre à travailler plutôt à l’unité du pays » (É Woerth, secrétaire d’État au budget).
Le catalogue entier de leur diverses manières de nous mettre en concurrence et de nous faire vivre dans la crainte ne leur suffit plus ? Il faudrait encore se serrer la ceinture, et puis, tous ensemble, ouais ! se retrousser les manches pour sauver l’économie ? Comme toujours, c’est sur le travail qu’ils tablent pour contrôler le plus grand nombre. Eh bien non, nous préférons ne pas. Partout ripostons à l’atomisation, collectivisons le refus.
Puisque cette société est une entreprise, c’est partout qu’elle peut être bloquée.
Le succès des mobilisations de décembre contre la précarisation, la grève générale en Guadeloupe (et l’exigence qu’elle porte d’un relèvement substantiel du montant des minima sociaux), l’ampleur des manifestations du 29 janvier, la grève dans les universités, sont autant de facteurs d’inquiétude pour qui gouverne, et autant d’encouragements pour tous à résister, à inventer ce qu’il faut pour rompre enfin avec la société de concurrence.
Comme le dit une expression guadeloupéenne, c’est une longue manche. Et c’est maintenant.
Coordination des intermittents et précaires




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