Ingrid prof de ZEP (III) : « On peut faire une heure d'orthographe ? »
Bonne semaine pour Ingrid. Expressive, cheveux en bataille à 17h30, elle repart le soir avec le sourire.
Elle m’a confié qu’elle dormait tout de même moins bien qu’avant, refaisant, défaisant la nuit les cours ou ce qu’elle avait dit aux élèves le jour ; mais que sinon ça allait très bien.
Elle ne pensait pas qu’elle aurait si vite la joie de transmettre, ce plaisir, une fois la porte fermée, d’utiliser sa liberté de faire le cours à ces adolescents si vivants.
Pendant une réunion de midi avec les collègues de lettres, Ingrid a lancé, l’air nonchalant : « Pour l’instant, il y a une chose que je trouve vraiment difficile à faire, c’est la langue. On a le droit de faire une heure entière d’orthographe ou de grammaire ? “
Bombe ! Pavé dans la mare ! Ingrid reste bouche bée, car l’assemblée remue anormalement.
- Bien sûr qu’on a le droit… C’est tout le sens des derniers textes officiels ! Moi je refais des heures entières de conjugaisons, en 6e comme en 3e, ils ne savent rien, alors faut bien agir ! non ? …
- Bah ça, Géraldine, si tu veux les dégoûter à vie de la langue française et les mettre en échec, tu peux pas mieux t’y prendre, d’autant que ce genre de cours magistral ça sert vraiment à rien pour des gosses qui ne parlent pas français chez eux. Faut les faire lire ! Leur faire pratiquer la langue à l’occasion des lectures en classe, ou des corrections d’écriture…
- Ne me dis pas que c’est ça qui va les faire progresser Jean-Charles ! Et puis j’ai pas dit qu’ils ne participaient pas à l’heure de langue ! Les élèves adorent chercher des exemples amusants et faire de l’analyse grammaticale, c’est toujours lié à ma séquence et c’est aussi créatif qu’autre chose, je te jure que ça les intéresse… Mais bon tu peux continuer à glaner quelques règles de grammaire au hasard des textes si ça t’amuse…
- …
- Si je comprends bien, a dit Ingrid au moment où j’allais intervenir, il n’y a pas de règles, on fait comme on le sent. Et pourquoi pas appliquer alternativement les deux méthodes, suivant la classe, l’heure ou l’intérêt des élèves ?
La question d’Ingrid déclenche un grand silence cette fois, jusqu’à ce que Jean-Charles lui lance, un peu dépité :
- T’as choisi un stage dans le plan de formation 2007-2008 Ingrid ? N’oublie pas de le faire…
A suivre…
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Autrement dit : qui a LA solution ? Sarkozy, comme toujours (non, non ! Je déconne !).
Ah ! l’orthographe ! Moi-même, j’avoue ne pas avoir de recette-miracle. J’ai essayé une chose avec mes élèves en cours particulier, cette année : après avoir fait une dictée, je leur demandais de voir où ils avaient pu faire des erreurs (je n’aime pas parler de « fautes d’orthographe »), d’expliquer en quoi ils avaient pu se tromper et comment corriger. C’est ma façon de m’inspirer de Freinet, qui avait compris que l’élève assimile quand la démarche vient de lui. Ingrid aurait-elle moyen d’intégrer ce genre de procédé, que, du reste, je ne fais que suggérer ?
De toute façon, gé remarké ke kan, comm moà, on a toujour u une bone aurtaugraffe, cé tré dificil de la transmaittre au élaive. Mé jéspaire ke Ingrid elle va réucir !
En tout cas, je suis content de voir que ça va déjà mieux pour elle. Je lui souhaite bon courage !
Thomas GREDAT




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