Theatre et Balagan

Chronique ambulante d'un amoureux du théâtre, d'un amateur de l'Est et plus si affinités.

« Les Illusions comiques » à l'Odéon, le jeu jubilatoire de Py

Publié le 22/09/2007 à 20h11

Michel Fau en tante Geneviève

En reprenant « Les Illusions comiques », sa dernière création (texte et mise en scène), Olivier Py ne pouvait pas mieux rentrer dans le chou des années qu’il va passer à la tête du Théâtre de l’Odéon. Sorte de comédie d’Aristophane d’aujourd’hui, la pièce est un jeu de massacre dont l’auteur Py (le poète inspiré, narcissique, catholique) est le premier personnage, « Moi-même », et la première cible.

Flanqué de sa garde rapprochée d’acteurs qui jouent... des personnages d’acteurs portant leur nom (Philippe Girard, Michel Fau, Olivier Balazuc) et bien d’autres rôles, poussé par sa mère et tante Geneviève (Michel Fau, toute en rose), le poète de la pièce connaît la gloire.

Il côtoie les ministres, le maire de Paris, le président de la République (Py, qui avait écrit la pièce sous Chirac, a « actualisé » cette scène et quelques autres), le pape, le roi de la mode.

En un chapelet de scènes hilarantes on les voit porter le théâtre au pinacle, vanter sa puissance, l’auteur démiurge vire prophète. Ses camarades ont beau lui dire que le théâtre doit faire du théâtre et seulement du théâtre, rien n’y fait. Dans une sorte d’apothéose burlesque, tante Geneviève devient une bonne actrice à tout faire.

Et puis vient l’heure de la chute. Que reste t-il quand on est nu, à quelle bouée s’accrocher, à quel saint se vouer ? au théâtre, au théâtre, au théâtre, dit l’auteur. Py en donne cent définitions, dont cette dernière : « Le théâtre est récompense de n’avoir rien attendu ». Py ne s’attendait pas à ce qu’on lui offre l’Odéon, mais un scénario improbable a conduit à ce qu’on lui propose au débotté, et il n’allait pas dire non.

Clins d’oeil, citations et hommage involontaire

La pièce fait référence à la pièce de Corneille (« L’Illusion comique »), déjà une histoire où le théâtre est roi. Py y accroche les fils avec son écriture aussi gaie que généreuse. Il en est d’autres (la pièce est bourrée de citations), mais il y a d’abord cette filiation qui relie Py à Jean-Luc Lagarce, à qui la pièce est dédiée et qui y est représentée par « le poète mort trop jeune » (Lagarce est mort du sida à 38 ans en 1995) interprété par le grand Philipe Girard.

Py, de huit ans son cadet, a joué avec Lagarce lequel avait créé une maison d’édition, Les solitaires intempestifs, pour publier les premières pièces d’Olivier Py dont personne alors ne voulait.

Il avait aussi publié les pièces d’Elisabeth Mazev, actrice et amie d’enfance d’Olivier Py, enfance passée à Mouans Sartoux où la mère d’Olivier tient une boutique de fringues appelée Scarlett (dans « Les Illusions comiques », la boutique s’appelle Autant en emporte le vent, « maman » la débaptise pour lui donner le nom de « La mère du Poète, prêt à porter »). Mazev était aussi très amie avec Lagarce, elle le faisait rire, c’est une grande actrice instinctivement comique.

Dans la pièce, Py a écrit un très long et très beau monologue, où « mademoiselle Mazev » évoque la nuit où est mort « le poète mort trop tôt ». Et là, pour la reprise du spectacle à l’Odéon, s’est noué un de ces tours de passe passe qui touche au sublime (pour parler comme le poète de la pièce) : Mazev n’a pas repris son rôle, car elle s’apprête à jouer dans une pièce de Lagarce, mise en scène par François Berreur. Ce dernier et Mireille Herbstmeyer, formaient la garde rapprochée de Lagarce au sein du Théâtre de la Roulotte. Et c’est Mireille Herbstmeyer qui reprend le rôle de Mazev.

Dans le grand monologue, quand elle s’adresse au « poète mort trop tôt », elle parle tout autant à Jean-Luc Lagarce et ce faisant donne au texte de Py une densité tragique, allant jusqu’à trinquer (champagne, bien sûr) avec son ami mort.

Dernier détail qui ajoute une pointe d’ironie à cette soirée qui n’en manque pas : De son vivant, Lagarce n’avait guère été reconnu comme auteur, alors qu’il est aujourd’hui joué à tout va. Mais il connut une amorce de succès avec sa première montée dans la capitale, « Voyage de madame Knipper vers la Prusse orientale ». Et où avait-elle été monté ? Sur le scène du Petit Odéon... aujourd’hui transformé en cabinet de lecture.

Ajoutons que sur la grande scène, Giorgio Strehler avait signé là l’un de ses dernières mises en scène lorsqu’il dirigeait la maison, L’Illusion comique. Plaisir des signes.

Le petit monde du théâtre en prend pour son grade

Encore une petite chose. L’un des moments les plus cocasses des « Illusions comiques » est celui où, pour une histoire de harengs fumés proférée par l’auteur, des spectateurs (joués par les acteurs bien sûr) interviennent : un spectateur de gauche, un révolté, un théâtreux, un directeur de théâtre, un analyste,une mère de quatre enfants. Craquante parodie.

Le soir de la première à l’Odéon, le jeu de massacre était d’autant plus croquignolesque que la salle comptait à l’orchestre bon nombre de théâtreux, analystes, directeurs de théâtre. Tous invités. Certains riaient, d’autres pas, d’autres riaient jaune, il y en même qui préféraient fermer les yeux.

Au salut, on se disait qu’Olivier Py et sa bande avaient toutes les cartes en main pour accomplir ce rêve qui court en sous texte tout au long de la pièce : faire de ce sanctuaire qu’est l’historique théâtre de l’Odéon, un théâtre tout bonnement populaire.

Les Illusions comiques d’Olivier Py, au théâtre de l’Odéon - place de l’Odéon, Paris VIe - jusqu’au 30 septembre, puis en tournée jusqu’en décembre (Dijon, Valence, Chalon-sur-Saône, Villeurbanne, Marseille) - du mar. au sam. à 20h30, le dim. à 15h. - 2h50 - 7,50€/30€ - Rens. : 01-44-85-40-40. - plan


Philipe Girard dans Les Illusions comiques

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  • Anonyme

    « Faire un théâtre populaire ». Mais le théâtre populaire existe bel et bien : c’ est celui de Robert Hossein (« N’ ayez pas peur »), il se tient à une porte de Paris et qui a du succès. C’ est quoi cette maladie de vouloir faire un théâtre populaire en ne voulant pas voir celui qu’ il existe déjà. Mais peut-être que Robert Hossein est trop populaire (ou pas assez ? dans ce cas il y a Bigard au Palais des sports) ? Non : le théâtre populaire tel qu’ on l’ entend, c’ est un théâtre qui culpabilise le bon peuple ne pas s’ y intéresser pour bien lui faire comprendre qu’ il appartient à la populace indécrotable (alors que Novarina passionne tellement le cultureux (à tel point que la salle de la Comédie Française se vide à chaque représentation de ses bourgeois, les initiés qui s’ accrochent au fauteuil jubilant qu’ ils n’ y comprennent rien alors qu’ eux souffrent d’ ennui en silence). Bon. De toute façon, je déteste le théâtre et les théâtreux qui ne se remettent par du sinistre Jean Villar et du soi disant génial et indépassable Gérard Philippe.

    • ras-la-patience
      • Posté à 11h15 le 24/09/2007
      • Internaute 10027

      des âneries sur le théatre, je peux dire que j’en ai lu, des critiques, constructives ou pas, des essais, des articles divers. mais pour l’ANERIE majuscule vous avez le pompon !

      je ne parle même pas de votre avis affligeant sur jean Vilar ou gérard Philippe, dont on peut se demander si vous avez jamais vu un seul de leurs spectacles.

      vous dites vous même détester le théatre et les théatreux je crois surtout que vous n’y connaissez pas grand-chose

      • Anonyme répond à ras-la-patience

        Effectivement : décidant d’ ê^tre carricatural, je vous confesse que n’ ayant pas 90 ans et ne restant pas fixé à ce qui se faisait il y a 40 ans en France en disant que c’ était formidable, indépassable (un peu comme le général de Gaulle appelé à la recousse), je n’ ai pas eu la chance de voir Vilar mais le déplaisir de le réentendre UTILISÉ en prélude à chaque festival d’ Avignon, devenu la caricature de lui-même et justifier n’ importe quel navet. N’ est ce pas une anerie d’ idolâtrer ces ombres du passé à la parole d’ évangile, comme si la société de 2007 était celle de 1960, le public le même et un acteur mythique (Gérard P) indépassable parce que disparu avant de prendre de la brioche, de devenir la caricature de lui même et de finir comme beaucoup de stars d’ hier, c’ est à dire en première partie d’ une ouverture d’ un Monsieur Meuble à Moche les petits clapiers ou dans une troupe d’ une MJC de province vivant sur les recettes scolaires. Aussi sûr que la comédie française programme du Molière à tout va pour remplir sa salle déserte les soirées de Novarina l’ imposteur.

        N’ est-ce pas une ânerie d’ appeler de ses voeux un théâtre populaire ? En quoi le théâtre de Robert Hossein (que je n’ aime pas particulièrement ) ne serait-il pas du théâtre et à ce titre inexistant ou méprisable ? Le succès est au rendez-vous (mais je vous entend déjà me répondre comme tout bon théâtreux qu’ il faut etre exigeant avec le public et l’ éduquer... aux valeurs qui sont les vôtres bien sûr)

        Le théâtre m’ intéresse, pas les théâtreux qui inventent l’ eau chaude en croyant être les premiers à se moquer des princes du moment (en encaissant bienb sur les subventions à l’ image de Ribbes qui -sans rire et dans Libération- appelle à la résitance (à quoi ?) , lui même installé au Rond Point des champs Elysées.

        Pourquoi tout ce petit monde ne s’ organise-t-il pas comme à la Cartoucherie de Vincennes ? Ce serait un bon début.

        Je veux bien ne rien connaître au théâtre mais je n’ accepte pas d’ être dupe du petit monde des théâtreux (tout comme il existe un mode des cinocheux) fonctionnaires de la culture en boîte.

         
        • ras-la-patience
          • Posté à 19h49 le 24/09/2007
          • Internaute 10027

          1- il n’est pas nécessaire d’avoir 90 ans pour avoir vu Vilar

          2- il n’est jamais devenu la caricature de lui-même et ne justifie aucun navet ; il est mort.( mais on peut lire ou relire ses écrits) et on ne peut le tenir pour responsable de ce que certains, un peu prompts parfois à se réclamer de lui,(sur ce point je vous rejoint) s’autorisent à lui faire dire.

          3- ne vous emballez pas à propos de Hossein, l’ai-je attaqué ?

          4- le théâtre n’est pas une science exacte, les créateurs revendiquent le droit à l’erreur, certes il y a des navets, je ne les apprécie pas plus que vous

          5- autre point d’accord avec vous : la cartoucherie, voilà du bon théâtre, (cela dit, entre le travail de mouchkine et celui de hossein, l’idée qu’on se fait du public n’est pas la même)

          6- le fait d’être aidé par des subventions ne doit pas supposer une quelconque soumission à quoi que se soit, tous les théatreux (les bons comme les mauvais) sont d’accord sur ce point

          compte tenu de la personnalité de vilar, du travail qu’il a accompli tant dans ses mises en scène que dans son organisation du TNP, on peut peut-être lui trouver des défauts mais « sinistre » me parait quelque peu excessif

          sans rancune, le théâtreux vous salue bien

        • Anonyme

          pitiée allez regarder la télé, et epargnez nous vos propos qui ne volent pas plus haut que ceux que vous denoncer.

        2 autres commentaires
    • Anonyme

      Je suis abasourdi par autant de conneries ! Bigard en catégorie du Théâtre Populaire ? Non, mais remettez-nous Maggy le Dimanche soir je préfère !
      Et au lieu de cracher à la gueule de ce que VOUS appelez ’théâtre élitiste’ allez voir Olivier Py. Et laissez Hossein finir sa carrière de ’four’ en paix. Il a fait de belles choses, certes, mais ne me parler pas de lui aujourd’hui ! ça fait 15ans qu’il est out ! Alors, faîtes d’abord le 10ème de ce qu’ont révolutionné Jean Vilar et Gerard Philippe et on verra après.
      Merci

  • Anonyme

    vu cet après midi, c’est absolument génial.

  • ras-la-patience
    • Posté à 18h16 le 26/09/2007
    • Internaute 10027

    je me sens moins seul...

  • Anonyme

    quelle merde prétentieuse quelle loghorée affligeante
    beau reflet de notre intelligentsia...

  • Anonyme

    j’ai détesté perdre mon temps et mon argent
    quelle prétentieuse superficialité, quelle vulgarité pseudo comique, que de clichés du maliérisme à la vacuité nous traversons un débordement verbal, on y parle de sens ?
    heureusement le cointreau du pub st Germain était un délice.
    E rey une spectatrice par inadvertance

  • Anonyme

    j’ai détesté perdre mon temps et mon argent
    quelle prétentieuse superficialité, quelle vulgarité pseudo comique, que de clichés du maniérisme à la vacuité nous traversons un débordement verbal, on y parle de sens ?
    heureusement le cointreau du pub st Germain était un délice.
    E rey une spectatrice par inadvertance

  • Anonyme

    la poésie demande justesse et insolence, l’arrogance reste en vacance, py d’olivier doit apprendre l’humilité aux ras des pavés !

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