Chez Jean Matouk

Un blog sur l’économie, la finance, et quelques autres sujets d’actualité, par Jean Matouk.

Salaires-profits : les salariés ont payé pour rien !

Jean Matouk
Economiste
Publié le 20/05/2009 à 13h04

Si l’on veut bien jeter un regard de long terme sur le partage de la valeur ajoutée entre salaires et profits, la baisse de la part des salaires est indiscutable. Selon les chiffres du rapport du directeur de l’Insee, Jean-Philippe Cotis, elle était montée de 70% environ à plus de 75% en 1980. Elle a baissé depuis lors sous la moyenne de 70% antérieure.

Contrairement à ce qu’affirme le patronat, affecté d’une myopie rétrospective évidente en n’examinant le partage que depuis 1995, les salariés ont donc bien payé l’ouverture des frontières, par une baisse de leur part dans le produit de leur travail.

Les salariés français sont-ils seuls dans ce cas ? Evidemment pas ! Les salariés allemands, anglais, américains et même suédois ont vu aussi diminuer leur part du gâteau. Il est évident que l’entrée en lice de pays où les salaires sont vingt à trente fois inférieurs aux nôtres ne pouvait pas être sans conséquences économiques et sociales.

Fallait-il refuser cette ouverture des frontières ? C’était enfermer les entreprises européennes dans des marchés trop étroits pour la taille des outils de production modernes. Refermés sur l’Hexagone ou même l’Europe initiale des Six , nous paierions l’automobile et l’électroménager les plus simples, quatre ou cinq fois leurs prix actuels.

Fallait-il aller moins vite dans l’ouverture ? Peut-être ! Ce sont les Anglais qui ont forcé les feux du libre-échange, auquel ils étaient, jusqu’à aujourd’hui, moins perdants que nous, grâce notamment à la City, et aussi parce qu’ils n’ont jamais voulu considérer l’Europe comme une communauté politique. Mais on ne peut plus revenir en arrière.

Des profits qui n’ont pas été réinvestis dans le pays

L’effort demandé aux salariés pouvait avoir un sens, s’il était vraiment partagé, si les profits ainsi conservés par les entreprises venaient abonder leurs réserves puis des investissements en France, créateurs des emplois de substitution aux emplois détruits. Mais ce n’est pas ce qui s’est passé. Du moins dans les grandes entreprises !

En premier lieu, toujours selon le rapport Cotis, à l’intérieur même du groupe des salariés, une frange infime, les 0,1% des salariés les mieux payés, a vu son pouvoir d’achat progresser de façon telle qu’ils s’attribuent à eux seuls aujourd’hui 2% de la masse salariale, soit l’équivalent de ce que se partagent les 20% les plus mal payés !

Ensuite, la part de l’excédent brut d’exploitation des entreprises, disons leurs profits, qui a été distribuée aux actionnaires est passée d’environ 15% il y a quinze ans à 26% aujourd’hui ( augmentation de 7,1% à 16,3% en termes de profit brut). Encore n’est-ce là que la richesse de flux qu’on leur a distribuée, car, en outre, les dirigeants des entreprises cotées en bourse, ont eu le souci permanent de créer ce qu’ils appellent « de la valeur pour l’actionnaire », c’est-à-dire de faire monter le cours de bourse. Souci intéressé, évidemment puisque bonus et stocks options qu’ils se sont attribués étaient indexés sur ce cours...

Souci conduisant aux licenciements boursiers que les syndicats ont bien raison de dénoncer ! Souci qui n’est pas du tout conforme à l’image idyllique du capitalisme, simple générateur de salaires et de dividendes que voudrait donner notre patronat.

Malgré des bénéfices plus élevés, des investissements moindres

Mais qu’ont fait les grandes entreprises des profits subsistant après cette distribution de dividendes ? Pour tenter de le savoir, examinons les investissements. Avant les chocs pétroliers des années 1975/80 et l’ouverture aux pays neufs, le taux d’investissement, c’est-à-dire la part de valeur ajoutée consacrée à l’investissement des entreprises était double de celle d’aujourd’hui. Elle est passée, pour la France comme l’Allemagne, de 19/22% (chiffres OCDE 1968-73) à 11% (chiffres OCDE 2001-2005), et pour la Grande-Bretagne de 16% à 11% ; ces derniers chiffres étaient déjà atteints au milieu des années 80-90.

Parallèlement, le Japon qui investissait 31% de son PIB, n’en investit plus que 15% ce qui est, quand même, encore supérieur à l’Europe.

Si l’on veut saisir le problème autrement, la croissance annuelle moyenne en monnaie constante des investissements des entreprises, qui était de 5,5% en France et 7,1% en Allemagne dans les années 70, n’était plus de 1995 à 2005, que de 3,5% et 1,6% dans ces deux pays. Au Japon, le taux est passé de 12,6% à 3,2%. Cela signifie tout simplement, que dégageant des bénéfices plus élevés -les marxistes diront une plus value plus forte- et rémunérant mieux les actionnaires, les entreprises européennes ont aussi moins investi.

Mais attention ! Cette baisse de la part investie a eu deux facteurs.

D’une part, les PME, premières victimes des importations à bas prix, ont été décimées depuis vingt ans et n’ont donc pas pu fournir leur contribution antérieurement très importante à l’investissement. Les grandes entreprises, disposant, elles, de ressources financières fortement augmentées, et qui auraient pu, en direct ou par création de filiales, se substituer à l’investissement manquant des PME, n’ont pas réinvesti ces « sur-profits ». Du moins dans leurs pays respectifs, où les investissements sont comptabilisés ! Délocalisations investissements dans les pays « émergents », y compris l’Europe centrale et orientale, rachats d’actions et spéculation, ont absorbé leur excédent brut d’exploitation non distribué.

On peut en tirer une conclusion toute provisoire mais évidente. Ces gouvernements successifs qui ont, non sans raison, même si ce fut un peu rapide, accepté le libre-échange, auraient dû avoir pour souci immédiat, d’en prévoir en détail les conséquences industrielles. Ils auraient dû, conséquemment, engager une concertation permanente et approfondie, tant aux niveaux nationaux qu’européens, entre Etats, patronats et syndicats, pour au moins en amortir les chocs et, au mieux « planifier », avec incitations, des investissements de substitution. Malheureusement, pour un bon nombre de mes chers collègues, dans les années 1980-2000, planifier c’était blasphémer.

  • 3893 visites
  • 27 réactions
TAGS
Vous devez être connecté pour pouvoir commenter : ou créez un compte
  • leo s
    leo s
    (...)
    • Posté à 13h58 le 20/05/2009
    • Internaute 73621
      (...)

    « L’endettement particulièrement élevé des ménages a fait fonctionner pendant quelques années les économies données encore recemment en exemple pour leur dynamisme par les économistes libéraux et les encenseurs de la libéralisation totale des marchés et des dérégulations d’une concurrence débridée :
    le Etats unis, la Grande Breatgne, l’Irlande, l’Espagne notamment.

    Il s’agissait de maintenir le niveau de consommation des ménagespour absorber ce qui avait été produit en amont, alors que le pouvoir d’achat était plutôt en régression du fait d’une diminution relative des masses salariales, dans la plûpart des pays développés (blocage des salaires, maintien du chômage de masse, développement de la précarité).

    Dans la plupart des pays développés, le taux d’épargne des ménages est en baisse et leur niveau d’endettement progresse.
    Les gouvernements et les entreprises bloquent les salaires mais tentent de maintenir le niveau des consommations sur les marchés par une extension des endettements privés.

    Il est évident qu’aucune économie ne peut fonctionner longtemps quand elle repose sur un tel décalage.

    La cause profonde de la crise financière doit donc être trouvée dans ce décalage qui s’est accentué depuis une vingtaine d’années. »

    • tlaloc
      tlaloc répond à leo s
      Retraité
      • Posté à 19h16 le 20/05/2009
      • Internaute 47359
        Retraité

      tout à fait d’accord la crise provient du crédit surtout à taux variable ou à taux usuraire (20% en revolving) et des salaires qui aux USA n’avaient pas bougé entre 2000 et 2007.

      • Oeillet rouge
        Oeillet rouge répond à tlaloc
        rêve générale
        • Posté à 22h50 le 20/05/2009
        • Internaute 72489
          rêve générale

        Avant cette crise du crédit, je pense que la crise vient du système de l’actionnariat et de la spéculation qui est son moteur.
        L’accumulation du capital est plus ancienne que le crédit à taux variable (qui est un avatar du système) et elle se trouve - avec l’exploitation - aux fondements mêmes du capitalisme (c’est KM qui me le souffle).

        En ce moment dans les entreprises, on met les gens au chômage partiel, on leur demande d’accepter qu’on baisse leurs salaires « pour que la boîte ne coule pas » et pendant ce temps les dividendes versés aux actionnaires continuent de grimper... Et puis on vend la boîte et on jette tout le monde.

        Des actionnaires qui n’ont, comme de bien entendu, aucun effort à fournir face à la crise, Quel type d’effort peut d’ailleurs bien fournir un actionnaire ?

    • nemo3637
      nemo3637 répond à leo s
      Déchoukeur
      • Posté à 14h03 le 21/05/2009
      • Internaute 44521
        Déchoukeur

      Une analyse claire et logique du système capitaliste montre que les crises qui l’affectent viennent d’une surproduction qui ne peut être absorbée par le marché. Ce qui complique un peu le problème c’est qu’aujourd’hui ledit système ne produit que de la finance.
      Encore une fois la crise qui nous affecte aujourd’hui est une crise économique que l’on pouvait voir poindre dès 2006 avec la baisse des échanges internationaux.
      Le « niveau de consommation des ménages » aurait donc été insuffisant à un moment ou à un autre.
      Il faut cesser de regarder les problèmes par le petit bout de la lorgnette et mettre des pansements sur le mur que l’on a heurté ne guérit pas.

  • bozox
    • Posté à 14h24 le 20/05/2009
    • Internaute 28752

    Excellent article, qui sort un peu des sentiers battus pour une analyse de fond...

  • A peu pres
    A peu pres
    trappiste
    • Posté à 14h29 le 20/05/2009
    • Internaute 56946
      trappiste

    Comment ça les salariés ont payé pour rien !

    Mais comme au poker... On a payé pour voir !

    • pablico
      pablico répond à A peu pres
      À la porte d'un sourd, 
un jour (...)
      • Posté à 15h10 le 20/05/2009
      • Internaute 14278
        À la porte d'un sourd, 
un jour (...)

      Mon grand père m’avait toujours dit :
      Quand on te présente une trop bonne affaire, n’accepte jamais, ne réfléchit même pas, c’est un vol...
      quand c’est personnel on peut se défendre et refuser, mais quand c’est collectif c’est une autre affaire...n’est-ce pas ?

  • désactivé à la demande du riverain 18 juin
    • Posté à 14h42 le 20/05/2009
    • Internaute 80291
      Born again

    « TOINETTE
    Adieu. Je suis fâché de vous quitter si tôt ; mais il faut que je me trouve à une grande consultation qui doit se faire pour un homme qui mourut hier.

    ARGAN
    Pour un homme qui mourut hier ?

    TOINETTE
    Oui : pour aviser et voir ce qu’il aurait fallu lui faire pour le guérir. Jusqu’au revoir. »

    Vous me faites penser, Monsieur Matouk, aux médecins dont parle Toinette. C’est il y a 5 ans qu’il fallait faire ces analyses... A quoi servent-elles, aujourd’hui où le malade est mort ?

    • Disciple ressucité
      • Posté à 16h38 le 20/05/2009
      • Internaute 71674

      « Dieu a donné une sœur au souvenir et il l’a appelée espérance. »

      C’est Michelangelo di Lodovico Buonarroti Simoni (ouf !) qui l’a dit. Je ne sais pas qui est Dieu, mais la phrase me plait bien.
      Tu sais mon ange la messe n’est pas toujours dite et, parfois, il faut savoir lutter

      • Banana ex de juanitoto
        Banana ex de juanitoto répond à Disciple ressucité
        Je déteste rue89, tous les (...)
        • Posté à 18h28 le 20/05/2009
        • Internaute 67910
          Je déteste rue89, tous les (...)

        Mon dieu, ne va pas lui rappeler,
        oh ami disciple ressucité,
        qu’avec son nom en italien,
        à ce mal inspiré guinguin,
        s’associe trois autres noms
        et une conjonction.

    • Jean Matouk
      • Posté à 19h26 le 20/05/2009
      • Internaute 1101
        Economiste

      Elles furent faites , Monsieur, mais pas dans Rue 89 qui, alors, n’existait pas.

      Pourquoi faut-il , trop souvent sur notre « Rue » que des gens , pourtant intelligents, critiquent sans savoir ? ? ? ?

      Pour votre info, j’ai même envoyé cette étude en 2007 à une bonne vingtaine de députés .
      Cordialement

      • Disciple ressucité
        • Posté à 19h35 le 20/05/2009
        • Internaute 71674

        PLOUF again le reborn, dans les fonds baptismaux.

      • Docteur Panel
        Docteur Panel répond à Jean Matouk
        Sondologue
        • Posté à 22h50 le 20/05/2009
        • Internaute 43290
          Sondologue

        et toc ! Ca c’est envoyé.
        Quant à moi, je manque de boules rouges pour vous féliciter de cet article M. Matouk.

      • Avril
        Avril répond à Jean Matouk
        • Posté à 10h01 le 21/05/2009
        • Internaute 24503

        N’oublions pas « Le socialisme libéral », Jean Matouk, Albin Michel, 1987 ?

      • Banana ex de juanitoto
        Banana ex de juanitoto répond à Jean Matouk
        Je déteste rue89, tous les (...)
        • Posté à 11h40 le 21/05/2009
        • Internaute 67910
          Je déteste rue89, tous les (...)

        Mais que tout cela
        est bien emballé pour tagada !

        Tin tin tin tin tin
        tsoin tsoin !

  • jyeden
    jyeden
    khmer vert ( age des caverne, (...)
    • Posté à 15h22 le 20/05/2009
    • Internaute 20631
      khmer vert ( age des caverne, (...)

    pourtant on nous disait
    les profits d’aujourd’huy sont les investissements (et donc les emplois) de demain
    nous aurait on menti ?

    • Sixpatte-
      Sixpatte- répond à jyeden
      Sur Mars
      • Posté à 17h42 le 20/05/2009
      • Internaute 77583
        Sur Mars

      « Les belles paroles n’engagent que ceux qui les écoutent ».

  • Wladimir
    • Posté à 17h52 le 20/05/2009
    • Internaute 23813

    Mefie toi, ô lecteur, de tous ces beaux ponts d’or
    Que proposent parfois les riches et nantis
    Quand un gros s’associe à plus maigre que lui
    Son souhait, très souvent, est de grossir encore

    S.Derbezy ( Le trotteur et le Pie)

  • pete_bondurant
    pete_bondurant
    Consultant
    • Posté à 18h16 le 20/05/2009
    • Internaute 78989
      Consultant

    Je trouve cette analyse, certe classique, très convaincante.

    Elle montre bien que les entreprises sont devenues nomades, détachées des territoires et de leurs contingences politiques, alors que les citoyens sont ancrés à leur pays d’origine, seuls les plus jeunes et les plus qualifiées pouvant s’émanciper de cette contrainte via l’immigration.

    Dans ce contexte on peut également se poser la question de la pertinence des aides accordées aux entreprises,notamment les exonérations de cotisations sur les bas salaires, car ces subvention viennent financer des sociétés qui vont aller investir ailleurs.
    Malheureusement, les états n’ont que peu de moyens de pression sur les entreprises. Ils se sentent contraints de leur faire un numéro de charme permanent pour qu’elles consentent à s’installer chez nous. Les entreprises ne se sentent donc plus tenues d’assumer leur part du contrat social car elle sont largement dispensées de cotisation et que le rapport de force social est largement en leur faveur (chômage de masse, syndicat faibles, etc...)

    D’une certaine façon, on a recréée un servage soft façon ancien régime :
    -un peuple attaché à un territoire lorqu’il y a acheté un logment à crédit ou lorsqu’il y a des attaches familliales, ou bien lorsque sa qualification l’attache à un bassin d’emploi spécifique. En outre ces gens payent pas mal d’impôts par rapport à leurs revenus (taxes indirectes... )et d’une façon générale, ils ont beaucoup de dépenses contraintes (logement notamment) .

    -Et une classe aisées minoritaire, dont les salaires ont explosés, dont les impôts on été baissés massivement, que ce soit sur le revenu (plus de progressivité) ou le capital (les droits de succession ! ! !). En outre cette classe minoritaire aisée est souvent « hors sol » dans la mesure où elle peut s’exaptrier car bénéficiant d’une bonne formation, d’un bon réseau ou tout simplement d’un gros capital..
    De ce fait, elle ne se sent que peu solidaire avec ses compatriotes pauvres (osons le mot !)

    A mon sens, la lutte des classes n’a jamais été autant d’actualité, et comme a dit Waren Buffet, ce sont les riches qui ont gagné...

    • A déménagé le 27-01-2012
      • Posté à 21h37 le 20/05/2009
      • Internaute 19993
        nc

      les états n’ont que peu de moyens de pression sur les entreprises

      Si l’État n’est là que pour défendre les capitalistes et la classe minoritaire qui profitent du système, pourquoi ferait-il pression sur les entreprises de ces derniers ?

      • pete_bondurant
        • Posté à 14h43 le 21/05/2009
        • Internaute 78989
          Consultant

        L’Etat, c’est le produit d’un rapport de forces sociales et politique.
        Aujourd’hui, et depuis la fin des années 70, ce rapport de force est très favorables aux « riches » pour faire simple.
        Cela n’ a pas toujours été le cas.

        Pour la gauche, tout tourne autour de ça : réunir les conditions politiques et sociales qui permettront le retour à un rapport de forces plus favorables aux classes populaires.
        Pour atteindre ce but, il faut d’abord convaincre ces classes populaires que leur intérêts sont mieux défendus par la gauche, et cela déjà, c’est difficile : je suis fasciné par la capacité des pauvres à voter contre leurs intérêts objectifs...

  • fephi
    fephi
    (cadre)
    • Posté à 21h37 le 20/05/2009
    • Internaute 80373
      (cadre)

    Oui, la mondialisation a bouleversé l’ordre des choses entre les salariés et l’entreprise. Mais était-il possible de faire autrement ? Est-ce qu’au fond nous ne vivons pas en Europe comme aux Etats-Unis un nouvel ordre né sur les nouvelles technologies et l’ultra information ? Depuis l’avènement des communications haut débit et d’internet, il a été extrêmement facile pour les entreprises de délocaliser les activités dans les pays à faible coût de main d’oeuvre. Les nouvelles technologies ont permis ce qu’il difficile de faire auparavant, d’accélérer les processus économiques et d’’accroître massivement les volumes monétaires mis en jeu. Je pense que nous avons inventé ces nouveaux outils, mais que nous commençons doucement à prendre conscience qu’ils changerons pour longtemps le rapport des pays riches au reste du monde. 1990 a été le début d’un nouvel ordre mondial fondé sur la disparition des frontières physiques et sur l’apparition d’un nouvel ordre virtuel, nous allons vivre ces prochaines années une redistribution des richesses qui vous le démontrez ne nous est pas forcément profitable.

    Pouvions nous refuser cette évolution ?

    • Docteur Panel
      Docteur Panel répond à fephi
      Sondologue
      • Posté à 23h49 le 20/05/2009
      • Internaute 43290
        Sondologue

      L’alternative n’est pas forcément de refuser ou d’accepter l’évolution (auquel cas je dirais comme vous qu’on ne peut pas vraiment la refuser), mais de la conduire de façon à ce qu’elle profite autant à la minorité au pouvoir qu’à la masse.
      Ce qui est choquant et bien démontré ici, c’est que la minorité mondialisée a confisqué à son seul profit les fruits des évolutions dont vous parlez. On pourrait très bien mondialiser sans voler les salariés.
      Rien que l’exemple des nouvelles technologies et de l’Internet haut débit est éloquent. Vous dites qu’elles permettent de délocaliser plus facilement, tant mieux pour les entreprises, et a priori tant mieux pour les pauvres des pays plus pauvres, qui trouvent ainsi du travail. Mais les entreprises chipent les subventions (donc les sous des salariés) pour ensuite s’installer ailleurs. Là ça devient du vol. Les états ferment les yeux. Par contre du côté des populations, quand elles profitent de ces mêmes technologies pour s’offrir du bon temps (musiques, films etc.) ou des médicaments bon marché (en Afrique par exemple) là c’est un usage des nouvelles techno qui relève du crime abominable, que les Etats s’empressent de punir.

      De même l’hypocrisie avec laquelle les puissants (de l’Etat ou des entreprises) vantent les vertus de la libre concurrence : Quand il s’agit, au nom de la liberté, de dessaisir un Etat (donc une population) d’un actif qu’il possède (comme France Telecom par exemple), la concurrence « garantit les intérêts du consommateur », c’est évident, on y croit tellement c’est bien démontré. Mais dès que cette situation concurrentielle gagnée de haute lutte s’apprête à déployer ses vertus d’ajustement entre le besoin et l’offre (vertus auxquelles je crois, précisons-le), les acteurs s’ingénient à anihiler la concurrence pour rendre le client captif. La téléphonie en est un exemple caricatural, mais c’est aussi le cas dans une multitude croissante de domaines : l’informatique bien sûr, et jusqu’au café avec le système Nespresso, ou encore les innombrables programmes de fidélité qui créent de véritables monnaies parallèles. A l’intérieur de la « zone euro », il y a désormais la « zone Kadéos », la « zone Maximiles », la « zone Tir Groupé »... Des tas de petits enclos monétaires qui servent à réduire le champ concurrentiel auquel les entreprises participantes sont exposées.
      Donc la mondialisation et la concurrence sont peut-être « irrefusables », mais le fait qu’elles se fassent au détriment des populations n’est pas une fatalité : c’est le choix délibéré de quelques personnes qui préfèrent ne mondialiser (et ne libéraliser) que ce qui les arrange, mais sans aller jusqu’à mondialiser et libéraliser la solidarité qui va avec.

  • michel 13
    • Posté à 22h08 le 20/05/2009
    • Internaute 49378

    « Refermés sur l’Hexagone ou même l’Europe initiale des Six , nous paierions l’automobile et l’électroménager les plus simples, quatre ou cinq fois leurs prix actuels. “
    Cette phrase me laisse sceptique, car l’industrie est capable aujourd’hui de produire de l’automobile et de l’électro-ménager à un prix abordable, certes en supprimant nombre de gadgets et en réduisant les marges. Rien ne sert de vouloir justifier cette Europe qui a cassé nos outils de travail avec les conséquences que l’on connait.
    Il aurait mieux valu s’attacher à vouloir d’abord créer une Europe sociale avant de créer cette Europe du capital. Mais les gouvernements successifs (de droite, de gauche) n’avaient qu’un seul mot dans leur vocabulaire : la croissance. Croissance que les salariés ont payé bien cher et ils continueront à la payer.
    Ce n’est pas toujours le cas, aujourd’hui je suis bien d’accord avec la conclusion de cet article, mais il ne suffit pas de sortir son mouchoir pour effacer les méfaits des politiques menées depuis 30 ans.

  • - HAL 9000 -
    - HAL 9000 -
    A Space Odyssey
    • Posté à 22h24 le 20/05/2009
    • Internaute 78706
      A Space Odyssey

    je suis stupéfait ! mince alors...

    Voilà que les économistes découvrent les méfaits du capitalisme et de la mondialisation, et sous la forme « d’évidence toute provisoire » encore , comment voulez-vous que les politiques soient prévoyants avec tout ça hein ? Avec les copains qu’ils ont ?

    va falloir qu’on éclaire ce beau monde
    Tous dans la rue ! !

  • kkadim
    kkadim
    service public rhone alpes
    • Posté à 08h03 le 21/05/2009
    • Internaute 24768
      service public rhone alpes

    Mon dieu oseriez vous affirmez que la valeur travail n’est pas payante ?
    La trés sainte sarkozerie vous maudit blasphémateur.

  • jmc06
    jmc06
    chasseur de gorille
    • Posté à 09h10 le 21/05/2009
    • Internaute 75030
      chasseur de gorille

    L’endettement particulièrement élevé des ménage

    ou l’art d’inventer une relance économique virtuelle, ou synthétique

Retour sur Rue89

Note Les notes de blogs ne sont pas toutes mises en forme par l'équipe de Rue89 contrairement aux articles du site.