Sarkozy repasse le plat de la sécurité et bafoue la démocratie
Attaquer sans arrêt Nicolas Sarkozy ne remplace pas l’élaboration de contre-propositions à sa politique. Certains membres du PS, tout comme le président du MoDem de François Bayrou, devraient en prendre conscience.
Cela peut même devenir contreproductif, en renforçant dialectiquement son hyperprésence médiatique. Je ne crois pas y trop avoir cédé dans les textes que j’ai mis en ligne.
J’ai même approuvé, non sans subir, en retour, de multiples critiques, certaines dispositions des lois sur l’université (LRU) et sur l’hôpital et la santé (HSPT). Mais je ne puis retenir ma colère contre le mépris pour le suffrage universel que constitue sa récente relance du thème de la sécurité.
Ses discours actuels sur ce sujet sont presque exactement des « copiés-collés » de ce que l’on entend depuis 2002. Et notamment en 2005, au moment où les « cités » flambaient, ou en 2007, durant la compagne présidentielle, pour rallier les électeurs du Front national.
Pourtant, lois et décrets ont été multipliés depuis la première loi sur la sécurité intérieure de 2003. Voici maintenant que se profile une seconde loi de ce type, après un décret anticagoules, et une loi antibandes. Sans oublier ce qui se prépare pour lutter contre la violence à l’école.
« Les phénomènes sont anciens et classiques »
Pourtant, comme l’explique Laurent Mucchielli au Monde, chercheur au CNRS et spécialiste des questions de délinquance et de sécurité, « les violences physiques sont stables sur les quinze dernières années » :
« A l’école, il est cependant possible qu’il y ait un peu moins de violences entre élèves et un peu plus envers les adultes. Mais dans tous les cas, ce ne sont pas des changements de grande ampleur. Les phénomènes sont anciens et classiques. »
Il s’agit évidemment, pour Nicolas Sarkozy, d’abord, de peser sur le scrutin européen, de rallier le plus grand nombre d’abstentionnistes, parmi lesquels évidemment nombre d’anciens électeurs du Front national, profondément antieuropéens comme leur ancien leader.
Nicolas Sarkozy s’est personnellement engagé dans la campagne ; ses proches se plaisent à présenter les deux réunions qu’il a provoquées à la fin de sa présidence européenne, à l’occasion de la crise, comme de véritables triomphes. Il est essentiel pour lui que le score de l’UMP soit satisfaisant.
Il s’agit aussi d’une sorte de « piqûre de rappel » en direction du même électorat, en vue des scrutins à venir, régional, puis présidentiel. Il s’agit de stigmatiser la gauche qui aurait été naïve, privilégiant les seules mesures sociales, pour s’apercevoir, en 2001, qu’elles ne suffisaient pas.
Ladite gauche a pourtant fait sa part, en créant des postes, notamment pour la police de proximité que Nicolas Sarkozy s’est empressé de détruire dés son arrivée. Mais elle n’avait pas tort du tout de donner la priorité aux mesures sociales. Car si la répression est nécessaire, elle n’est clairement pas suffisante.
Passer de 24 à 10 élèves par classe dans 10% des établissements
L’acharnement policier et répressif de Nicolas Sarkozy, sans aucun effet sur la délinquance, sinon quelques déplacements de ses cibles, le démontre à merveille.
Prenons deux exemples. Dans les établissements difficiles, tout le monde sait très bien que la réduction à 10 ou 12 élèves par classes ferait fortement baisser la délinquance et améliorerait sensiblement les résultats éducatifs. La France dépense environ 1,5% de son PIB (rapport de l’OCDE « Regards sur l’Education » de 2005) pour les collèges, disons 25 milliards d’euros.
Imaginons que 10% des établissements soient concernés, et qu’on y réduise le nombre d’élèves de 24 à 10. Le surcoût budgétaire serait donc de 3,5 milliards d’euros. Franchement, croit-on qu’une telle dépense, comparée aux coûts totaux de la délinquance et de sa répression, n’est pas tout à fait supportable par le budget de l’Etat ? Surtout si, pour la couvrir, on se décide enfin à revenir sur les baisses d’impôts ?
Dans les cités, il est d’évidence que le chômage des jeunes, et particulièrement des jeunes diplômés, est à la racine du mal. Si l’on constate aujourd’hui, une sorte de précession de la délinquance, avec des adolescents de plus en plus jeunes, c’est parce que ceux-ci voient leurs aînés proches, qui ont fait des études, rester sans emploi et tomber dans la délinquance.
Fixer des quotas de jeunes d’origine maghrébine
Pourquoi ne les y rejoindraient-ils pas puisqu’ils savent qu’eux aussi, après le collège, seront à la rue ? La crise, évidemment, aggrave terriblement le phénomène. Mais raisonnons hors crise : pour une bonne part, le chômage des jeunes des cités, double ou triple de la moyenne nationale, provient d’un racisme à l’embauche qui subsiste, rampant, caché, tacite.
C’est là une évidence pour celui qui se frotte réellement au problème, comme je l’ai fait pour nombre d’étudiants d’origine maghrébine. Fixer des quotas aux entreprises, au moins à celles de plus de 100 salariés, a été sans cesse repoussé en vertu du refus des statistiques ethniques et de l’argument hypocrite d’une égalité républicaine qui n’existe pas.
N’a-t-on pas été obligé de fixer des quotas pour voir enfin un certain nombre de femmes aux divers niveaux du pouvoir ? Il serait aussi judicieux et digne d’instiller ainsi, par force, ces Français, dans l’appareil productif, que ce le fut pour les femmes dans l’appareil politique. Car, par ailleurs, on ne voit rien venir du côté de la relance économique des cités promise par Fadela Amara.
Bref, on aurait préféré entendre Nicolas Sarkozy faire ces analyses et annoncer de telles mesures, que de le voir manipuler à nouveau la sécurité comme outil démagogique à usage électoral. Il aurait alors gravi une marche vers une présidence digne de ce nom.
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réponse suisse :
Les pensées de Sarkonaparte – chapitre 2
mercredi 3 juin 2009 (15h40)
cf tribune de geneve : blog du correpsondant à paris : le plouc chez les bobos
29.05.2009 Les pensées de Sarkonaparte – chapitre 2 : la démocratie des vilains sentiments La Sarko-pensée s’est déployée, jeudi 28 mai 2009, avec toute l’ampleur des aigles impériales planant sur Austerlitz. Alors ministre des flaches-bolles, Sarkonaparte avait passé les cités banlieusardes au quart-cher. Hélas, cela n’a pas suffi à calmer la plèbe délinquante. Alors comme les élections européennes s’enlisent dans un ennui abyssal, le Totipotentat Omni-impérial, a décidé de pousser un de ses coups de clairon qu’il affectionne : fini, le quart-cher, place au lance-flammes.
Bondissant sur ses talonnettes, mues sans doute par quelque ressort occulté, Sarkonaparte s’exclame : « Mais qu’on ne s’y trompe pas, la délinquance ne procède que très rarement de la souffrance sociale ». Les lambris dorés, le luxe des lustres, les lustres du luxe, les décors somptueux de l’Elysée nimbent ces virils propos d’une aura impressionnante. Nul doute que dans un tel environnement, la « souffrance sociale » s’exprime mieux qu’ailleurs, par effet de contraste. Il faut souligner tout l’à-propos de la Sarko-pensée. Son auteur ne vient-il pas lui aussi de la banlieue, à Neuilly-sur-Seine ? Et qui dira la « souffrance sociale » de ces milliardaires neuilléens tombés à l’état de millionnaires sous les coups du tsounami financier ? Ils restent dignes, eux. Et ne brûlent pas leur Rolls ! Des exemples à suivre, assurément !
Quelques secondes plus tard, le Totipotentat lance ce vibrant appel à ceux qui doivent monter à l’assaut des méchantes banlieues. « Ne vous laissez donc pas intimider par la dictature des bons sentiments. »
Cette formule illustre la puissante et saisissante originalité de la Sarko-pensée. Car il a échappé à tout le monde que les cités en question fussent à ce point dominées par les « bons sentiments. » En matière de dictature banlieusarde, on avait cru qu’elle était plutôt le fait des caïds qui tiennent leurs stupéfiantes épiceries dans les sous-sols de barres HLM et ne paraissent pas particulièrement guidés par les « bons sentiments ». Surtout, lorsqu’ils les expriment à coups de Kalachnikov. Cela dit, ces caïds de l’au-delà du Périph’ ne connaissent pas la crise, eux. Depuis des années de pouvoir sarkozyen à la tête de la police, ils n’ont cessé de prospérer, fidèles à l’idéal sarkonapartiste : s’en mettre plein les fouilles.
Eux au moins sont libérés de ces « bons sentiments » qui représentent la plus indécente des monstruosités ! Un « bon sentiment », c’est un truc gluant qui vous emplâtre le cœur et intoxique l’esprit. C’est l’ennemi, quoi ! Et un ennemi qui s’insinue partout. Ne voyez-vous donc pas, braves gens, que toute notre société est dominée par cette infâme « dictature des bons sentiments » ? Que les rapports humains sont guidés par eux ? Que partout règnent en hideuses maîtresses, la solidarité, la fraternité et la – berk ! – générosité ?
Alors, suivant les pas glorieux de Sarkonaparte, instaurons illico la démocratie des vilains sentiments !




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