Chez Jean Matouk

Un blog sur l’économie, la finance, et quelques autres sujets d’actualité, par Jean Matouk.

Au « Davos provençal », on a phosphoré sur l'après-crise

Jean Matouk
Economiste
Publié le 07/07/2009 à 11h20

Les économistes, votre serviteur le premier, se trompent souvent, c’est vrai. Mais les contributions multiples et diverses des Rencontres organisées, comme chaque année à Aix-en-Provence par le Cercle des économistes, sont toujours très stimulantes.

De ce « Davos provençal » terminé dimanche et bien plus passionnant que la réunion ordinaire de la ville suisse, quelques conclusions méritent d’être soumises aux réflexions de nos riverains sans plus tarder.

Patrick Artus, tout d’abord, a rappelé que même si nous sortons de la récession à la fin de l’année -ce qui signifie seulement que la baisse du PIB d’environ 3% entre 2008 et 2009 laissera la place à une hausse-, la croissance qui suivra sera faible (0,5% à 1% ?) et risque de le rester.

Le chômage continuera d’augmenter jusqu’en 2011, et la plupart des emplois perdus du fait de la crise le seront définitivement. Si la reprise de la croissance crée des emplois, elle permettra seulement, au mieux, d’embaucher les jeunes arrivant sur le marché du travail. D’où l’importance des dépenses à engager pour l’« après-crise » et des dispositions à prendre pour les jeunes, mais j’y reviendrai.

La dette de la France augmentant, les hausses d’impôt sont inévitables

Autre problème, grave au dire de tous les économistes, les finances de l’Etat. La dette sera proche des 100% du PIB en 2011 ou 2012.. La France ne sera pas seule dans ce cas. Le Japon est à 200% -mais les Japonais prêtent massivement à leur Etat à 0,5% d’intérêt !

Comme je l’ai suggéré récemment, ceci impliquera, pour tous les pays, une hausse des impôts quand la croissance sera revenue. Malheureusement, il n’en sera pas question pour nous durant la campagne de 2012 ; celle-ci risque d’être, sur ce point, de la plus haute démagogie. Mais les français seront mis à contribution, par surprise, ensuite.

Alors se posera le problème de l’impôt à augmenter : la TVA, comme les libéraux y seraient enclins, ou l’impôt sur le revenu, comme la gauche devrait le préconiser.

Deux intervenants, et seulement deux (Olivier Pastré sous forme d’un de ses dix « commandements » et Mario Monti, président de l’université de Milan et ancien commissaire européen) ont évoqué l’importance de lutter contre les inégalités, surtout si la situation de l’emploi se dégrade comme prévu.

On ne peut que se poser alors la question, blasphématoire pour certains, et que nous avons plusieurs fois posé ici : pourquoi ne pas revenir tout de suite sur les baisses d’impôts sur les personnes physiques réalisées depuis 2002, y compris le bouclier fiscal ?

Consensus sur les secteurs dans lesquels investir

Pour tout économiste sérieux, ces impôts sont d’effet faible ou nul sur la croissance économique. Revenir sur ces baisses aurait un effet symbolique particulièrement utile en ce moment et permettrait de réduire le déficit et l’endettement.

Dans l’ensemble, les participants plébiscitent l’idée de profiter de l’actuelle crise pour moderniser notre tissu industriel et créer les emplois solides du futur.

Tous énoncent les mêmes secteurs pour un « plan » qui ne s’avoue pas : les industries « vertes » liées à l’environnement, les énergies nouvelles, les infrastructures numériques (le très haut débit partout pour tous), les biotechnologies, la recherche et l’université... si elle est réformée.

Mais nombre de participants ont critiqué le grand emprunt, sans toutefois proposer de solution de financement alternative ? Et encore moins l’impôt. L’emprunt est pourtant bien la seule solution logique, après la suppression des baisses d’impôt.

En revanche, accord total sur le fait que cet emprunt ne doit en aucun cas venir financer le déficit courant des finances publiques. D’où la nécessité de freiner ces dernières et -on y revient toujours- d’annuler les baisses d’impôts.

Le plan de Martin Hirsch pour la jeunesse

Martin Hirsch a annoncé le « plan pour les jeunes » qu’il présentera dans la semaine, dont voici, sous réserve, les dispositions essentielles :

  • un service public d’orientation distinct de l’Education nationale, les jeunes se retournant ensuite vers l’école pour y trouver la formation adéquate, contraignant celle-ci à s’adapter peu à peu
  • pour pallier l’absence de RMI ou RSA pour les jeunes, une dotation sur lequel le jeune peut « tirer » soit en formation, soit durant un premier travail ou stage, en présentant un dossier
  • un très fort encouragement à l’enseignement et à la formation en alternance, laquelle explique l’écart entre la France et l’Allemagne pour le chômage des jeunes.

Rien à redire à ce plan, d’autant que, comme pour le RSA, est prévue une « expérimentation » préalable à la définition exacte des mesures. Mais aucun intervenant n’a évoqué la discrimination ethnique à l’embauche, dont resteront victimes nos jeunes concitoyens des « cités ».

Ni la nécessité absolue, déjà évoquée ici, de faire immédiatement, et sur impôt, le double effort financier de passer à dix élèves par classe dans les établissements difficiles, en mixant le plus possible, et de construire des internats, comme ceux dans lesquels , il y a cinquante ou soixante ans, les jeunes issus de l’immigration italienne ou espagnole, se sont intégrés.

Faute de quoi on entretiendra le sous-emploi de ces jeunes, donc le risque de tomber dans la délinquance, laquelle coûtera finalement plus cher à la société que l’effort éducatif précité.

Les Anglais ne voudront changer que si tout reste comme avant...

Enfin, un certain scepticisme règne, à juste titre, chez les économistes à propos des résultats finals du G20, et d’une réelle « gouvernance » de la finance mondiale.

Au vu des premières étapes, depuis avril, plusieurs intervenants ont souligné qu’Obama ne pouvait pas lutter sur tous les fronts, et que Londres ferait tout pour freiner, car les activités financières de la City, qui s’appuient massivement sur les mouvements de capitaux et les « paradis fiscaux » représentent une part trop importante du PIB anglais. Bref, comme « Le Guépard » de Lampedusa, elle fera tout pour que rien ne change...

La Grande-Bretagne est, sur le plan de la production et des échanges de biens et services (sauf financiers justement), au moins, en aussi mauvaise posture que la France, comme le montre sa balance commerciale. Denis Kessler, PDG de l’assureur Scor, a même osé dire qu’elle n’était plus la « Grande », mais la « Moyenne » Bretagne !

Il faudra beaucoup de volonté et d’unité entre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel pour qu’ils parviennent à l’application réelle des décisions du G20.

  • 1611 visites
  • 8 réactions
Vous devez être connecté pour pouvoir commenter : ou créez un compte
  • Numerosix
    Numerosix
    Prisonnier dans le village (...)
    • Posté à 11h32 le 07/07/2009
    • Internaute 14499
      Prisonnier dans le village (...)

    Exaltant.

  • anti_Tsarcosy
    anti_Tsarcosy répond à Clarence64
    etudiant
    • Posté à 12h34 le 07/07/2009
    • Internaute 35242
      etudiant

    encore un troll 0_0

    il y en a de plus en plus dans notre rue

  • Un compte supprime
    • Posté à 12h47 le 07/07/2009
    • Internaute 21837
      nc

    interessant point de vue

  • Servais-Jean
    • Posté à 12h24 le 07/07/2009
    • Internaute 4591
      43

    Encore un très bon texte de Jean Matouk, le problème pour un lecteur moyen comme moi c’est de faire une synthèse de cette synthèse.
    Entre les Anglais qui veulent tout changer sans que rien ne change et les économistes qui ne veulent pas s’occuper de la discrimination ethnique et qui ne parlent pas du gouffre sans fond que sont les pulsions de certains individus je ne sais plus où donner de la tête.
    La seule chose que j’en tire c’est qu’il reste deux manières de voir l’évolution de la société, d’un côté la persistance des inégalités et de l’autre une redistribution des richesses en fonction des besoins (des désirs ?) de chacun, problème qui remonte aux origines de l’humanité.
    Les politiques quel qu’ils soient, ceux qui luttent pour plus de justice sociale ou ceux qui ont été mis en place pour défendre les intérêts des possédants actuels, ont de beaux jours devant eux.

    • Clarence64
      Clarence64 répond à Servais-Jean
      S. D. Financière.
      • Posté à 12h42 le 07/07/2009
      • Internaute 84610
        S. D. Financière.

      Un bon texte ? ? ? ! ! ! !

      elle est bonne celle là ....

      une nullité parfaite ...
      on dirait un programme du parti socialiste....

      Mais entre gens de gauche ... on se complait dans la médiocritude ....

  • Un compte supprime
    • Posté à 12h44 le 07/07/2009
    • Internaute 21837
      nc

    Bon ben on va attendre que ca redemarre, hein, vu que c’est pas cette annee qu’on va me proposer un boulot interressant, je retourne en stage de formation...

  • admirateur-
    • Posté à 12h34 le 07/07/2009
    • Internaute 32111

    c’est ce qui s’appelle mettre la charrue avant les bœufs :
    on sort quand de la crise ?
    et dans quel état sera le monde ?

    ah si ma sœur en avait...

  • folamour
    • Posté à 14h08 le 07/07/2009
    • Internaute 27480

    « Les economistes sérieux » j’aime ! ! !

    C’est qui ?

    ceux qui nous rebattent les oreilles depuis 2 decenies avec leurs discours foireux, et qui n’ont rien vu venir de la mouise dans laquelle ils nous mis ?
    Vite vite la reprise, le plus töt possible, qu’on continue comme avant à se goinfrer pendant que les imbéciles mettrons la main à leur portefeuille de bas salaires et de petites retraites.

    Quand comprendrez-vous qu’on en a soupé de vous tous ?

Retour sur Rue89

Note Les notes de blogs ne sont pas toutes mises en forme par l'équipe de Rue89 contrairement aux articles du site.