Chez Corinne Lepage

Corinne Lepage : ancienne ministre de l'Environnement, je suis aujourd'hui avocate, présidente de Cap21 et présidente du CRII-GEN et députée au Parlement européen.

L'Europe s'entiche du « nucléaire décarboné » : danger

Corinne Lepage
Présidente de Cap21
Publié le 04/02/2011 à 11h41

Le nucléaire a été qualifié, dans les conclusions du conseil européen de ce vendredi, de technologie faiblement émettrice de carbone, aux cotés des énergies renouvelables. Retour sur une assimilation dangereuse.

Le sujet du nucléaire, un des sujets les plus structurants de l’économie et de la politique française, est en réalité assez mal connu de nos concitoyens. Trop souvent présenté sous forme simpliste -pour ou contre l’énergie nucléaire ? -, il fait l’économie d’un véritable débat sur les conséquences financières, industrielles, budgétaires...

En ce mois de février, deux éléments d’actualité méritent notre attention, en dehors des sempiternelles déclarations d’Anne Lauvergeon sur le nombre considérable de projets de construction de réacteurs nucléaires dans le monde (qui, au passage échappent systématiquement à Areva et à EDF).

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« Décarbonée », l’énergie nucléaire serait aidée

Le conseil du 4 février au cours duquel le président Sarkozy, soutenu par son allié Silvio Berlusconi, et rejoint apparemment par la République Tchèque revient à la charge pour tenter de faire assimiler l’énergie nucléaire aux énergies renouvelables.

Dans la mesure où il est difficile de faire croire que le nucléaire est une énergie « renouvelable », le conseil semble s’être rabattu sur la création d’une catégorie à part, celle de l’« énergie décarbonée ». Ainsi, le nucléaire est avantageusement assimilé aux énergies renouvelables en raison de l’intérêt qu’il présenterait dans la lutte contre le changement climatique.

Une telle prétention est inacceptable. Elle a pour objectif :

  • de justifier les raisons pour lesquelles la France n’a aucune chance d’atteindre 23 % d’énergies renouvelables en 2020, engagement européen acté dans le Grenelle,
  • de pouvoir ponctionner les fonds destinés aux énergies renouvelables pour le nucléaire.
2

EDF réduit son endettement... à notre charge

Une autre annonce mérite toute l’attention, celle de Valérie Pécresse invitée des Matins de France Culture le 3 février. La ministre de la Recherche va allouer 1 milliard supplémentaire d’euros à la recherche nucléaire pour les réacteurs de la quatrième génération. Cette somme astronomique vient s’ajouter aux sommes déjà astronomiques consacrées par la recherche publique à l’énergie nucléaire, dont ITER, puits sans fond s’il en est.

En remontant quelques semaines dans l’actualité, on trouve, entre Noël et le jour de l’an, un décret scélérat permettant à EDF, par un tour de passe-passe, de réduire artificiellement son endettement tout en mettant sur le compte du contribuable la charge future de démantèlement des centrales.

Certaines informations, pourtant très importantes, passent, quant à elles totalement inaperçues sauf peut-être des hyper- spécialistes de la finance :

  • l’abaissement de la note d’EDF par les agences de notation
  • le refus d’EDF d’accepter une garantie d’emprunt de 5,7 milliards de dollars du gouvernement américain pour la construction de centrales nucléaires au motif qu’un EPR aux États-Unis n’était pas rentable selon les termes mêmes de la direction d’EDF.
3

La réflexion doit être industrielle et globale

Ces sujet traversent l’actualité, sans vraiment intéresser le grand public, ce qui est le but recherché afin d’éviter tout débat d’ensemble sur ce sujet qui est probablement l’un des plus important pour l’avenir de notre pays

L’approche globale du choix du tout nucléaire auquel les présidents successifs et singulièrement Nicolas Sarkozy ont procédé ne fait l’objet d’aucun débat. Le sujet a été banni du Grenelle de l’Environnement. Et pourtant :

  • La destruction programmée des différentes filières possibles d’énergies renouvelables est la conséquence inévitable du tout nucléaire il a été procédé de manière particulièrement discrète, en décembre 2010, à une manipulation permettant à EDF de s’affranchir de ses obligations en terme de démantèlement des centrales nucléaire malgré nos engagements communautaires et les injonctions de la Cour des Comptes.
  • L’usager est appelé à payer de plus en plus cher son électricité et le contribuable est appelé à suppléer une filière nucléaire dont la trésorerie est telle qu’elle ne peut plus faire face aux engagements sur le long terme qu’elle a contracté à l’égard de la société...

La question ne doit pas être seulement posée comme elle l’est généralement uniquement en fonction des risques indéniables que cette technologie fait courir à notre territoire, même si jusqu’à présent les conditions de sûreté ont été particulièrement sérieuses.

Elle doit l’être également, et peut-être avant tout, sur une base économique, financière et industrielle afin que la société française puisse, sur la base d’études honnêtes, élaborées sur le principe d’une expertise contradictoire et globale, faire un choix non pas idéologique mais véritablement stratégique en fonction de nos intérêts sur le long terme.
C’est ce débat que je souhaite lancer, et que vous pourrez suivre sur mon blog.

Mis à jour le 4/02 après la décision du conseil européen, à 16h48.

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  • jyeden
    jyeden
    khmer vert ( age des caverne, (...)
    • Posté à 16h02 le 04/02/2011
    • Internaute 20631
      khmer vert ( age des caverne, (...)

    ça aurait été bien aussi de parler du « prolongement » de la durée des vies des centrales
    ça en fait des sous si on songe

    moi j’aurais confiance dans le nucléaire quand le risque nucléaire sera pris en compte par les compagnies d’assurance

  • Michèle Rivasi
    Michèle Rivasi
    Députée européenne
    • Posté à 16h59 le 04/02/2011
    • Expert 132087
      Députée européenne

    Tout à fait d’accord avec ton analyse concernant ces évènements récents ma chère Corinne.

    Même si le Conseil de l’UE ne s’est pas fait duper par l’amalgame abusif « nucléaire-décarboné-renouvelable », ses conclusions restent inquiétantes...tant au niveau du financement des technologies « sobres en carbone » qu’au niveau des sales gaz de schiste.

    Voici mes remarques suite à ce Conseil raté : Lien

  • Hélène Crié-Wiesner
    • Posté à 17h51 le 04/02/2011
    • Internaute 57
      Binationale

    J’ajoute à votre impeccable démonstration, madame Lepage, deux arguments développés aux Etats-Unis par les écologistes, qui se gondolent en voyant EDF se démener pour chercher un autre partenaire américain dans sa tentative de construire un EPR dans le Maryland. (Le premier s’est prudemment retiré de l’aventure, effaré par les coûts à venir, et la non-rentabilité assurée du projet.)

    1- Vu les dizaines de millions de dollars qu’EDF a déjà dépensé dans ses « investigations préliminaires » auprès des autorités américaines, ce sont forcément les contribuables français qui vont finir par payer l’addition. Les « tax payers » américains ont déjà des arguments juridiques tout ficelés pour empêcher que ces « frais » déjà engagés d’EDF soient épongés par les consommateurs US.

    2- A propos du caractère « décarboné » de l’électro-nucléaire, voici ce qu’en dit le groupe Nuclear Information and Ressource Service :

    « Compte tenu de la consommation d’énergie élevée de l’ensemble du cycle nucléaire, de la mine à l’usinage, de l’enrichissement à la fabrication du combustible, de son stockage à sa mise en décharge, parler d’industrie non émettrice de CO2 est proprement ridicule. »

    (Le document complet sur Rue89 avant-hier : Lien)

  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 19h09 le 04/02/2011
    • Internaute 5159
      Chroniqueur Grolandais

    Corinne Lepage, « vieille » ennemie du nucléaire parle de celui ci avec la conviction de C. Boutin parlant de l’IVG ou du mariage homosexuel, la même fougue, la même mauvaise foi.
    -A- Pour l’aspect économique, les oublis sont nombreux
    1) L’endettement d’EDF en particulier et du nucléaire en général qui entraine ainsi des hausses excessives du cout de l’électricité est dû à l’acquisition ubuesque des centrales nucléaires obsolètes de British Energie de la part d’EDF en 2009 pour 15 milliards d’euros. EDF voulait avoir une dimension internationalle et mettre ainsi le pied à l’étranger pour vendre ses propres centrales, pari perdu
    2) Le fonds de démantèlement des industries nucléaires (17 milliards d’euros), va être détourné de son objet par N. Sarkozy pour le développement des PME , à voir
    3) Le coût d’ITER est de 4.6 milliards d’euros à la construction sur 10 ans, l’Europe en prend 45% et la France 10% et 4.8 milliards d’euros à l’exploitation dont 7% pour la France sur 20 ans
    - B- Quant au problème des énergies renouvelables
    Pour qu’une filière des énergies renouvelables soit démantelée, encore faut il qu’elle ait existé un jour.
    Les citoyens ne veulent peut être pas du nucléaire mais il ne veulent pas non plus de l’éolien, sinon chez le voisin et les éoliennes sont fabriquées en Allemagne
    Le retard pris par les industriels en matière de développement de panneaux solaires est tel qu’il faut acheter chinois.
    Le nucléaire comme la construction aéronautique et quelques autres spécialités françaises, fait parti de notre patrimoine industriel, celui qui exporte et n’a pas encore été délocalisé, qui possède sa recherche et son développement et emploie des centaines de milliers de citoyens, ce qui en ces temps de disette est loin d’être négligeable
    Par contre, il faut être vigilant pour que cette industrie fasse toujours l’objet de contrôles rigoureux de la part d’organismes indépendants et que les ONG telles que Greenpeace, Sortir du Nucléaire ou l’ACRO puissent exercer une pression citoyenne afin de rappeler que l’industrie nucléaire est indispensable, mais dans le respect de la sureté de ses installations, la sécurité de ses personnels et de ses citoyens, la qualité de son environnement.
    Lorsqu’on veut démontrer qu’une filière est couteuse et dangereuse, il faut en développer tous les aspects, qu’ils soient industriels, politiques, financiers, stratégiques et ne pas conserver que les seuls arguments qui servent à construire un dossier à charge

  • JMBerniolles
    JMBerniolles
    Retraité CEA et Enseignement (...)
    • Posté à 19h48 le 04/02/2011
    • Internaute 133295
      Retraité CEA et Enseignement (...)

    Parler de choses que l’on ne comprend pas a ses limites..

    Là, il s’agit d’évaluer les émissions de CO2 du nucléaire sur tout le cycle : extraction du minerai, enrichissement, construction des réacteurs, fonctionnement, retraitement ... c’est un problème physique

    La question a fait l’objet d’un article, où l’on cite aussi d’autres études de ce type, du Paul Scherrer institute de Suisse notamment :
    Lien

    le résultat est sans appel : le nucléaire émet nettement moins de CO2 que l’éolien et le PV !

    Le prix de revient du KWh nucléaire est si peut cher que la Loi NOME, votée en catimini, vient d’obliger EDF à revendre 25% de sa production nucléaire au privé..

    Ce qui va augmenter la facture EDF, qui augmentera aussi à cause de l’obligation de rachat des courants éolien et PV à des tarifs exagérés et exorbitants pour le PV .. –-> très rapidement + 10% puis +20%..

    Mais Mme Lepage a appris chez Greenpeace à travestir les chiffres et les réalités ..

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