Chez Corinne Lepage

Corinne Lepage : ancienne ministre de l'Environnement, je suis aujourd'hui avocate, présidente de Cap21 et présidente du CRII-GEN et députée au Parlement européen.

Ce n'est pas à nous de payer en cas d'abandon des gaz de schiste

Corinne Lepage
Présidente de Cap21
Publié le 23/04/2011 à 11h21

Il est inconcevable que le contribuable français ait à payer pour l’abandon des permis d’exploration de gaz de schiste.

Dans les atermoiements gouvernementaux, il semble qu’au regard des permis d’exploration de gaz de schiste déjà délivrés, il existe une explication liée aux indemnités qui seraient réclamées par les heureux propriétaires des permis, en cas de retrait.

Ce serait quand même le comble que le contribuable français, qui a été complètement méprisé et oublié dans cette affaire, soit mis dans l’obligation de mettre la main au porte-monnaie pour indemniser Total, GDF-Suez ou Toréador des autorisations qu’ils ont obtenues dans le secret le plus complet des cabinets ministériels.

Tout d’abord, une autorisation administrative est créatrice de droit lorsqu’elle est légale et qu’elle n’a pas fait l’objet d’un retrait dans le délai de recours administratif. Or, ce délai ne commence à courir qu’à compter d’une publicité régulière qui fait courir les droits des tiers.

Les permis sont-ils illégaux ?

En l’espèce, cette publicité régulière n’a manifestement pas eu lieu, dès lors que l’on admet que la mention au Journal officiel, sans aucune précision liée au périmètre concerné, ne peut faire courir de délai de recours contentieux à l’égard des tiers. Si tel est le cas, ces permis ne sont pas définitifs, puisque non publiés régulièrement, et ils peuvent donc être retirés pour illégalité d’origine sans passer par les conditions du retrait des permis d’exploration visés par le code minier.

Reste à savoir s’ils sont illégaux. Deux éléments forts militent en ce sens. Avant de les préciser, il est nécessaire de souligner que toute illégalité n’entraîne pas nécessairement la responsabilité de l’État. En effet, la jurisprudence actuelle du Conseil d’Etat considère qu’une simple illégalité de forme n’entraîne pas de droit à réparation.

De la même manière, si le destinataire de l’autorisation est responsable ou coresponsable de l’illégalité, il doit en supporter également la responsabilité. Enfin, s’il est à l’origine de l’illégalité, il en est le seul responsable.

Le droit de la concurrence a-t-il joué ?

Tout d’abord, en l’espèce, la concurrence n’apparaît pas du tout avoir joué dans l’octroi des permis. En tout cas, l’administration refuse de délivrer les documents attestant un appel à la concurrence et la Commission d’accès aux documents administratifs (Cada) est saisie de la demande de communication des documents.

S’il apparaissait que la concurrence n’a effectivement pas joué et qu’il y a eu une forme de partage des demandes de permis, la procédure serait totalement illégale et la responsabilité en incomberait avant tout aux titulaires des permis d’exploitation. Certes, l’Etat aurait commis une faute en n’imposant pas la concurrence.

Mais si ce qui pourrait bien s’apparenter à une entente dans le partage du territoire avait exclu que la concurrence puisse jouer, il va de soi que les exploitants seraient particulièrement mal fondés à demander quelque réparation que ce soit.

Le manque à gagner n’est pas indemnisable

En second lieu, une autorisation ne peut être délivrée que pour autant que tous les éléments d’information sont fournis à l’administration. Dans la mesure où la nature des produits chimiques utilisés, les effets de la technique choisie ou les risques liés à ces techniques – en particulier en ce qui concerne l’étanchéité des forages – n’auraient pas été parfaitement explicités, il va de soi que le ministère de l’Ecologie ne pouvait donner l’autorisation.

Sans même aller jusqu’à évoquer de fausses informations destinées à obtenir une autorisation administrative, a minima, les silences et les insuffisances des dossiers justifieraient pleinement leur illégalité. Or, ce sont bien les exploitants qui sont responsables des dossiers qu’ils remettent à l’administration, même si c’est celle-ci qui porte la responsabilité de l’autorisation finalement donnée.

Dès lors, si l’on admet que les permis soient illégaux dès l’origine, il convient de le constater en les retirant pour illégalité d’origine. La question du délai de recours contentieux est tranchée pour les raisons qui ont été indiquées ci-dessus.

Même si le retrait intervenait sur la base du code minier, ce n’est pas pour autant qu’une indemnité serait due. En effet, le manque à gagner n’est pas indemnisable. Les travaux de forage sont censés n’avoir pas commencé et, par voie de conséquence, aucune indemnité ne serait due de ce chef.

Enfin, la réalité des gisements n’étant pas connue (ou alors il y aurait évidemment une tromperie puisqu’il s’agirait d’« exploiter » et non pas d’« explorer »), aucune indemnité ne peut être due.

Dès lors, dans tous les cas de figure, le contribuable français n’a pas à payer quoi que ce soit pour un retour au simple état de droit.

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  • jm gruget
    jm gruget
    dans le bois
    • Posté à 11h50 le 23/04/2011
    • Internaute 150693
      dans le bois

    Vous savez, avec un pouvoir qui a tordu le bras de la Justice pour attribuer des centaines millions à une crapule amie, on peut s’attendre à tout.

    D’autant qu’ils reviendront à la charge :

    Nos dirigeants pour les questions d’énergie (le corps des Mines), ont déjà mis au point leurs phrases chocs :

    100 années de consommation dorment sous nos pieds, suffit de se pencher.

    La nationalisation complète du secteur de l’énergie est un impératif démocratique.
    Il est inadmissible de dépendre du bon vouloir et d’avoir à négocier avec les plus gros pollueurs de la planète, il faut les mettre sous contrôle strict du peuple.

  • nanabel
    nanabel
    1ère version
    • Posté à 12h15 le 23/04/2011
    • Internaute 97292
      1ère version

    On a jamais vu en France une demande d’autorisation d’exploitation industrielle être refusée par le ministère pour des raisons écologiques. Sinon il n’y aurait jamais eu de centrales nucléaires.

    Pour être entendu auprès du gouvernement, ce n’est pas la question sur les éventuelles conséquences sur l’environnement qu’il faut débattre, mais la rentabilité comptable d’une telle industrie.

    Rappelez-vous que Capone n’a pas été condamné pour ses activités mafieuses, mais pour ne pas avoir déclarer ses revenus imposables.

    Or, qui peut affirmer, qu’au moment des autorisations d’explorer, les gaz de schiste sont les moins couteux et la seule solution d’envergure nationale de sortir du nucléaire ? Si c’était la solution miracle, tous les pays industrialisés seraient déjà en train de forer leur sous-sol. Il faut amener les industriels sur leurs fragilités. Aucun demandeur n’est en mesure de prouver (au moment de la demande d’explorer) que les quantités exploitables, détectées avant la demande d’explorer, sont suffisantes à couvrir les coûts d’exploitation. Si on faisait le calcul comptable (sur 30 ans) d’une telle exploitation, on pourrait facilement juger que l’aventure n’est pas viable.

    Les gaz de schiste ne sont pas la solution énergétique de demain. D’autres solutions bien moins coûteuses pour l’exploitant et bien plus rentables pour l’Etat peuvent être financées plus facilement en Europe. Au parlement Européen de le prouver !

  • Marcantoines
    Marcantoines
    trouveur
    • Posté à 12h15 le 23/04/2011
    • Internaute 55044
      trouveur

    « Dans la mesure où la nature des produits chimiques utilisés, les effets de la technique choisie ou les risques liés à ces techniques – en particulier en ce qui concerne l’étanchéité des forages – n’auraient pas été parfaitement explicités, il va de soi que le ministère de l’Ecologie ne pouvait donner l’autorisation. »

    Les progrès technologiques évoluent. Une autorisation d’exploitation refusée en 2011, peut très bien être acceptée en 2017...L’abandon peut être vu sous un aspect provisoire. « Nous ne vous remboursons pas vos forages. Mais vous aurez priorité d’exploitation lorsque vous nous aurez démontré que votre technologie satisfait aux modalités écologiques d’un cahier des charges établi par une commission de parlementaires et de scientifiques. »
    C’est tout de même plus simple que de faire appel à des juristes incompétents ! ! ! que les contribuables doivent payer pour que dalle !

  • jmbo
    jmbo
    Chercheur en écotoxicologie
    • Posté à 13h59 le 23/04/2011
    • Expert 153208
      Chercheur en écotoxicologie

    Bonjour,

    En France, l’organisme le plus à même d’évaluer les risques environnementaux et sanitaires d’une telle exploitation est l’Institut National de l’Environnement Industriel et des Risques (INERIS).

    A ma connaissance, à ce jour, cet institut n’a pas été mandaté par son Ministère de tutelle pour se pencher sur ce dossier. La suite, ici : Lien

  • Kelimp
    Kelimp
    Eco-citoyen
    • Posté à 18h23 le 23/04/2011
    • Internaute 99354
      Eco-citoyen

    Peu importe l’état du droit dans cette affaire...
    Une chose est certaine, si l’une de ces entreprises vient planter un derrick, dans le sud, même pour une exploration, elle aura beaucoup, beaucoup de soucis...

  • boboland
    boboland
    ex-o'placard
    • Posté à 20h26 le 23/04/2011
    • Internaute 104841
      ex-o'placard

    on est parti à fond sur l’idée que l’extraction du gaz de schiste était une trés mauvaise chose.
    Auparavant il y avait eu le caca nerveux sur les antennes de téléphonie, les OGM et en son temps les avions à réaction qui déréglaient le temps, et avant encore la certitude que tous les passagers des trains allaient mourrir quand ceux ci passeraient dans les tunnels.
    Toutes ces conneries ont en commun soit la rumeur soit la démagogie soit l’ignorance .
    Pour le gaz de schiste, Il y a eu un avis savant donné recemment à NKM, cet avis a le tort de ne pas aller dans le sens de celui de ma concierge, ni de journaux scientifiques comme Meuf Actuelle, ni de quelques hurluberlus hystéricolos qui -par principe- sont sourds à tout argument scientifique, et qui -in finé- s’en sortiront avec un définitif « ouais ! mais d’tout’façon y a pas de fumée sans feu ! »
    La France n’est pas seule au monde, en particulier en matiére économique, qu’on aime ou pas on est en plein dans la mondialisation, croyez vous que pour quelques politiciens écolos, et pour quelques médias démago-sens du poil- les autres pays vont se priver d’exploiter cette source d’energie ?
    Pas mal de pays occidentaux ont des consommations énergétiques indécentes ! là je suis d’accord.
    Qu’il faille se calmer OK, surtout quand on consomme au delà de nos moyens. Je ne suis pas absoluement POUR l’exploitation de cette source, on ferait mieux de se calmer (négawatts) mais qu’au moins que laFrance ait la capacité (potentialité) de maitriser et peut etre un jour de l’exploiter.
    Je désapprouve notre frilosité (le principe de précaution poussé à l’extréme) Ca me parait une vision à courte vue de tirer un trait sur cette histoire de gaz de schiste comme me parait inintelligente notre attitude butée sur les OGM. Les Français savent ils qu’en Asie et en Amérique du sud les surfaces cultivées en OGM sont énormes et sont pour ces pays une sécurité pour que certains fassent du fric surement mais aussi pour prévenir les famines ?
    En France quelques faisseurs d’opinions font croire que le monde entier refuse le nucléaire, refuse les OGM, les barrages et refusera les gaz de schiste. Il n’y a que la France et quelques vieux pays désabusés qui refusent de voir l’avenir.

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