Chez Corinne Lepage

Corinne Lepage : ancienne ministre de l'Environnement, je suis aujourd'hui avocate, présidente de Cap21 et présidente du CRII-GEN et députée au Parlement européen.

Quatre premières leçons à tirer de l'accident de Marcoule

Corinne Lepage
Présidente de Cap21
Publié le 14/09/2011 à 19h38

L’explosion d’un four à Marcoule lundi nous rappelle d’abord une évidence : la possibilité d’un accident sur un site nucléaire existe, même EDF préfère parle d’accident industriel. La meilleure preuve qu’il s’agit d’un accident nucléaire

est l’intervention de l’Autorité de sureté nucléaire (ASN), mais aussi les explications demandées par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). EDF joue sur les mots comme l’avait fait Eric Besson en refusant de parler de catastrophe nucléaire à propos de Fukushima et Claude Allègre en parlant de catastrophe naturelle au même propos.

La transparence commence avec les mots que l’on utilise. Pour quoi cette bataille sémantique ? Parce que les déchets radioactifs même faiblement ou moyennement sont dangereux pour la santé, parce qu’on ne maîtrise pas les emballements d’un accident lorsqu’il se produit, parce que la proximité avec le nucléaire militaire et la cible idéale que constituent ces installations pour le terrorisme renforce encore la culture du secret.

D’où les fantasmes de part et d’autres que la confusion et le manque de transparence ne font qu’alimenter. Plus que jamais, les termes du débat doivent être redéfinis et ce n’est pas la commission « Areva » créée par M. Besson pour parler de l’avenir de la filière nucléaire qui va modifier le paysage.

Rejets gazeux et liquides autorisés

En second lieu, une première interrogation sur le risque consistant faire coexister à proximité quatre installations nucléaires : Phénix, ancêtre de Superphénix dont le risque est établi ; l’usine Melox qui fabrique le MOX, et Centraco qui dispose d’une usine d’incinération et d« une usine de refonte d“acier et une usine de stockage de déchets radioactifs.

Comment les risques d’effets domino ont-ils été pris en compte, les installations ayant été réalisées dans le temps à une époque où ce sujet n’était pas pris en compte. Et quid des stress tests sur ces différentes installations ?

En troisième lieu, quid de l’information sur cet accident ? Notons d’abord le retard avec lequel l’information a été donnée. Ensuite, comment être sûr de l’absence de rejets à l’extérieur de l’enceinte ?

En effet, l’autorisation en date du 7 mai 1998, permet des rejets gazeux de tritium et des rejets liquides de tritium et de césium 137. Les limites ont-elles été dépassées ? Et que s’est il passé pour le personnel dans l’installation en dehors des victimes à déplorer.

Seuls des prélèvements dans les sols et sur les végétaux permettront de répondre à la première question.

Une impressionnante litanie d’incidents

En quatrième lieu, cet accident révèle les carences de la société Socodei qui gère Centraco et l’inefficience de l’Autorité de sûreté nucléaire. L’appréciation 2010 est claire :

‘Devant le constat de lacunes dans la culture de sûreté au sein de l’installation Centraco, le directeur général de l’ASN a demandé à l’exploitant de définir et de mettre en œuvre des actions visant à améliorer la sûreté de l’exploitation.

Les actions de contrôle menées en 2010 par l’ASN montrent que les mesures correctives mises en place par l’exploitant commencent à produire des effets sur le terrain. Si les nouvelles dispositions mises en œuvre indiquent une réelle implication de l’exploitant pour remédier aux difficultés rencontrées, l’ASN veille toutefois à ce que la stratégie mise en œuvre permette d’inscrire ces progrès dans la durée.’

La litanie des incidents qui se sont poursuivis jusqu’en 2011 est impressionnante :

  • perte temporaire de la détection de l’alarme incendie de l’unité d’incinération (25 mai 2011) ;
  • perte des deux chaînes de surveillance assurant le contrôle radiologique.. 15 août 2010 ;
  • non respect de la périodicité de réalisation des essais des détecteurs (décembre 2008) ;
  • dépassement des limites mensuelles et anuelles de rejets gazeux en tritium (décembre 2007) ;
  • dépassement d’une des limites radiologiques pour l’acceptation de déchets (juillet 2007) ;
  • dépassement d’une des limites radiologiques pour l’acceptation de déchets (juillet 2007) ;
  • perte de ventilation de locaux de l’unité d’incinération et absence du personnel pour donner l’alarme( juillet 2006) ;
  • non respect de la procédure de réception de déchets liquides (avril 2006).

S’y ajoutent des dépassements à plusieurs reprises des limites de rejets (dioxines, furanes, CO, radioactifs) et de reconditionnement des déchets, un départ de feu à l’atelier de reconditionnement automatique de déchets en 2003. Quelles ont été les sanctions ? Manifestement, les conditions de l’efficacité du contrôle exercé par l’ASN est en cause comme la carence de l’entreprise qui est une filiale industrielle d’EDF ce qui rend d’autant plus inadmissible ce comportement.

En conclusion, cet accident révèle des failles manifestes du système français dans l’information, le fonctionnement et le contrôle de nos installations.

Aller plus loin
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  • Cadardoloth
    Cadardoloth
    independant
    • Posté à 20h23 le 14/09/2011
    • Internaute 150739
      independant

    L’article commence en parlant de manque d’information, mais vous êtes pourtant en mesure de citer une liste d’incident consistante.

    Toute installation ou dispositif sensible se doit de reporter de manière exhaustive tout incident. Ce qui est le cas pour le nucléaire, l’est aussi pour l’aviation par exemple. Brandir cette liste comme argument est donc dérisoire. Préfériez vous aucun indicent ?

    La transparence qui vous semble si chère est disponible via l’ASN, l’IRSN, la CRIIRAD ou tout autre organisme gouvernemental ou non. Il est inutile d’écouter le points de vue subjectif de M. Besson ou même ... le vôtre.

    L’information est là, bel et bien disponible. Mais le nucléaire est un bon fond de commerce. La désinformation ne provient que des politiques, et cela des deux côtés.

    Le nucléaire est une belle saloperie, certes.
    Chaque année, l’automobile provoque plus d’un million de morts, pourquoi ne pas proposer l’arrêt immédiat et inconditionnel de la voiture ? .. c’est tout de suite moins politiquement vendeur...

  • Pastekos
    Pastekos
    Gros fruit vert dehors rouge (...)
    • Posté à 21h37 le 14/09/2011
    • Internaute 151335
      Gros fruit vert dehors rouge (...)

    Ca m’aurait étonné que Lepage ne monte pas en épingle cet accident industriel grave.

    Mais ce non-évènement radiologique.

    64000 Bq dans le four. Soit la RA de 8 kg de granite.

    Et NON 64000 Bq ce n’est PAS dangereux, n’en déplaise à Lepage.

  • fredpop
    fredpop
    referenceur
    • Posté à 09h36 le 15/09/2011
    • Internaute 96355
      referenceur

    Anecdote : Il y a une quinzaine d’année, un ingénieur du site de Marcoule m’avait raconté à une soirée que quelques jours avant, il y avait eu une petite panique sur le site à cause d’une bille de plutonium qui avait disparue (retrouvée quelques heures ou dizaines d’heures après je crois). Connaissant la nocivité du plutonium, ça m’avait plutôt fait froid dans le dos.
    Il y a trois ans, c’est un ex-statisticien de la sûreté nucléaire qui m’a lui avoué la fumisterie des prévisions sur les risques sur les sites. Même sentiment.

  • Olbirion
    Olbirion
    Ingénieur
    • Posté à 12h51 le 15/09/2011
    • Internaute 63329
      Ingénieur

    Je comprends la position de Madame Lepage, mais je trouve qu’elle n’a pas choisi le bon accident pour faire passer ses arguments contre le nucléaire.

    Effets dominos : ils n’y a eu en l’occurrence aucun effet domino ni même aucun soupçon de début de risque d’effet domino (sauf chez tous les journalistes qui ont confondu quelque peu les installations entre elles).

    Retard d’information :
    - l’accident a eu lieu vers 11 h 45
    - les premiers journaux TV en ont parlé à 13h30, après les premiers communiqués de la préfecture et de l’ASN
    => C’est pas scandaleusement long non plus : il faut un peu de temps pour réagir et analyser la situation !

    Transparence : « c’est un accident nucléaire parce que l’ASN est intervenu »

    => Non : l’ASN est intervenue parce que CENTRACO est une INB et que l’ASN est l’administration compétente quand il arrive un accident sur une INB, quel que soit l’accident en question.

    Une impressionnante litanie d’incidents :

    => La loi impose aux exploitants nucléaires d’informer l’ASN des écarts qui surviennent sur les installations. Ces écarts sont classés sur l’échelle INES et seuls un ou deux évènements dépassent le niveau 1 chaque année en France (et ne vous inquiétez pas, tout le monde en entend parler de ceux là).
    Les évènements de niveau 0 ou 1 sur l’échelle INES sont interessants car leur analyse permet de faire progresser la sûreté, mais ce sont des évènements qui n’ont jamais fait courir le moindre risque significatif à l’installation, ses salariés ou la population.

    => brandir la liste des évènements déclarés par CENTRACO (gracieusement fournie par l’ASN sur son site), sans préciser leur classement INES et sans les analyser n’a donc pas grand sens.

    C’est à croire que Mme Lepage reproche à CENTRACO d’avoir été transparent sur ses incidents précédents. Il faudrait savoir ce qu’on veut ! ! !

    Il y a eu un accident à CENTRACO, qui est une installation nucléaire. Un accident grave car il y a eu 2 morts, mais qui n’est nucléaire ni par ses cause, ni par ses conséquences. Cet accident n’est pas un bon candidat pour faire le procès du nucléaire : revenez à Fukushima, c’est bien plus pertinent !

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