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Cumul-info-service : comment on a lancé le site qui fait un tabac

Publié le 13/07/2012 à 12h51

Capture d’écran du site Cumul-info-service

Vous avez peut-être entendu parler de cumul-info-service.fr, site de coaching qui, sur le modèle de tabac-info-service, se propose « d’aider les élus à arrêter de cumuler ». Une idée lancée au service d’une belle campagne citoyenne, qui a fait son chemin dans les méandres du web et des médias.

Point d’orgue de ce lancement, jeudi, Bastien François, directeur du département de science politique de l’université Paris Panthéon-Sorbonne et conseiller régional EELV, était l’invité de la matinale de France Inter.

Voici la genèse de cette affaire, à laquelle nous avons participé. Tout est parti de Participe Futur [Thomas Poirier, blogueur sur Rue89 en est le porte-parole, ndlr], un petit collectif né il y a quelques années, regroupant des étudiants entrant dans la vie professionnelle.

On se disait qu’on avait encore envie de faire des choses ensemble ; on était pas très nombreux, une petite trentaine ; on se racontait (un peu) les souvenirs, on agitait (beaucoup) d’idées : des campagne (qu’on a finalement pas faites), des manifestes (qu’on a finalement pas écrits) portant sur des thèmes tels que le cumul (déjà), l’abstention, le découpage électoral, la démocratie participative, la garde à vue... Cela a duré plusieurs années ; c’était assez velléitaire, souvent frustrant mais bon, ça permettait de garder un lien.

« Nos élus sont addicts au cumul »

Et puis un jour, c’était le 28 juin, quelques articles sur le fait que des députés socialistes songeaient à revenir sur leur promesse de ne plus cumuler ont déclenché un petit choc au moral des gens de gauche que nous sommes. Le club s’est remis à phosphorer. Que faire ? Un petit film ? Une page Facebook ? Interpeller son député par le web ? Quelques-uns se retrouvent le samedi 2 juillet. Les idées glissent : « C’est l’été, proposons leur de perdre la cumulite qu’ils ont en excès. » Articles et analyses défilent sur les écrans. Jusqu’à cette expression magique :

« Nos élus sont addicts au cumul. »

Addict... Mélanie lit à voix haute les témoignages qu’elle découvre sur le site « tabac-info-service », nous les imaginons dans la bouches d’élus « cumuleurs » (et non plus « cumulards »). Cumul-info-service.fr est là, devant nous. Il faut juste... le faire.

Une page Facebook, appuyée sur un petit site de ressource. « Une ou deux pages, tu vois, pas plus. » Un copain graphiste, un autre informaticien sont mobilisés, excités à l’idée de « faire un truc qui sorte de l’ordinaire ». Ils ne se doutaient pas qu’au fil de la journée, des blagues, des chiffres, des arguments anti-cumul lentement soupesés, la page allait se dédoubler, tripler... A 19h30, quand on se quitte, on en a imaginé une vingtaine.

Une semaine sur Facebook, jour et nuit

S’est alors noué le dilemme : cibler seulement les élus socialistes ou viser le cumul en général ? Nous voulions faire quelque chose de durable et en même temps nous ne voulions pas laisser l’occasion de rappeler cet engagement, signé par chaque nouvel élu, celui-ci désignant nommément le(s) mandat(s) auquel il devrait renoncer avant le 30 septembre. Nous avons pris le parti de réunir les deux.

  • l’accroche : accompagner les élus socialistes ;
  • le contenu : le cumul en général ;
  • le slogan, évident : « Arrêter en 90 jours, c’est possible. »

Il faut associer des « experts reconnus dans la lutte contre le cumulisme » pour que le site ne soit pas qu’une blague, qu’il nourrisse le débat, qu’il ne puisse pas déraper vers des choses que nous détestons, l’antiparlementarisme, le web-poujadisme...

Si nous suscitions cela, ce serait un échec. Bastien François est le premier nom qui arrive dans les discussions. Prof de Science-Po, confondateur de la Convention pour la sixième république avec Arnaud Montebourg... Profil évident. Mais il est désormais un élu EELV et nous ne voulons pas nous marquer. Pour contrebalancer nous cherchons un profil différent, universitaire, élu ou journaliste, féminin de préférence, retraité idéalement. Ce sera.... Marc-Olivier Padis, le directeur quadragénaire de la Revue Esprit qui ne correspond à rien de tout cela mais qui accepte.

Un médecin sur une banque d’image cheap

La semaine est consacrée à l’écriture, au graphisme, à la vidéo. Une première idée de page circule, trop austère, médicale, nous verdissons le tout pour le rendre plus chaleureux. Nous trouvons sur une banque d’image cheap notre emblématique médecin, avec son sourire colgate et son regard, juste assez surplombant, juste assez bienveillant : le genre de type à qui vous voudriez confier votre opération chirurgicale à coeur ouvert.

Quelques jours avant la date fatidique (en France la vie politique s’arrête le 14 juillet : il faut faire vite), nous prévenons quelques amis, élus, conseillers, journalistes. Pas trop, il faut ménager la surprise. Mais suffisamment pour prévenir les malentendus. Nous ne voulons pas que l’ignorance puisse servir de support à des mauvais procès (ce sera parfois peine perdue). Et aussi pour tâter le terrain. Les retours enthousiastes achèvent de lever nos derniers doutes.

Une heure avant la publication du site, deux médias publient les premiers articles, l’Express qui grille « l’embargo » et les Inrocks qui voulaient la primeur. Enervements de dernière ligne droite : on ne sait même pas si le site est fonctionnel. Cellulle de crise : pizza, bière, coca, Twitter. Une quarantaine d’articles leur succèderont dans les premières 24 heures.

Premiers clics (il y en aura bientôt mille par heure), premières cartes (2 000 le premier jour), premiers like (un par minute).

Sur Twitter nous titillons gaiement les élus – un peu trop : le compte est suspendu au bout de vingt minutes, rétabli après mea culpa et engagement de sagesse.

Le plus gros du boulot est sans doute encore devant nous : densifier, grossir, célébrer les élus qui décident de bouger, interpeller les autres. Tout un programme pour... au moins 90 jours.

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  • 7 réactions
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  • Hauriou
    Hauriou
    étudiant-gnan-gnan
    • Posté à 14h08 le 13/07/2012
    • Internaute 139133
      étudiant-gnan-gnan

    GE-NIAL !
    Un grand bravo à vous !

  • pablico
    pablico
    Co-NOBEL de la Paix
    • Posté à 14h45 le 13/07/2012
    • Internaute 14278
      Co-NOBEL de la Paix

    le pouvoir est une addiction comme une autre.

    « Le pouvoir est l’aphrodisiaque suprême. »
    Henry Kissinger

    • mamane
      mamane répond à pablico
      le futur c'était mieux avant
      • Posté à 08h58 le 14/07/2012
      • Internaute 44657
        le futur c'était mieux avant

      oui mais kissinger avait la bombe atomique et pas un maire de province (et meme pas le maire de Paris d’ailleurs !). ça fait une sacré différence je trouve.

      • pablico
        pablico répond à mamane
        Co-NOBEL de la Paix
        • Posté à 12h49 le 14/07/2012
        • Internaute 14278
          Co-NOBEL de la Paix

        le pouvoir, est le pouvoir, même sur un petit truc, sur une petite chose, même qu’on on est un chefaillon de bureau..

  • sarahappy
    • Posté à 14h54 le 13/07/2012
    • Internaute 9117

    excellent initiative - merci de l’avoir fait.
    mais pour ceux qui barbotent avec taikidine dans sa piscine où les rolex témoignent de leur dépendance, ces considérations ne seront pas probant... jusqu’à leur emprisonnement.

  • philoxera
    philoxera
    Etre humain
    • Posté à 15h01 le 13/07/2012
    • Internaute 76607
      Etre humain

    Il faut aller plus loin et supprimer la professionnalisation des politiques. L’amateurisme sera garant de leur intégrité.

  • Thomas Poirier
    • Posté à 21h30 le 14/07/2012
    • Expert 180577

    On m’a fait remarquer que j’avais oublié de pointer vers la page Facebook : Lien

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