De l’intérêt du conflit

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Conflit d’intérêts : la récidive de l’EFSA

Benjamin Sourice
Journaliste
Publié le 14/12/2012 à 10h18

Des biberons (fred_v/Flickr/CC)

L’Agence européenne de sécurité alimentaire (EFSA) se retrouve à nouveau au cœur d’une bataille politique entre les institutions européennes, sur fond de stratégie d’influence du secteur industriel. L’objet de la tourmente ? Un projet de réglementation européenne pour évaluer et classifier des substances chimiques potentiellement toxiques et suspectées de perturber le système hormonal.

Après un premier rapport en janvier 2012 de la direction générale chargée de l’environnement (DG environnement), c’est l’EFSA, sous la tutelle de direction générale de la santé et du consommateur (DG Sanco), qui s’empare de la délicate mission d’établir une définition et une ébauche de classification des perturbateurs endocriniens.

A terme, cela pourrait signifier l’interdiction de nombreuses substances utilisées dans l’industrie au-delà du cadre strictement alimentaire. Dès lors, avec son passif de décisions controversées, l’EFSA saura-t-elle faire preuve de suffisamment d’indépendance pour trancher sur cette épineuse question ?

Polémique sur les effets à faible dose

Le débat scientifique entourant la caractérisation des perturbateurs endocriniens est fondamental pour l’évolution des normes liées à la toxicité des produits de consommation. Les perturbateurs endocriniens (PE) sont des molécules xénobiotiques, des polluants chimiques interférant avec le système hormonal humain. Leurs effets toxiques, en particulier à très faible dose, sont étudiés depuis les années 90.

Les endocrinologues émettent l’hypothèse que ces substances jouent un rôle majeur dans le développement de maladies comme le diabète, l’obésité ou encore certains cancers. Ces substances sont aussi suspectées d’impacter le système reproductif en perturbant le bon développement du fœtus et en diminuant la fertilité masculine.

A l’opposé d’une toxicologie classique, dont la règle de principe s’appuie sur la vieille maxime voulant que « la dose fasse le poison » en toute linéarité, les endocrinologues – et certains toxicologues – luttent depuis des années pour faire reconnaître le principe des effets à faible dose. Des chercheurs, appuyés par la société civile, tentent également d’attirer l’attention sur les risques accrus par un « effet cocktail » combinant plusieurs molécules perturbatrices.

Plus de 870 substances ont été recensées comme potentiels perturbateurs endocriniens. Elles sont présentes dans les pesticides, notamment le Roundup d’après l’étude du Pr. Séralini, mais elles sont aussi utilisées dans les produits de consommation courante comme le bisphénol A, récemment banni des biberons en France, et de nombreux phtalates utilisés dans la production d’emballages, de cosmétiques, de vêtements...

Ces dernières années, l’EFSA a pris une politique à contre-pied de plusieurs pays européens, dont la France, en augmentant en 2007 la dose journalière admissible du bisphénol A de 10 à 50µg par jour.

Palme de l’incompétence

A cette polémique sur la position de l’EFSA vient s’ajouter l’absence de transparence sur la désignation, le 3 décembre dernier, du nouveau panel chargé de statuer sur la classification des perturbateurs endocriniens et leurs risques. Alors que l’EFSA se targue d’avoir réformé son système de prévention des conflits d’intérêts, ce panel démontre tout le contraire.

Suite à un travail d’enquête mené par la journaliste indépendante Stéphane Horel (auteure des Alimenteurs, 2012, et des Médicamenteurs, 2010), il est démontré que 8 des experts sur les 18 du groupe sont en conflits d’intérêts pour leurs liens avec l’industrie, dont 3 avec le lobby agroalimentaire ILSI.

Le cas le plus troublant est celui du toxicologue suisse Josef Schlatter, conseiller de longue date de l’ILSI, également membre du Conseil européen de l’information sur l’alimentation (EUFIC), et dont l’histoire fumante remonte aux années 80 où il réalisait des études pour le compte de l’industrie du tabac.

Il est souvent rétorqué par les administrations laxistes sur la gestion des conflits d’intérêts qu’il est difficile de trouver de bons experts sans expérience auprès de l’industrie. Cette fois, l’EFSA semble avoir trouvé la parade en omettant de nommer le moindre expert spécialiste en endocrinologie humaine.

Pire, seulement quatre experts ont une expérience significative dans le domaine des perturbateurs endocriniens, et d’après le réseau Pesticides action Europe (PAN), quinze de ces experts sont considérés comme « non-actifs » pour n’avoir publié que très peu d’articles scientifiques ces cinq dernières années.

« L’EFSA ignore volontairement des milliers d’études »

La répartition nationale n’est pas des plus représentatives, avec cinq Britanniques et trois Allemands. Certains de ces experts ont participé à établir les lignes directrices de leurs pays dans le cadre de la consultation européenne, les plaçant dans des conflits d’intérêts intellectuels difficilement contournables. A. Kortenkamp, auteur du rapport de la DG Environnement, avait jugé les positions anglaises et allemandes « arbitraires, non justifiées scientifiquement et pas suffisamment protectrices ».

Le gouvernement anglais avait défendu la souplesse de sa réglementation en arguant des effets financiers délétères qu’aurait une définition trop large des perturbateurs endocriniens. Pour le Dr. vom Saal, un endocrinologue américain précurseur sur l’alerte contre le bisphénol A, la position de l’autorité sanitaire européenne est indéfendable, comme il le dit dans les colonnes du Monde :

« L’EFSA ignore volontairement des milliers d’études et des décennies de recherche en endocrinologie. »

Une question reste néanmoins en suspens : qui sont les responsables et quelles ont été leurs motivations dans la nomination de ce comité cyniquement parodique ?

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  • lemiere
    lemiere
    sf
    • Posté à 12h57 le 14/12/2012
    • Internaute 104285
      sf

    Autant la recherche sur les perturbateurs endocriniens est nécessaire car elle peut permettre d’évaluer quantitativement les risques ,seule façon d’aborder les problèmes de façon rationnelle, autant ces sujets sont pris comme étendards dans des luttes qui au final se révèlent stériles car leur objet est finalement politique et trop vaste. Et ça rend le débat impossible....
    870 substances recensées comme perturbateurs endocriniens...il y en a sans doute beaucoup plus, pourtant, ça ne suffit pas pour prendre une décision.

  • loicg
    • Posté à 13h37 le 14/12/2012
    • Internaute 196230

    C’est quoi un expert et que doit-on attendre de lui ? C’est la question subliminale que soulève cet article. En effet, je cite l’article : « Il est souvent rétorqué par les administrations ... qu’il est difficile de trouver de bons experts sans expérience auprès de l’industrie. » Mais une telle expérience signifie-t-elle compétence à l’expertise ?
    Pour agence chargée de la sécurité automobile, quel est le meilleur expert ? L’ingénieur qui conçoit le système de freinage ou le pilote de formule un ?

    InfoGM vient de publier un rapport intitulé « Expertise des OGM : l’évaluation tourne le dos à la science ». Sa lecture est édifiante. On se rend compte que l’expertise devrait d’abord porter sur la validité des études scientifiques produites par les industriels, sur le respect des protocoles expérimentaux et sur la rigueur des interprétations. Si c’était le cas, aucune des études présentées par l’industrie n’aurait été recevable.

    J’en appelle à un vrai débat national sur cette question de l’expertise.

    Pour moi l’expert doit-être quelqu’un de très cultivé, d’un niveau d’étude très élevé dans des disciplines scientifiques, quelqu’un qui à une véritable connaissance et pratique de l’expérimentation scientifique. A partir de là, il sera, à mon sens, tout aussi compétent pour l’expertise OGM que pour celle de produits chimiques ou celle des nanomatériaux.

    • A déménagé le 24-12-2012
      A déménagé le 24-12-2012 répond à loicg
      non connue
      • Posté à 16h05 le 14/12/2012
      • Internaute 154051
        non connue

      La définition d’un expert est pourtant simple :

      « Un expert désigne une personne qui a reçu une formation universitaire dans le domaine considéré et qui a été “testé” par le système en place afin de ne pas déroger aux intérêts financiers des entreprises adossées au système financier international. Exemple : expert en économie, expert en toxicologie... “.

      Le second problème posé par l’article est la notion de dose. Aujourd’hui les entreprises s’arcboutent et imposent les experts qui pensent toujours que ‘la dose fait le poisson’. Or, on ne peut plus ignorer que l’exposition à une faible dose durant un temps long d’un poison et l’effet cocktail sont tout aussi dangereux pour la santé Mais cela entrainerait un tel bouleversement que les industriels dépensent des milliards en lobbying afin que nos politiques restent à ‘l’âge de pierre’.

      • Karg se
        Karg se répond à A déménagé le 24-12-2012
        Ingénieur agronome vendu à une (...)
        • Posté à 10h28 le 15/12/2012
        • Internaute 9172
          Ingénieur agronome vendu à une (...)

        Justement il n’y a aucune preuve scientifique qu’il existe ces effets cocktails. Tant qu’a l’effet dose il existe bel et bien avec les perturbateurs endocrinien, c’est la linéarité qui est remise en cause, et ça reste controversé. En tout cas l’effet ne disparait pas ou ne s’inverse pas.
        Lien

         
        • plastic quidam of universe
          plastic quidam of universe répond à Karg se
          J'en suis comme deux ronds de (...)
          • Posté à 22h06 le 15/12/2012
          • 183735
            J'en suis comme deux ronds de (...)

          Euh... c’est un peu vite balancé ça. Ce que les scientifiques ne savent pas faire ce sont les évaluations à propos de ces effets « cocktails ». Ils ne disent pas qu’ils n’existeraient pas mais qu’ils sont hors de capacité d’en faire un examen satisfaisant. C’est un peu différent.

        1 autres commentaires
    • Karg se
      Karg se répond à loicg
      Ingénieur agronome vendu à une (...)
      • Posté à 10h30 le 15/12/2012
      • Internaute 9172
        Ingénieur agronome vendu à une (...)

      Vous croyez ce que raconte une officine financé par Greenpeace ?
      Jusqu’à présent les antiOGM n’ont jamais démonté une étude d’homologation, malgré les données sources diffusés par l’EFSA. Sur le contenu des études, la méthodologie, il n’y a rien à redire.

  • soimeqchau
    soimeqchau
    Salarié
    • Posté à 15h45 le 14/12/2012
    • Internaute 163695
      Salarié

    Y’a quand même un truc qu’il faudrait qu’on m’explique : on ne peut pas s’en passer de ces produits ? A quoi servent-ils ? A qui rapportent-ils ? Et quand nous demandera-t-on notre avis ? Et si je suis d’accord (ce qui est le cas) pour payer plus cher un produit sain et de qualité ? C’est curieux, dans ce monde qui se dit libéral, c’est un choix qu’on me refuse...

    • A déménagé le 24-12-2012
      A déménagé le 24-12-2012 répond à soimeqchau
      non connue
      • Posté à 16h09 le 14/12/2012
      • Internaute 154051
        non connue

      Le néo-libéralisme économique s’est la liberté de se faire du pognon sur le dos des citoyens. Pour les défenseur de ce système c’est ça ou le communisme ! C’est le seul argument qu’ils ont trouvé afin de couper court à toute critique du système.

      • Karg se
        Karg se répond à A déménagé le 24-12-2012
        Ingénieur agronome vendu à une (...)
        • Posté à 10h31 le 15/12/2012
        • Internaute 9172
          Ingénieur agronome vendu à une (...)

        En URSS on n’utilisait pas de perturbateur endocrinienne, on chauffait les baraques avec des déchets nucléaires, tellement plus safe.

         
        • Rue du commerce 89
          Rue du commerce 89 répond à Karg se
          Vendu
          • Posté à 14h05 le 15/12/2012
          • Internaute 195419
            Vendu

          Le bisphenol ça sert a EDF,ça sent fort l’expert la

          • Karg se
            Karg se répond à Rue du commerce 89
            Ingénieur agronome vendu à une (...)
            • Posté à 18h57 le 15/12/2012
            • Internaute 9172
              Ingénieur agronome vendu à une (...)

            Merci de citer une référence où je défend ce produit ^^
            Bonne chance ^^
            J’aime pas trop les phénols en général.

        2 autres commentaires
  • salengro
    salengro
    quand le verbe se fait chair, (...)
    • Posté à 17h14 le 14/12/2012
    • Internaute 107017
      quand le verbe se fait chair, (...)

    s’agissant du Bisphénol A il devrait être interdit dès 2013 s’agissant des emballages alimentaires destinés bébé, et 2015 pour l’ensemble de la population.
    Devrait...sauf moratoires ou autres torpillages industriels

  • tlaloc
    tlaloc
    Retraité
    • Posté à 20h26 le 14/12/2012
    • Internaute 47359
      Retraité

    EFSA 8 sur 18 ont des liens avec l’industrie chimique

    • Karg se
      Karg se répond à tlaloc
      Ingénieur agronome vendu à une (...)
      • Posté à 10h35 le 15/12/2012
      • Internaute 9172
        Ingénieur agronome vendu à une (...)

      Et ? Les expertes « indépendants » ont la plupart des liens avec des ONG anti sciences, on fait quoi ? Séralini lui même admet que le débat sur l’indépendance c’est bidon. Ce qui compte c’est la valeur scientifique des travaux. Hors sur les perturbateurs endocriniens ont est dans le flou le plus total, sauf sur les produits ayant vraiment des effets. Croire que la dose n’a pas d’effet conduirai à interdire un grand nombre de produit naturel, on nage en plein délire.

      • Rue du commerce 89
        Rue du commerce 89 répond à Karg se
        Vendu
        • Posté à 14h11 le 15/12/2012
        • Internaute 195419
          Vendu

        ONG anti science,pour sur c’est prouvé par les experts pro-cons.
        « ont est dans le flou le plus total, sauf sur les produits ayant vraiment des effets » ,en tout cas sur vous les effets de la science sont clairs.
        MDR
        Entre vendus on se comprends

         
        • Karg se
          Karg se répond à Rue du commerce 89
          Ingénieur agronome vendu à une (...)
          • Posté à 19h04 le 15/12/2012
          • Internaute 9172
            Ingénieur agronome vendu à une (...)

          Allez y faites pété les études qu’on rigole.
          Résultats non reproductibles, ne sortant pas des limites de variations naturels de l’espèce, c’est un foutoir sans nom quand on essaye de chercher ces fameux effets sans dose et cocktail.

          Lien

        1 autres commentaires
  • Karg se
    Karg se
    Ingénieur agronome vendu à une (...)
    • Posté à 10h26 le 15/12/2012
    • Internaute 9172
      Ingénieur agronome vendu à une (...)

    Effet faible = bidonnage facile (dans un sens ou dans l’autre)
    Franchement, la priorité n’est pas là :

    L’augmentation de l’obésité : il suffit de comparer les calories consommé par tête depuis 50 ans pour en avoir l’explication : +30% dans la plupart des pays occidentaux. L’activité physique a bien baissé, cette inflation est injustifiable. J-M Pelt par exemple ferai bien de se mettre réellement au vert plutôt que de donner des leçons.

    Augmentation présumé du cancer : tabac, alcool, inactivité, obésité. Sans parler des faux positifs des techniques modernes d’imagerie (voir l’article publié ici même sur les mamographies). MMR et J-Bové devrait plutôt arrêter le tabac plutôt qu’éviter les OGM.

    Pour la route une petite liste de perturbateur endocrinien tout à fait naturel :
    soja, trèfle, huile de neem (pesticide bio interdit mais largement utilisé), germe de blé, germe d’orge, houblon, fusarium (myxotoxine qu’on trouve parfois dans les céréales), la plupart des phénols (dans les feuilles, tiges et le bois), le tabac, dioxine et furane (combustion de bois).

    • Rue du commerce 89
      Rue du commerce 89 répond à Karg se
      Vendu
      • Posté à 14h13 le 15/12/2012
      • Internaute 195419
        Vendu

      Et un peu de morale pour Pelt et Bové ,vous êtes juge ET flic, bravo.

      • Karg se
        Karg se répond à Rue du commerce 89
        Ingénieur agronome vendu à une (...)
        • Posté à 19h05 le 15/12/2012
        • Internaute 9172
          Ingénieur agronome vendu à une (...)

        Oui, on peut parier que leur cancer sera de la faute de Monsanto et pas du tabac. C’est étonnant que MMR nous chie pas un film sur le tabac, question conflit d’intérêt, lobbying, contrebande, il y a matière, et avec un bilan qui se chiffre en million de mort par an, sans aucun contestation.

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