Derriere le barreau

La justice vue de l'autre côté de la barre, par l'avocate Laure Heinich-Luijer.

Condamné pour pédophilie : l'opération de com » de la justice

Publié le 12/09/2010 à 15h57


France soir, Europe 1 et France Info se sont fait l’écho du procès d’assises d’un pédophile. A lire l’article de France Soir, les mères ont été victimes d’un abus de confiance par l’homme. Son avocate, Laure Heinich-Luijer, donne ici sa version. Rue89.

Quinze ans : voilà ce que cela vaut d’avoir violé des enfants en Thaïlande en contrepartie de rémunérations.

Certainement.

Rien et avec les félicitations du jury : voilà ce que cela vaut pour une mère d’avoir tenu sa fille pendant qu’elle se faisait agresser sexuellement par un adulte.

Le box de la cour d’assises est bien vide. Monsieur Z. y comparaît seul. Il y est bien à sa place. Personne ne le conteste, pas même lui.

Il comparaît détenu pour avoir commis huit viols sur des mineures en Thaïlande au cours desquels « les mères aidaient souvent à l’introduction du sexe » et deux agressions sexuelles en France où les mères étaient présentes.

Les mères thaïlandaises s’étaient évaporées et la justice n’avait pas souhaité mettre les mères françaises en examen « par opportunité ». « On » pensait qu’il ne fallait pas enlever sa mère à une petite qui avait déjà subi une agression sexuelle, qu’il ne fallait pas ajouter du traumatisme au traumatisme...

Pas de mise en examen, rien, avec les félicitations de la République.

La justice a accordé le statut de victime à la mère

La mère qui tenait sa fille pendant l’agression (mais elle avait, dit-elle, accepté de mettre un bandeau sur les yeux qui l’avait empêché de voir, de sentir et de réagir...) s’est constituée partie civile devant la cour d’assises, la justice lui accordant ainsi le statut de victime.

La version « officielle » de la justice est effectivement que la mère qui tient sa fille est une victime, qui ignorait ce qui se passait. Personne ne pouvant être dupe de ce qu’une mère puisse se laisser abuser pendant des années en acceptant d’une part de mettre un bandeau, d’autre part de feindre de ne pas savoir ce qui se passe alors qu’une agression sexuelle se déroule devant elle et enfin de retrouver ensuite sa fille sans culotte et avec ce qu’on appelle pudiquement un liquide blanc sur le bas ventre.

A l’heure où le législateur s’interroge officiellement sur le fait de savoir s’il faut sanctionner les parents qui mettent des fessées à leurs enfants, la réalité judiciaire est « frappante »...

Monsieur Z. est assurément un pédophile. Mais il est un pédophile qui agit avec la permission des mères, c’est-à-dire avec la permission de la loi suprême. Cela n’est pas une excuse, même pas une cause d’atténuation, mais cela explique les conditions de son passage à l’acte. Cela explique les remparts qu’il s’était construits et les conditions dans lesquelles ses remparts cédaient face à ses pulsions.

L’expert est venu expliquer que le cadre prostitutionnel et le fait que l’accusé puisse aujourd’hui regarder les choses en face permettait de dire qu’il n’était plus dangereux au sens criminologique.

Réussir à regarder les choses en face, toutes les victimes ne pouvaient pas en dire autant...

La France a montré sa préoccupation à la Thaïlande

L’administrateur ad hoc désigné pour représenter les petites victimes thaïlandaises souhaitait une « décision exemplaire » afin qu’on sache en Thaïlande que « la France se préoccupe et protège les petites victimes à l’autre bout du monde ».

L’image de la France sort peut-être grandie de ce procès, mais qu’en est-il de l’image de la justice ? Que reste-t-il de la justice quand elle a renoncé à rechercher la vérité judiciaire ?

La justice a cédé devant une opération de communication, incontestablement réussie. La France pourra brandir son étendard, agiter bien fort son drapeau en direction de la Thaïlande : un pédophile est en prison.

Que les petites victimes du bout du monde se rassurent, leur agresseur a été condamné à quinze ans de réclusion criminelle. Quant aux petites victimes françaises, elles sont reparties avec leur mère.

Mis à jour le 12/09/10 à 23h45. Ajout d’une introduction. 13/09/10 Ajout du paragraphe « La version officielle ».

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  • Lauvergnate
    Lauvergnate répond à mauser
    Gardienne du bon goût
    • Posté à 18h28 le 12/09/2010
    • Internaute 99381
      Gardienne du bon goût

    En effet, une information importante a été passée sous silence.
    Je suis choquée par un tel procédé.
    je n’avais pas de raison de douter de la parole de cette avocate, d’autant que mes connaissances du sujet confirment cette tendance outrageusement bienveillante de la justice envers les mères si désaxées soient-elles.
    Mais il n’est pas question de cela dans l’affaire citée.
    Je suis scandalisée par la façon mensongère de présenter les choses.
    Voilà ce qu’indique l’article du Figaro :

    « Elles sont françaises. Il s’agit de Sonia, 3 ans, et d’Ines, 4 ans. Noura, la mère de cette dernière, a rencontré Jean-Claude Chamoux à la suite d’une annonce d’emploi publiée dans un journal en 2002. A cette époque, il se fait surnommer “ Eric ”. La jeune maman accepte qu’il prenne sa fille en photo, moyennant le versement d’une somme d’argent. Après quelques séances, l’homme apprend qu’Ines souffre d’eczéma. Il affirme alors à Nora qu’en plus de ses talents artistiques il possède le don de guérisseur. Contre une rémunération de 30 € par séance, il promet de débarrasser l’enfant de son terrible problème. Mais il a une condition : lors des sessions dans la chambre de l’enfant, la maman doit avoir les yeux bandés, et ce pour se protéger des “ rayons ” de la lampe qu’il appliquera sur les zones malades. C’est en tombant sur les photos de l’homme éjaculant sur le ventre de sa fille, tenue pourtant dans ses bras, que Nora comprend qu’elle a été manipulée. Totalement en confiance, elle dit ne s’être jamais doutée de la moindre chose. »

    C’est inacceptable ! ! !

  • Pascal Riché
    Pascal Riché répond à Lauvergnate
    Redchef Rue89
    • Posté à 23h50 le 12/09/2010
      éditeur
    • Journaliste 7
      Redchef

    Nous avons ajouté un préambule à la version de Me Laure Heinich-Luijer, dont l’accusé était le client. Merci d’avoir fait cette vérification, qui permet effectivement d’avoir l’autre version. Nous avons contacté notre blogueuse pour mieux comprendre, et ajouté un paragraphe sur les circonstances des agressions sexuelles.

    Le blog de Me Heinich Luijer porte souvent sur des affaires qu’elle traite, anonymisées. C’est un blog subjectif, qui permet d’éclairer le métier d’avocat pénaliste, qui est souvent éprouvant. Nous avons mis initialement ce « post » en colonne centrale, et certains lecteurs y ont vu une information comme une autre, alors qu’il s’agissait d’un billet de blog.

    Me Heinich-Luijer est visiblement convaincue, après avoir suivie les débats de ce procès à huis clos (pas de journalistes présents, donc) et discuté dans les couloirs avec ses acteurs, que les juges n’ont pas cru un instant aux dires de la mère en question, mais qu’ils ont fermé les yeux.

    Nous préciserons à l’avenir, lorsque ce sera le cas, si notre blogueuse parle d’une affaire dans laquelle elle représente la défense.

  • Laure Heinich-Luijer
    Laure Heinich-Luijer répond à Lauvergnate
    Avocate
    • Posté à 09h49 le 13/09/2010
    • Expert 29
      Avocate

    La Version « officielle » de la justice (acte d’accusation notamment et décision de la Cour d’assises) est effectivement que la mère qui tient sa fille est victime. C’est ce que j’explique en disant que la justice lui a accordé le statut de partie civile. Personne ne peut être dupe de ce qu’une mère puisse se laisser abuser en acceptant d’une part de mettre un bandeau, d’autre part de feindre de ne pas savoir ce qui se passe alors qu’une agression sexuelle se déroule devant elle et enfin de retrouver ensuite sa fille sans culotte et avec ce qu’on appelle pudiquement un liquide blanc sur le bas ventre. Ce que je souhaitais dénoncer dans cet article, c’est précisément la discordance entre la réalité des faits et le statut que la justice a accordé à cette femme par opportunité. Les articles de presse dont vous faites l’écho relatent la version de cette femme. C’est le fait que la justice fasse semblant de la croire que je critique. La justice s’est arrêtée à mi-chemin et il aurait été important - dans l’intérêt de la société, des enfants victimes et de la manifestation de la vérité - que chacun soit à sa place.

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