Derriere le barreau

La justice vue de l'autre côté de la barre, par l'avocate Laure Heinich-Luijer.

Journée ordinaire d'un avocat pénaliste : « Il faut attendre, Maître »

Publié le 18/10/2011 à 20h38

Lundi matin, parloir à Fleury-Mérogis. Le détenu doit y être conduit à 9 h 15. Il arrivera à 11 h 15. Le surveillant me demande de garder mon calme : « Avec les nouvelles consignes de sécurité, il faut attendre, Maître ». Reste quinze minutes pour discuter avec lui des huit tomes que comporte sa procédure.

Pour les droits de la défense comme pour tout, il y a la théorie et la pratique. Arrivée au Tribunal de Grande Instance de Paris, on s’étonne des grands travaux alors que le déménagement est prévu en 2017 dans le quartier des Batignolles. « C’est pour la sécurisation. » On ne sait pas encore si les détenus ne pourront plus s’en échapper (a priori, ils ne le pouvaient déjà pas) mais on se demande surtout si on va pouvoir continuer à y entrer.

Une entrée pour les touristes, une pour les personnes convoquées, une pour les professionnels. Parmi ces derniers, les juges ont un badge, les avocats doivent montrer leur carte, les stagiaires présentent leur attestation mais doivent passer sous un portique. Difficile de comprendre la hiérarchie mais « ce sont les consignes » et il s’agit de les respecter alors, « il faut attendre, Maître ».

« L’habit ne fait pas le moine »

Une fois à l’intérieur du Palais, les avocats revêtent leur robe. On pourrait penser qu’elle fait office de carte professionnelle bien voyante mais on se trompe. En effet, il faut de nouveau montrer sa carte pour que le sésame de la galerie d’instruction puisse s’ouvrir :

« Vous comprenez Maître, on a déjà vu des gens voler des robes et se faire passer pour des Avocats ».

Heureusement, on n’a encore jamais vu des gens voler des cartes. Ce jour là, un avocat est sorti en robe acheter le journal mais a eu l’imprudence de laisser son cartable avec sa carte professionnelle dans la salle d’audience. Suspecté, il faut le croire, d’exercice illégal de la profession, il se voit prier d’emprunter la file d’attente des particuliers. L’habit ne fait pas le moine.

Après avoir franchi deux barrages grouillant de gendarmes, l’avocat accède enfin aux Juges d’instruction – en tous cas, il peut l’espérer. Il se heurte souvent à des portes fermées sur lesquelles sont apposés de jolis panneaux : « Les avocats peuvent consulter les dossiers à partir de 11 heures et sous réserve des interrogatoires ». Pratique. Si le Juge est en interrogatoire, bien entendu, « il faut attendre, Maître ».

Désolé, dossier renvoyé

Ce qui est étonnant dans la nouvelle galerie d’instruction parisienne, c’est que si l’entrée est devenue beaucoup plus difficile, la sortie est libre… A l’audience correctionnelle, toutes les personnes sont convoquées à 13 h 30. Impossible de savoir si votre affaire sera appelée au début ou à vingt heures. Inutile de pester, « il faut attendre, Maître ».

La première affaire est appelée. Le Président annonce qu’en raison de la surcharge de l’audience, le Tribunal a décidé, depuis une dizaine de jours, que ce dossier serait renvoyé. Devant la stupéfaction des avocats qui auraient souhaité être prévenu, le Président réfléchit et admet :

« Ce n’est même pas venu à l’idée du Tribunal ».

L’affaire est renvoyée six mois plus tard. Six mois à attendre. Et de quoi s’interroger sur le fonctionnement de la justice à l’égard de ses auxiliaires. Malheureusement, Marcel Proust a raison : savoir qu’on n’a plus rien à espérer n’empêche pas de continuer à attendre.

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  • Cannibal Ferox-
    Cannibal Ferox-
    mangeur de chouineur
    • Posté à 22h58 le 18/10/2011
    • Internaute 159072
      mangeur de chouineur

    Plus fort que le mammouth.

  • anandamide
    • Posté à 01h05 le 19/10/2011
    • Internaute 90142

    J’ai le souvenir d’attentes interminables quand je représentais ma boîte devant les tribunaux d’instance... Mais il me semblait que les avocats avaient le privilège de plaider en premier ! Ils étaient partis depuis longtemps quand arrivait mon tour. Sauf un jour à *** (Oise) où le juge tenait des audiences réputées interminables qui duraient jusqu’à 23 heures... et où tout le monde attendait, quel que soit son rang. Voyant l’heure passer et mon retour sur Paris devenu hypothétique, j’avais craqué vers 21 heures et chopé un avocat au hasard pour lui confier notre affaire... Ses honoraires étaient aussi élevés que l’enjeu de mon contentieux et le juge nous avait accordé un article 700 riquiqui...

  • daoud01
    daoud01
    ingénieur
    • Posté à 05h49 le 19/10/2011
    • Internaute 150428
      ingénieur

    Ah, les soutiers de la Justice, les besogneux du Barreau ...

    (Et tous ceux qui rêvaient de devenir petit juge rouge et qui se sont plantés au concours de la Magistrature...)

    De tout coeur avec vous !

  • Nadia Aouassi
    Nadia Aouassi
    Employée
    • Posté à 08h50 le 19/10/2011
    • Internaute 68357
      Employée

    EXIGEONS UN DEBAT PUBLIC NOS DROITS SONT EN PERIL.
    UNE REACTION COLLECTIVE EST URGENTE

  • Waldeck
    Waldeck
    Vivement dimanche 20 mai 2012 ! (...)
    • Posté à 09h02 le 19/10/2011
    • Internaute 36864
      Vivement dimanche 20 mai 2012 ! (...)

    La Justice (*).... encore un dossier absent de la campagne de la Primaire .

    (*) : La Justice, ses misères, les fermetures de tribunaux, le poids du pouvoir sur les magistrats, l’incohérence des jugements, les deux poids et les deux mesures , selon que l’on soit puissant ( Chirac...) ou faible ( celui qui fouille les poubelles pour y trouver un peu de nourriture avariée ... )

  • A déménagé le 11-01-2012
    • Posté à 09h58 le 19/10/2011
    • Internaute 134733
      non connue

    Le système judiciaire francais : le 19ème siècle malgré leurs tentatives (semblant de) de modernisation. Si un jour j’ai affaire à lui je me suicide au commissariat.

  • elvene
    elvene
    ami des animaux
    • Posté à 10h28 le 19/10/2011
    • Internaute 99250
      ami des animaux

    le temps perdu rapporte gros à l’avocat !
    ce que cette brave avocate omet de nous dire. L’avocat facture ses vacations et le temps passé à attendre est facturé comme temps de travail....sans rien faire, of course.

    C’est pour cela que les avocats surtout pénalistes comme celle-ci ne contestent pas le système. Ils pourraient faire la grève de ce qu’on appelle le « contentieux des libertés » où il faut la présence d’un avocat obligatoire ( comparutions d’office etc..) et tout le système serait bloqué obligeant le gouvernement à le réformer.

    Ces avocats ne contestent pas car ils y gagnent énormément.
    Le but de cet article est juste décoratif pour faire parler d’elle et attirer de la clientèle.
    Bof ! Rien de nouveau sous le soleil..... sauf que pendant ce temps, le dindon de la farce reste le justiciable qui doit payer.
    Dindon et cochon de payeur....Mieux vaut peut-être s’adresser à la SPA pour être défendu qu’à un Avocat.

    • A déménagé le 11-01-2012
      A déménagé le 11-01-2012 répond à elvene
      non connue
      • Posté à 11h28 le 19/10/2011
      • Internaute 134733
        non connue

      Pas sûr je crois que certains sont payés à l’acte ; à vérifier

      • elvene
        elvene répond à A déménagé le 11-01-2012
        ami des animaux
        • Posté à 12h50 le 19/10/2011
        • Internaute 99250
          ami des animaux

        Non. Les honoraires des avocats sont libres. Seules les interventions en aide juridictionnelle ou en commissions d’offices sont plafonnées.

        A chaque déplacement, à chaque nouvelle audience sur renvoi de la précédente, à chaque prestation ( aller au greffe du juge d’instruction même s’il trouve la porte fermé) tout est facturable.

        Les honoraires sont soit forfaitaires ( tenant compte de tout cela), soit détaillés ( avec chaque prestation y compris l’entretien téléphonique avec le client avec précision de son côut et de sa durée et...),

        soit à l’heure, le tout en y rajoutant également la notoriété de l’avocat ( même si souvent le petit stagiaire se décarcasse bien plus que le grand « maître » qui n’a plus beaucoup de temps à consacrer à ses dossiers entre les plantureux et longs repas d’affaires, ses obligations politiques, l’entretien des réseaux d’influences qui rapportent de gros clients etc...

    • natoussia
      natoussia répond à elvene
      Intello à lunettes
      • Posté à 13h06 le 19/10/2011
      • Internaute 98650
        Intello à lunettes

      Ok, donc selon vous, si l’avocat passe sa journée au tribunal à attendre de plaider un dossier, et que finalement, celui ci est renvoyer, il ne devrait rien facturer, c’est ça ? Et, tant qu’on y est, on ne va les rémunérer que lorsqu’ils gagnants l’affaire, ça sera encore plus efficace. Vous croyez vraiment que ça les amuse, les avocats, de se taper 6h d’attente au tribunal alors qu’ils ont 50 autres dossiers en retard ?

      • elvene
        elvene répond à natoussia
        ami des animaux
        • Posté à 15h43 le 19/10/2011
        • Internaute 99250
          ami des animaux

        C’est bien ce que je dis et vous le confirmez : le temps passé à attendre est bien facturé par l’avocat.

        C’est pour cela que les avocats ne font rien pour contester le système. Se faire payer des journées entières à rien faire. Voilà de quoi faire rêver. Quant au justiciable qui paye on s’en fout.

        ceci étant, vous êtes avocat ou proche d’un avocat ou de l’auteur peut-être.

  • Waphy
    Waphy
    Intermittent du travail
    • Posté à 10h44 le 19/10/2011
    • Internaute 89688
      Intermittent du travail

    Ah, le TGI de Paris...j’y étais hier et pas pour visiter ce foutu labyrinthe !

    1ère audience au mois de juin pour une belle petite bêtise (enfin, un délit...), en correctionnelle : reportée : il faut un collège de 3 juges, pas 1 seul.

    2è audience hier : reportée : pas la bonne compétence. Bon, cette audience n’aurait de toute manière pas eu lieu, mon Conseil étant malade il ne pouvait pas plaider.

    Je ne comprend absolument pas comment c’est géré, mais quand je vois ça, j’apprécie de ne pas avoir les moyens de payer des impôts...

    En revanche, la juge s’est excusée pour ce que cela pouvait impliquer.

    3è audience en février prochain...ou pas ! : D

    • A déménagé le 11-01-2012
      A déménagé le 11-01-2012 répond à Waphy
      non connue
      • Posté à 11h29 le 19/10/2011
      • Internaute 134733
        non connue

      N’y a t’il pas dans la loi un garde-fou disant qu’au bout d’un certain nombre de reports la sanction est annulée dûe à l’incompétence de la justice ?

      • Waphy
        Waphy répond à A déménagé le 11-01-2012
        Intermittent du travail
        • Posté à 11h51 le 19/10/2011
        • Internaute 89688
          Intermittent du travail

        Pas la moindre idée !

        Après, ce que j’encours n’est pas énorme (sauf niveau thunes, mais pas solvable), donc je ne crains pas trop le jugement (à moins de tomber sur des juges pro-Sarko...) :)

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