Les dessous de l'assiette

Ce blog, c'est un peu ma croisade pour une bouffe saine et un "marketing honnête" (si ça existe). Je décortique des étiquettes de produits alimentaires, Je gratte le discours marketing, je passe des labels à la moulinette, je ponce des recommandations nutritionnelles.

Il y a de moins en moins de moutarde dans la moutarde

Colette Roos
Journaliste
Publié le 15/04/2009 à 12h21


Des bouteilles de moutarde (hfb/Flickr).

Dans la vie, amis consommateurs, il faut savoir ce qu’on veut. Un steak relevé ou une voiture propre. Les agriculteurs des plaines canadiennes, eux, ont choisi leur camp l’année dernière : ils ont boudé la culture des graines de moutarde (steak relevé) pour privilégier celle du colza ou du maïs (biocarburant).

Pourquoi ? Parce qu’ils pouvaient espérer de meilleurs débouchés avec les deux derniers, évidemment.

Or, le Canada est le premier exportateur mondial de moutarde. Celle-là même qui sert à faire de la moutarde de Dijon, oui oui. Confectionnée au Sénégal, au Maroc, en Russie ou en Bourgogne, pourquoi pas, puisque la recette n’est pas sujette à une appellation d’origine, mais à un procédé de fabrication, de meulage des graines en particulier.

De 400 à 1 500 euros la tonne

Pour en revenir à nos agriculteurs canadiens, en choisissant de cultiver des trucs susceptibles de finir dans des moteurs « verts » (c’est un autre débat...), ils ont fait flamber le cours de la bonne vieille moutarde. Qui a grimpé de 170% en un an.

Alain Trautmann, directeur de Raifalsa-Alélor, dernier producteur
alsacien de moutarde et initiateur d’un programme de réintroduction de
la plante dans la région, explique :

« Les contrats sont négociés six mois à l’avance pour la récolte de l’année d’après. A l’automne dernier, les cours étaient de 1 300 à 1 500 euros la tonne, contre 400 euros il y a cinq ans. »

Mais les industriels ont plus d’un tour dans leur sac. Au rayon « condiments », ils ont trouvé une astuce qui leur permet de jouer sur les deux tableaux : utiliser autant voire moins de matière première. Tout en faisant payer plus, beaucoup plus, au client. C’est la magie du marketing.

Moins il y a de moutarde dans la moutarde, plus elle est chère

Et c’est ainsi qu’on a vu fleurir des moutardes aux noms fantaisistes et à la liste d’ingrédients longue comme un sandwich sans assaisonnement : au chèvre ou au parmesan, au thé et aux baies, à la carotte, à la praline et au caramel (mais aussi aux arômes, à la gomme xanthane ou de guar, bizarrement pas mis en valeur sur le recto de l’étiquette).

On n’a pas osé goûter ces recettes très nouvelle cuisine, mais on s’est amusé à comparer les prix. Et c’est un peu le contraire du chocolat à croquer et de sa teneur en cacao : moins le pourcentage est important -ou précisé- plus le prix est élevé.

Là où une basique moutarde de Dijon -28% de graines minimum, d’après un décret datant de 1937, ou, pour être encore plus précis 22% d’extrait sec et 8% d’huile de moutarde d’après le code de bonnes pratiques de la Fédération des industries des sauces condimentaires- vaut environ 2 euros le kilo (Amora, groupe Unilever), une « Fins Gourmets » (Maille, groupe Unilever encore), autour de 6 euros. Alors qu’elle ne contient que 60% de ladite « moutarde de Dijon ». Hop hop, rapide règle de trois : moins de 17% de graines, donc.

Quant à la référence « Carotte et Coriandre » (de chez « il n’y a que Maille qui m’aille »), elle s’arrache à 36 euros le kilo, sans qu’on soit d’ailleurs gratifié sur l’étiquette d’un pourcentage précis. Avec ce budget, réalisez plutôt un investissement pour la vie : achetez 24 kilos de moutarde pure au Canada.

Photo : Des bouteilles de moutarde (hfb/Flickr).

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  • ATAHUALPA YUPANQUI
    ATAHUALPA YUPANQUI
    Demandeur d'emploi
    • Posté à 13h00 le 15/04/2009
    • Internaute 76187
      Demandeur d'emploi

    Moins de moutarde dans la moutarde, moins de boeuf dans le steak haché, moins de cacao dans le chocolat, vaches folles, OGM, grippe aviaire etc etc etc, et tout ça avec une augmentation des prix : VICTOIRE ECRASANTE DES MULTINATIONALES et du système en général qui cautionne ces pratiques. MEUUUUUUUUUUUUUUUUHHHHHHHHHHHHHHHH !

  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 14h47 le 15/04/2009
    • Internaute 5164
      Now future & karpe diem

    Acheter de la moutarde pure, ce n’est peut être pas un si bonne idée. Déjà, c’est assez difficile de trouver des graines de moutarde, et surtout si cela permet de faire une superbe sauce moutarde, cela est très compliqué pour faire de la moutarde !

    Mais qui ose acheter de la moutarde au parmesan, alors qu’on ne peut pas dire qu’il soit très difficile de mélanger les deux !
    Et puis la moutarde, c’est pas terrible, ça a toujours un sale gout de vinaigre...

    Enfin pour relever votre steak (enfin une entrecôte Aubrac AOC de 300g, of course), l’idéal est de mélanger à l’huile (d’olive, espagnole, la meilleure pour ça) deux cuillères à café de « chiu chow chili oil » (en vente dans tous les supermarchés asiatiques).
    Les puristes amateurs de bio d’origine contrôlé pourront aussi laisser macérer des piments (du jardin ?) de Cayenne séchés, passés à la poêle sans rien et pilés dans de l’huile (deux tiers d’huile) pendant deux ans.
    Intestins sensibles s’abstenir...

  • CMK
    CMK
    • Posté à 21h17 le 15/04/2009
    • Internaute 15964

    Depuis un certain temps j’ai remarqué que la moutarde fine de Dijon de Maille piquait beaucoup moins qu’auparavant.
    J’habite moi même à Dijon (ou l’usine de Maille Amora va fermer très probablement pour question de gros sous pour Unilever) et je me suis rabattu sur une moutarde d’une marque beaucoup moins répandue mais plus piquante : la moutarde Fallot, faite à Beaune (40 kilomètres de Dijon).

    Une pétition pour sauver Maille Amora a été lancé sur le site de la ville.......

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