Les dessous de l'assiette

Ce blog, c'est un peu ma croisade pour une bouffe saine et un "marketing honnête" (si ça existe). Je décortique des étiquettes de produits alimentaires, Je gratte le discours marketing, je passe des labels à la moulinette, je ponce des recommandations nutritionnelles.

La France, le pays du faux fromage

Colette Roos
Journaliste
Publié le 31/05/2009 à 00h29


(Audrey Cerdan/Rue89)

Parfois -souvent- les publicitaires n’hésitent pas à convoquer des références mastodontes pour nous vendre de la lessive. Ou du fromage. Imaginez le brief, devant le baby-foot, à l’étage des créatifs de l’agence :

- Les gars…

- P’tain, Fred, concentre-toi, t’interromps la partie, là…

- Attends, et si on inventait le chaînon manquant entre Charles Péguy et François Mitterrand ?
Un clocher par-ci, un sillon de terre encore humide par là, un zeste de Force Tranquille par dessus, un slogan qui vous ancre dans le bon sol de France, l’amour du travail bien fait…

Ça fait pas une belle campagne pour le Rustique, ça ? Rajoutez une petite promesse qui ne veut rien dire comme « élaboré avec du lait collecté dans des fermes sélectionnées », au cas où on s’imaginerait que le conducteur du camion-citerne s’arrêterait au hasard. Retrousserait les manches de son bleu de travail, mettrait son galurin en arrière dans un geste à la Gabin :

« Tiens, j’ai l’impression qu’il y a une exploitation agricole là-bas, les vaches ont une bonne tête, je vais prendre un bidon ou deux, on ne sait jamais, et ils vont bien me les remplir, non ? »

Et vous obtenez un camembert « sympathique et original » comme nous l’apprend son fabricant, RichesMonts, qui élabore chaque année 125 000 tonnes de fromages, certes pas Appellation d’Origine Contrôlée (AOC), mais pasteurisés et certifiés ISO 9001, de quoi vous plaignez-vous ?

Une question demeure : les 1600 employés du groupe portent-ils tous une casquette plate comme le pépé sur l’image ?

Le Rustique n’est pas le seul à exploiter nos envies de Normandie ou de Larzac pour vendre un produit industriel.

Mille fromages oui mais 900 industriels

Sur 1 897 000 tonnes de fromages produits en France en 2007 (chiffres CNIEL, les « Produits laitiers »), les fromages AOC ne représentent que 193 631 tonnes. Soit seulement un sur dix. Adieu veau, vache, clocher… Le pays aux mille fromages est surtout le pays aux mille fromages industriels. Et ça ne risque pas de s’arranger, si l’on en juge par les nouveautés : vous avez aimé la mozzarella, vous avez adoré le fromage de chèvre… vous allez vendre votre mère pour une portion de Chavroux’Zella, au « tranchage facile, 100% lait de chèvre ».

Ah, on a oublié de vous signaler qu’il y a aussi un brin de gélatine, parce que le lait de chèvre n’aura jamais la même texture que celui de bufflone ou de vache, qui compose classiquement la mozza… Le même fabricant propose une bûche à la « saveur inégalée », c’est écrit à côté de la gentille tête de biquette. Saveur d’autant moins égalée qu’elle est boostée par un « arôme chèvre » dont on se demande ce qu’il apporte à un fromage constitué à 100% de lait de chèvre…

Quand le fromage devient « Idée cuisine et tartine »

Pour les « nuls et les pressés », Entremont a mis au point une « aide culinaire » baptisée « Idée Cuisine et Tartine ». 2,10 euros le pot de 230 grammes… pour le même prix, vous pouvez acheter 250 g de vrai fromage et rajouter ce qu’il vous faut de crème fraîche ou de fromage blanc pour faire un gratin, mais vous êtes si nul ou si pressé, faites plutôt confiance à Entremont.

Au pays des mille fromages (25 kg par habitant et par an engloutis), tout est encore possible. D’autant que la législation a changé en 2007. Dorénavant, en plus des « extraits d’aromates, arômes de fumée, arômes de transformation (ça sent quoi, la transformation ?), eau, auxiliaires technologiques… vous pourrez trouver dans les “spécialités fromagères” de la gélatine et/ou de l’amidon. Chouette ! A quand la farandole de “coulofort, bleu de chèvre” et “emmenfetal” ?

Photo : Audrey Cerdan/Rue89

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  • Utilisateur désinscrit à sa demande 2
    • Posté à 01h21 le 31/05/2009
    • Internaute 71957
      nc

    Pour les camemberts de supermarché disons « haut de gamme », depuis que Lepetit et Lanquetot ne sont plus « au lait cru », leur prix a baissé autour de 2€ ou 2€20. Alors que ceux qui ont gardé le lait cru, comme Réo ou Gillot sont dans les 3€.

    Les meilleurs camemberts, qu’on trouve en fromagerie, sont toujours dans les 4-6€.

    Je note que Lepetit et Lanquetot sont toujours aussi présents dans les rayons, alors que tous les amateurs de fromage auraient dû les boycotter (comme moi). J’en déduis que les gens sont plus attachés à la marque qu’au produit, et que la saloperie industrielle a de beaux jours devant elle...

  • John_Deuf
    John_Deuf
    met les pieds dans le plat
    • Posté à 09h51 le 31/05/2009
    • Internaute 75883
      met les pieds dans le plat

    Je ne savais pas que la législation avait été assouplie en 2007. C’est bien dommage. On a encore la chance d’avoir des productions issus de la filière lait beaucoup plus pur que la filière viande, dont les additifs sont innombrables, à tel point que je me demande encore comment on arrive a y trouver de la viande dedans.

    Bref, tout ça pour dire que suite à la pression des industriels ; le codex alimentaire laitier ressemblera a un catalogue de chimie organique.

    Merci l’europe,
    qui a banni les planches en bois des salle d’affinage parce que ça pouvait être source de contamination
    qui tolère juste le fromage au lait cru (mais pour combien de temps ?)
    et qui dénature les productions issus du lait.

  • Jana
    Jana
    bretonne en Normandie
    • Posté à 12h30 le 31/05/2009
    • Internaute 13372
      bretonne en Normandie

    Merci Colette, pour votre billet éclairant.

    Bah ! N’en faisons pas un fromage..
    il s’agit juste d’ acquérir un peu de lucidité..vis à vis des « créatifs »
    Le fromage « bidouillé » est vraiment.. la vache à lait de l’agro-alimentaire...
    A nous d’avoir les yeux ouverts !

    « La publicité est fille de l’économie capitaliste. C’est une arme forgée dans la concurrence impitoyable des entreprises, et qui n’a jamais eu d’autre finalité que de maximiser ou optimiser la part de profit prélevée sur un marché donné. »

    extrait de :
    Lien

  • Intendant Zonard
    • Posté à 13h43 le 31/05/2009
    • Internaute 26612

    10 % des fromages produits en AOC, ce n’est pas si mal ! Si l’on devait le traduire en valeur, ça serait 15 ou 20 % peut-être même. Le problème après, c’est ce que recouvre l’AOC : pour le Cantal, c’est célèbre, c’est n’importe quoi.

    Pour le Camembert, on vient de voir le résultat du renforcement du cahier des charges, avec les marques de moyen-haut de gamme qui quittent l’AOC, baissent la qualité et augmentent la quantité, capitalisant sur l’image acquise les années passées. a fait râler le prix d’un camembert AOC maintenant rare, mais au kilo ça reste quasiment le moins cher des fromages !

    L’AOC doit-elle être un label minimal pour éviter les horreurs avec adjonction de gélatine, ou bien une certification de très haut de gamme ? Sans doute un peu entre les deux, avec une dynamique de progression de la qualité, mais sans précipitation qui risque d’aboutir à l’inverse de l’effet souhaité.

    En fait, il y a une chose qui me fiche vraiment en colère, c’est la qualité généralement déplorable des fromages vendus en bio. S’il y a bien un produit auquel le bio devrait apporter en qualité, c’est celui-là. Alors, cumuler les normes AOC et AB, personne ne veut s’y mettre ?

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