Les dessous de l'assiette

Ce blog, c'est un peu ma croisade pour une bouffe saine et un "marketing honnête" (si ça existe). Je décortique des étiquettes de produits alimentaires, Je gratte le discours marketing, je passe des labels à la moulinette, je ponce des recommandations nutritionnelles.

Les marques françaises boudent l'huile de palme durable

Colette Roos
Journaliste
Publié le 05/11/2009 à 15h31

Heu-reu-se-ment il y a Findus ! Pas pour la créativité publicitaire. De ce côté-là, c’est toujours aussi ringard, et le parler d’jeuns des derniers spots de la marque n’arrange pas les choses. Là où on tire sincèrement notre chapeau à la marque (rangez les battes de base-ball, vous allez comprendre), c’est pour ses engagements environnementaux et nutritionnels.

On ne parle pas de mesurettes pour faire joli sur le rapport annuel, hop, on a versé 3 centimes à une ONG, regardez comme on est vertueux. Mais de virages à 180° qui exigent que les processus industriels soient vraiment revus, ce qui ennuie toujours les industriels, justement.

Concrètement ? Le groupe anglais promet de n’utiliser que de l’huile de palme certifiée durable d’ici 2015. Et de la remplacer totalement, d’ici 2010, par de l’huile de colza ou de tournesol pour ses poissons et ses pommes de terre surgelés.

L’huile de palme, solution pour les industriels, problème pour tous

Le WWF, qui vient d’établir un classement des 59 principaux acheteurs européens d’huile de palme -lessiviers, fabricants de rouges à lèvres et de pâtisserie industrielle, géants de la grande distribution- a attribué au fabricant de surgelés la troisième place ex æquo (avec Migros, le distributeur suisse, et derrière Sainsbury’s et Marks & Spencer, les chaînes de supermarchés britanniques).

L’huile de palme est une solution géniale pour les industriels. Elle n’est pas chère, on en produit de plus en plus et on peut en faire ce qu’on en veut. Pratique pour les palettes qui restent stockées sur les parkings de supermarché ou les docks des grands ports, qu’il pleuve, qu’il neige ou qu’il fasse grand soleil.

Mais à part pour les industriels, l’huile de palme est un problème pour tout le monde :

« La déforestation en Asie du Sud-Est dégage 2 milliards de tonnes de
gaz à effet de serre chaque année. Selon certaines estimations, la
déforestation pour la seule Indonésie représente 4% des émissions
globales annuelles, ce qui la place en troisième position des
émetteurs, derrière les Etats-Unis et la Chine. »

Ce n’est pas une petite ONG qui le dit, mais le groupe Unilever -classé
5e par le WWF, et salué par Greenpeace. Unilever s’est lui aussi
engagé à cesser d’utiliser de l’huile de palme non certifiée d’ici 2015

Beaucoup de grandes marques françaises sont à la traîne

Et nos petits Frenchies, alors, dans tout ça ? Il y a bien L’Oréal, les Bougies La Française (quand on vous dit qu’il y a de l’huile de palme dans tout) et Carrefour qui s’en sortent assez honorablement, avec respectivement 21,5, 16,5 et 16 points sur 29.

Les supermarchés U, les Mousquetaires, les Géant Casino, les Auchan ? Zéro ! Brioche Pasquier ? Zéro, et ce n’est pas faute, pour la marque au petit clocher si terroir, d’avoir recours aux « matières grasses végétales en l’état ou hydrogénées » (ça, c’est dans les croissants, par exemple).

Leclerc ? Trois petits points de rien du tout, c’est que Michel-Quichotte-Edouard a d’autres combats, les marges arrières par exemple.

Et Danone, tiens ? Danone, qui joue les premiers de la classe de nutrition et de politique sociale, avec ses yaourt bio, ses probiotiques qui vous transforment en super héros du quotidien, sa branche biscuits Lu cédée à Kraft parce que les biscuits-ça-fait-grossir-on-va-se-recentrer-sur-des-produits-qui-font-du-bien-aux-gens ? Eh bien Danone obtient 3,5 petits points tout kiki. Et pas un mot sur la question dans le dernier Rapport technique développement durable du groupe.

Franck Riboud ou comment faire passer l’eau en bouteille pour du « bio »

A la question « A quoi ressemblera Danone dans 5 ans ? », Franck Riboud, le PDG, répond qu’il aimerait que son groupe soit « encore plus en phase avec les grandes aspirations universelles : plus de nature, plus de santé, plus d’attention portée aux hommes et aux femmes. » On a une piste pour lui : l’huile de palme certifiée durable.

PS : ça n’a pas de rapport direct avec le sujet, mais comment résister à l’envie de reproduire ces quelques lignes tirées du même document ? Franck Riboud y explique, par un tour de passe-passe et quelques entorses logiques, que l’eau en bouteille est un produit vert :

« Il faut savoir que l’eau minérale n’est pas une aberration écologique : c’est même l’inverse. Au sens propre du terme, il n’y a aucun produit qui puisse prétendre être plus naturel.

Il n’y a rien à filtrer, rien à masquer, rien à ajouter, rien à faire disparaître. Elle émerge du plus profond de la terre, à l’abri de tout polluant et elle ne reçoit absolument aucun traitement et en particulier aucun traitement chimique. Mieux encore qu’un produit bio. »

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    Pseudo
    Enfin libre : -)
    • Posté à 15h57 le 05/11/2009
    • Internaute 25947
      Enfin libre : -)

    Merci pour cet article.

    En ce qui concerne les produits alimentaires, je connaissais le problème de l’huile de palme et je l’ai résolu en n’achetant pas de plats préparés.

    Mais j’ignorais totalement qu’on pouvait trouver de l’huile de palme dans des produits non alimentaires. Je vais encore d’avantage examiner les étiquettes, en espérant que le nom de l’huile de palme ne sera pas indiqué sous un terme scientifique inconnu.

  • bachibouzouk29
    bachibouzouk29
    bachibouzouk
    • Posté à 16h01 le 05/11/2009
    • Internaute 88237
      bachibouzouk

    et pas d’huile de palme du tout ? ça serait encore mieux non ? Même les pâtes brisées et feuilletées dans les biocoop sont remplies d’huile de palme. Reste plus qu’à faire ces pâtes soit même. La seule solution c’est cuisiner à base des produits de base

  • bleuet1
    bleuet1
    espère malgré tout
    • Posté à 16h46 le 05/11/2009
    • Internaute 65892
      espère malgré tout

    L’huile de palme est vraiment partout, même dans les produits bio. Même si elle est bio, elle n’en est pas pour autant bonne pour la santé.
    Je suis passée au bio pour un certain nombre de produits, mais pour mes pâtes brisées prêtes à dérouler par exemple, je continue d’acheter la MDD de Carrefour en « pur beurre ». Pourquoi ? Parce que dans la version bio, il y a plus d’huile de palme.

    Pour ce qui est des gâteaux, j’ai trouvé la solution : je n’en achète pas. Comme ça, ça m’évite de grossir en me gavant alors que je n’ai pas faim, et ça m’oblige à me faire des en-cas plus substantiels et nutritifs.
    Lorsque vraiment je veux en acheter (pour un long déplacement par exemple), je les achète commerce équitable. Je pars du principe que si on peut se permettre d’acheter du superflu, alors on est capable de mettre un peu plus d’argent et d’acheter équitable. Au moins, le producteur n’a pas du abattre une forêt entière pour me fabriquer ma boîte de biscuits.

    C’est à vomir, les manières de faire des distributeurs concernant leur rapport à l’environnement. Et le commentaire de Riboud en est un parfait exemple. Il ne me fera jamais avaler (sans mauvais jeu de mots) que les tonnes de bouteilles plastiques qu’on jette à la poubelle sont plus écologiques que la carafe filtrante que j’utilise avec une cartouche rechargeable avec des sachets de charbon actif naturel (et pas de synthèse comme chez Brita, qui veut en plus nous faire utiliser un filtre neuf à chaque changement).

  • Marcantoines
    Marcantoines
    trouveur
    • Posté à 17h01 le 05/11/2009
    • Internaute 55044
      trouveur

    Sur les bouteilles d’huile devraient être indiquées la composition d’acides gras saturés Trans ( processus d’hydrogénation) et Cis ; d’acides gras mono et polyinsaturés ( Oméga 3, 6, 9 ) et de Vitamine E.
    Pour interpréter la lecture, on pourrait définir un code couleur de vert à rouge. Vert : excellent à rouge : médiocre pour la santé, agrémentée d’un petit thermomètre précisant la température d’utilisation.

    Huiles de tournesol, colza, olive, bien meilleures pour la santé que l’huile de palme ( riches en acides gras saturés).
    Techniques de fabrication à proscrire : extraction à chaud, hydrogénation, antioxydant artificiel, ...

    Ensuite : Bio, naturel, Ogm, ...Aucun intérêt. Sauf une indication Ecologie précisant qu’il n’y a pas eu de vaporisations de pesticides, d’utilisations d’engrais azotés ou de culture intensive destructrice des sols, de nappe phréatique ou des arbres.

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