Les dessous de l'assiette

Ce blog, c'est un peu ma croisade pour une bouffe saine et un "marketing honnête" (si ça existe). Je décortique des étiquettes de produits alimentaires, Je gratte le discours marketing, je passe des labels à la moulinette, je ponce des recommandations nutritionnelles.

« Jardins gourmands », compote édulcorée colorée de Danone

Colette Roos
Journaliste
Publié le 26/11/2010 à 11h48


Avec son nouveau produit Jardins gourmands de Taillefine, Danone a pensé à vous, quand, au supermarché, vous êtes perdu dans la contemplation du rayon en perpétuelle expansion des « desserts fruitiers frais » -ça veut dire fruits cuits dans une quantité de sucre inférieure à celle des compotes.

Vous avez le choix entre :

  • des desserts à base de fruits bio.
  • des desserts à base de fruits non bio, contenant des édulcorants, des arômes, des colorants.

Le tout, dans la même gamme de prix. Si vous êtes un être normalement constitué, vous prenez le premier produit.

Si vous êtes un être dont le temps de cerveau est disponible, ou rendu disponible par une campagne de lancement qui a coûté 6,6 millions d’euros à Danone, vous optez pour les Jardins gourmands, une gamme vendue depuis l’hiver dernier.

On comprend bien pourquoi Danone s’est lancé sur le marché des desserts aux fruits : le groupe, engagé depuis plusieurs années dans une politique de « karchérisation de son offre », s’est débarrassé de tout ce qui n’avait pas l’air nutritionnellement correct, la branche « biscuits » notamment.

Reste essentiellement dans son portefeuille de marques des produits laitiers, des eaux minérales et de la nutrition infantile et médicale.

Et pourquoi pas des fruits ? C’est bon, c’est sain, ça a bonne presse, les fruits ! C’est ainsi que Danone a décidé de racheter Immedia, le numéro 3 français des smoothies. C’est ainsi aussi qu’est née la gamme Jardins gourmands, au packaging proche de celui des autres desserts de fruits, et au nom qui évoque celui du best-seller de Yoplait, Panier de fruits.

Les « testeuses » d’Aufeminin.com conquises

Ne restait plus qu’à draguer le public. C’est apparemment chose faite.

Regardez plutôt les témoignages des lectrices de Aufeminin.com, diffusés sur le site de Danone. Elles ont testé pour nous, c’est gentil, ça. Dans un bel élan d’enthousiasme qui ne fleure pas du tout le plan marketing, Isabelle dit :

« On sent vraiment bien le goût des fruits : c’est un vrai délice ! En plus la gamme de produits propose un large choix qui permet de varier les plaisirs, tout en évitant les calories. »

Question calories, l’apport est le même que celui des grands concurrents, à gamme comparable : Hero sans sucre ajoutés, Andros sans sucres ajoutés ou encore les références des distributeurs (comme Ondilège chez Casino, les purées de fruits bio de Carrefour ou de Leader Price). Mais ça n’a pas d’importance, car Isabelle est conquise.

Le bon goût des fruits ? Des arômes !

Zohra, tout en spontanéité, déclare pour sa part :

« J’ai vraiment aimé les Jardins gourmands, car on sent parfaitement le goût de chaque fruit. Très frais, et très bon, je vote pour ! »

Le goût de chaque fruit, parlons-en : dans le Jardins gourmands pomme-fraise, il provient en fait des arômes utilisés. Notez qu’on ne vous précise pas s’il s’agit d’arômes naturels ou artificiels, ça laisse de la souplesse au fabricant.

Jardins gourmands pomme-framboise ? « Arôme » itou ! (tiens, au singulier cette fois-ci !). Jardins gourmands pomme-poire ? Idem. Ce n’est pas le goût de chaque fruit que l’on apprécie, c’est l’arôme qui le caricature.

Héloïse, quant à elle, récite sa leçon : « Ce sont des desserts naturels, avec une texture très agréable et un goût fidèle aux fruits. »

Tout ce qu’il faut d’aspartame

Et là, on a envie d’apprendre à Héloïse à lire la composition : « Purée de pomme (84,3%), purée de fraise (15,1%), arômes, colorant : E 120, édulcorants : E 951, E 950, vitamine C. »

Effectivement, rien de plus naturel : le rouge cochenille (obtenu en réduisant en poudre de petits arachnides... c’est vrai, pourquoi s’embêter avec de la vulgaire betterave, franchement !) côtoie l’acésulfame K et l’aspartame, au cas où on n’en aurait pas eu sa dose avec son Coca Light, son laitage édulcoré et son chewing-gum sans sucre.

Si on avait mauvais esprit, on poserait la question qui fâche : pourquoi avoir mis ces ingrédients dans ces desserts, sachant que Danone s’est associé à Andros, un industriel qui, justement, n’en utilise pas ?

Deux explications à ça : soit Danone utilise des fruits qui ont si peu de saveur et si peu de couleurs qu’il faut avoir recours à la palette chimique. Soit Danone espère rendre ses consommateurs accros en exacerbant leurs sensations. On laisse Héloïse, Zohra, Isabelle et les autres plancher sur ces hypothèses, entre deux cuillérées.

Aller plus loin
  • 30416 visites
  • 108 réactions
Vous devez être connecté pour pouvoir commenter : ou créez un compte
  • Triple buse
    Triple buse
    Quand on voit ce qu'on voit, (...)
    • Posté à 13h00 le 26/11/2010
    • Internaute 117308
      Quand on voit ce qu'on voit, (...)

    Si vous désirez TOUT savoir sur la bidouille des goûts et des couleurs, lisez le génial « Aromes dans nos assiettes » de Terre Vivante

    Lien

    Vous en lirez de bien bonnes...

    Perso je ne mange que des matières alimentaires brutes ! c’est la clé ! !

    Bon app’

    3 BuZ

  • RequiemEE
    RequiemEE
    Etudiant
    • Posté à 14h10 le 26/11/2010
    • Internaute 94925
      Etudiant

    « Effectivement, rien de plus naturel : le rouge cochenille (obtenu en réduisant en poudre de petits arachnides… c’est vrai, pourquoi s’embêter avec de la vulgaire betterave, franchement !) »

    Je rejoins le premier commentaire en ce qui concerne la cochenille, ça manque de sérieux !
    En ce qui concerne le colorant, honnêtement, je ne vois pas la différence entre ajouter de l’acide carminique (issu de la cochenille) et ajouter de la bétanine (provenant de la betterave) à un produit.
    Vu les doses utilisées je pense que vous prenez moins de risques que quand vous faites griller des aliments (y compris bio...) ou que vous mangez des frites...
    Qu’elle soit bio ou non, la molécule reste exactement la même au final...

    Il faut arrêter avec les schémas un peu simples du style :
    « betterave = plante = naturel = forcement bon pour moi ».

    C’est avec ce genre comportement que vous enrichissez des marchands de sommeil qui vomissent des « bio » ou « naturel » à outrance sur leur produits.

    La dans ce cas, ce qui importe, ce n’est absolument pas l’origine du colorant (cochenille ou betterave) mais plutôt l’impact possible de la molécule isolée sur la santé...
    Et à ce niveau je ne pense pas qu’il y ait besoin de crier « au feu »...

  • Marie Morgane Kerouedan
    Marie Morgane Kerouedan
    Chercheuse autodidacte en (...)
    • Posté à 15h41 le 26/11/2010
    • Internaute 105418
      Chercheuse autodidacte en (...)

    Le vrai bon et savoureux est bien trop cher pour les industriels tels que Danone. Et avec un coup de marketing, les consommateurs tombent dans le panneau.
    Deux bonnes nouvelles cependant : 1/quand on ne regarde pas la télé, et qu’on ne fait pas ses courses en supermarché, on n’achète pas ce genre de produit puisqu’on ne les voit pas ; 2/c’est la saison des pommes, et il faut environ 10 minutes pour réaliser une compote maison. Si l’exotisme de l’industrie vous manque, sachez qu’il est tout à fait possible d’ajouter des épices, sucres divers, colorants naturels (betterave par ex) à vos compotes, elles auront le même aspect mais il y a aura une grande différence : elles seront bonnes !
    Pour de la réflexions et de l’information sur la gastronomie durable, n’hésitez pas à consulter mon blog : Lien
    Marie Morgane

  • Pictulo
    • Posté à 16h54 le 26/11/2010
    • Internaute 23785

    Ras la casquette de ces produits indistriels pleins de saloperies, et très probablement néfastes à cout ou moyen terme. Des montants de communication indécents pour les campagnes de pub (nulles), des fabricants qui se gavent en exploitant leurs salariés, des intermédiaires à la patte graissée pour entrer dans les linéaires, tout ce modèle de fabrication-distribution est inepte.
    Avec quelques potes (un quinzaine de familles), on a créé une association qui permet d’acheter des produits sains (souvent bio Nature & Progrès ou Demeter) directement auprès des fabricants.
    C’est du boulot, on y passe du temps, mais ça marche à merveille, au point que depuis 6 mois je n’ai plus mis les pieds dans une grande surface. Et Danone et consorts, je n’y pense même plus.

  • Homer555
    • Posté à 18h39 le 26/11/2010
    • Internaute 45141

    Je trouve que ça va encore. 0.6% qui n’est pas des fruits et tout n’est pas non plus chimique dans les additifs. J’ai vu des étiquettes plus affreuses que ça.

    Pour la couleur, la betterave est exclue car elle donne un rouge légèrement violacé. Je pense que la cuisson et la quantité astronomique de pommes par rapport aux fraises rend le mélange légèrement rosé. Or le consommateur s’attend à un rouge « fraise » bien vif pour un tel mélange. Donc rosé, ça se vend pas, violacé, ça se vend pas. Bien rouge, ça se vend. J’ai quelques relations prêtent à foutre un pack complet à la poubelle si la couleur parait suspecte.

    Pour les arômes, vous avez mis le doigt dessus. Les fruits utilisés, ne sortent pas du panier de la belle perrette. Pour les compotes, sont utilisés les fruits qui ne peuvent pas êtres vendus en étal (défauts visuels, calibres, mauvaise exploitations, maturation...) pas les meilleurs donc. Je leur laisse le bénéfice du doute quand à l’emploi d’arômes naturels.

    Enfin, les édulcorants. Le sucrés agit comme un drogue. On en a toujours envie, donc on en mange et on rachète. Les fruits sans maturités ne sont pas sucrés. Et rajouter du sucre est exclu car ça ferait bondir les calories. Donc aspartame obligatoire. Avec toutes les conséquences sur la santé que ce produit apporte. C’est pour ça que je ne touche pas aux « lights ».

    La vitamine C est l’antioxidant, le conservateur qui permet au mélange de ne pas brunir.

    Conclusion, l’aspartame est une merde. Pour le reste je ne suis pas choqué. Ce n’est pas très fair play d’y aller avec l’image du petit jardin, mais en même temps, les allégations sur les paquets, est ce que quelqu’un y crois encore ?

  • BertrandBertranD
    BertrandBertranD
    (voyageur)
    • Posté à 19h25 le 26/11/2010
    • Internaute 50003
      (voyageur)

    N’oublions pas non plus les objectifs internationaux des grands groupes comme danone. Il faut homogénéiser les goûts pour faciliter les exportations de fabrication.
    C’est ainsi qu’ici, au Chili, avec du lait de vaches locales (à 12 000 km des laitières bretonnes) et avec des abricots made in chili, ils parviennent à nous vendre un yahourt à l’abricot qui a exactement le même goût à Valparaiso qu’en région parisienne.
    Etonnant non ?

  • Homer555
    Homer555 répond à moltes
    • Posté à 20h17 le 26/11/2010
    • Internaute 45141

    Je suis assez d’accord avec vous.

    J’aime bien le but de Colette Roos. C’est vraiment une bonne chose d’apprendre aux gens à lire les étiquettes (même si 90% des gens trouvent une « bonne » raison de ne pas le faire).

    Mais pour moi, il serait mieux d’utiliser comme approche le vrai marketing malhonnête (l’eau 0% de calorie, les sucettes sans matières grasses...), les vrais produits de merde (nutella, pâtes en sachet cuites en 1 min, soupes déshydratée avec même pas la moitié de légumes...) ou le scandale des produits premiers prix qui sont bien plus nocifs que les marques nationales présentées ici. J’ai personnellement vu un produit premier prix à 100% composé de graisse, de sucre d’arôme et de colorant (pâtes de fruits)... Pourquoi ne pas parler des viandes premier prix injectées d’eau ? (personne ne s’est demandé pourquoi la viande moins chère rétrécissait à la cuisson ?)

    Franchement, les exemples choquants ne manquent pas. Pourquoi dénoncer un produit qui par rapport à ces exemple reste dans le haut du panier (de fruit : D )

  • FLEUR_DE_MENHIR
    • Posté à 21h06 le 26/11/2010
    • Internaute 108521
      en vie

    ouh là là... ce débat part dans tous les sens, avec entre autre un côté « règlement de compte » par moment entre urbains et ruraux, et bilan carbone de chacun (j’aimerais bien pouvoir aller au job en bus mais ça ne fait pas !), un côté « L’industrie agro-alimentaire alimente les conflits de société ! »
    J’ai grapillé sur pied les dernières framboises du jardin il y a encore quelques jours (avant la neige)... tout le monde ne peut pas avoir un jardin (pas nécessairement polluant : aucun produit chimique dans le mien), mais tout le monde peut avoir du discernement, en ville (les citadins ont les plus beaux marchés) comme à la campagne (on a nos jardins et plus) : manger de saison, privilégier les circuits courts, savoir utiliser les restes, découvrir qu’un crumble maison ne prend pas plus de temps à préparer que celui prêt à enfourner.
    Pub ou pas, on reste quand même décideur non ?
    Un peu de bon sens non ? et prenons nos responsabilités, plutôt que toujours incriminer « l’autre » !

  • Vinny
    • Posté à 21h14 le 26/11/2010
    • Internaute 26623

    Moi, c’est le rayon où je ne vais jamais, c’est plus simple. De toute façon c’est rempli de merdes.
    En Allemagne, les rayons « yaourt et Cie » me semblent mieux achalandés.

  • nicogé
    nicogé
    walz
    • Posté à 16h59 le 27/11/2010
    • Internaute 4892
      walz

    bonjour, petite témoignage type « c’est mon choix » :

    je n’ai pas de preuve, mais pas le début d’une.

    seulement j’avais des problèmes de santé qui devenait graves, enfin qui compliquaient ma vie.

    sur les conseils de mon ex-femme, très branchées bio/nourriture alternatives, j’ai fini par arrêter les édulcorants.

    résultats : plus aucune crise ni malais au bout de quelques jours.
    plus aucune sensations de vertiges au bout d’un an.

    et cerise sur le gâteau : avec la même alimentation et en mangeant des bonbons et chewing-gum aux sucres (mais en moins grande quantité), j’ai perdu 3 kilos ! ! !

    voilà mon expérience. ça vau ce que ça vaut.

    bien @ vous,
    nicogé walz
    Lien

Retour sur Rue89

Note Les notes de blogs ne sont pas toutes mises en forme par l'équipe de Rue89 contrairement aux articles du site.