Les dessous de l’assiette

Ce blog, c'est un peu ma croisade pour une bouffe saine et un "marketing honnête" (si ça existe). Je décortique des étiquettes de produits alimentaires, Je gratte le discours marketing, je passe des labels à la moulinette, je ponce des recommandations nutritionnelles.

J'ai testé Subway, les sandwichs qui ont vaincu McDonald's

Colette Roos
Journaliste
Publié le 22/06/2011 à 16h24


Un restauraunt Subway aux Etats-Unis (Frank Pilon/Flickr/CC).

Subway a dépassé McDonald’s en nombre de points de vente dans le monde, et cette nouvelle d’un rééquilibrage géostratégique majeur n’a pas pu vous échapper.

Le spécialiste du « sandwich calibré » peut se vanter, à l’heure où j’écris, de 34 307, peut-être 308, 309... restaurants dans le monde. Oui, appelons ça des restaurants, par convention et par paresse linguistique.

Cela m’a donné envie de pousser la porte vert forêt d’un Subway, pour voir et goûter. J’ai embarqué mon fils de 10 ans dans l’aventure. Je n’irais pas jusqu’à dire que cet enfant est un testeur parfaitement objectif : ça fait dix printemps, dix étés, dix automnes, dix hivers que je lui lave le cerveau au jus de carotte bio.

Bref, nous voilà face à un très gentil jeune homme, dans un Subway de l’est parisien, à choisir notre « sandwich préparé sous nos yeux », comme le clame la publicité de l’enseigne.

« Maman, qu’est-ce que c’est ? »

Mon fils regarde, incrédule, des barrettes d’une pâte non identifiable, sorte de chaînon manquant entre une tablette de Toblerone sur le point de fondre et un tourteau de soja pour vache laitière. Je vous jure que je n’exagère pas, j’ai pris la photo, je peux vous la montrer.

« Maman, qu’est-ce que c’est ?

– Euh, je sais pas Chéri, je sais pas, là comme ça, je dirais une vieille tablette de Toblerone, mais quelle idée de mettre du Toblerone dans des sandwichs...

– Ah non madame, ce sont des côtelettes de porc. »

Là, mon fils et moi nous repassons simultanément l’extrait de « L’Aile ou la Cuisse », vous vous souvenez, le passage où la pâte à prout prend la forme d’un poulet dans l’usine Tricatel. Allez savoir pourquoi, hasard des circuits neuronaux, nous avons tous les deux eu cette image en tête. A côté de ces « côtelettes de porc » donc, du rosbif, si « rosbif » peut s’appliquer à un cylindre finement tranché, de couleur verdâtre – pour être honnête, les contours étaient plutôt brun foncé.

Une bande de jeunes avec carnet de réductions

Mon fils et moi sommes finalement assez petits joueurs. Nous prenons tous les deux un « Sub 15 », ça veut dire la moitié d’un « Sub 30 », lui en version végétarienne dans du pain complet, moi en version « steak de soja » coincé dans une baguette à l’origan.

Le gentil jeune homme nous précise que le pain a été fait le matin. Par « fait », il faut comprendre que le pâton industriel a été cuit le matin dans le point de vente, pas qu’un boulanger avait pétri de la farine, du levain, de l’eau et du sel, ce matin-là derrière le comptoir en inox.

« Vous voyez, il a dit, il est juste assez croustillant pour ne pas craquer, et bien moelleux à l’intérieur ».

Il accompagne la parole d’un geste, comme on presse une éponge Spontex. Derrière nous, une bande de jeunes venue avec un carnet de réduction, une pratique visiblement courante chez Subway. Notre serveur, voyant que mon fils et moi étions séduits, m’en propose d’ailleurs deux.

Un des jeunes déclare alors :

« Moi je vais tékal, je vais finir à yep’. »

Avant de partir pendant que ses copains dégustent leur Sub 30. Alors, mon fils et moi, on tékal aussi et on repart à yep’.

Un prix écologique et social

Devant le restaurant, des cagettes en plastique noir siglées C.A.S.I, la plus grande coopérative de tomates d’Europe. Vous savez, à Almeria, là où des travailleurs agricoles ramassent pour même pas le prix d’un kilo de tomates des globes rouges poussés hors sol.

Je montre ça à mon enfant, et lui explique que son sandwich industriel à trois euros est fabriqué à ce prix écologique et social. Ça ne l’empêche pas une demi-heure après de me dire, un poil provocateur, qu’il en reprendrait bien un deuxième.

Aller plus loin
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  • A déménagé le 23-6
    • Posté à 17h02 le 22/06/2011
    • Internaute 85924

    Je ne sais pas si vous avez également remarqué cette odeur atroce qui s’échappe des magasins subway de 9h du matin à plusieurs heures après la fermeture (étrange, d’ailleurs)... Je ne sais pas d’où elle vient (ça ne ressemble pas à une odeur de pain qui cuit, mais après tout tout est possible..), mais ça me donne la nausée chaque fois que je passe devant.
    Sinon, plus je mets les pieds (pardon, les yep’) dans des fast-foods, plus je suis convaincue de ne jamais y retourner : la dernière fois que je me suis assise dans un McDo, dans un quartier parisien pourtant chic, deux rats sont passés à mes pieds, entre les tables, en moins de cinq minutes...

  • Yugo Amaryl
    Yugo Amaryl
    Psychohistorien
    • Posté à 17h20 le 22/06/2011
    • Internaute 160328
      Psychohistorien

    « Subway », restaurant gastronomique du XX et XXIe siècle. Passionnante époque n’est-ce pas ? Bien qu’étant un siècle oublié, (effacé !) des manuels d’histoire et de la mémoire collective, je vous conseille de vous ballader dans les mégalopoles de l’époque (rien d’excessif comparé à Trantor). Il paraît que l’énergie nucléaire est encore employée, que les téléphones sont « tactiles », (cette notion m’est encore étrangère), que les voitures roulent par terre, etc. Vieux mythes, légendes ? En tout cas votre article m’a fait progresser dans ma compréhension de la psychohistoire... Je n’arrive toutefois pas à saisir si la consommation de cette nourriture était occasionnelle ou régulière ?

  • Frangipanier
    Frangipanier
    Plante verte, rouge et noire.
    • Posté à 17h44 le 22/06/2011
    • Internaute 106626
      Plante verte, rouge et noire.

    Bon, c’est vrai que cet article laisse un petit goût d’inachevé... on aurai aimé une enquête, des chiffres, une investigation, tout ça, quoi...

    J’y ai bouffé une fois, ça m’a pas laissé de souvenir impérissable. Nippon ni mauvais, quoi.

    La malbouffe, c’est pas mauvais en soi tant que tu en abuses pas. Et c’est vrai que comparé à des enseignes 100% bio 100% commerce équitable, ben c’est moins cher. Je comprends que les gens aillent là le midi.

  • Féline
    Féline
    fée
    • Posté à 18h26 le 22/06/2011
    • Internaute 111221
      fée

    On pourra souligner autant que l’on veut la médiocrité de la nourriture ainsi que de l’hygiène de tous ces « fast food », tant qu’il n’existera pas des restaurants de qualité qui proposeront des repas chaud, boisson comprise, pour 6 ou 7 euros, et qui, surtout, resteront ouverts toute la journée (et pas seulement pour la pause méridienne et en soirée), aucun de ces reproches, pourtant légitimes, ne réussiront jamais à porter un quelconque préjudice au succès jamais démenti de ces « sous-restaurants ».

  • Xelandre
    Xelandre
    Devin plombier
    • Posté à 22h14 le 23/06/2011
    • Internaute 146271
      Devin plombier

    Le traitement de ce sujet est très décevant.

    Coïncidence, la télé allemande a présenté cette semaine même un reportage sur la situation des franchisés, des entités corvéables et malléables à souhait.

    Lien

    « Trimer jusqu’à en crever - les perdants du système Subway »

    Des manuels d’exploitation lourds de 2000 pages qui ne sont remis aux franchisés qu’une fois le délai légal de résiliation expiré.

    Les gogos que l’on appâte aux entretiens d’information avec des promesses irréalistes de profits.

    Des contrats d’une durée de 20 ans rédigés à l’avantage exclusif du franchiseur, qui relèvent des tribunaux néerlandais. Le franchiseur a 1000 façons de se débarasser d’un franchisé, la réciproque ne semble pas vérifiée.

    La commission de 12,5% sur le c.a. brut à remettre à la centrale que l’on fasse des bénefs ou pas.

    Des exploitants potentiels qui perdent l’intégralité de leur franchise achetée 25000 euros, n’ayant pu ouvrir un restaurant dans le local proposé pour telle ou telle raison, pourtant sans avoir reçu de contrepartie de la part du franchiseur.

    Des franchisés endettés qui finissent par travailler 100 heures/semaine sans employés pour un résultat qui fait passer le SMIC pour une rente de Crésus.

    Quant à « vaincre McDo », le franchiseur ne marche pas follement bien en Allemagne.

    Je serais étonné qu’il en soit bien autrement en douce France.

    Dans la colonne de droite on trouve un autre reportage du même type concernant le traitement des employés ches Starbucks.

  • guillaume182
    guillaume182
    curieux
    • Posté à 00h06 le 24/06/2011
    • Internaute 161137
      curieux

    Sans mauvais jeu de mot, on reste un peu sur notre faim :) .
    On aurait aimé une enquête avec des chiffres etc. (comme l’avait été il y’a maintenant plusieurs mois un article passionnant sur la stratégie marketing des restaurants Pain quotidien).

    En tout cas, je ne sais pas si les managers au sein des restaurants subway doivent être « labélisés » avant d’occuper leurs fonction au sein de la chaîne.
    Mais pour avoir passé un entretien dans un de ces restaurants il y’a qq années au cours de mes études à Nice, le discours du manager à propos de la marque était à la limite du culte de la personnalité.

    Pour lui, le subway, je cite, c’était « l’autre face de l’amérique », l’Amérique qui fait du sport etc.
    Pour lui, le restaurant était issus d’un processus de recherche et développement très poussé. La tomate devait être mise dans un sens précis afin d’en apprécier la valeur, le concombre devait être tranché de telle façon etc.

    Après j’avoue (honteusement) que niveau goût, j’aime bien : /

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