Les dessous de l'assiette

Ce blog, c'est un peu ma croisade pour une bouffe saine et un "marketing honnête" (si ça existe). Je décortique des étiquettes de produits alimentaires, Je gratte le discours marketing, je passe des labels à la moulinette, je ponce des recommandations nutritionnelles.

L'Agence européenne de sécurité alimentaire, lobby de l'industrie ?

Colette Roos
Journaliste
Publié le 15/09/2011 à 11h08

Encore un conflit d’intérêts à l’Efsa, l’Agence européenne de sécurité des aliments... Ici même, il a été question récemment des liens noués avec l’industrie agroalimentaire par onze des vingt experts de sa commission « additifs » (dont l’aspartame).

Moins d’un an plus tôt, en octobre 2010, Diana Banati, la directrice de la même Efsa, avait dû démissionner de ses fonctions de l’Ilsi (l’International life sciences institute), un prétendu institut de recherche, en réalité un « machin » financé par les plus grands noms de l’agro-industrie et de la chimie (dont le fabricant d’aspartame Ajinomoto, Nestlé, Monsanto, BASF, McDonald’s...). On peut se demander pourquoi elle a eu le choix de quitter l’Ilsi plutôt que l’Efsa.

Et voilà que la liste des experts à problème s’allonge, comme le révèlent encore une fois l’ONG Corporate Europe Obervatory (CEO), qui traque les lobbies industriels à Bruxelles, et le Réseau environnement santé : sur les cinq scientifiques nouvellement nommés au sein de la commission « additifs », deux ont collaboré avec l’Ilsi, encore lui.

Détail d’importance : ces personnes ont été choisies en juillet, donc APRES les deux épisodes, à un moment où l’agence aurait dû être particulièrement vigilante.

Il est visiblement très compliqué, en Europe, de trouver des experts indépendants. A défaut, dans un contexte où ils sont de plus en plus liés aux programmes de recherche et développement des industriels, ce serait bien de nommer des scientifiques dotés d’une bonne mémoire. Qui n’attendent pas que les lanceurs d’alerte les dénoncent pour se souvenir qu’ils travaillent avec des entreprises dont ils sont censés évaluer les produits.

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  • PaulTron
    PaulTron
    Ce champ sera visible par tous (...)
    • Posté à 11h18 le 15/09/2011
    • Internaute 168564
      Ce champ sera visible par tous (...)

    Le problème n’est même pas que l’Europe prend des experts bidons, mais que les experts peuvent se faire acheter par des boites qui ont de très gros moyens, ce qui fait que très rapidement aucun n’est fiable.

  • Bad Time For Human Kind
    Bad Time For Human Kind
    Chieur Public
    • Posté à 11h23 le 15/09/2011
    • Internaute 53377
      Chieur Public

    « Il est visiblement très compliqué, en Europe, de trouver des experts indépendants. »

    Plus que des experts, ce sont les sources de financement qui doivent être réellement indépendantes. Elles doivent être complètement désolidarisées aussi bien du pouvoir politique que des industriels...

    Pour avoir été expert « indépendant », je ne connais que trop bien le fonctionnement et l’hypocrisie du système...

  • Wildleech
    Wildleech
    révolutionnaire en devenir
    • Posté à 11h38 le 15/09/2011
    • Internaute 81842
      révolutionnaire en devenir

    Bah, de toute façon, tester les produits un à un, en chimie ...

  • Yvon le Zébulon
    Yvon le Zébulon
    L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
    • Posté à 13h19 le 15/09/2011
    • Internaute 65781
      L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

    « L’Agence européenne de sécurité alimentaire, lobby de l’industrie ? »

    Oui ! ! ! ... mille fois oui !

    Faire semblant de ne pas le savoir, c’est mettre sa tête dans le sable !

  • Michel-Petit
    Michel-Petit
    Retraité
    • Posté à 18h40 le 15/09/2011
    • Internaute 62964
      Retraité

    Nous vivons dans le monde moderne.

    Il y a trente ans, « expert » était un mot qu’on réservait à des professions particulières, surtout employés des compagnies d’assurances , pour toutes les formes d’accidents ou d’incidents.
    Un expert n’avait pas la science infuse, il y avait les bons et les moins bons, mais globalement çà ne touchait que les choses matérielles.
    Bien sûr il y avait les experts auprès des tribunaux.
    Là c’était plus délicat, et çà l’est resté, c’est un assemblage un peu boiteux du juge qui n’est compétent qu’en droit et de quelqu’un qui est censé avoir la science infuse et un immense discernement, en toute indépendance.

    Mais est-ce tellement certain cette indépendance, dans une corporation restreinte de gens qui travaillent alternativement comme expert judiciaire sur une affaire X et expert d’assurance assisté d’avocat dans un dossier Y, face à un autre expert qui aura alternativement des rôles similaires, et qui représente pour cette fois un quelconque adversaire d’un plaignant ?

    Pas besoin de se faire de grand dessins pour savoir que çà conduit à des décisions souvent surprenantes, parce qu’être expert n’appelle pas à une réelle compétence, et qu’être amené à juger n’exige pas un réel bon sens, c’est bien triste mais c’est humain.

    Le plus grave c’est que de nos jours « l’expertise » est partout.
    Elle est rentrée en force dans le vocabulaire des écoles de commerce, et des écoles de tout.
    Quand on lit par exemple, la gazette d’une Chambre de Commerce, c’est un mot qui revient à toutes les pages, il prolonge « la problématique » autre verbiage à la mode.

    Quand on écoute la radio, si un journaliste envoie une « désinformation » sur un sujet d’actualité (c’est un phénomène courant, volontaire ou non, mais bon pour l’audience), il dispose aussitôt de la parole d’un « expert » pouvant être inconnu, déjà en ligne, qui vient confirmer ses déclarations.

    Si on tente de comprendre les véritables dessous de l’économie, les causes réelles du grand merdier actuel, toutes les antennes, toutes les télés, tous les journaux ont leurs experts dont le rôle est de conforter la ligne éditoriale, un point c’est tout.

    Et puis il y a les débats avec les expert en ci et en çà, les jeunes, les vieux, tous généralement super diplômés, et parfois grassement payés, mais pour autant, que vaut la parole d’un expert qui vous dit que le nucléaire conduit le monde à sa perte face à un autre qui affirme que c’est le contraire ?

    Quelqu’un est-il en mesure d’établir une piste sur 10 ans des prévisions d’experts auto-proclamés qui se sont révélées exacte ?

    On a atteint depuis longtemps les limites du bon sens. Par exemple savez-vous que pour faire la pub d’un laboratoire pharmaceutique, les agences ne recrutent depuis trente ans que des pharmaciens diplômés ?

    On s’en moque direz-vous, mais c’est quand même encore dans le même sens, une tâche créative comme la pub, appelle l’intervention d’experts.

    En vérité, pour tout ce qui touche la santé publique, n’aurait-on pas besoin de fonctionnaires méticuleux et payés par les Pouvoirs Publics, plutôt que de pseudo experts, avant tout experts en lobbying !

    Le métier d’expert ne repose-t-il pas avant tout, et dans tous les domaines sur la cooptation, entre gens de même école, même caste, même famille, même lieu d’intérêt ?

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