Drôles de gammes

La musique classique sans frac ni claque, par Nathalie Krafft.

Laurence Equilbey : la femme orchestre

Nathalie Krafft
Journaliste
Publié le 04/10/2008 à 10h43



Laurence Equilbey (Laure Vasconi).


Chef de chœur, c’est banal. Femme chef de chœur, cela l’est déjà moins. Qui, en plus, a du succès, cela ne l’est plus du tout ! Laurence Equilbey, l’atout des chœurs, enregistre le « Requiem » de Fauré et joue au festival Pianoscope. Rencontre…

Il y a, comme dans les publicités pour les crèmes miracle, un avant et un après. Avant Laurence Equilbey, les chœurs en France, relégués dans les églises, étaient le plus souvent « amateurs » dans le mauvais sens du terme. Après Laurence Equilbey, complètement « déringardisés », ils paraissent professionnels et attirants.

La fée qui d’un coup de baguette magique a transformé les guenilles de Cendrillon en une somptueuse robe de bal, c’est Laurence Equilbey, chef de chœur. Grâce à son action, ce répertoire a renoué avec le succès, qu’il soit d’estime avec la création ou populaire avec les transcriptions. Lesquelles sont souvent la clé qui ouvre la porte de la musique à un public très large…

« Cette pratique était en vogue au XIXe siècle pour faire voyager les œuvres. Aujourd’hui, les compositeurs en sont toujours friands. Le succès des transcriptions que j’ai enregistrées tient à l’émotion très forte qui naît des voix seules… ». (Voir la vidéo)


Bien avant ces disques de transcriptions qui la propulsent en tête des hit-parades, Laurence Equilbey, née en 1962, a été une élève studieuse qui s’est initiée à la musique en pratiquant le piano, la flûte traversière et en chantant dans la maîtrise de la pension où elle était.

Les choses deviennent sérieuses avec son inscription en musicologie à la Sorbonne et son entrée au Conservatoire dans la classe d’analyse de la compositrice Betsy Jolas. Et puis ce sont les cours de direction d’orchestre et le départ pour Vienne…

Prête pour l’aventure d’Accentus

Un tour à Stockholm pour suivre les « master class » d’Eric Ericson, le plus grand chef de chœur peut-être au monde, et voilà Laurence Equilbey prête à fonder son propre chœur en 1991 : ce sera Accentus, formé de trente-deux chanteurs, dont soixante dix pour cent de l’activité est consacrée à la musique a cappella (sans accompagnement instrumental).

Accentus et Equilbey ont rendez-vous le 9 octobre à Beauvais, dans le festival « Pianoscope » dirigé par Brigitte Engerer, sa pianiste complice :

« Brigitte Engerer et moi, nous aimons travailler ensemble et avoir des projets innovants. A Beauvais, nous jouons un programme de transcriptions mais nous continuons aussi la grande aventure du “ Requiem allemand ” de Brahms… » (voir la vidéo)


Pour parvenir à faire vivre Accentus, il faut trouver des locaux, des sponsors, des subventions, des engagements. Mais derrière l’élégante discrétion de la chef de chœur, se cachent une volonté de fer, un mental d’acier et une détermination en béton : Laurence Equilbey peut puisqu’elle veut.

Elle veut diriger des opéras, elle le fait : la « Cenerentola » de Rossini à Aix-en-Provence, « Bastien et Bastienne » de Mozart à Rouen, « Medeamaterial » de Pascal Dusapin à Strasbourg. Elle veut diriger des créations, elle le fait : des œuvres de Pascal Dusapin, de Philippe Manoury, de Marc-André Dalbavie. Elle veut former un chœur de jeunes, elle le fait : ce sera le Jeune Chœur de Paris… Mais la victoire n’est jamais acquise :

« Je le clame, je l’ai clamé... Tout de même, c’est honteux : les partenaires publics n’ont pas le sens de l’équité, et les chœurs sont très défavorisés par rapport aux orchestres. Même si la situation s’est malgré tout améliorée depuis les années quatre-vingt. » (Voir la video)


Alors qu’elle promène le « Requiem allemand » de Brahms sur toutes les scènes, un autre « Requiem », celui de Fauré, occupe en ce moment les pensées de Laurence Equilbey : elle vient de l’enregistrer avec des musiciens de l’Orchestre national de France et le disque paraît ces jours-ci.

« J’ai voulu un son généreux d’orchestre, et en même temps beaucoup de douceur. Fauré a composé diverses versions du Requiem, et j’ai choisi celle de 1893, dite originale. J’aime bien cette version et j’espère que cela plaira... »

Festival Pianoscope à Beauvais du 9 au 12 octobre

Requiem-Cantique de Jean Racine Gabriel Fauré - 1 CD Naïve .

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  • 9 réactions
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  • marta
    marta
    luciole
    • Posté à 12h34 le 04/10/2008
    • Internaute 48283
      luciole

    il faudrait peut-être souligner que l’ensemble Accentus et son chef ont été beaucoup soutenus par la Fondation France télécom (aujourd’hui Orange)ce qui leur a permis de percer et de se développer sur la scène musicale ; si mes souvenirs sont exacts, le Jeune choeur de Paris a été lui aussi soutenu et aidé par la Fondation France télécom
    à cause des problèmes avec mon ordinateur je n’ai pas pu visionner les vidéos, si ce que j’évoque y est dit, merci de ne pas tenir compte de mon commentaire

  • m a i a
    m a i a
    aquoiboniste
    • Posté à 12h57 le 04/10/2008
    • Internaute 9081
      aquoiboniste

    C’est un plaisir de lire un article musical en « pleine page » de la Rue...

    Néanmoins, si les propos de Laurence Equilbey sont tout à fait intéressants, je préfère le système « master classes » où l’on voit le musicien à l’oeuvre. Je regrette un peu, malgré la bande sonore finale, de ne pouvoir suivre les explications de chef de choeur AVEC le choeur.

    Sur la situation de l’art vocal en France, il est bon de connaître un peu l’actualité ; s’il est à regretter que des structures de haut niveau ne soient crées dans notre pays, je me réjouis pour ma part de l’engouement des musiciens « de base » pour les chorales et autres ensembles musicaux. Parfois cette pratique amateur mène tout de même à la salle Pleyel côté scène *souvenir*...

    Et je pense aussi, par extension, à des artistes « jeunes » comme Camille, qui renouvellent l’utilisation de la voix comme instrument à part entière et en font une publicité très attractive vers un public nouveau.

    maiaaaaahhhhh !

  • nleprez
    nleprez
    Monteur
    • Posté à 13h03 le 04/10/2008
    • Internaute 54984
      Monteur

    Pour information je viens de terminer de monter un documentaire de 52 minutes sur Laurence Equilbey et le groupe Accentus.

    Il sera diffusé sur France 3 Normandie le Samedi 15 Novembre
    à 16 h 20.
    Avis au amateurs.

    Nleprez.

    • TizBee
      TizBee répond à nleprez
      • Posté à 23h47 le 04/10/2008
      • Internaute 48466

      Bien noté.

      Cet article de Rue89 me donne envie d’en voir et surtout d’en entendre beaucoup plus.
      Votre reportage complètera certainement utilement le manque... avec un ou 2 albums en prime : -)

  • nleprez
    nleprez
    Monteur
    • Posté à 13h10 le 04/10/2008
    • Internaute 54984
      Monteur

    J’oubliais pour plus d’info : Lien

    • m a i a
      m a i a répond à nleprez
      aquoiboniste
      • Posté à 13h23 le 04/10/2008
      • Internaute 9081
        aquoiboniste

      Dommage je ne suis pas normande...

       ; -)

      Mais merci pour l’extrait !

      maia

  • gévaudanais
    gévaudanais
    Ne répondons pas à caniveau (...)
    • Posté à 21h26 le 04/10/2008
    • Internaute 29935
      Ne répondons pas à caniveau (...)

    D’abord dire que je suis fan du choeur accentus, découvert par l’écoute du cd Accentus chante Barber, et que rien ne m’a fait plus bander ( pardon pour le mot ) que cette petite dissonance qui va bientôt se résoudre dans un bel accord majeur. Amateur en musique, j’ai participé à différentes chorales que j’ai quitté soit par manque d’exigence de la part du groupe soit par manque de personnes interessées par justement cette exigence. Faire partie d’un choeur, c’est sentir cette respiration commune, c’est découvrir un anglais anonyme du XVIe, un chant du moyen âge auquel il faut rechercher le rythme voire la hauteur, un obscur hongrois du XXe.
    Je suis ténor madame Equilbey, parait-il que c’est trés recherché alors...
    Sinon je conseille Chanson Plus Bifluorée et les Grandes Gueules. Le dernier Sting n’est pas mauvais non plus.

  • gévaudanais
    gévaudanais
    Ne répondons pas à caniveau (...)
    • Posté à 21h26 le 04/10/2008
    • Internaute 29935
      Ne répondons pas à caniveau (...)

    D’abord dire que je suis fan du choeur accentus, découvert par l’écoute du cd Accentus chante Barber, et que rien ne m’a fait plus bander ( pardon pour le mot ) que cette petite dissonance qui va bientôt se résoudre dans un bel accord majeur. Amateur en musique, j’ai participé à différentes chorales que j’ai quitté soit par manque d’exigence de la part du groupe soit par manque de personnes interessées par justement cette exigence. Faire partie d’un choeur, c’est sentir cette respiration commune, c’est découvrir un anglais anonyme du XVIe, un chant du moyen âge auquel il faut rechercher le rythme voire la hauteur, un obscur hongrois du XXe.
    Je suis ténor madame Equilbey, parait-il que c’est trés recherché alors...
    Sinon je conseille Chanson Plus Bifluorée et les Grandes Gueules. Le dernier Sting n’est pas mauvais non plus.

  • athénaïs
    • Posté à 11h14 le 05/10/2008
    • Internaute 30637

    merci Madame.......

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