Drôles de gammes

La musique classique sans frac ni claque, par Nathalie Krafft.

La soprano Patricia Petibon nous présente ses « Amoureuses »

Nathalie Krafft
Journaliste
Publié le 17/12/2008 à 05h15



Patricia Petibon (Felix Broede/Deutsche Grammophone).


Alors qu'elle n'avait pas publié de disque depuis plusieurs années, la soprano Patricia Petibon nous revient avec « Amoureuses », un album consacré à l'exploration de la passion à travers les héroïnes de trois compositeurs, Mozart, Haydn et Gluck. Quand l'intelligence se marie à l'émotion...

Patricia Petibon, c'est la plus maligne des sopranos (tout en jouant les ingénues), la plus belle des voix (tout en la tordant dans tous les sens pour les besoins d'un rôle), la plus exigeante des musiciennes (tout en semblant la plus évaporée), la plus fine des comédiennes (tout en n'en faisant pas tout un plat)...

Question voix, elle appartient à une espèce rare, celle des sopranos coloratures qui s'envolent très haut, trillant comme des oiseaux à la saison des amours, et qui peuvent chanter le rôle de la Reine de la nuit de la « Flûte enchantée » de Mozart comme d'autres fredonnent sous leur douche...

La découverte d'une voix, ce drôle « d'animal »

Dans l'extrait qui suit, Patricia Petibon, accompagnée par le Concerto Köln dirigé par l'excellent Daniel Harding, enregistre le fameux air en question, qui figure dans « Amoureuses ». (Voir la vidéo)



L'enfant Petibon est née dans un foyer d'instituteurs, à Montargis, en 1970. Rien a priori autour d'elle ne semble la destiner à une carrière internationale de chanteuse lyrique. Elle commence par apprendre le piano, et peu à peu, découvre sa voix...

« Petite fille, quand je chantais, ma voix sortait plus que celle des autres. Cela me faisait un peu honte, j'avais peur de montrer cet “animal”. Puis je suis devenue chanteuse tout doucement, de façon naturelle. Sans le décider vraiment. » (Voir la vidéo)



Licenciée en musicologie, premier prix de chant au Conservatoire supérieur de Paris dans la classe de Rachel Yakar en 1995, ses rencontres avec les chefs d'orchestre William Christie et Nikolaus Harnoncourt, spécialisés dans la musique baroque, seront décisives.

Estampillée baroque, Patricia Petibon fait ses débuts à l'Opéra de Paris en 1996 dans « Hippolyte et Aricie » de Rameau, puis elle brûle littéralement les planches des scènes lyriques.

Caméléon, elle se glisse dans la peau de ses héroïnes

Suzanne des « Noces de Figaro » (Mozart), Zerbinette d'« Ariane à Naxos » (Richard Strauss), Sophie du « Chevalier à la rose » (le même Strauss), Olympia des « Contes d'Hoffmann » (Offenbach), Constance de « Dialogues des Carmélites » (Poulenc), elle enchaîne rôle sur rôle. Il lui arrive de sortir de son périmètre d'élection jusqu'à chanter en duo avec Florent Pagny. Cela lui sera reproché, on se demande bien pourquoi.


Pochette du CD « Amoureuses » de Patricia Petibon

Il manquait à son accomplissement de musicienne un disque qui lui aille vraiment. Il semble qu'« Amoureuses » soit le bon. A chaque nouvel air, Patricia Petibon se glisse dans la peau de ses héroïnes traversées par les émotions les plus diverses : jalousie, cruauté, désespoir, rage, ruse, innocence...

Véritable caméléon, elle est toutes ces femmes à la fois grâce à ses complices Mozart, Haydn et Gluck. L'agencement des airs est à ce point judicieux que l'ensemble paraît former un tout, bien qu'extrait de différents opéras.

« La matière première, c'est la musique, et il faut chercher très loin en soi certains sentiments pour pouvoir colorer cette matière et en donner une interprétation personnelle. On a tous des moments de folie dans sa vie, des moment de questionnement, où on pète les plombs... » (Voir la vidéo)



Dans une autre vie, Patricia Petibon a dû avoir des frères jumeaux, le clown blanc et l'Auguste, car elle est habitée par ce même sens aigu du spectacle où tout se joue sur le fil du rasoir. Tout en étant nourrie, comme ses frères les clowns, par des tonnes d'exigence, des tombereaux de dérision et des montagnes de questions sans réponses.

Si on lui demande si elle est une diva, elle ne fait pas semblant de repousser l'idée comme si elle lui était étrangère, elle s'interroge, comme elle s'interroge sur les artistes qui pourraient être laissés de côté. Humainement, Patricia Petibon est « juste », comme lorsqu'elle chante.

« L'opéra contemporain, c'est le renouveau. Mais c'est très compliqué parce que la majorité des gens ne savent pas que l'histoire continue. Je pense que c'est très important de faire partie du monde vivant. » (Voir la vidéo)



La voilà en tout cas, bien réelle et vivante, chuchotant l'infini chagrin de Barberine, des « Noces de Figaro » de Mozart, avec un art confondant de l'émotion effleurée.

Patricia Petibon en concert le 19 décembre à la salle Gaveau, Paris. (Mozart, Haydn, Gluck), le 22 décembre à Versailles (Mozart, Haydn, Gluck), les19 et 20 janvier à l'opéra de Rennes (Vivaldi et Haendel)

Amoureuses de Patricia Petibon (Mozart, Haydn, Gluck) - avec le Concerto Köln, dirigé par Daniel Harding - 1 CD Deutsche Grammophon.

Photo : Patricia Petibon (Felix Broede/Deutsche Grammophone).

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  • forest
    • Posté à 19h16 le 17/12/2008

    Bonsoir,

    Un article qui donne vraiment envie de découvrir ce chant à un béotien.

    Reste que le lien Versailles renvoie à une salle quasi-pleine. L'accès à cet univers aurait peut-être nécessité de ma part une anticipation....Demain verra...

    Merci de toute façon d'avoir sortir ainsi en première page un titre souriant.

    Cordialités.

  • forest
    • Posté à 19h17 le 17/12/2008

    Bonsoir,

    Un article qui donne vraiment envie de découvrir ce chant à un béotien.

    Reste que le lien Versailles renvoie à une salle quasi-pleine. L'accès à cet univers aurait peut-être nécessité de ma part une anticipation....Demain verra...

    Merci de toute façon d'avoir sortir ainsi en première page un titre souriant.

    Cordialités.

  • zénon denon 84
    • Posté à 19h37 le 17/12/2008
    • Internaute
      Bonne

    Que voilà un bien belle et juste
    reine de la nuit .Pas trop « perchée “
    superbe Patricia ...oui !

  • bobdevaise
    • Posté à 20h21 le 17/12/2008

    Patricia j'adore
    Souvenir impérissable : un concert à La Chaise Dieu,placé à 20m d'elle sur la scène

  • Panama
    • Posté à 20h27 le 17/12/2008

    Merci, l'article est passionnant et les extraits vidéos sont fabuleux. Quand on ne va pas à l'opéra, c'est rare de voir les artistes chanter : l'air de la Reine de la nuit ici montré est bouleversant.

    Les vidéos d'interview sont très intéressantes et font découvrir une personnalité sympathique. Ce serait bien si on pouvait peaufiner un peu la prise de son (mais ce n'est même pas un reproche, juste une remarque : je préfère ces vidéos « au naturel » aux séquences artificielles de la tv).

  • Sup.25.08.09 àlademandeduriverain
    • Posté à 23h33 le 17/12/2008

    Une soprano... Point.... Pas de quoi s'extasier. J'aime moyen.

  • Contestatairieux
    Contestatairieux
    (un de ces fameux travailleurs (...)
    • Posté à 10h07 le 18/12/2008
    • Internaute
      (un de ces fameux travailleurs (...)

    Une très belle voix ! ! ! ! Et une bien jolie femme ! !
    Chapeau l'artiste !

  • jabier
    jabier
    consultant dans les Landes
    • Posté à 10h08 le 18/12/2008
    • Internaute
      consultant dans les Landes

    Je suis (j'étais) hermétique à ce genre de musique. Puis pas à pas, mon oreille s'est éduquée. Merci à Mlle Petitbon qu'y a contribué.

  • Etoile polaire
    • Posté à 10h45 le 18/12/2008

    Elle est ir-ré-sis-ti-ble ! !

    J'adore la façon qu'elle a de raconter sa voix... animale !
    Merci Nathalie, un grand merci de nous la faire découvrir, quelle jolie (et forte et fine ! ) personnalité vocale !

  • bocace
    • Posté à 11h30 le 18/12/2008

    Merci

    Je ne peux aller à l'opéra.

    Mais écouter P Petibon est un grand plaisir, une jeune femme qui évoque son travail avec simplicité et beaucoup de naturel.

  • flastflood
    flastflood
    Situation
    • Posté à 14h08 le 18/12/2008
    • Internaute
      Situation

    est ce qu'on l'ecoute vraiment , ou est ce qu'on ne la regarde pas tout simplement ?

    pour ma part , je m'en fous du son ...chuis comme le loup d tex avery ...

  • talgui
    • Posté à 14h58 le 18/12/2008
    • Internaute

    Superbe vidéo de la Flûte Enchantée. Les gros plans sur la soprano sont magnifiques, ça me rappelle Madame Butterfly de Frédéric Mitterrand.

    • zénon denon 84
      zénon denon 84 answers to talgui
      Bonne
      • Posté à 16h03 le 18/12/2008
      • Internaute
        Bonne

      Ne pas oublier qu'il s'agit là d'une répétition.
      Et qu'au final-en salle ,ou en disque(vidéo)-
      vous ne verrez pas cela .N'empèche que de nous montrer
      comment « le forgeron » travaille sa piece est
      remarquable .Qui plus est pas courrant ? croyez pas .
      ça aide un peu à comprendre .Même si comme
      à Barcelonne (qui restaure tjs son église...)
      faut un minimum de clés pour apprécier le travail
      de mme Petitbon.
      Merci à Elle .

  • Jaycib
    • Posté à 17h00 le 18/12/2008

    Petibon, ce n'était qu'un nom pour moi... Merci de m'avoir fait entendre la perfection de son timbre et la clarté exceptionnellement cristalline de sa voix.

  • Rubis_64
    Rubis_64
    Avatar de Ganesh
    • Posté à 19h20 le 18/12/2008
    • Internaute
      Avatar de Ganesh

    Comme le dit P Petibon « il ne faut pas rater un auteur important... »
    j'ajoute une soprano importante (en parlant d'elle ...) Les vidéos sont très édifiantes sur la spontanéîté , la fraîcheur et l'énergie de son chant
    Pourquoi ne pas avoir choisi une photo plus « sexy » sur la pochette du CD comme celle en tête de l'article ? Superbe !

  • bobdevaise
    • Posté à 16h27 le 19/12/2008

    Tellement je l'aime,tellement qu'elle est belle,tellement qu'elle a une voix sublime..que je vais acheter le CD

  • jean breton
    • Posté à 18h59 le 21/12/2008

    merci patricia,,euh... jusqu'à présent je ne te voyais pas en Reine de la Nuit, mais voici la preuve que j'avais tort !

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