Drôles de gammes

La musique classique sans frac ni claque, par Nathalie Krafft.

Juliette Hurel : « Je suis amoureuse de la flûte »

Nathalie Krafft
Journaliste
Publié le 15/07/2009 à 13h47

Avant de faire ses valises pour les festivals, Juliette Hurel, flûte solo de l’Orchestre philharmonique de Rotterdam, nous fait découvrir la vie à l’intérieur d’un orchestre, tout en racontant sa passion pour cet instrument qui en a fait la plus talentueuse des solistes.

Juliette Hurel a choisi de jouer du plus vieil instrument du monde : la flûte. Et en plus, elle en est amoureuse ! La découverte, il y a quelques mois, d’une flûte de 22 cm, taillée dans un os de vautour et percée de cinq trous indique avec certitude que Juliette avait des confrères, il y a 40 000 ans, en Europe.


Juliette Hurel

S’il est très probable qu’ils n’appartenaient pas à un orchestre philharmonique comme elle aujourd’hui à Rotterdam, rien ne dit en revanche qu’il n’y avait pas, parmi les néandertaliens, des solistes doués, comme elle...

La hantise des concours

Passionnée par son instrument, musicienne jusqu’au bout des lèvres et du souffle, Juliette Hurel, la petite quarantaine (elle est née en 1970), est tout à la fois soliste, chambriste et flûte solo depuis 1998 dans l’Orchestre philharmonique de Rotterdam dirigé par Valery Gergiev et par Yannick Nezet Seguin depuis 2008.

Jouer au sein d’une grande formation symphonique, c’était son rêve d’enfant.

« Flûtiste, c’est la meilleure place dans un orchestre. On est juste en face du chef, on est au milieu de tous, immergé dans un son magique... Mais d’abord, pour y entrer, il faut passer des concours, et ça, c’est pas drôle... » (voir la vidéo)

La France est un réservoir d’excellents flûtistes qui occupent des postes de solistes dans les orchestres internationaux. Comme Emmanuel Pahud à Berlin, ou Benoît Fromanger longtemps à Munich. Mais des femmes à de tels postes, c’est plus que rare.

A fond dans la musique contemporaine

Juliette Hurel est une riche nature. Conjuguant spontanéité et naturel, avec rigueur et persévérance, elle ne se contente pas d’assumer brillamment les responsabilités de son poste. Inlassablement, elle élargit son territoire, s’investissant à fond depuis longtemps dans la création contemporaine.

Muse du compositeur d’Eric Tanguy pendant des années, elle est la créatrice de « Galim », un concerto pour flûte de Pascal Dusapin, et de pièces de Philippe Hurel ou d’Ivan Fedele. Depuis peu, elle s’est aventurée sur les terres baroques et elle a consacré son dernier disque à Carl Philipp Emanuel Bach. Car elle veut connaître toutes les facettes de son instrument chéri.

« Je suis amoureuse de la flûte, de plus en plus. Mais adolescente, j’avais envie de la jeter par la fenêtre ! J’ai un souvenir d’études assez douloureux, où je n’arrivais pas à faire ce que je voulais. Mais depuis que je suis à Rotterdam, tout a changé. J’ai cessé d’étre étudiante en arrivant à ce poste de soliste. » (voir la vidéo)

Dans sa garde-robe de flûtiste, Juliette possède un nombre époustouflant d’oeuvres de musique de chambre. Elle joue avec un tas de musiciens, comme cet été (voir liste des concerts ci dessous) et forme un duo avec la pianiste Hélène Couvert, compagne de route du Conservatoire supérieur de Paris.

Là, elle a été formée par des professeurs réputés tels Pierre Yves Artaud, Maurice Bourgue, Andras Adorjan ou Aurèle Nicolet, tout en étudiant parallèlement à la Hochschule de Cologne. Aujourd’hui, c’est à son tour de transmettre son savoir, ce qu’elle fait depuis 2006 au Conservatoire royal de La Haye.

Mais comment transmettre la passion ? Car c’est bien de cela dont il s’agit pour Juliette Hurel.

« Avec ma flûte, je cherche à exprimer toutes sortes de sentiments ; je passe de choses chuchotées à des choses hurlées ou très intimes. Pour moi, le message musical, c’est l’amour. » (voir la vidéo)

Alors qu’elle vient d’enregistrer « Une flûte à l’opéra », un disque avec Emmanuel Pahud, l’Orchestre philharmonique de Rotterdam et Yannick Nezet Seguin qui paraîtra bientôt chez EMI, et dans lequel elle interprète un duo sur Rigoletto avec Pahud, elle s’apprête à faire ses valises pour parcourir les festivals, et conclue :

« Tous les jours, sur mon vélo, je me dis, “la chance que j’ai !” Mais c’est pas un métier, ça ! »

Disques

Carl Philip Emanuel Bach Concertos pour flûte avec l’Orchestre d’Auvergne - dirigé par Arie Van Beek

Haydn Transcription de quatuor pour flûte et piano

Musique pour flûte du XXe siecle Debussy, Jolivet, Messiaen, Dutilleux, Hersant, Dusapin, Tanguy, Varese

Martinu et Prokofiev Oeuvres pour flûte avec Hélène Couvert (piano) et Henri Demarquette (violoncelle)

Pascal Dusapin Galim, concerto pour flûte, avec l’Orchestre de Montpellier dirigé par Pascal Rophé

Philippe Hurel Loops : diverses oeuvres pour flûte, deux flûtes, etc..

Saint-Saens Carnaval des animaux avec le trio Wanderer et Claire Désert (piano)

Ravel Musique de chambre. Avec (entre autres) Marielle Nordmann (harpe), J-Cl Pennetier (piano), Régis Pasquier (violon) Roland Pidoux (violoncelle)

Rossini Sonate a quattro, avec les solistes de l’Orchestre philharmonique de Rotterdam

Festivals

Sainte-Cécile-les-Vignes (Vaucluse) Récital avec Hélène Couvert, 17 juillet

Forcalquier (Alpes de Hautes Provences), 26, 27 et 28 juillet

Festival de la Roque d’Anthéron (Bouches-du-Rhône) Récital Bach avec Edna Stern, 9 août

Académie internationale d’été de Nice (Alpes-Maritimes) Master classes et concerts, 11 au 17 août

Parc floral de Vincennes (Val-de-Marne) Concerto pour flûte et harpe de Mozart, avec l’Orchestre de Picardie, 13 septembre

Photo et vidéos : DR

Aller plus loin
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  • netchou
    netchou
    A l'écoute.
    • Posté à 19h09 le 15/07/2009
    • Internaute 22292
      A l'écoute.

    Merci de nous faire découvrir cette jeune artiste passionnée.
    j’ai eu un aperçu de son talent sur son site,et comme toujours ,cet instrument qu’est la fûte donne à la Musique de la magie aérienne.

  • Pooloxanosasdai
    • Posté à 21h02 le 15/07/2009
    • Internaute 1911

    Je ne suis pas un grand connaisseur de la flûte, mais vous écrivez : « La France est un réservoir d’excellents flûtistes qui occupent des postes de solistes dans les orchestres internationaux. Comme Emmanuel Pahud à Berlin, ou Benoît Fromanger longtemps à Munich. Mais des femmes à de tels postes, c’est plus que rare. », et je vous signale qu’une autre jeune française, Sarah Louvion est flûte solo, à l’Orchestre de l’opéra de Francfort et au Frankfurter Museumsorchester. Peut-être sont-elles les seules, je ne sais pas.
    De Sarah Louvion, je vous recommande son album sorti cette année chez Farao classic.

    Au fait, je vous signale le plus beau disque de flûte que j’ai jamais entendu, des sonates d’Arcangelo Corelli, avec Frans Brüggen à la flûte, Anner Bylsma au violoncelle et Gustav Leonhardt au clavecin. Vous le trouverez dans le coffret à petit prix Gustav Leonhardt Jubilee edition chez Sony Classical. 15 albums, dont beaucoup de chefs-d’oeuvres pour un prix modique.

  • ras-la-patience
    • Posté à 22h55 le 15/07/2009
    • Internaute 10027

    mais Frans Brüggen jouant Corelli, c’est de la flute à bec et ce n’est pas tout à fait la même chose. ici il est question de traversière.
    pour en revenir à l’article ; chaque musicien est passionné par son instrument, allez donc dire à un trompettiste que la flute c’est mieux que la trompette ! même les instruments qui paraissent les plus rébarbatifs ont leurs amoureux, et heureusement !
    je trouve que cette jeune femme parle bien de son instrument et de la musique en général.

  • Pooloxanosasdai
    • Posté à 23h19 le 15/07/2009
    • Internaute 1911

    Oui, c’est vrai, c’est de la flûte à bec (recorder en anglais sur la pochette) et ce n’en ai plus que beau, aprés tout les sons affreux que j’ai entendu sortir decet instrument durant mes années de collège.
    C’est vrai qu’entendre parler avec autant de passion quelqu’un donne envie d’en savoir plus, sur la personne et l’instrument.
    Pour revenir à la flûte, il est quand même vrai que lorsqu’elle entame un solo, on a toujours l’impression qu’elle le fait en dehors, en surplombant l’oeuvre, comme si elle ne faisait pas parti de l’orchestre mais l’accompagnait. J’ai encore en mémoire un solo entendu dans Jephta il y a peu (incapable de me souvenir par contre si elle était traversière ou à bec) ou lors du solo de la flutiste, le temps semblait suspendu...
    Si vous connaissez bien l’instrument, que me conseillez vous pour approfondir ?

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