Drôles de gammes

La musique classique sans frac ni claque, par Nathalie Krafft.

Chambéry : pluie d'étoiles autour du violoniste Renaud Capuçon

Nathalie Krafft
Journaliste
Publié le 08/09/2009 à 04h06

Les Savoyards sont chanceux : chaque année début septembre et depuis 14 ans, le Festival Bel Air à Chambéry leur fait avaler la difficile pilule de la rentrée. Une farandole de jeunes solistes entoure le violoniste Renaud Capuçon, hôte des lieux et directeur artistique inspiré. Témoins, les « Quatre Saisons » de Vivaldi remises à neuf.


Renaud Capuçon. © Sonja Werner

Quand le vent emporte les premières feuilles des arbres et que les cartables apparaissent sur le dos des enfants, un pincement serre le coeur : les beaux jours sont derrière nous, l'été est fini. Mais ce n'est pas grave : voilà venu le temps des Rencontres de Musique de Chambre de Bel Air.

Et pour faire fi de l'automne, écoutons le « Printemps » des « Quatre Saisons » de Vivaldi, donné le jeudi 3 septembre dans la cathédrale de Chambéry avec la violoniste soliste Karen Gomyo :

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Le « Printemps » des « Quatre Saisons » de Vivaldi par Karen Gomyo

Karen Gomyo appartient à la troupe d'étoiles qu'a réunies autour de lui Renaud Capuçon à Chambéry, et qui, au fil des années, est devenue une vraie voie lactée. Les prémices du festival datent de 1992, avec un concert dont les bénéfices devaient aider à l'achat d'un archet pour un jeune violoniste chambérien de 14 ans, Renaud Capuçon.

Des concerts chez les Chambériens

Le festival de Bel Air (baptisé du nom de la rue où est située l'association) commence réellement en 1996, avec deux concerts et un principe qui n'a pas changé : les musiciens jouent gratuitement et les organisateurs, dont les piliers sont les couples Capuçon (les parents de…), Chalmin et Scapolan, sont bénévoles.

Certains concerts se déroulent parfois chez les Chalmin, autour de l'orgue construit par Dominique lequel, par ailleurs, mène un tout autre genre de vie professionnelle (vous pouvez lui confier vos dents).

Treize ans plus tard, l'enfant du pays a vu sa carrière s'envoler et le festival aussi. Le violoniste, irréfragable directeur artistique de programmes inspirants et inspirés, a fondé pour l'occasion le Bel Air Chamber Orchestra, ensemble de cordes parmi lesquelles on reconnaît l'altiste Gérard Caussé, le violoncelliste Gautier Capuçon (frère de…).

Quatre violonistes pour Quatre Saisons

Dans ses rangs aussi, de jeunes solistes qui, de temps à autres, prennent le devant de la scène. Comme lors de la soirée consacrée aux « Quatre Saisons » de Vivaldi jouées par quatre violonistes solistes différentes.


Karen Gomyo. © Sonja Werner

A Karen Gomyo, née en 1982 à Tokyo d'un père japonais et d'une mère française et vivant aux Etats-Unis, un « Printemps » comme une source cristalline. A Sayaka Shoji, née en 1983 à Tokyo, élevée en Italie et qui a déjà amorcé une belle carrière, un « Eté » comme un orage de chaleur, tendu et inquiet.

A Alina

Ibragimova

, née en Russie en 1985, formée à la dure école Gnesin de Moscou et dont la fragile silhouette évoque un tableau de Lucas Cranach (a remarqué Gérard Caussé), un « Automne » d'un classicisme puissant et d'un vertigineux mal être. A Veronika Eberle, née en 1988 en Allemagne et formée à Munich, un « Hiver » bouillonnant comme les blocs de glaces dévalant les fleuves du grand nord.

Entre chaque pièce, Capuçon avait eu l'idée d'intercaler des oeuvres de la deuxième moitié du XXème siècle qui renouvelaient complètement l'écoute de Vivaldi, réévalué à cette nouvelle aune.

Hélène Grimaud, en vrai


Gérard Caussé. ©Sonja Werner_

Entre le Printemps et l'Eté, nous avons pleuré à « Lacrymae », une pièce de Benjamin Britten pour alto et cordes (1976) inspirée par une mélodie de John Dowland, splendidement habitée par l'altiste Gérard Caussé en état de grâce. Habitué de Bel Air depuis dix ans, il apporte à cette jeune troupe mieux que l'expérience, un art mûri comme un vin aux arômes décantés.

Précédant l'Automne, « Der Bote » (le messager) pour piano et cordes du compositeur ukrainien Valentin Silvestrov (né en 1937) : neuf minutes d'une musique déconcertante de dépouillement.


Hélène Grimaud ©Sonja Werner_

Au piano, Hélène Grimaud, qu'apparemment le public n'en revenait pas de voir en chair et en os à Chambéry alors qu'elle avait annulé tous ses rendez-vous estivaux. Difficile de juger l'interprétation de la pianiste dont la partie était désarmante de simplicité.

« Fratres » de l'Estonien Arvo Pärt, qui suivait l'Automne, était donnée dans son instrumentation pour violon, cordes et percussions. Renaud Capuçon y démontrait sa maîtrise et sa virtuosité sans esbroufe, avec un engagement émotionnel total.

Frank Braley magnifie Korngold

De la soirée suivante, nous retiendrons surtout la « Suite pour piano (main gauche), deux violons et violoncelle » de Erich Wolfgang Korngold, né en Autriche en 1897 et mort à Hollywood en 1957 : condamné par les nazis qui l'étiquetèrent comme un musicien « dégénéré » (« entartete »), il se retrouva aux Etats Unis en 1938 où il composa beaucoup de musiques de film.

Interprétée par le pianiste Frank Braley avec une dextérité inouïe pour la difficile partie piano, la pièce était par ailleurs superbement défendue par des cordes au sommet.

Ecoutons R. Capuçon, Ibragimova (violons), Gautier Capuçon (violoncelle) dans le 4ème mouvement de la « Suite op.23 d'Erich Korngold :

Audio file

Erich Korngold. Suite pour deux violons, violoncelle et piano (main gauche)

Lors de la soirée de clôture, le “ Trio pour cor, violon et piano ” de Brahms, avec David Guerrier, incroyable musicien qui s'est mis au cor alors qu'il était déjà un ultra brillant trompettiste, Renaud Capuçon et Michel Dalberto au piano, a fait frémir la salle André Malraux de Chambéry de ses accents poignants de nostalgie.

Bach, dernière fusée du feu d'artifice

Enfin dernière fusée très attendue du feu d'artifice, le “ Concerto en ré majeur ” de Jean Sébastien Bach avec Hélène Grimaud au piano et le Bel Air Chamber Orchestra.

Autour de la pianiste, les musiciens, très attentifs, conduits par un Renaud Capuçon aux aguets, semblaient protéger la pianiste qui a livré de ce chef d'oeuvre une version fiévreuse et emportée. Si elle n'a pas fait l'unanimité, impossible d'être indifférent. C'est là l'essentiel.

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  • zénon denon 84
    • Posté à 19h26 le 08/09/2009
    • Internaute
      Bonne

    Même à Chambery ,
    Le propre de la musique
    n'est-il pas de nous
    faire prendre l'automne qui vient
    pour le printemps ,
    surtout de notre illustre Italien !

    Alors tout va mieux _pour un temps certes _
    Mais un temps précieux et aussi necessaire à vivre .
    Merci_
    Merci au créateur ,et son re créateur inspiré .

  • LouMinnoy
    • Posté à 13h07 le 09/09/2009
    • Internaute

    Chambéry,c'est loin de chez moi,mais je connais plusieurs artistes qui participent au Festival et c'est assez dommage que cette manifestation ne soit pas télévisée,en tant que mélomane ,je me sens frustrée,chez nous le concours Reine Elisabeth « CMIREB“est largement diffusé et sur les ondes et à la télévision ! Frank Braley en est un ancien premier Lauréat.
    Bonne journée !

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