Drôles de gammes

La musique classique sans frac ni claque, par Nathalie Krafft.

te gri ro ro gri ti gloda sisi dul ? La réponse à Strasbourg…

Nathalie Krafft
Journaliste
Publié le 29/09/2009 à 21h08

… En fait de réponse, ne cherchez pas, il n’y en a pas. Mais c’est ainsi que l’on s’exprime parfois dans « Opus Null », un spectacle monté à Strasbourg à partir de textes du poète-sculpteur-peintre Jean-Hans Arp, dadaïste de la première heure. Et le pire, c’est que l’on comprend…


Photo Pascale Lacour

Mon premier, Jean-Hans Arp, franco-allemand-alsacien né à Strasbourg en 1886, mort à Bâle en 1966. En 1915, il se réfugie à Zurich pour échapper à la mobilisation allemande. Là, il crée avec une bande de trublions comme


Jean-Hans Arp

Tristan Tzara, Marcel Janco, Hugo Ball ou Sophie Taeuber (qu’il épousera), le Cabaret Voltaire d’où naîtra le mouvement Dada. Un pied de nez à la boucherie de la Grande Guerre.

Ses sculptures, poèmes et peintures, subvertis par un humour extrême que n’appréciera pas du tout André Breton, sont parcourus par une extravagance dévastatrice. L’avant-garde grise n’a pas encore frappé.

Mon deuxième, la compagnie strasbourgeoise Voix Point Comme, composée d’une dizaine d’artistes « hétéroclites » (et par là-mêmes, « arpiens ») : autour de Christian Rätz, scénographe et metteur en scène, Antje Schur (danseuse et chorégraphe), Marie-Noële Vidal (artiste lyrique), Régine Westenhoeffer (comédienne, danseuse), Jean Lorrain (comédien, chanteur), Xavier Fassion (percussionniste, danseur), Sébastien Dubourg (pianiste, chanteur).

Mon tout, « Opus Null », un spectacle-collage créé à partir des poèmes de Jean Arp. Mais comment les artistes sont-ils parvenus à les « traduire » sur une scène, sachant que l’absence vertigineuse de sens apparent est la marque de fabrique de ces textes ? Tout simplement, ai-je envie d’écrire.

Les scènes sans queue ni tête (mais avec éléphant, langouste et puce) s’enchaînent les unes aux autres avec le plus grand naturel, comme si une logique « supérieure » les commandait. Celle de la poésie, sans doute. Leur admirable loufoquerie, qui les apparente à du grand Rabelais, emporte tout.


photo Michel Lecureur

Comme des points de suspension dans le texte, les mélodies de Poulenc ou de Chausson, les pas de danse ou les pages jouées au piano, créent un cadre dans lequel les poèmes de Jean Arp peuvent « s’ouvrir », à la manière d’un vin puissant versé dans une carafe. Tandis que, sans jamais « surjouer », les artistes, chacun excellent dans son domaine, manient le dix millième degré avec une drôlerie rare.

On en redemande !

►Palais de Fêtes de Strasbourg, du 18 au 20 et du 24 au 27 septembre

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  • pikasso02
    • Posté à 22h39 le 01/10/2009
    • Internaute 10134

    Les textes de Jean Arp passent très bien au théâtre, mais sont incompréhensibles à l’écoute. La gestuelle donne le sens que les mots n’ont pas. Le théâtre devient du cinéma muet bruyant.

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