Drôles de gammes

La musique classique sans frac ni claque, par Nathalie Krafft.

Légion d'honneur : l'organiste Jean Guillou n'en veut pas

Nathalie Krafft
Journaliste
Publié le 20/07/2010 à 11h47

Le plus célèbre aujourd’hui des organistes français, Jean Guillou, n’a pas apprécié de voir son nom figurer parmi la promotion du 14 juillet de la Légion d’honneur...

Pour Jean Guillou, titulaire du grand orgue de Saint Eustache depuis 1963, compositeur improvisateur, et aussi grand facteur d’orgue, « à l’heure où la musique dite “savante” ou “classique”, d’ailleurs quasiment ignorée dans ladite promotion de la Légion d’honneur, voit sa place diminuée par toutes les instances officielles, sa dignité de musicien lui impose de repousser cet accessoire honorifique. »

« L’ironie veut que l’État lui confère un brevet de reconnaissance à l’occasion de ses 80 ans, comme si son talent se trouvait majoré par ce chiffre rond », a-t-il aussi fait savoir à travers un communiqué.

Un artiste ignoré

« Mais la seule consécration qui vaille pour un artiste est la diffusion publique des fruits les plus innovants de son imagination : or, on continue d’ignorer dans les cités françaises ses compétences organologiques (alors que l’Europe se couvre d’instruments originaux conçus par lui), et les programmations des scènes nationales tardent à reconnaître la diversité de son oeuvre de compositeur, pourtant accueillie dans les grandes salles de concert étrangères. »

Jean Guillou, expliquant son art de l’improvisation à travers « à la claire fontaine… » (Voir la vidéo)

Le compositeur-organiste, qui a notamment écrit des concertos pour orgue et orchestre, des symphonies, des concertos pour piano, un concerto pour trombone, de la musique vocale, de la musique de chambre des œuvres pour piano, suit dans son refus la voie de Maurice Ravel, qui avait lui aussi décliné en 1920 la Légion d’honneur. Ce qui avait provoqué ce commentaire moqueur d’Erik Satie : « Ravel refuse la Légion d’honneur, mais toute sa musique l’accepte. »

« Se le carrer dans le train »

Hector Berlioz se rebella lui aussi : « je me fous de votre croix. Donnez-moi mon argent ! » alors que l’Etat s’était imaginé que l’attribution au compositeur de la Légion d’honneur le dispenserait des 3000 francs promis pour une Messe de Requiem.

A Marcel Aymé le mot de la fin : « pour ne plus me trouver dans le cas d’avoir à refuser d’aussi désirables faveurs, ce qui me cause nécessairement une grande peine, je les prierais qu’ils voulussent bien, leur Légion d’honneur, se le carrer dans le train, comme aussi leurs plaisirs élyséens. »

Dont acte.

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  • duarn
    • Posté à 11h55 le 20/07/2010
    • Internaute 17322

    Ce refus l’honore...

  • Tokani
    Tokani
    Oldmole
    • Posté à 03h01 le 22/07/2010
    • Internaute 71184
      Oldmole

    Merci à Jean Guillou pour l’ensemble de son oeuvre même si je ne le connais essentiellement comme interprête .
    Le vieux maître d’une disctinction rare dans ses improvisations ses interpretations comme dans son refus des breloques de la vanité....

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