Drôles de gammes

La musique classique sans frac ni claque, par Nathalie Krafft.

Mozart à table, un gros gourmand plutôt qu’un fin gourmet

Nathalie Krafft
Journaliste
Publié le 25/08/2012 à 15h52

Détail d’un portrait posthume de Mozart réalisé par Barbara Kraft en 1819 

C’est l’été, pour certains encore les vacances, et le moment d’aborder des sujets qui ne servent à rien. Alors, j’ai eu envie de regarder ce qu’il y avait dans l’assiette et le verre de Mozart et de vous raconter ce que j’y ai trouvé. Pas si inutile, finalement.

Ses compositions les plus culinaires
  • « La Tartine de beurre : valse à 1 doigt pour piano », KV Anh. C. 2709 (attribué à Mozart)
  • « Essen, Trinken » (« Nourriture et boisson »), canon à 3 voix KV 234, 1782
  • « Männer suchen stets zu naschen » (« Les hommes cherchent toujours les gourmandises ») : ariette Kv 433, 1783
  • « Meilleurs voeux pour le punch » (« Glueckwunsch beim Punsch ») : poème composé pour l’anniversaire de sa soeur Nannerl, 1783

Donc, c’est l’été, une saison qu’il est impossible d’imaginer sans tomate.

Et pourtant Mozart a passé tous les étés de sa courte existence (il est mort à 35 ans, en 1791) sans en avoir goûté la moindre rondelle.

En effet, lorsque la tomate apparaît timidement en 1790 au sud de l’Italie, Mozart est à Vienne et n’a plus que quelques mois à vivre.

En Italie, il avait en revanche découvert lors d’un voyage avec son père en 1770 un fruit qui l’avait enchanté, la pastèque, et « qui ressemble à une citrouille », écrit-il à sa sœur Nannerl.

C’est à travers la correspondance de Wolfgang et de son père Leopold que nous connaissons à peu près le contenu de son assiette.

Un chapon, du porc et des truites

Plutôt grand gourmand que fin gourmet, il évoque souvent son « solide appétit ». Un appétit qu’il comble en se nourrissant de volailles (il a un penchant très net pour le chapon), de porc, de poissons (il adorait les truites, d’après son fils Franz Xaver), comme la plupart de ses contemporains un peu fortunés.

Dans des lettres d’octobre 1791, alors qu’il est à Vienne, Wolfgang dit avoir « dégusté des côtelettes de porc (“Che gusto !”), un délicieux morceau d’esturgeon et un demi-chapon ».

Enfant, son plat préféré était la choucroute aux quenelles de foie ; en tout cas d’après son père Leopold, qui écrit :

« Jeudi, nous avons déjeuné chez madame v. Asteburg, qui nous a préparé des quenelles au foie et de la choucroute que Wolfgang avait réclamés, et d`autres mets délicieux dont un faisan merveilleux. » (Lettre du 5 janvier 1771)

Wolfgang restera toujours très attaché aux recettes cuisinées à Salzbourg, sa ville natale, et, alors qu’il vit à Vienne, il demande souvent à ses amis et à sa famille de lui envoyer des victuailles salzbourgeoises.

Ce goût de l’enfance se traduit par une grande appétence pour tout ce qui est sucré : il adore la limonade (un luxe à l’époque), le lait d’amande, les confiseries. A Paris, il se régale de glaces dégustées au Palais-Royal (lettre datée juin 1778).

Vin, bière, champagne coulent à flots

L’alcool coule à flots dans son œuvre ainsi que dans sa correspondance : que ce soit le vin (il aimait particulièrement le tokay et les vins de Moselle), la bière, le punch ou le champagne. « Finch’han dal vino », le fameux air du champagne chanté par Don Giovanni à l’Acte I est un concentré pétillant de l’ouvrage lyrique emblématique du travail de Wolfgang : quand le bouchon saute, il peut blesser.

Quant à l’« eccelente Marzimino », le vin chanté par Don Giovanni à la fin de l’acte II alors qu’il festoie en attendant le Commandeur, il existe bel et bien. Le cépage est aujourd’hui cultivé à une cinquantaine de kilomètres de Venise.

Mozart raffole aussi du café, comme son aîné Jean-Sébastien Bach. A Vienne, il vit près d’une auberge tenue par Joseph Deiner, qui est devenu son ami :

« J’ai demandé à Joseph qu’il aille me chercher du café que j’ai bu en fumant une merveilleuse pipe de tabac ; puis j’ai instrumenté tout le Rondo pour Stadler [c’est-à-dire le 3e mouvement du concerto pour clarinette, ndlr]... » (Lettre à sa femme Constance, 7 et 8 octobre 1791)

Et au Café Staiger, ouvert par Anton Staiger en 1753 au centre de Salzbourg, Mozart venait déguster, selon lui, des boissons « exotiques », telles que café, chocolat et thé.

Des bouchées au chocolat nommées Mozart


Les fameuses bouchées Mozart

Aujourd’hui, à Salzbourg, le restaurant St-Peter, où la famille Mozart soupait souvent, attire les touristes en leur servant des « dîners-concerts » en hommage à l’enfant du pays.

On ne sait pas si on leur a servi ce menu dit d’époque proposé aujourd’hui :

  • de la soupe au citron avec une crème de persil
  • un chapon rôti avec des boulettes de citrouille
  • des tartelettes à la semoule et légumes
  • un parfait glacé au miel

On sait en revanche que jamais Mozart n’a goûté un seul Mozartkugeln, cette bouchée toute ronde au chocolat et fourrée à la pistache qui fait aujourd’hui la fortune de Salzbourg.

Elle a été inventée en 1890 par le pâtissier Paul Fürst qui tenait boutique 13, Brodgasse à Salzbourg. Pour les puristes : seules les bouchées indiquées « Original Salzburg Mozartkugeln » ont été confectionnées d’après la recette de Fürst.

Mais pour le festival de Salzbourg, personne n’a encore inventé les termes qui permettraient de distinguer les spectacles dans l’esprit de Mozart de ceux qui lui sont une injure. Ce serait bien pratique…

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  • Brédala
    Brédala
    passons...
    • Posté à 18h33 le 25/08/2012
    • Internaute 63792
      passons...

    Ses compositions les plus culinaires
    « La Tartine de beurre : valse à 1 doigt pour piano », KV Anh. C. 2709 (attribué à Mozart)

    Lien

    « Essen, Trinken » (« Nourriture et boisson »), canon à 3 voix KV 234, 1782

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    « Männer suchen stets zu naschen » (« Les hommes cherchent toujours les gourmandises ») : ariette Kv 433, 1783

    Lien

    Je me permets de poster les liens des morceaux que vous citez en médaillon, la tartine y est superbement interprétée : -)

    C’est bien aussi la musique quand on évoque Mozart !

    Il aurait aussi été intéressant d’avoir la traductions des paroles, tant qu’à faire...

    • caro
      caro répond à Brédala
      délinquante avérée
      • Posté à 18h49 le 25/08/2012
      • Internaute 6484
        délinquante avérée

      merci pour les liens ;)

      • Brédala
        Brédala répond à caro
        passons...
        • Posté à 10h48 le 26/08/2012
        • Internaute 63792
          passons...

        C’est sympa, hein !

        Quelques traductions que j’ai fini par trouver...
        Un vrai paillard ce Mozart : -D

        Lien

        « Finch’han dal vino » : L’air « du champagne »

        Don Giovanni se prépare à donner une fête. Il donne ses dernières instructions à son valet Leporello.

        Tant que le vin
        Leur échauffe la tête,
        Fais préparer
        Une grande fête.
        Si tu trouves sur la place
        Quelque fille,
        Tâche de l’amener
        Elle aussi avec toi.
        Que la danse n’obéisse
        À nulle ordonnance,
        Tu feras danser
        À l’une le menuet
        À l’autre la contredanse,
        À celle-ci l’allemande.
        Et moi pendant ce temps,
        De mon côté
        À celle-ci et à celle-là
        Je veux faire la cour.
        Ah ! demain matin
        Ma liste devra
        Être plus longue
        D’une dizaine.
        (Ils sortent)

        « Essen, Trinken » (dommage pas en VF, si quelqu’un pouvait se dévouer : -)

        Lien

  • A déménagé le 06-11-2012
    • Posté à 19h05 le 25/08/2012
    • 182080
      non connue

    « C’est l’été, pour certains encore les vacances, et le moment d’aborder des sujets qui ne servent à rien. »
    Pas de problème, sujet génial et puis ... c’est l’été tout l’année à Rue89

    • zénon denon 84
      • Posté à 19h44 le 25/08/2012
      • Internaute 30028
        Bonne

      En effet ,
      peu importe le flocon ,
      pourvu qu’on ait la neige .Mais pas en été !

      Que Wolfy fût un gourmand , ça s’entend dans sa musique !
      aussi .

    • séraphinlampion
      • Posté à 21h14 le 25/08/2012
      • Internaute 104431
        Turluron

      Ben quoi, vous n’aimez pas les sujets sur les cathos qui regardent du porno avec les amis de Nicolas Sarkozy ?

    • Brédala
      Brédala répond à A déménagé le 06-11-2012
      passons...
      • Posté à 10h57 le 26/08/2012
      • Internaute 63792
        passons...

      On pouvait pas clôturer la rubrique de l’été « frigo de champion » sans sonder celui de Mozart, c’est pas des petits bras sur Rue89 !

  • Tabac
    Tabac
    De passage
    • Posté à 19h31 le 25/08/2012
    • 177241
      De passage

    Oui enfin bon, tout comme le cultissime « Ach ! zu kurz » n’est pas à proprement parler une introspection métaphysique, la « Tartine de beurre à un doigt » et les « Manner Suchen Stets Zu Naschen » ne sont probablement pas non-plus seulement des traités de gastronomie !

    • Brédala
      Brédala répond à Tabac
      passons...
      • Posté à 10h00 le 26/08/2012
      • Internaute 63792
        passons...

      C’est pas faux !

      Lien

      « Manner Suchen Stets Zu Naschen »

      Les hommes cherchent toujours à grignoter,
      Si on les laisse seuls,
      Ils trouveront facilement une jeune fille à attraper
      On sait comment les surprendre ;
      Doit-il y avoir une surprise ?

      Les jeunes filles ont le sang vif,
      Et les friandises ont si bon goût.

      Mais la friandise avant le repas
      Coupe l’appétit.
      Beaucoup qui l’oublient
      Outre le trésor qu’elles possèdent,
      Perdent leur bien-aimé avec.

      Pères, que cela soit un avertissement pour vous :
      Enfermez vos sucreries !
      Enfermez vos jeunes filles !

      • Tabac
        Tabac répond à Brédala
        De passage
        • Posté à 10h57 le 26/08/2012
        • 177241
          De passage

        Sans compter le rafraîchissant « Leck mir den Arsch » K. 233/382d, sans qu’il ne soit encore vraiment question de bonne bouffe. Une interprétation à savourer est ici :
        Leck mir den Arsch KV 233

         
        • Brédala
          Brédala répond à Tabac
          passons...
          • Posté à 11h27 le 26/08/2012
          • Internaute 63792
            passons...

          V’là aut’chose !
          En plein Jour Du Seigneur, je ne vous félicite pas : -D

          Pour ceux qui osent une traduc wikipédiesque, on devinera l’idée générale :

          « ...Probablement le texte original de Mozart, a été redécouvert en 1991, est la suivante : [6]

          Une fuite de la boue ... à droite sur,
          FINE lécher le nettoyer,
          bien propre lécher, lécher la boue A ...
          C’est un désir fettigs
          que bien graissé avec du beurre,
          le léchage de rôti de mon activité quotidienne.
          Trois lécher plus de deux,
          seulement ici, rend le problème »
          et lécher, lécher, lécher.
          Chaque lèche son A ... pour eux-mêmes.

          Rien ne me rafraîchit plus que le vin
          il se faufile doucement
          Il se faufile doucement, il se faufile doucement !
          Il mouille, quand tout est égal aspire, les gorges sèches seul ;
          laisse quand Rabat-Joie ächzet également être toujours de bonne humeur moi.
          Tambour résonne avec mes lunettes ! Se bousculent pour !
          Laissez toutes les douleurs ! Se bousculent pour !
          Nous allons noyer dans le vin ! ... »

          quel drôle de bonhomme ce Mozart !

          Déjà la flûte enchantée, c’est pas net, net.. !

        1 autres commentaires
  • A déménagé le 22-01-2013
    • Posté à 14h57 le 26/08/2012
    • Internaute 127750
      non connue

    Pour qualifier sa musique, depuis toujours j’alterne entre deux qualificatifs qui tout compte fait ont en effet un rapport avec l’alimentaire :
    Pour ce qui est du quantitatif : de la soupe tant il en a produit de pleins tonneaux dont la vente lui a permis de se nourrir.
    Pour ce qui est du qualitatif : de la merde avec beaucoup de sucre et des rubans destinés à faire croire que ça n’en est pas.
    Je ne nie pas qu’il a écrit quelques belles pièces dont son Requiem mais au fond l’immense majorité de son travail s’est borné à répéter sans cesse la même chose en ne changeant que la sauce. De la musique d’assemblage en quelque sorte.
    PS : pas la peine de me répondre, j’ai décoché « Etre averti des réponses »

    • PaulTron
      PaulTron répond à A déménagé le 22-01-2013
      Ce champ sera visible par tous (...)
      • Posté à 16h53 le 27/08/2012
      • Internaute 168564
        Ce champ sera visible par tous (...)

      en même temps il vaut mieux décocher la réponse quand on a aussi peu de culture musicale.

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