Drôles de gammes

La musique classique sans frac ni claque, par Nathalie Krafft.

Bordeaux : le charme discret du nouvel auditorium

Nathalie Krafft
Journaliste
Publié le 08/02/2013 à 10h25

Ça y est. Lancé en 2003, le projet de construction d’une salle de concert à Bordeaux est devenu réalité lors d’un concert le 24 janvier, après huit ans de travaux ponctués de multiples contretemps.


La salle Dutilleux du nouvel auditorium : 1 440 places (Thomas Sanson)

En plein centre de la ville, inséré entre deux immeubles du Cours Mirabeau et tout à côté du Grand Théâtre dont il est une sorte d’extension – même orchestre, même directeur, Thierry Fouquet –, le nouvel auditorium remplit l’espace d’un cinéma construit par Gaumont en 1927. Après sa fermeture, la ville en a racheté les murs. Forcément imprégnés de sons.

Un côté jouet inhabituel


La façade, sur le Cours Mirabeau (Thomas Sanson)

Première impression ? Coquet, discret, propret, l’auditorium semble avoir toujours été là. Extérieurement, sa modernité toute en finesse va comme un gant aux façades hyper classiques des immeubles qui le jouxtent. A Bordeaux, on innove, mais dans la discrétion.

Une fois passés les espaces d’accueil relativement petits, on se retrouve dans une salle dont la grandeur surprend. Ronde et carrée en même temps, elle fait irrésistiblement penser à une appli pour iPhone, le velours rose fuschia de ses fauteuils en bois clair en accentuant la douceur.

Son côté jouet tranche avec les impressionnantes machines de verre, d’acier et de béton qui poussent aux quatre coins de la planète. A Bordeaux, on innove, mais dans le moelleux. Le sauternes n’est pas loin.

Derrière le mur, l’appart du voisin

Pour arriver à ses fins benoîtes, l’architecte, Michel Pétuaud-Létang, a réalisé des prouesses techniques incroyables : les 3 000 mètres carrés de terrain disponibles correspondent exactement à la taille de la salle. Juste de l’autre côté du mur, c’est l’appart du voisin.

Pour gagner de la place, il a fallu creuser (et donc tomber sur des poteries ou autres vestiges de nos ancêtres, et là les archéologues s’en sont mêlés) : la scène est cinq mètres plus bas que le niveau de la rue.

Deux salles ont été casées : la première se nomme Henri Dutilleux (1 440 places), et la seconde Henri Sauguet (300 places), destinée à des ateliers, des rencontres, des spectacles jeunes publics, ainsi qu’un petit foyer.

La disposition circulaire de la plus grande salle, dite « enveloppante », permet au public d’être très près des musiciens : aucun spectateur n’est à plus de 24 mètres du chef d’orchestre. Pour donner un point de comparaison, à la salle Pleyel, cette distance est de 48 mètres. A Bordeaux, on innove, mais dans le contact.


Les balcons suspendus (Thomas Sanson)

Les balcons, auxquels on accède par des passerelles genre paquebot – l’océan n’est pas très loin–, sont détachés des murs, comme suspendus dans l’air. La scène, qui se module en fonction des besoins grâce à des plateaux réglables, peut accueillir jusqu’à 120 musiciens.

En dessous du bâtiment, sept étages de parking, au-dessus, dix-sept appartements, à l’arrière, des bureaux ! Une façon de « mutualiser » les coûts.

Alors ? Ça sonne comment ?

C’est fou, mais même avec les instruments de mesure les plus perfectionnés, même avec les cabinets d’acousticiens les plus performants (ici l’excellent Eckhard Kahle), les règles de l’acoustique n’ont pas révélé tous leurs secrets. Mais s’il n’en était pas ainsi, les salles du monde entier sonneraient de la même façon, ce qui serait bien triste.

Celle-ci sonne comme elle est : claire, transparente, sans être non plus sèche ni analytique. Plutôt ronde et charnue, sans agressivité. Le moindre frisson de corde de la harpe, le moindre effleurement de la mailloche sur le xylophone s’éprouvent comme un souffle d’air sur sa peau un soir d’été.

Le soir du 24 janvier, l’Orchestre national Bordeaux Aquitaine, le résident des lieux, a pris ses marques, lui qui s’est produit pendant des années au Palais des Sports. Sous la direction de Hans Graf, il a donné « Jeux » de Debussy, « Tout un monde lointain » d’Henri Dutilleux avec la violoncelliste Anne Gastinel, et, en deuxième partie, « Daphnis et Chloé » de Ravel.

Un programme qui permettait d’apprécier les sonorités des différents pupitres de l’orchestre dans ce nouvel espace. En bis, Anne Gastinel a joué des extraits de deux « Suites pour violoncelle seul » de Bach, qui ont permis d’admirer la plénitude de l’acoustique qui, en cet instant tout particulier, s’est révélée prodigieuse.


Anne Gastinel (Photo DR)

Pour elle, qui a partagé avec le public, en spectatrice, la seconde partie du concert, « la réussite est totale côté scène et côté salle ». C’est une musicienne, une vraie. Les salles, l’acoustique, le rapport scène/public, elle en connaît quelque chose, depuis qu’elle parcourt le monde. Et elle ne dit jamais ce qu’elle ne pense pas.

Un léger embarras, malgré tout, face aux propos un peu emberlificotés des différents responsables, quand il s’agit de définir précisément à quel type de musique se destine le nouvel auditorium : sans cintres ni dessous, mais avec une fosse d’orchestre « comme à Bayreuth », peu d’espaces de répétition, pas de place pour les décors, il est censé pouvoir présenter des ouvrages lyriques mis en scène. Malgré tout, insistent-ils, il s’agit d’un auditorium, et non d’un théâtre (d’ailleurs, il y en a déjà un à côté). Alors ?

Alors, je n’aime pas la couleur des fauteuils !

FICHE TECHNIQUE

  • architecte : Michel Pétuaud-Létang
  • acoustique : Kahle Acoustics
  • coût total : 27 millions d’euros, dont 18 pour Bordeaux, 7 pour l’Etat et 1,5 pour la Région
  • 7 étages de parking
  • 800 m² de bureaux
  • 2 500 m² d’appartements
  • salle Henri Dutilleux : 1 440 places
  • salle Henri Sauguet : 300 places
Infos pratiques
Programme de l'Auditorium
le calendrier

Retrouvez ici la programmation 

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  • 12 réactions
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  • Grave Fidéle
    Grave Fidéle
    Chevalier des temps modernes
    • Posté à 11h06 le 08/02/2013
    • Internaute 197066
      Chevalier des temps modernes

    Voilà un article qui donne envie d’aller voir, d’aller écouter.

    Merci

  • foutard
    foutard
    voudrait bien gagner un peu
    • Posté à 11h26 le 08/02/2013
    • Internaute 28406
      voudrait bien gagner un peu

    Moi ça me donne envie d’y aller avec ma gratte et un bon ampli pour massacrer
     » eruption « de Van Halen ; ça doit sonner du tonnerre dans une salle pareil ! !

  • caméléone
    • Posté à 12h28 le 08/02/2013
    • Internaute 195298

    Bordelaise, je suis impatiente d’aller voir et écouter de plus près... Mais presque tous les spectacles sont complets...
    Des amis bordelais sont nettement moins enthousiastes que la journaliste : « j’entendais beaucoup les cuivres et très peu le premier alto », « le premier rang est beaucoup trop près », « certes, on n’entend plus les poubelles dehors comme c’était le cas au palais des sports, mais l’accoustique n’est pas exceptionnelle »...
    Déjà des travaux d’adaptation ont été fait depuis l’inauguration... Hier, le système de montée-descente de la scène ne fonctionnait pas...
    Bref, ça n’a pas l’air totalement réussi !
    M’enfin, j’irai en juger par moi-même...

    • Nathalie Krafft
      Nathalie Krafft répond à caméléone
      Journaliste
      • Posté à 14h18 le 08/02/2013
      • Journaliste 15276
        Journaliste

      Aucune acoustique n’est parfaite, c’est impossible. Mon expérience dans des centaines de salles dans le monde entier me fait relativiser mon jugement. C’est donc plutôt une certaine forme de philosophie (la perfection n’existe pas dans ce domaine) qu’un excès d’enthousiasme qui a animé mes propos. Et il est absolument toujours possible de ne pas être satisfait pour telle ou telle raison. Lors du concert du 24 janvier, j’ai changé 3 fois de place, en m’asseyant à différents niveaux.
      Et globalement, c’était bon. Il faut aussi considérer que l’Orchestre doit s’habituer à cette nouvelle salle, et que la balance entre les différents pupitres d’instruments doit encore être travaillée (d’où sans doute ce que vous dites entre l’alto et les cuivres). Et puis, mon avis sur le premier rang : quelque soit la salle, l’acoustique, l’orchestre ou le soliste, ce n’est jamais bon !
      Merci en tout cas de l’intérêt que vous avez porté à cet article.

  • spleenlancien
    spleenlancien
    Merde à l'or
    • Posté à 14h01 le 08/02/2013
    • Internaute 78672
      Merde à l'or

    C’est le cours Clémanceau, pas Mirabeau

  • Specht
    Specht
    Commentateur
    • Posté à 15h18 le 08/02/2013
    • 185722
      Commentateur

    En effet, nous n’écouterons sans doute jamais d’épopée wagnérienne complète dans cet auditorium. Et c’est bien dommage car le grand Théâtre est lui aussi trop petit, et l’acoustique du Palais des Sports saboterait l’ensemble. Mais un râga serait absolument magnifique, car comme vous l’avez remarqué, nous entendons la vibration des cordes avec une finesse qui manquait ailleurs. J’espère aussi qu’ils programmeront de l’électroacoustique. J’ai presque eu la même sensation que vous le 24 janvier dernier, le son présente quelque chose de charnel (à Bayreuth il est mystique, on a l’impression de se retrouver dans une atmosphère initiatrice).
    Un secret en passant : il n’existe aucun cours Mirabeau à Bordeaux. Je sais bien qu’avec ces platanes, ces façades XVIIIe, le vin, on se croirait un peu à Aix-en-Provence, sauf qu’au bout nous avons un de Tourny au lieu du roi René. Ah, flûte, le temps d’écrire, quelqu’un a déjà rectifié...

  • berlage
    • Posté à 17h00 le 08/02/2013
    • Internaute 14849

    Ce n’est pas plus le cours « Clémanceau » que le cours Mirabeau, mais le cours Clemenceau !

  • vas y
    vas y
    là-bas
    • Posté à 23h08 le 09/02/2013
    • Internaute 83899
      là-bas

    Eh bien oui Wagner à résonné lors du premier concert publique le samedi 2 février ! Je fais pas parti du gratin invité à l’avant première. Mais le samedi cette ouverture de Wagner interprétée par les élèves du conservatoire, quel moment ! ! J’aime Wagner, cette salle est faite pour lui. Amen.

  • MmeLaurence3311
    MmeLaurence3311
    retraitée
    • Posté à 11h45 le 11/02/2013
    • Internaute 198400
      retraitée

    Trés agréable moment passé lors du concert du 24 Janvier à L’auditorium ! Une salle splendide, une architecture moderne et design, des sièges confortables et une bonne acoustique ont rendu la mélodie d’autant plus subtile. C’est un bonheur que de visiter un tel bâtiment en comparaison avec ce qu’était le Palais des Sports ... Depuis le temps que nous l’attendions L’auditorium, qui s’est pourtant fait désirer, répond selon moi, à toutes ses promesses techniques et esthétiques. N’hésitez pas !

  • MmeLaurence3311
    MmeLaurence3311
    retraitée
    • Posté à 11h46 le 11/02/2013
    • Internaute 198400
      retraitée

    Trés agréable moment passé lors du concert du 24 Janvier à L’auditorium ! Une salle splendide, une architecture moderne et design, des sièges confortables et une bonne acoustique ont rendu la mélodie d’autant plus subtile. C’est un bonheur que de visiter un tel bâtiment en comparaison avec ce qu’était le Palais des Sports ... Depuis le temps que nous l’attendions L’auditorium, qui s’est pourtant fait désirer, répond selon moi, à toutes ses promesses techniques et esthétiques. N’hésitez pas !

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